Land of Death

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« In Mattei we trust ! », tel pourrait être nos derniers mots, ceux que nos familles endeuillées graveront sur nos pierres tombales, rendant fiers comme des paons les squelettes desséchés que nous serons bientôt. Et comme nous avons confiance en l’ami Bruno, c’est sans hésitation que nous faisons un petit saut en parachute en sa compagnie dans la forêt amazonienne, histoire de vérifier que l’enfer est toujours bien vert…

 

 

En y repensant bien, le décès de Bruno Mattei en 2007 a de quoi surprendre son bisseux. Après tout, le réalisateur de Virus Cannibale n’était-il pas une montagne que l’on pensait implantée à jamais dans le paysage de l’exploitation glaireuse ? Que les éléments se déchaînent contre lui, que la modernisation s’en mêle, que les soucis financiers débarquent par bus entiers, Mattei ne bougeait pas, les pieds solidement plantés dans le béton. Alors que la plupart de ses collègues furent emportés par la bourrasque et partirent emballer des séries TV ou téléfilms pas loin d’être honteux ou dénués d’intérêt, quand ils ne disparaissaient pas purement et simplement avec le cinéma de Série B transalpin, Bruno continuait, inarrêtable, la caméra greffée au poing. Certes, comme tout le monde il versa un temps dans l’érotisme plus ou moins torride, dernier repaire pour des artisans de quartier comme lui ou Joe d’Amato, mais c’était là une occasion de recharger ses batteries après une folle décennie de zombies perdant leurs épluchures, de rats ne se contentant plus du Cheddar, de couvents malfamés et de sous-Rambo débridés. Une fois sorti de ce maelstrom de grenades dégoupillées, de morts gigotant comme au premier jour ou de prisonnières malmenées, on peut comprendre que Monsieur Mattei ait ressenti le besoin de se poser et souffler un coup aux côtés de demoiselles aux charmes évidents. Mais une fois les poumons reposés et les fourmis dans les jambes retournées se terrer sous terre, le phénix du bis à l’italienne était fin prêt à déployer ses ailes chaleureuses pour réchauffer les cœurs des orphelins du cinéma bis d’antan, laissant s’échapper de ses plumes cendreuses les cannibales, revenants et mutants qui nous manquaient tant. On repart donc comme en 80, comme si rien n’avait changé : Mattei plante sa tente aux Philippines, s’offre un pseudonyme (Martin Miller dans le cas présent) et va coucher sur pellicule le barbecue de quelques cannibales pourtant guère à la mode en ces années 2000. Mais Mattei s’en cogne : il s’est découvert sur le tard une fanbase faite de nostalgiques et d’adorateurs d’Objets Filmiques Non Identifiés, une fanbase qui lui apporte un peu de confiance en lui et lui fait dire qu’il serait peut-être temps de lâcher les thriller érotiques, déjà vieillots avant même d’être sortis, au profit de ses vieux plaisirs. Et paf ! Comme un double coup de boule nous tombent dessus deux bandes : Cannibal World et Land of Death, histoire de remémorer aux habitués l’habitude qu’avait le Bruno de livrer ses paquets par deux.

 

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Pas de Fragasso pour tenir la barre avec son vieux complice par contre, le Claudio étant pour ainsi dire revenu du cinéma horrifique low cost, lui qui a toujours aspiré à autre-chose. Un autre-chose qu’il finit par effleurer du bout des ongles à la même période, sortant des thriller et autres films plus « classiques » et « mieux perçus ». Pas bien grave pour Mattei, qui s’est trouvé un nouveau coaccusé pour passer devant le tribunal du bon goût, avec dans les bras un gros dossier débordant d’anthropophages pas loin d’être vintage. Un certain Giovanni Paolucci, également producteur bienveillant à ses heures puisqu’il permet encore aujourd’hui à certains réalisateurs ayant chuté de leur trône et dégringolé dans le Z de travailler, comme Argento avec Dracula 3D. C’est donc ce bon mécène qui remet le pied à l’étrier à Mattei en matière de mangeurs de saucisses humaines, l’autorisant et l’aidant même à reprendre une vieille pratique pourtant des plus mal vues : le plagiat pur et simple. Et avec Land of Death (pour rappel, son film siamois qu’est Cannibal World est déjà chroniqué en ces pages), c’est le Predator de McTiernan qui est passé à la moulinette du fauché ! Avec un petit côté Cannibal Ferox (d’ailleurs, le film se fera passer pour un Cannibal Ferox 3 sur certains territoires), bien évidemment, le Bob Marley surarmé venu des étoiles laissant comme de juste sa place à une file très indienne de sauvages pas encore passés au tofu. Contrairement à Cannibal World, ce n’est pas dans les cuisses de quelques reporters échappés d’un BFMTV made in China qu’ils planteront leurs vieux chicots mais dans les biceps d’un commando venu en mission sauvetage. C’est qu’une riche héritière a réussi à se perdre dans la forêt amazonienne, demandant l’intervention d’une première équipe elle aussi disparue. Bizarre, vous avez dit bizarre ? C’est donc une deuxième team de brutes qui est envoyée, guidée par un Américain vivant dans le coin et prié de les aider à retrouver et ramener tout le monde sur le plancher de Donald Trump. Plus facile à dire qu’à faire puisque la raison de ces disparitions est toute trouvée : des tribus se nourrissant de chair humaine se prélassent dans le coin, attendant patiemment que des idiots passent à proximité de leurs vieilles lances… Du scénario basique en diable, doté d’un canevas vu mille fois et que l’on reverra probablement mille autres fois à l’avenir. Mais aussi un contour de récit qui ne peut guère décevoir : on sait ce que l’on vient y chercher et puisque Bruno Mattei n’est pas de ces réalisateurs à nous promettre du shocking pour ensuite nous refourguer du boring, c’est avec le sourire que l’on part.

