The Boy

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Les poupées et l’horreur ont toujours fait mariage heureux. Enfin, non, pas toujours car on s’est tout de même tapé Annabelle, par ailleurs sur le point de faire son grand retour (planquez-vous, donc). Mais dans la majorité des cas, cela se passe plutôt bien entre les petits bonshommes de porcelaine ou de plastique et la pellicule gluante, un adage encore prouvé par ce The Boy de fort bonne tenue…

 

Le succès – assez incompréhensible vu la nullité du métrage – d’Annabelle aurait-il fait des petits ? On ne peut qu’y songer lorsque l’on se retrouve face à The Boy, nouvelle promesse d’épouvante branchée jouets diaboliques. Après tout, pourquoi pas ? Si le principe semble avoir tiré toutes ses cartouches et que nos vicieuses figurines tournent en rond depuis quelques années maintenant, Charles Band s’occupant de l’aspect fun et fauché tandis que les studios plus garnis n’ont de cesse de nous rejouer la scène du clown de Poltergeist à toutes les sauces, au moins ces petits salopiauds censés nous rassurer mais faisant tout l’inverse font toujours leur petit effet. C’est donc avec une certaine bienveillance que l’on accueillit The Boy, réalisé par un William Brent Bell que l’on aura bien de la peine à considérer comme un meneur, comme un novateur. Le son de cloche du Bell est plutôt celui d’un bon petit suiveur, en vérité, notre souriant gaillard emballant en 2006 un Stay Alive se la jouant slasher paranormal en surfant sur le succès grandissant des jeux vidéo, en 2012 un Devil Inside perpétuant la grande vague de films d’exorcisme, et en 2013 un Wer passé inaperçu mélangeant film de loup-garou, found-footage et action bourrine. Ce n’est donc pas de lui que viendra la locomotive volante avec discothèque intégrée, on s’en doute, et il n’est finalement guère surprenant de le voir marcher sur les traces de James Wan et des productions Blumhouse, le brave William n’étant définitivement pas du genre à débrouissailler des terres encore inconnues. C’est donc dans sa boîte aux lettres que vient se glisser le script de The Boy rédigé par Stacey Menear, auparavant nommé In a Dark Place et dont le premier rôle était prévu pour Jane Levy (le remake d’Evil Dead, Don’t Breathe). Un changement de titre plus tard, c’est la charmante Lauren Cohan que l’on retrouve en leading role, les producteurs ayant sans doute songé qu’il serait bénéfique au métrage d’aller piocher dans The Walking Dead, au succès non démenti depuis ses premières saisons. Rajoutons à tout cela l’arrivée de Rupert Evans (le premier Hellboy, le génial The Incident) et de producteurs venus des quatre coins du monde (USA, Grande-Bretagne, Canada et Chine !) et on obtient un petit film d’horreur correctement budgété (10 millions de brouzoufs) paré à casser la baraque. Bon, à ce niveau ce ne fut pas le déchaînement non plus et si l’on peut être certains que The Boy est rentré dans ses frais, et sans doute plutôt deux fois qu’une, nous restons bien loin d’un phénomène à la Conjuring et Insidious. Par contre, la critique s’est montrée plutôt positive envers le résultat, y compris un Mad Movies pas toujours tendre avec les pelloches paranormales actuelles. Voyons donc ce qu’il en est…

 

