Cyborg 2087

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Suite de la visite guidée du musée de la ferraille ouvert par Artus en cette froide saison via leur coffret La Guerre des Robots ! Cette fois, c’est avec un cyborg venu du futur pour empêcher que des dictateurs contrôlent le monde à l’avenir que nous allons passer la soirée. Et surprise, il n’est ni Michael Biehn, ni Autrichien !

 

 

Un peu oubliée de nos jours, l’United Pictures Corporation n’en fut pas moins une bonne petite entreprise livrant à domicile quelques petites Séries B branchées fantastique/SF. Pas des classiques devant lesquels on s’agenouille toujours, mais des divertissements regardables comme Destination Inner Space ou Castle of Evil. Et « à domicile » parce que la boîte décida dans la deuxième moitié de sixties de plancher sur une courte série de pelloches prévues pour le petit écran, comme Cyborg 2087. Et contre toute attente, le téléfilm devint quasiment un film en bonne et due forme puisqu’il bénéficia d’une sortie dans les salles obscures en 1966. Il pouvait d’ailleurs y prétendre si l’on se base sur son casting, qui réunissait quelques têtes connues de la SF d’alors, présentes dans de gros succès : Michael Rennie (le Klaatu du Jour où la Terre s’arrêta), Warren Stevens (Planète Interdite) et Eduard Franz (La Chose d’un Autre Monde) en premier lieu. Du beau monde pour une réalisation gérée par Franklin Adreon, un spécialiste des séries TV qui débuta sa carrière dans la Série B d’aventure et finit par promener Lassie pour une quinzaine d’épisodes. Pas un palmarès de rêve mais de quoi nourrir son homme comme il faut… Un homme qui se retrouve donc propulsé comme chef orchestre d’un voyage temporel : celui de Gart (Rennie), un pauvre cyborg des années 2080, lassé de voir que son monde part en vrille depuis que quelques dictateurs ont trouvé le moyen de manipuler l’esprit des masses avec la télépathie. Intolérable pour notre héros aux couilles en forme de piles Duracell (peut-il être dur plus longtemps ?), qui décide de s’enfermer dans une grosse coque de fer et revenir en 1966. Histoire d’empêcher un savant de perfectionner sa technique de la télépathie, bien entendu. Malheureusement, deux vils soldats, nommés les Traceurs, ont suivi Garth et ont bien l’intention de le stopper avant qu’il ne change le cours des évènements… Par chance, le sauveur futuriste sera aidé dans sa quête par un docteur et son assistance/concubine, cette dernière commençant même par ressentir des sentiments forts pour l’insensible robot.

 

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Soyons honnêtes : bien que regardable très facilement et assez peu emmerdant, Cyborg 2087 n’a rien d’un classique méconnu, déterré par quelques chercheurs d’or qui tombèrent sur un joyau perdu. Nous sommes en effet plutôt en face d’un produit sans réelle saveur, qui fit certes les joies de quelques fans de science-fiction lors de ses nombreuses rediffusions, mais n’a désormais guère qu’un intérêt anecdotique. Car on ne va pas se le cacher et faire sortir immédiatement l’éléphant rose assis dans notre canapé, nous tenons-là ce qui servit très probablement de base à James Cameron pour son Terminator, quasiment un remake de Cyborg 2087. Certains parleront même de plagiat pur et simple et se demandent encore comment le pote à Schwarzy s’en est tiré toutes ces années sans que plus de rapprochements ne soient faits entre les deux œuvres. Outre le gentil venu dans le passé pour sauver la vie de ceux de son époque lointaine, on trouve donc des méchants qui l’ont suivi pour s’assurer que la situation leur restera profitable ainsi qu’une amourette entre le premier rôle féminin et notre voyageur temporel. Si ça ne vous rappelle rien, il est grand temps de réviser vos classiques eighties… Bien sûr, Cameron a modernisé l’approche de fond en comble, a noirci le trait et apporté un peps que son modèle n’a malheureusement jamais. Ce n’est pourtant pas faute d’y aller à un rythme satisfaisant, le scénario d’Arthur C. Pierce (The Cosmic Man, Invasion of the Animal People) ne boitant guère.