 

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On le garde d’ailleurs tout du long lorsque l’on se rend compte, hilare, que le réalisateur a décidé de remaker Predator en remplaçant le rasta masqué par des indigènes affamés. Car c’est bien d’un remake qu’il s’agit ici, et pas d’un remake à la Piranha 3D où l’on change tout de même la majorité de l’intrigue et des situations, mais plutôt un à la Psychose de Gus van Sant. Comprendre que l’histoire est exactement la même, que les séquences sont clairement repiquées au survival musclé de McT et qu’en prime le découpage des scènes et les plans sont identiques au classique de la SF eighties. Tout y est, TOUT ! L’arrivée en hélicoptère, la présentation des mercenaires dans l’engin, le scorpion dans le dos, l’Indien qui s’arrête flippé et observe les arbres, la jeune fille captive qui tente de prendre la fuite le plongeon dans une cascade, le costaud qui pense attraper un cannibale mais s’acharne en fait sur un pauvre marcassin, les corps dépecés et suspendus, le vol d’un cadavre sur le campement,… Et tout cela est shooté avec une grande connaissance du film prit pour cible, Mattei devant certainement avoir un moniteur diffusant les premières aventures du Predator devant lui pour tourner. En témoigne cette scène montrant deux militaires observer des cannibales de loin, comme Bill Duke et Carl Weathers, et qui se finira avec la perte d’un bras ! Le mot plagiat est donc ici trop faible, on tombe dans le domaine de la reprise, de la photocopie pure et simple, Mattei poussant le principe du rip-off dans ses derniers retranchements. On a souvent reproché aux Contamination, La Mort au Large et autres bisseries prenant pour exemple les gros succès ricains de trop les copier, souvent à tort puisqu’elles ne faisaient généralement que piquer le principe, le pitch, pour proposer quelque-chose de diffèrent à l’arrivée. Ce n’est pas le cas ici et il ne manque que le chasseur spatial à la fête ! Pour tout dire, je suis surpris qu’aucun cannibale ne décide de s’autodétruire et d’exploser, laissant pousser un champignon atomique au milieu de l’Amazonie !

 

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Sans surprise, le budget n’était pas franchement le même pour nos deux auteurs, Mattei donnant dans le cheap intégral alors que McT avait de quoi laisser libre cours à son imagination. Comme dans Cannibal World, les acteurs sont mauvais, la cinématographie sent le DV des débuts, le montage semble avoir été fait avec Windows Movie Maker (on devine d’ailleurs que Mattei a découvert de nouveaux outils de transition entre les plans car il en teste plusieurs au début) et les effets spéciaux vont du correct à l’amateur. On sent d’ailleurs fort bien lorsque Mattei jugeait ses trucages mauvais puisqu’il ne les filme alors jamais trop frontalement, principalement lors des scènes des festins épicés, les cannibales s’échangeant quelques carbonades froides tandis que les corps déchirés gisent en hors-champ. Par contre, comme il est plutôt satisfait des corps auxquels on a arraché la peau, des crânes bien fournis en vers de terre ou des membres coupés, il leur offre l’honneur de figurer en gros plan dans Land of Death, s’attardant largement sur les détails les plus cradingues. Niveau gore, rien à redire dès lors, et l’on devine que le Bruno s’amuse bien lorsqu’il balance son objectif sur la plaie ouverte d’une jambe arrachée, n’hésitant pas à faire durer le supplice… Dommage que pour son autre méfait cannibalistique, notre gaillard décide de tomber dans le snuff animalier, égorgeant un marcassin ou donnant des coups de machette dans un pauvre serpent. Inutile de rappeler qu’on s’en serait bien passé, d’autant que cette montée de cruauté tranche avec la bonne humeur générale, Mattei semblant décidé à verser dans le second degré. Il faut le voir se moquer de ses bidasses, le leader – qui est loin d’avoir le charisme de Schwarzy et ressemble par ailleurs pas mal à Phil Anselmo des groupes Pantera et Down – s’étalant comme un gosse, glissant sur des feuillages avant de se faire engueuler par son guide. On pense même aux Bronzés lorsque l’on voit les peintures de guerre des sauvages, qui rappellent celles de Martin Lamotte sur les seins des jeunes filles. Et à sa suite lorsque le commando est invité à manger des couilles de macaques en soupe, agrémentées de quelques asticots, comme dans le chalet enneigé où Popeye et ses amis festoient malgré eux. La comparaison s’arrête cependant là, car dans les films de Lecomte, Gérard Jugnot ne sortait pas les mitraillettes pour tirer dans tous les sens en hurlant à la mort !