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Greta Evans (Lauren Cohan, donc) est une jeune et jolie Américaine désireuse de prendre le large. Pour ce faire, elle accepte dès lors le petit boulot offert par deux vieux Anglais, le couple des Heelshire : bien payée et logée, Greta n’aura qu’à s’occuper de Brahms, leur jeune fils. Qui est en fait une poupée. Oui, ça fait bizarre aussi à Greta lorsqu’elle se rend compte qu’elle va babysitter un chiard en porcelaine. Remarquez, c’est des couches à changer en moins et ça ne fait pas de bruit… De l’argent facilement gagné ça, ma bonne dame ! Reste que les Heelshire ont perdu leur fiston dans un incendie voilà plus de vingt ans et qu’ils soignent leur douleur en agissant comme si le petiot était toujours vivant dans la poupée. Souhaitant prendre des vacances, les premières depuis longtemps, le couple laisse donc Brahms à Greta, non sans lui laisser une liste de règles à suivre : apprendre au marmot figé des poèmes, jouer de la musique à ses côtés, lui faire un bisou sur le pif lorsqu’on le couche, changer et laver ses vêtements,… Si au départ notre brave héroïne se dit que tout cela est ridicule et ne compte pas s’abaisser à choyer un jouet, elle se ravise bien vite : Brahms semble bel et bien vivant, comme possédé par l’esprit du petiot qui a cramé voilà deux décennies. Objets qui disparaissent, mèches de cheveux coupées dans le sommeil de Greta, bruits dans le dos de celle-ci… C’est un fait, le petit connard se déplace et ça ne rassure pas sa jolie gardienne, perdue avec lui dans un sombre manoir reculé, seulement visité de temps à autres par le boutiquier Malcolm (Rupert Evans), chargé d’apporter quelques provisions… Bon, on ne va pas se le cacher : il y a un éléphant dans la pièce et comme il est en train de ravager nos meubles, on va se dépêcher de le nommer. Il s’appelle Hammer Films, référence évidente de The Boy. Et on ne parle pas ici de la Hammer à papa mais plutôt de la moderne, et de La Dame en Noir en premier lieu. Ardu en effet de ne pas songer à la sombre épopée de Daniel Radcliffe dans une demeure coincée au milieu de nulle part tant William Brent Bell reprend à son compte les éléments faisant du film de James Watkins la réussite que l’on sait. Baraque ancestrale favorisant une ambiance gothique et feutrée, jardin resplendissant mais écrasé par un ciel gris et une humidité de tous les instants, vieilles statues qui font bien quand on les achète mais rendent tout creepy une fois que la mousse au vert sombre les escalade, virée nocturne éclairée à la bougie, présence surnaturelle rôdant d’un couloir à l’autre, personnage principal restant seul une bonne partie du récit,… Y’a pas à chier, la scénariqte Stacey Menear a bien appris la leçon : toutes ses réponses au questionnaire « Comment pondre un goth actuel ? » sont justes. Au point que l’on en vient à se dire que The Boy est quasiment un trop bon élève en la matière !

 

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Non pas que l’on viendra reprocher au métrage de trop vouloir bien faire, au contraire. Il est même appréciable de tomber sur une production fantomatique tentant d’en rester aux fondamentaux des années 60 et 70, et tentant de retrouver l’esprit d’un Les Autres plutôt que celui des Insidious. Le principe du jump scare est ainsi assez peu utilisé (bon on en a tout de même une ou deux, mais c’est sobre si l’on compare à la méthode Wan), Bell misant plus sur l’angoisse que sur la terreur à proprement parler. Cela décevra forcément un public à la recherche de l’efficacité immédiate, mais cela ravira par contre les vieux de la vieille espérant une atmosphère plus que des spectres hurlant et des grandes envolées de violons. Hormis un ou deux cauchemars de la pauvre Lauren Cohan, l’horreur n’est guère de mise et l’on parlera plutôt d’inquiétude face à ce nain impassible, qui ne fait rien de férocement méchant mais alourdit l’ambiance par sa seule présence. Bon point, donc, pour la fine équipe derrière le métrage, même s’il est évident que personne ne regardera derrière son dos lors d’une séance estampillée The Boy, pas flippant pour un sou. Pas grave, on ne frissonne plus depuis bien longtemps devant les vieux Hammer et on y revient pourtant toujours avec un sourire sardonique plaqué sur la gueule ! Par contre, on regrettera que le scénario nous empile quelques clichés concernant son premier rôle féminin. Car le systématisme voulant que toute héroïne ayant dépassé les 25 piges et se retrouvant dans un film d’horreur a perdu un mouflet commence à devenir légèrement agaçant. C’est bien simple, dès qu’une demoiselle se retrouve mêlée à une menace aux traits enfantins, vous pouvez être sûrs qu’elle est une ancienne maman troublée, les rapports avec le monstre qui la tourmente étant sensibilisés par son deuil difficile. Ainsi, Greta est rendue tendue par la possibilité que son ancien compagnon la retrouve, l’ordure étant porté sur le tabassage de la gent féminine, au point que leur enfant commun décéda. Ce serait touchant si ce n’était pas archi-rabattu et prévisible comme un pet foireux après une soirée chez Burger King. Psychologie à revoir donc, car trop vue justement, ce qui est d’autant plus dommage que le principe de la poupée diabolique n’a rien de neuf non plus.

