Don’t Go in the Woods

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Rien de tel qu’un bon labyrinthe d’arbustes pour se relaxer après une semaine passée à subir les colères de son boss. Sauf si le week-end se voit à son tour foutu en l’air par la rage d’un Sébastien Chabal des bois, prêt à vous offrir le grand plaquage final dans le seul but de passer ses nerfs ! Mais bon, on ne peut pas tout prévoir non plus…

 

 

Le cinéma d’horreur, et le slasher plus particulièrement, à ce don inné pour attirer à lui les réalisateurs les plus impécunieux, qui voient dans la Série B vomissant les globules rouges une chance de se faire remarquer. Des James Bryan, en somme, le gazier qui nous intéresse en ce jour frisquet ayant emballé en 1980 un Don’t Go in the Woods sorti l’année suivante et qui faisait office, dans son esprit, de ticket de sortie du purgatoire. Réalisateur que l’on qualifiera de « Grindhouse », Bryan avait en effet déjà une dizaine d’années de carrière derrière lui, composée de boulots alimentaires comme technicien ou de réalisations. Le plus souvent de l’exploitation qui attend encore de passer à la postérité, comme de la drugsploitation politique (The Dirtiest Game et son politicien tentant de séduire les hippies pour obtenir leur vote), du softcore ringard (Escape to Passion et son braquage de banque par une demoiselle nue portant un casque de plongée), du drame plus ou moins chaud (I Love You, I Love You Not), du porn hardcore (High School Fantasies, Beach Blanket Bango), de la comédie (Boogievision) et enfin de la baston (Lady Street Fighter). Une filmographie variée, c’est même le moins que l’on puisse dire, mais qui ne permit jamais à James Bryan d’effleurer le succès du bout des ongles, poussant le brave homme à le traquer du côté du slasher, alors très en vue après les succès surprises d’Halloween et Vendredi 13. Coup de bol, le James tombe sur un script nommé Sierra, écrit par un certain Garth Eliassen qui signait là son seul et unique scénario, le gaillard quittant le cinéma peu de temps après l’expérience. Une banale histoire de jeunes gens exécutés dans la Sierra Nevada, à la Jason Voorhees dirons-nous. Pile poil ce qu’il faut à Bryan, qui n’en demande pas moins quelques rectifications à son nouvel ami : il va tout d’abord falloir délocaliser l’affaire dans les Rocheuses puis rajouter de l’assassinat par paquet de douze, notre réalisateur sachant fort bien que ce que le public d’un psychokiller attend, c’est un bodycount ventru. Une réécriture et un changement de titre plus tard (Don’t Go in the Woods, donc, histoire de surfer sur la vague des « Don’t » comme Don’t Go in the House ou Don’t Answer the Phone), le film est fin prêt à voir son tournage débuter.

 

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Un shooting bien évidemment né sous la bonne étoile de la démerde, Bryan ne disposant que de 20 000 dollars pour emballer son affaire. Pas franchement de quoi promettre du grand luxe, notre metteur en scène se voyant obligé de redoubler d’inventivité pour donner forme à son petit Horror Movie. Comme bien souvent, l’équipe technique devra passer devant la caméra pour se faire massacrer lorsque nécessaire tandis que les acteurs apporteront leur garde-robe, quand ce n’est pas Bryan lui-même qui débarque avec les t-shirts que ses employés devront porter (le héros se trimballe un shirt de Boogievision durant un moment). Et sans surprise, le copain James fera appel à quelques amicales connaissances prêtes à croiser le fer avec le maniaque des bosquets pour pas un rond, l’économie représentée par ces amis n’étant jamais dérisoire… Enfin, histoire de ne pas trop payer ses rares comédiens professionnels (ce qui est beaucoup dire lorsque l’on parle d’un film très Z comme Don’t Go in the Woods), le cerveau de l’opération se crée un planning aux petits oignons. Le tournage sera ainsi scindé en deux parties, avec d’un côté toutes les scènes demandant la présence du quatuor de comédiens payés et de l’autre tout le reste. A savoir des meurtres sans queue ni tête, juste présents pour faire nombre, meublant pour pas cher en envoyant des techniciens ou vieux potes de Bryan dans les pattes velues du tueur. Pratique et à bas prix, tout comme l’utilisation d’une sauce barbecue en lieu et place du faux sang, trop cheros pour une production de cet acabit… Tourné en une dizaine de jours, Don’t Go in the Woods a bien évidemment épuisé toute la team gérée par Bryan, qui tournait loin de la ville pour coucher sur pellicule les plus beaux recoins de la forêt à sa disposition, tentant de profiter au maximum de la lumière naturelle apportant, elle aussi, son lot d’économies. Parlons-en, d’ailleurs, de la pellicule, Bryan ayant racheté à un labo de la pelloche prête à partir à la poubelle car approchant de la date de péremption et donc bientôt impropre à la consommation. Une affaire pour notre créateur, qui se retrouve avec un résultat visuel que l’on n’ira certainement pas comparer aux films de Carpenter, mais malgré tout qualifiable de correct pour qui se trouve habitué aux Séries B d’époque. Comprendre que l’image est cradingue, qu’on n’y voit rien quand il fait nuit et que ça ne fait jamais « film de cinéma »… mais que ça sent à mort la bande de vidéoclub ! Autant dire que pris par le bon bout, l’ensemble à un certain charme…

