Les Banlieusards

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Non content de remettre Frank Henenlotter (en passant, n’hésitez pas à lire cet excellent dossier sur le bonhomme) sur le devant de la scène, Carlotta se décide à ramener dans nos chaumières notre ami Joe Dante via Les Banlieusards. Alias The Burbs, une véritable pépite de la comédie sombre…

 

 

Allons-nous nous rabaisser, vous et moi, à subir une énième présentation de ce génie qu’est Joe Dante ? Pas la peine, le souriant bonhomme faisant comme partie de la famille, un peu comme un père pour nous tous, ou éventuellement un grand frère. Ou plutôt un vieux boutiquier du quartier, celui qui nous balance dans nos sac à dos de vieux livres sur les Universal Monsters ou des magazines à la Famous Monster of Filmland, l’œil malicieux et heureux de baptiser un nouveau garnement dans le joyeux monde du fantastique. D’ailleurs, les classiques que sont Piranha, Gremlins 1 et 2, Hurlements, L’Aventure Intérieure, Panic sur Florida Beach et compagnie parlent pour notre gazier, un amoureux du genre comme on n’en a que trop peu dans l’industrie. Tout cela étant dit, nous pouvons donc nous poser dans le canapé avec, entre les dents, la belle édition Blu-Ray que Carlotta sort le premier décembre des Banlieusards, classique révélé sur le tard du Dante. Bien reçu à sa sortie mais chahuté par la critique, The ‘Burbs a trouvé ses fans avec le temps, des indécrottables du film capables de vous réciter les dialogues comme d’autres enfilent leurs pantoufles Tortues Ninja. Des bons gars, assurément. Tout comme ces Messieurs-dames de chez Carlotta, visiblement dévoués à la cause puisqu’ils n’ont pas regardé à la dépense d’énergie lorsqu’est venu le glorieux temps d’offrir au film l’écrin qu’il mérite. Beau digibook doté d’un large livret revenant sur plusieurs aspects du métrage (Joe Dante, les acteurs, la musique, le satanisme traité dans le scénario, la comédie,…) et une brouette de bonus permettant d’allonger l’expérience : entretien exclusif avec le réalisateur, copie de travail issue de la VHS de Dante, une comparaison entre les versions, une fin alternative, des archives,… Vu que cette sublime édition sort en début du dernier mois de l’année, autant dire que vous avez déjà un cadeau de prêt sous le sapin, The ‘Burbs étant de ces présents diablement aptes à embellir vos fêtes de fin d’année… Car on tient là une tuerie, mes enfants, et pas une petite…

 

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Quelle belle vie que celle de Ray Peterson (très bon Tom Hanks), qui jouit de sa petite famille (femme agréable en la personne de Carrie Fisher, enfant pas emmerdant) dans le calme de son quartier. En prime, le voilà avec une semaine de congé sur les bras, lui permettant de traîner en peignoir à longueur de journée, les doigts de pieds en éventail et un bon jus d’orange dans le creux de la main. La grande glande, qui ne pourra pas être interrompue par de fâcheux voisins puisque Ray s’entend bien avec les autres habitants de sa rue en cul de sac : le gourmant Art (Rick Ducommun), l’ancien militaire Rumsfield (Bruce Dern) et sa jolie blonde de femme, le jeune rockeur Ricky (Corey Feldman, alors bien loin de danser comme un crabe grippé dans ses propres clips) et le vieux Walter dont le clébard s’amuse à aller chier sur les pelouses des autres, seul réel problème de tout ce petit monde bien heureux. Mais cela ne va pas durer… Car depuis qu’ils se sont installés entre Ray et Walter, les étranges Klopek – que personne n’a croisés alors qu’ils font partie du voisinage depuis un bon mois – ne cessent de fendre le silence de la nuit avec d’énormes bruits s’échappant de leur cave. Si Ray ne s’en inquiète pas plus que cela, il n’en va pas de même pour Art, qui imagine bien vite que les Klopek sont des psychopathes de premier ordre et par extension un danger pour leur petite communauté. Sentiment renforcé depuis que des gosses ont vu les trois êtres venus de l’est en train d’enterrer on ne sait trop quoi dans leur jardin et que l’un des Klopek, un rouquemoute qui semble sortir de La Colline a des Yeux, a été aperçu sortant ses poubelles… à l’aide de sa voiture ! Et lorsque Walter disparaît ne laissant derrière lui que sa moumoute et abandonnant son clebs adoré, les soupçons deviennent des certitudes : les voisins de Ray descendent visiblement de Charles Manson ! Une enquête s’impose et notre nerveux héros va s’associer à l’ancien de l’armée et au bedonnant Art pour tirer tout cela au clair…

 