 

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En résumé, The Boy se montre plus que satisfaisant : ça se suit bien, on se fait pas chier, c’est lent à mort mais ça colle avec l’aspect répétitif et désincarné de la vie dans le manoir, chaque scène apporte un élément faisant avancer le récit, Lauren Cohan et Rupert Evans ont tous deux un capital sympathie évident et sont de bons acteurs,… Bordel, même le Brent Bell semble faire des progrès en tant que réalisateur (car jusque-là, c’était pas Byzance en la matière hein…), son filmage étant classouille, renforcé par une splendide photographie et quelques plans inspirés, comme cette sortie tétanisante d’un miroir ou cette belle mais sordide avancée dans la mer… Du classique dans le bon sens du terme, avec ses bons moments qui sont aussi ceux de tous les films du même ordre (comme souvent, l’un des moments les plus creepy se trouve être le récit de la vie de Brahms par Malcolm, le gaillard nous apprenant que le chiard n’était pas un doux poupin…), mais du classique quand même. Comprendre que ça ronronne un peu trop gentiment, que ça se repose un peu trop sur ses acquis et qu’on se dit durant tout le film qu’il risque de manquer ce petit truc en plus, une séquence marquante ou une idée sortie de nulle part prête à faire basculer la bobine de la case « sympa comme tout » à celle « plus marquant qu’il n’y paraît ». Ca tombe bien, on en a une ! Si elle n’est pas réellement sortie de nulle part et qu’on a déjà vu des situations similaires par le passé dans le cinéma horrifique, force est de constater que la scène de fin fait un putain d’effet, surprenant son audience pile au moment où il en avait besoin. Rassurez-vous, pas de spoil pour ce coup, il serait bien malheureux d’aller ruiner un climax comme celui-ci, véritable tour de force nous prouvant que quand il le veut, Bell peut. En tout cas le passage tant attendu, celui qui nous fera nous souvenir de The Boy dans dix ans, lorsque nous serons de vieux bisseux (bon moi ça va, dans dix ans je peux encore bander dur) qui radoteront « Tu te souviens de The Boy ? Laurent Cohan y était bien mimie et la fin était vraiment cool ! ». Tant pis dès lors si le script d’origine appuyait plus fortement les sous-entendus sexuels et se montrait plus noir : tel qu’il est, ce petit jeu de la dinette avec une poupée stressante est déjà très honorable.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : William Brent Bell
  • Scénario : Stacey Menear
  • Production : Roy Lee, Tom Rosenberg, Gary Lucchesi, Jim Weeda,…
  • Pays: USA, Canada, Chine, Grande-Bretagne
  • Acteurs: Lauren Cohan, Rupert Evans, Jim Norton, Ben Robson
  • Année: 2016

2 comments to The Boy

  • Roggy  says:

    Pas encore vu le film mais ça m’a l’air tout à fait convenable. Dans l’esprit, j’espère que l’on est plus proche de « The house of the devil » de Ti West que du très mauvais « Annabelle ».

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