 

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Après une introduction nous permettant de voir rapidement la technologie en carton des habitants de 2087, Garth prend le bus vers le passé et atterrit dans une ville fantôme typée western. Sur place, les évènements s’enchaînent d’emblée puisqu’il est pris à parti par un vieux barbu et son fiston, qui le menacent avec leurs pétoires. Et ça ne traînera pas non plus dans la suite : les Traceurs arrivent, Garth se fait des alliés, affronte un premier Traceurs, puis un deuxième lors d’une poursuite sur des toits, avant de retourner dans la fameuse ville fantôme pour une conclusion que l’on devine inspirée par les œuvres se déroulant au Far West. Mais si le script ne s’attarde guère, en tout cas nettement moins que bien des bandes de SF des fifties, cela ne fait pas de Cyborg 2087 une pelloche électrisante. La faute en bonne partie à un manque de moyens criant pour un long-métrage, les racines télévisuelles du projet se frayant un chemin jusqu’à chaque étape du produit fini, se glissant sous le papier peint pour mieux le déchirer. En témoignent des effets spéciaux qui portent fort mal leur nom tant ils n’ont, justement, rien de spécial… Ainsi, lorsque l’on doit donner l’illusion que la navette de Garth disparaît dans les méandres du temps, on se contente de la filmer dans le décor, de couper la caméra, de retirer l’engin, et de filmer à nouveau, la faisant s’évaporer de la manière la plus simple qui soit. Quant aux fusillades, elles sont des plus rudimentaires, le gun de Garth, malgré son doux son de braguette dézippée, n’est jamais accompagné d’un effet de laser, seuls les vilains bénéficiant du droit à une fine ligne blanche, genre jet de sperme de cloporte, qui s’échappe de leur canon pour signifier qu’ils ont tiré. Oubliez aussi l’impressionnante scène dans laquelle Arnold prouve qu’il est bien un androïde dans les deux films de James Cameron : Garth fait la même chose pour montrer aux docteurs devenant ses comparses qu’il est bien arrivé du millénaire suivant, mais l’effet n’est pas franchement le même… Ici, on a juste collé quelques fils et tiges de fer sur le poignet de Michael Rennie, soudainement changé en un automate. Autant dire qu’on n’y croit pas un instant, pas plus que lorsqu’il nous dévoile son torse avec un écran rappelant plus ceux du jeu Touché-Coulé qu’un torse de robot…

 

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Pour ne rien arranger, la réalisation est bien évidemment assez plate, pensée pour la télévision et ressemblant dès lors à un banal épisode de la première série tv venue. Dommage car l’un dans l’autre, le script était plutôt bien foutu, quasiment en avance sur son temps, et profite de personnages plus intéressants qu’il n’y paraît. Comme Garth et la scientifique qu’il manipule, lui insufflant des sentiments amoureux par télépathie pour s’assurer qu’elle lui filera le coup de main dont il a besoin en temps voulu. Celle-ci se retrouve donc éprise malgré elle d’un assemblage de fils qui, pour sa part, ne ressent absolument rien pour elle et est même prêt à la laisser se faire zigouiller par les Traceurs. Mais cette impassibilité, cette absence d’empathie, ne dure guère, Garth finissant par changer au contact des humains… Pas de bol, cette dimension intéressante (d’autant que la scientifique est du coup prête à quitter son époux !) est assez peu traitée, le scénario prenant plus de temps pour expliquer en détail cette histoire de voyage dans le temps à un public alors peu habitué à ces affaires… Cyborg 2087 n’a donc que peu d’intérêt dans sa manche et reste dans tous les cas une Série B peu notable, principalement intéressante parce qu’elle laisse entrevoir la possibilité que le père Cameron n’a pas inventé grand-chose avec ses T-800. Elle en reste néanmoins regardable, l’ennui ne s’immisçant pas entre le spectateur et cet objet filmique trouvable dans le coffret disponible sur le site d’Artus !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Franklin Adreon
  • Scénario : Arthur C. Pierce
  • Production : Earle Lyon
  • Pays: USA
  • Acteurs: Michael Rennie, Karen Steele, Wendell Corey, Eduard Franz
  • Année: 1966

2 comments to Cyborg 2087

  • Roggy  says:

    Même si le film ne semble pas mémorable, tu m’as donné envie de le voir, d’autant plus pour vérifier les accointances avec le « Terminator » de Cameron.

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