Tobor Le Grand

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Et on continue le petit tour d’horizon de la galerie robotique d’Artus Films, pour rappel en plein trip bionique puisque l’éditeur vient de sortir le coffret 4 films « La Guerre des Robots ». C’est cette fois sur les genoux pointus de Tobor Le Grand que nous allons poser nos petites fesses poilues, la boîte de conserve se faisant également appeler Le Maître du Monde à l’occasion. Autant dire que lorsqu’on se présente comme tel, on a intérêt à assurer derrière…

 

 

Pour un studio comme Republic Production, spécialisé dans le cinéma populaire à budget réduit et dans les sérials, il était difficilement concevable de ne pas verser un jour ou l’autre dans la SF. Ainsi, lorsque le genre trouva son apogée dans les fifties, il était naturel que les producteurs tentent l’aventure de la robotique avec Tobor The Great, sorti en 1954. Pas franchement un fleuron du tonneau futuriste, la pelloche n’étant devenue un classique qu’auprès de quelques férus absolus de la science-fiction, la plupart des critiques de l’époque trouvant même le résultat un peu faiblard et ne tenant jamais la comparaison avec Le Jour où la Terre s’arrêta ou La Guerre des Mondes, plus vieux d’une paire d’années ou de mois mais également bien plus cossus… Peu importe pour votre serviteur terré au fond de son ossuaire, Tobor lui permettant de prendre une bonne bouffée d’air nostalgique. C’est que le jeune Rigs Mordo passa ses premières années avec les deux premiers volumes des Ze Craignos Monsters de JPP entre les mimines et que le robot qui nous intéresse cette semaine (après ceux, vindicatifs, de Target Earth la semaine passée) y avait droit à une reproduction de son beau poster. De quoi marquer un imaginaire au fer rouge et associer à jamais notre gros berlingot d’acier à mes premiers émois cinéphiliques. Et ce alors que je n’ai pu voir le film que grâce à sa sortie actuelle chez Artus ! Mais que voulez-vous : un visuel peut marquer autant, voire plus, que le produit fini. Dans le cas présent une petite Série B confectionnée en Californie et avec à sa barre un certain Lee Sholem. Si le nom du gazier ne dira sans doute rien au commun des mortels, les producteurs de l’ancien Hollywood connaissent fort bien le gaillard, reconnu pour sa rapidité d’exécution et son véritable talent pour ne jamais dépasser le planning ! Dans ces conditions, on passe vite outre le fait qu’il ne soit pas forcément un grand auteur, l’artisan disposant par contre d’outils bien affutés capable de bâtir quelques solides maisonnées. Pas pour rien que le Sholem se retrouve à la fin de sa carrière avec une liste de 1300 boulots, que ce soit pour la télévision ou le cinoche, pour son grand plaisir d’ailleurs puisqu’il avouait, avant son décès en l’an 2000, qu’il avait trouvé une grosse dose de fun dans son job. Reste plus qu’à espérer qu’on va dénicher notre dose, nous aussi, dans Tobor Le Grand

 

