The Boogeyman

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Ah, le boogeyman… Alias le croquemitaine par chez nous, entité diabolique sans physique spécifique, sans look réel et dont la forme varie selon les cultures mais toujours présenté comme un salopard venant foutre la pétoche aux gamins. Il fallait bien que le mythe soit un jour couché sur pellicule pour les besoins du cinéma d’exploitation et, bonne nouvelle, c’est un Uli Lommel inspiré qui s’en est chargé !

 

 

Qu’on se le dise : tous les chemins mènent à la Série B horrifique. Ainsi, ce n’est pas parce qu’Uli Lommel a fait quelques films en bossant avec Andy Warhol qu’il va rester coincé dans l’arty toute sa vie, l’Allemand se lançant en 1979 sur les traces d’un cinéma d’épouvante qu’il souhaite commercial. Son film se nommera The Boogey Man et utilisera donc la croyance répandue auprès des mouflets voulant qu’un être démoniaque n’espèce qu’une chose : s’en prendre à eux et les tourmenter durant des nuits sans fin. Avec sa compagne de l’époque, Suzanna Love, il écrit ainsi un scénario se basant sur plusieurs superstitions, notamment celles liées aux miroirs, et emballe le tout en quatre semaines pour un budget que l’on estime à 300 000 dollars. Lommel se rend néanmoins compte que sa bande est un peu trop courte et que quelques minutes supplémentaires ne feraient pas de mal, histoire de tirer l’ensemble jusqu’à 80 minutes. La rencontre de nouveaux collaborateurs lui permettra finalement de serrer la main de John Carradine, vétéran du genre et nom capable de gonfler un petit peu le potentiel commercial d’un film d’horreur (mais sans doute pas trop non plus), volontaire pour tourner trois ou quatre scènes en une courte journée. Suffisant pour offrir à The Boogey Man une durée convenable et lui permettre de toucher quelques grands écrans… et remporter un joli petit succès ! Sans être un carton légendaire comme Halloween ou Vendredi 13, la bobine fonctionne bien, si bien que la demande croissante pose problème à Lommel et son équipe, qui n’avaient pas prévu assez de copies à distribuer. Mieux vaut ça que l’inverse… Fort d’un petit statut culte acquis au fil du temps, la pelloche finit bien évidemment par sortir en VHS au pays du Heavy Metal : l’Angleterre. Et vous connaissez la suite : les rosbifs se chopent une peur bleue à l’idée que des enfants puissent louer et visionner en boucle les séquences gore des brûlots que sont Blood Feast, Driller Killer, L’Enfer des Zombies ou Evil Dead et décident qu’ils ne veulent pas de ça dans leur royaume du bon goût. Et qui atterit également sur la liste des Video Nasties ? Boogey Man, évidemment, de même que sa suite directe. Un coup dur sur le moment, peut-être, mais aussi un bon coup de projo avec le recul, puisque figurer sur une liste noire sur laquelle figurent également Dario Argento, Mario Bava, Sam Raimi, Wes Craven et Lucio Fulci aide plutôt à passer pour un Master of Horror… Reste à vérifier si cette belle réputation n’est pas usurpée, en glissant le DVD d’Uncut Movies dans les fentes humides de nos lecteurs DVD…

 