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Si sur le papier Les Banlieusards n’a rien de bien spécial et rappelle fortement d’autres classiques du genre « voisins malveillants » comme Fenêtre sur Cour ou Vampire, vous avez dit Vampire ?, on sait que l’on peut compter sur Dante pour s’emparer du sujet et le transformer en quelque-chose d’assez personnel. Non pas que le scénario de Dana Olsen (Les Aventures d’un Homme Invisible de Carpenter, des trucs pour gosses comme L’Inspecteur Gadget mais aussi It Came from Hollywood, compilation de trailers de Séries B) soit mauvais à la base, on devine que ce n’est pas le cas, mais on se doute aussi qu’une personnalité affirmée comme celle de Dante ne peut que le pousser vers de nouvelles strates. Et lui apporter un supplément de tendresse, le copain Joe étant de ces metteurs en scène portant un amour sans limites à ses personnages, qu’il chouchoute comme sa propre descendance. Car il les aime, ses protagonistes, comme à son habitude des types que l’on qualifiera de lambda à qui il arrive des choses extraordinaires. A moins qu’ils ne se les inventent ? Car c’est justement là tout le sel de The ‘Burbs, cette question perpétuelle : les Klopek sont-ils réellement des dangers à éradiquer ou ne sont-ils que de pauvres originaux dénotant dans le décor ? Si Dante tranche sur la question en fin de parcours, la question reste en suspens durant la grande majorité du film et laisse sous-entendre que nos héros s’inventent des histoires pour pimenter un peu leur morne quotidien, passé face à la télévision ou devant sa fenêtre à regarder le monde tourner sans eux. Et s’ils voulaient, une fois dans leur vie, participer à quelque-chose à leur tour ? Dès lors, pourquoi ne pas faire des pauvres Klopek de cruels tortionnaires qu’il faut absolument arrêter ? Certes, ces derniers ont des physiques atypiques (ils sont moches et patibulaires, il faut bien le dire), leur bicoque ressemble à une maison hantée, ils ne sortent que la nuit et leur cave répand un bourdonnement n’invitant pas à la confiance. Mais ils sont surtout la proie de grands enfants allant de 10 à 55 ans ne sachant comment passer le temps si ce n’est en se faisant peur, comme souvent dans le cinéma de Dante. Car qu’ils soient grands ou petits, les habitants du petit quartier semblent prendre un malin plaisir à se faire frissonner en imaginant le monde qui les entoure plus cruel qu’il ne l’est (du moins jusqu’à preuve du contraire…), se remémorant une vieille histoire de glacier assassin qui se débarrassa de toute sa famille avec un pic à glace… Sans aucun doute, Les Banlieusards se pare d’une puissance finalement toute juvénile ne pouvant que parler aux grands marmots que nous sommes…

 

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Mais s’il porte un regard à la fois tendre et ironique sur la situation de ces habitants de banlieue à la vie courante sans doute un peu trop tranquille, il en profite également pour s’offrir une petite ode à la singularité. Et ce via un récit en forme d’épisode inversé de La Famille Addams : alors que nous sommes habitués à suivre Gomez, Morticia, Fester et les autres, Dante décide de se fendre d’un hommage détourné en se concentrant plutôt sur leur voisinage, fait d’intolérants n’acceptant pas que l’on puisse être diffèrent. Car ce qui choque en premier lieu Ray et ses potes, ce n’est pas la vie nocturne des Klopek ni leurs jeu de pelle dans le jardin une fois minuit passé mais plutôt le fait qu’ils ne tondent jamais leur pelouse ! Des détails tenant de la mesquinerie et de quoi amuser un Dante dès lors volontaire pour prouver que les plus bizarres ne sont pas ceux que l’on croit, Ray et les autres devenant des délinquants balançant les poubelles des Klopek à la rue, quand ils ne se montrent pas malpolis avec eux ou ne s’infiltrent pas par effraction dans leur domicile… Un hymne à l’ouverture d’esprit que The ‘Burbs, même si, taquin, le Joe ne peut s’empêcher de se payer un retournement de situation de sale garnement. Et fidèle à lui-même, il ne peut se garder, pour notre plaisir, de citer quelques films horrifiques : Feldman cause de La Sentinelle des Maudits et un Ray tendu comme un arc tente de se relaxer devant la télévision alors que le poste ne diffuse que L’Exorciste, La Course contre l’Enfer et Massacre à la Tronçonneuse 2, entrainant chez notre pauvre homme des cauchemars. Attaqué par une tronçonneuse puis retenu prisonnier sur un grill par des cannibales sataniques, Ray passe un moment aussi mauvais pour lui que bon pour nous ! Alors certains pourront reprocher un humour un peu particulier, moins franc du collier que ce que l’on pourrait imaginer, mais c’est sans doute là le souhait de ne pas trop en faire et de garder une ambiance relativement crédible, impossible à amener dans un déferlement de gags bigger than life. Car c’est à un rôle d’équilibriste que se prête Dante, obligé d’apporter quelques rires et de la détente tout en assurant le suspense de son drôle de thriller (voir à ce titre l’introduction voyant Ray sortir la nuit, absolument géniale). Et dans le genre, on peut dire que Les Banlieusards est un véritable modèle tant aucun genre n’éteint l’autre, le mariage étant heureux et toujours solide près de trente ans plus tard. Autant dire que les noces de perle du métrage ne pouvaient être mieux célébrées que par l’édition de Carlotta, qui se range d’un coup d’un seul parmi les indispensables de cette fin d’année !

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation : Joe Dante
  • Scénario : Dana Olsen
  • Production : Larry Brezner, Michael Finnell, Ron Howard, Dana Olsen
  • Titre original: The ‘Burbs
  • Pays: USA
  • Acteurs: Tom Hanks, Rick Ducommun, Bruce Dern, Carrie Fisher
  • Année: 1989

 

2 comments to Les Banlieusards

  • Roggy  says:

    Il y a longtemps que j’ai vu le film mais j’en garde un bon souvenir. Pas le plus connu des films de Joe Dante et qu’il faudrait que je me refasse.

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