 

landdeath4To bis or not to bis ?

 

Car avec Nella Terra dei Cannibali, on tient du bourrin qui s’assume comme tel, le métrage étant autant un film d’horreur qu’un actioner bête et méchant. Logique lorsque l’on va dormir dans la couette de Predator, mais pas nécessairement évident concernant un petit Z, le budget monté avec la monnaie qui devait rester à Paolucci après son passage chez Auchan ne laissant pas forcément imaginer un déluge de pyrotechnie. Et pourtant, Mattei y va à fond les ballons, ses comédiens tirant dans tous les sens, dévalant des pentes, sortant les grenades (impressionnante explosion pour ce type de production) et donnant des coups de crosses dans les mâchoires des viandards prenant l’armée pour une charcuterie. On pensait que Nono ferait le minimum, genre « Je tire trois balles à blanc et je cours en sens inverse » et il n’en est rien, le spectacle étant tenu. Alors évidemment, si vous vous attendez à voir l’équivalent du dernier Mel Gibson, vous l’aurez jusqu’au sphincter, mais force est de constater que pour un budget riquiqui, ça baboule sacrément ! Pas de temps mort, ou si peu, chez Mattei, toujours apte en 2004 à servir la tambouille sans traîner, et tant pis si la finition laisse à désirer ! Bien sûr que les comédiens surjouent (d’ailleurs, le casting est en partie partagé avec Cannibal World, Cindy Matic devenant une déesse blonde aux yeux des canniboules, Claudio Morales restant de son côté un aventurier à la petite semaine), que les dialogues sont plus gratinés que le soufflé au fromage de votre tante Gertrude et que l’ensemble est à peu près aussi crédible que Hollande en président de la république. Mais voilà, c’est fun à mort, le temps s’accélère devant la générosité d’un Mattei devant pourtant composer avec des guenilles (et hop, des stockshots de perroquets ou d’un léopard pour perpétuer la tradition !). On entre là dans un cinéma de la bissième dimension : très référentiel (Bruno cite même Virus Cannibale en laissant Morales se foutre à poil pour amadouer les cannibales), conscient de ses limites et destiné à une toute petite portion des fans du cinéma d’horreur. Soit aux addicts de Mattei, qui ne manqueront pas de remarquer qu’une fois de plus leur foi fut bien placée. Alors tous en chœurs : In Mattei we trust ! In Mattei we trust ! In Mattei we trust !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Bruno Mattei
  • Scénario : Bruno Mattei, Giovanni Paolucci
  • Production : Giovanni Paolucci
  • Titre original: Nella Terra dei Cannibali
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Claudio Moralles, Lou Randall, Cindy Matic, Sanit Larrauri
  • Année: 2004

4 comments to Land of Death

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Oui je te rejoins sur celui-là même si ma vision remonte. Limite préférable à son jumeau je trouve, parce que un peu plus délirant dans son mélange. D’ailleurs le plus fun est de se le faire avec Watchers 3, qui est lui-aussi un copier/coller impressionnant de Predator, parfois au plan près.

    Bon entre les discussions à chaque chro de ces derniers Mattei et le bouquin de David, on va pas revenir là-dessus à chaque fois, mais c’était clairement un hommage de sa part à tout un pan du Bis italien (la réf à Virus Cannibale et quelques autres trucs) et tout comme l’autre du Zombie: The Beginning / Island of the Living Dead, tu vois qu’il s’est marré le gars.
    Perturbant presque, quand on voit qu’il est mort peu après ces dernières productions qui ont été enchainées un peu les unes à la suite des autres. Comme s’il savait qu’il allait partir, et avec lui le Bis à l’ancienne de sa génération.

    Par contre pas trop content de (ré)apprendre qu’il y avait encore du snuff animalier dans celui-là. C’était pas des stock-shots pour le coup ?

    (oui oh mon dieu je reviens faire des commentaires)

  • Roggy  says:

    N’étant pas un spécialiste de Mattei, je vous fais confiance même si le film m’a l’air assez déjanté et qu’il ne semble pas falloir trop s’attarder sur les acteurs et les effets spéciaux 🙂

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