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Visiblement, son passage dans le jardin du père Warhol n’a pas qu’appris à Lommel comment faire de l’art, il lui a également montré comment le vendre. Ainsi, lorsque vient le moment de filmer The Boogey Man, notre réalisateur à la filmographie longue comme un jour sans Granola (le pain, c’est surfait) se souvint sans mal du Halloween d’un certain John Carpenter. Alors on ne va peut-être pas dire que notre faiseur germanique a copié en douce les devoirs du vieux Carpy, il est néanmoins évident qu’il a été cherché l’inspiration du côté d’Haddonfield. Son récit débute ainsi par un trauma enfantin qui n’est pas sans rappeler celui du petit Micheal Myers : alors que leur mère reçoit un amant, les marmots Willy et Lacey observent le jeu de séduction par la fenêtre. Pas franchement du goût des deux adultes, la mère ordonnant à ses rejetons de filer au lit tandis que son indélicat boyfriend décide d’attacher Willy à son lit et le battre. Lacey, moins punie et donc libre de faire ce qu’il lui plaît, s’empare d’un couteau dans la cuisine et coupe les liens emprisonnant son frère aîné. Et comme de juste, celui-ci s’empare à son tour de la lame et va transpercer le dos de son agresseur, alors en plein coït avec sa mère. Si ça ne vous fait pas penser à un fait divers fictionnel survenu lors d’un 31 octobre, l’utilisation d’une musique au synthé rappelant fortement celle composée par Carpenter et des plans en vue subjective s’en chargeront ! Mais alors qu’on se dit qu’on va se taper un petit clone des familles sentant bon la citrouille, Lommel fait bifurquer son conte sordide dans une nouvelle direction. Si l’ombre du slasher continue de peser sur tout le métrage puisque la structure du film est clairement empruntée au genre, le copain Ulli mise néanmoins sur le surnaturel. Et ce à une époque où il n’était pas encore fréquent de mixer les deux genres, Les Griffes de la Nuit, Superstitions et autres The Slayer n’étant pas encore imaginés en 79. Ainsi, si les premières bobines laissent sous-entendre que l’on va avoir droit à l’habituel film de psychokiller, la donne change assez rapidement : Willy et Lacey, qui ont refait leur vie dans une petite ferme, Lacey étant même devenue une bonne épouse et une mère aimante, vont devoir affronter un monstre invisible, une entité paranormale et diabolique.

 

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Uli Lommel est donc un petit malin et sait fort bien que le public a très vite tendance à s’habituer aux codes, aux passages obligatoires du genre. Et qu’il lui sera dès lors fort aisé de faire croire à son audience qu’elle va se taper un slasher banal avant de lui asséner une surprise de taille. Toute la première partie tente donc de nous faire croire que Willy ne s’est jamais remis des horreurs qu’il a subies et commises alors qu’il n’avait pas dix ans, ce grand taré approchant désormais de la trentaine collectionnant notamment les couteaux, qu’il cache dans un tiroir. Mais malgré les apparences, les meurtres ne seront pas commis par notre taciturne ami mais bel et bien par l’amant de sa mère, revenu d’entre les morts pour se venger et laisser une trainée de cadavres derrière lui. Mais comment ce vieux saligaud dont le grand plaisir est de molester les plus petits peut-il revenir, vous demandez-vous certainement ? Pour justifier ce come-back des enfers, Lommel use d’une vieille croyance voulant que lorsque quelqu’un meurt dans une pièce dotée d’un miroir, l’esprit du zigoto se retrouve enfermé dans la glace… Et la glace en question, Lacey la brise justement lors d’une crise de folie, libérant le fantôme malicieux, alors parti en guerre contre l’humanité toute entière puisqu’il va zigouiller qui il pourra. C’est bien évidemment là que Lommel retombe dans le giron slasheresque puisque notre homme invisible, seulement capable de tuer lorsqu’un miroir se trouve dans les parages, va enchaîner les massacres. Vieille femme étranglée avec des tuyaux d’arrosage, papy planté au mur d’une grange par une fourche, couteaux qui partent se planter dans un dos, ciseaux transperçant une gorge, fenêtre se rabattant sur une nuque,… Ca y va joyeusement et le petit séjour dans l’au-delà n’a visiblement pas fait perdre de son agressivité à notre maniaque, par ailleurs très effrayant. Bien vu de la part de Lommel de le montrer dès les premières minutes comme un colosse silencieux, au regard sombre et aux agissements violents, d’autant qu’il est pour ainsi dire montré à hauteur d’enfant. On ne sait rien de ce type, pas même son nom, mais on le sent dangereux dès le premier coup d’objectif qui lui est offert. Alors une fois devenu une force paranormale impossible à stopper, vous imaginez l’ampleur des dégâts…