 

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Et l’histoire, dans tout ça ? « Quelle histoire ? », vous répondrais-je ! Car si une chose est certaine concernant ce slasher anciennement titré Sierra et sorti sous le titre The Forest 2 en Australie alors qu’il est sorti avant The Forest, c’est bien qu’il s’agit du slasher/survival le plus banal du monde. C’est bien simple, à ce stade on peut dire qu’il en est la définition visuelle la plus adéquate puisqu’il se limite au strict minimum. Quatre bourlingueurs se retrouvent attaqués par un sauvage vivant dans une cabane perdue au milieu de nulle-part et tentent de survivre comme ils peuvent, tandis que notre maniaque au poil long décide d’affuter sa lame sur les os de quelques autres randonneurs traînant leurs guêtres non loin de son domicile. Clap de fin, tout est dit ! Don’t Go in the Woods n’a en effet pas d’histoire, ou si peu, et se contente de reprendre le principe des Vendredi 13 ou Survivance et de le mélanger à La Colline a des Yeux, le méchant pouvant fort bien être pris pour un cousin pas si éloigné de Pluto et compagnie. Il n’est d’ailleurs pas sans faire penser à Papa Jupiter… L’originalité ne sera donc pas le point fort de l’entreprise, qui n’en a d’ailleurs cure, le but étant ici de vite ramasser les quelques billets tombant toujours du camion revenant de Crystal Lake tant qu’il en est encore temps. Alors Bryan emballe un slasher tel qu’attendu par le public, ne se risquant certainement pas à miser sur la psychologie (on ne sait rien des personnages, tout juste présents pour se manger une machette trois minutes après leur entrée en scène) ou à approfondir son sujet, de peur de perdre une assemblée venue pour assister à du Mass Murder encrassé. C’est donc très exactement ce qu’il lui offre, ni plus ni moins, au point que cette belle randonnée dans les chardons se change en un défilé de tueries bête et méchant. Je vais reprendre le terme employé par l’ami Eric Peretti lorsqu’il chroniqua le métrage dans le Darkness Fanzine spécial Video Nasties : Don’t Go in the Woods est un cartoon live. Vous voyez les épisodes de Bip-Bip et Coyote, voyant ce dernier se ramasser enclumes sur la gueule et bâtons de dynamite dans le falzar (bon il en porte pas, mais on va faire comme si hein) sans interruption ? Eh ben ici c’est pareil, l’humour (volontaire) en moins : notre primitif caché dans les buissons tue durant 82 minutes, quasiment non-stop, décapitant, tranchant des bras, empalant des zigotos ou brûlant une demoiselle dans son van comme d’autres vont pisser un coup. Ca n’arrête pour ainsi dire jamais et si ce n’est quelques minutes voyant les flics faire quelques recherches, il n’y a pour ainsi dire aucun temps mort à déplorer, aucun ventre mou devant lequel s’apitoyer.