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L’est pas content, le Dr. Ralph Harrison (Charles Drake, vu dans Le Météore de la Nuit), lorsqu’il découvre que l’institut de recherches dans lequel il travaille vise la conquête spatiale en usant de cobayes humains. Intolérable à ses yeux, toute vie méritant le respect et ne devant dès lors pas servir pour de vulgaires tests… Furieux, il donne sa démission sur le champ, bien vite rejoint par le célèbre Professeur Nordstrom (Taylor Holmes), qui partage les mêmes idées. Et ce dernier en a une bonne, d’ailleurs, puisqu’il compte remplacer les pauvres cosmonautes se risquant à l’inconnu stellaire par Tobor, un robot de sa fabrication. Mais bien évidemment, pareille invention se doit d’attirer tous les regards, y compris les plus mal intentionnés, et quelques étrangers (ah ben déjà, c’est pas gentil ça de pas être américain) se verraient bien mettre la main dessus en vue de créer une armée à l’effigie de notre géant de fer. Basique et filant droit au but, le script de Tobor rédigé par Philip McDonald (le génial Le Récupérateur de Cadavres avec Karloff) l’est assurément. On peut en effet résumer tout le scénario en une ligne : les gentils créent un robot qu’est bien brave et des saligauds tentent de s’en emparer pour qu’il serve leurs vils intérêts. Un pur récit de sérial, auquel Sholem emprunte d’ailleurs son sens du rythme, le métrage étant découpé en chapitres bien distincts : d’abord la rencontre avec un Nordstrom supposément introuvable (ça ne dure pas…), ensuite la présentation de Tobor à des scientifiques et journalistes sidérés, le premier accident causé par l’androïde parce que le petit-fils de Nordstrom s’est emparé des commandes, la tentative d’infiltration dans la demeure du génie par des espions, la prise d’otage de Nordstrom et sa descendance par les mêmes gredins et, enfin, le sauvetage inespéré de Tobor. Un vrai défilé de petits épisodes… On ne sera d’ailleurs guère surpris en apprenant qu’il fut un temps question de transformer l’essai cinématographique en un véritable sérial, un projet avorté mais néanmoins logique tant tout semble mis en œuvre pour faire de notre héros métallique une icône, une sorte de Superman avec deux boulons dans le slip à la place des couilles du bigleux de Krypton.

 

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Car tout est là : un vieux mentor, un jeune docteur héroïque, une jolie demoiselle faisant office de mère de famille, des salopiauds portant le chapeau et le costume sombre et même un énervant gamin au gros cerveau. Tellement gros qu’il parviendra même à communiquer par télépathie avec son ami Tobor lors du climax, permettant à la boîte de conserve de venir punir les indélicats qui s’en étaient pris à ses maîtres. D’ailleurs, notre protagoniste mécanique avait de quoi devenir une petite célébrité à la télévision : attachant, doté d’un bon look imaginé par Robert Kinoshita (futur papa de Robbie de Planète Interdite), Tobor ne manque de potentiel puisqu’il est un indestructible colosse pourtant doté d’une grande sensibilité. Son créateur a en effet fait en sorte que son fiston de platine puisse réagir aux gens qui l’entourent, saluant ou réconfortant ses amis quand il ne met pas une raclée d’enfer aux êtres mauvais que sont les malfrats, les gangsters, les voleurs, les assassins et les adorateurs de Maïwenn. C’est d’ailleurs dans ce soupçon d’âme placé dans cette coque impénétrable qui constitue le meilleur du film, avec à la clé une saute d’humeur de Tobor. Alors qu’il est en pleine phase de test et doit s’habituer à la conduite d’une fusée dans un champ de météorites, il grille un fusible et se met à attaquer ses proches, refilant une gifle au gosse (bien fait, tiens !) et s’avançant vers son maître les pinces en avant, comme prêt à l’étrangler. Faut pas lui coller un jeu bien hard à la Ninja Gaiden dans les pattes, c’est un coup à se retrouver avec tout le manoir Nordstrom repeint en rouge boyau, ça…

 

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Pour le reste, on a là une classique aventure populaire, bon-enfant, voire même un peu infantile, finalement assez représentative d’un certain esprit vintage lié au fantastique ou à la SF. Si d’aventure vous désirez voir à quoi pouvait bien ressembler un sérial mais que vous n’avez pas pour envie de vous enfiler toute une série, Tobor Le Grand fera un parfait exemple. Rien de bien phénoménal à l’arrivée, donc, mais un divertissement très honnête, plutôt rapide et aux personnages mémorable, faisant partie de la bonne moyenne du genre. Il marqua en tout cas quelques esprits puisqu’une bande-dessinée sortit pour prolonger son expérience tandis que fut un temps prévu une suite/remake avec Patrick Dempsey et Christopher Plummer, alors prévue pour 2011. Inutile de dire qu’on attend toujours et qu’on risque de patienter longtemps, très longtemps…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Lee Sholem
  • Scénario : Philip MacDonald, Carl Dudley
  • Production : Richard Goldstone
  • Titre original: Tobor the great
  • Pays: USA
  • Acteurs: Charles Drake, Taylor Holmes, Karin Booth, Billy Chapin
  • Année: 1954

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