 

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Le Boogey Man de Lommel est donc inspiré, notre teuton apportant une sensibilité très européenne à un métrage d’inspiration purement américaine. Le brave Ulli joue avec les miroirs, avec les reflets, avec les lueurs scintillantes, ici de funestes présages… L’ambiance est lourde dans cette petite ferme où personne n’est réellement heureux, Lacey et Willy (interprétés par Suzanna et Nicholas Love, frère et sœur dans la vie réelle également) ne pouvant réellement aspirer au bonheur, comme enchainés qu’ils sont à une enfance au-delà du difficile. Des protagonistes sous pression… et qui foutent la pression aux autres ! En témoigne l’époux de Lacey, le blond Jake, sur les nerfs depuis que sa dulcinée tremblote à la vue du moindre miroir, ou les vieux avec lesquels ils cohabitent, visiblement fatigués par ces drôles d’histoires. On retrouve ainsi cette ambiance très sérieuse et écrasante typique de l’exploitation américaine de la fin des seventies et du début des eighties : ça ne rigole pas du tout ! Ou alors si peu, Lommel balançant tout de même, l’air de rien, un meurtre aux faux airs de gag : l’esprit invisible transperce l’arrière de la tête d’un jeune homme assis dans sa voiture avec un couteau, la lame ressortant de la gueule du malheureux. Sa copine le rejoint dans la voiture, se penche vers lui et la portière qui se referme sur elle la fait tomber les lèvres en avant sur son petit ami, la pauvre étant empalée sur le coupe-légume, toujours encastré dans la bouche du jeune homme. Un dernier french kiss, bien sanglant, que ne manquent pas de remarquer les potes du couple, qui s’étonnent car ils n’ont jamais vu un baiser aussi long ! Une petite pincée d’humour noir aussi bienvenue que réussie, venant contraster avec le sérieux papal du reste de l’entreprise. Papal, le terme n’est d’ailleurs pas choisi à la légère puisque, décidément désireux de mettre toute les chances de con côté, Lommel décide également de taper dans l’horreur catholique. Il y a de l’Amityville dans The Boogey Man, non seulement parce que les personnages ont très peur de la maison de leur enfance, théâtre de souvenirs intolérables, mais aussi parce que la bicoque a ces très caractéristiques fenêtres diaboliques. La référence ne trompe pas…

 

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Si Lommel donne de loin l’impression de bouffer à tous les râteliers, il parvient néanmoins à donner une réelle identité à son métrage, mixant ses influences pour donner un slasher surnaturel en avance sur son temps, véritable ancêtre de la saga Destination Finale. En moins gore, certes, sans doute faute de budget (le niveau de violence est ici celui des Vendredi 13 les plus gentillets), mais définitivement en plus glauque ! Dans la famille Video Nasties, The Boogey Man fait donc clairement partie des bonnes pioches, cette Série B au timing précis se trouvant franchement bandante et finalement assez chiche en défauts. Aucune raison dès lors de se priver du DVD de chez Uncut Movies, d’autant que celui-ci est agrémenté d’une interview du réalisateur, calme et long à la détente mais pas avare en informations puisqu’il revient également sur les suites de la franchises qu’il a créée. Mais ça, c’est une autre histoire…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Uli Lommel
  • Scénario : Uli Lommel
  • Production : Uli Lommel, Gillian Gordon
  • Pays: USA
  • Acteurs: Suzanna Love, Ron James, Nicholas Love, John Carradine
  • Année: 1980

2 comments to The Boogeyman

  • Roggy  says:

    En lisant le titre, j’ai cru que c’était le premier épisode de la trilogie récente du « Boogeyman ». Mais non, c’est un slasher de 1980 réalisé par un allemand !

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