 

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Evidemment, le revers de la médaille, c’est qu’il n’est pas facile non plus de rentrer dans le récit, d’autant que l’on ne dispose d’aucun personnage auquel s’accrocher, les héros n’étant pas plus épais que les figurants. On se fout donc largement de leur sort et la seule relative finesse quant à leurs caractères se trouve en toute fin de bobine, alors que deux d’entre eux sont parvenus à fuir et sont bien au chaud à l’hosto. Mais ayant laissé derrière eux une amie qu’ils ne peuvent se résoudre à abandonner, ils décident de repartir dans les bois pour la récupérer et se venger de leur bourreau, dans un final par ailleurs très rude les voyant devenir aussi brutaux que lui… Mais si ce n’est ces quelques minutes, rien à signaler et c’est à un abattage dont on se sent très vite distancié que l’on assiste. Pour ne rien arranger, Bryan n’est pas franchement un formaliste de premier choix, pas de ces gus capables d’élever un scénario basique par son art. Forcé de tourner rapidement, Bryan va au plus pressé et laisse parfois un petit parfum d’amateurisme à l’ensemble. Un mal pour un bien ? Parfois, Don’t Go in the Woods profitant finalement de cet aspect très roots, de cette réalisation et photographie crasseuses, à l’image du premier Vendredi 13 dont la saleté servait finalement bien les intérêts. On n’ira cependant pas prétendre que le résultat est un modèle de slasher dérangeant et putride, l’ensemble étant bien trop cheesy pour ça ! Difficile de prendre quoique ce soit au sérieux ici, d’une part parce que la musique est d’un ringard fini (de la country ridicule en boucle, des synthés peu inspirés dans tous les coins), d’une autre parce que les acteurs jouent comme des clés à molette et sont encore alourdis par le fait que tous les dialogues ont été réenregistrés en post-synchro (le réalisateur en a même doublé certains !). Du coup, on a la sensation d’assister à des discussions entre les versions audio de Google Translate et de Reverso ! Inutile de préciser que cela envoie valser bien loin le peu de naturel que pouvaient avoir ces comédiens débutants, qui se sont pour certains bien vite recentrés sur autre-chose (l’une des nénettes est devenue une grande des casting puisqu’elle a bossé sur L’étrange Noël de Mr Jack et Kiss Kiss Bang Bang). Bon choix car avec Don’t Go in the Woods comme seule ligne au CV, ces pauvres zigs parlant tous de voix monotones n’auraient sans doute jamais retrouvé de boulot ailleurs, si ce n’est peut-être chez James Bryan… D’ailleurs, se rendant compte que son boulot est très « tongue in cheek » comme on dit, notre gaillard se retrouve bien emmerdé lorsqu’il découvre que l’une de ses séquences (une des filles entre dans la cabane du tueur) est bien plus sombre que le reste du film, nettement plus violente. Une pause glauque dans un slasher qui serait réalisé par Bugs Bunny, en somme.

 

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De qualités ne déborde pas cette version trash des Randonneurs avec Poelvoorde, il faut bien le dire. Elle n’en est pas moins un divertissement plutôt agréable : tout raté soit Don’t Go in the Woods, on ne se fait pas chier et on se sent même plutôt à son aise devant ce pur produit de la VHS eighties. Certes, c’est fin comme burger aux merguez et pétillant comme un mélange Coca-Fanta, mais ça passe tout seul et l’énorme rot atomique que le bisseux répand sur Terre après la séance prouve que le film se digère plutôt bien. Et puis, difficile de ne pas apprécier une petite production capable de donner le tournis à ces très sérieux gentlemen britanniques, qui jugèrent que cette zéderie était une atteinte à la bonne morale et la balancèrent dans la fosse aux Nasties, avec Cannibal Holocaust et les nazisploitation. Quand on voit Don’t Go in the Woods, il est permis de se marrer un bon coup en pensant que certains abrutis ont pu prendre au sérieux cette grosse farce involontaire, tantôt joyeusement bête tantôt assez sombre (le sentiment de faim des héros, forcés de fouiller les déchets du tueur pour se nourrir), dans tous les cas idéale pour passer une soirée entre gens de bonne compagnie !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : James Bryan
  • Scénario : Garth Eliassen
  • Production : James Bryan, Suzette Gomez, Roberto Gomez
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jack McClelland, Mary Gail Artz, James P. Hayden, Angie Brown
  • Année: 1981

2 comments to Don’t Go in the Woods

  • Roggy  says:

    Pour 20 000 dollars, ça n’a pas l’air si mal au final. En revanche, je m’inquiète pour ton régime alimentaire 🙂

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