Satan’s Slave

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Succombez, pauvres rats, aux charmes d’Asmodée ! Et si vous ne vous laissez pas bercer par les effluves méphistophéliques de votre propre voeu, ce petit baron du gothique so english qu’est Michael Gough va vous y forcer. Croix de bois, croix de fer, croix renversée, s’il ment, il ira en enfer ! Et avec le sourire, en plus…

 

 

Que serait le cinéma britannique et horrifique des années 70 sans Norman J. Warren ? « Meilleur !», crieront sans doute quelques tristes sires, pas toujours séduits par le travail du réalisateur. C’est qu’avec Réveillon Sanglant, Warren fut introduit dans la pas très select et fourre-tout catégorie des réalisateurs de nanars, quand bien même notre homme est également le géniteur de bandes comme Inseminoid, La Terreur des Morts-Vivants ou Le Zombie venu d’Ailleurs. Pas vraiment des classiques impérissables devant lesquels nous nous callons à chaque Halloween et même, plutôt, des bisseries inégales souvent pourfendues par de vilains défauts. Mais aussi des essais volontaires desquels on parvient toujours à retirer une séquence ou l’autre, une idée pas conne ou une scène gore mémorable. C’est donc avec le solide sentiment que nous aurons dans tous les cas quelque-chose à retirer de Satan’s Slave que l’on enfonce notre robuste index dans le trou humide de la galette, avant d’aller l’insérer dans la fente veloutée de nos lecteurs… Oui, je suis d’humeur (d’humour ?) érotique et j’écris avec la bite, mais vu que Warren a tout fait pour remonter nos caleçons de quelques centimètres, c’est plutôt raccord. Car le but du poto Norman, c’est de verser dans l’épouvante coquine, dans l’horreur à la chair fièrement dévoilée, dans le glauque penché sur la série rose. Et puis, le cul, ça fait toujours plaisir à l’audience, pas perverse à proprement parler mais pas loin, et ça ne coûte pas cher. Tout juste les contrats des actrices, sans doute pas bien coûteux pour la production, gagnent-ils quelques dizaines de livres sterling… Tant mieux pour Warren, dont le cinéma est bâti sur des budgets dérisoires, Satan’s Slave poussant sur un terreau à 15 000 livres seulement. Une misère sans doute partie en bonne partie dans la poche de Michael Gough : pas à proprement parler une star du genre (ce n’est ni Cushing, ni Lee) mais une figure aisément reconnaissable car présente dans quelques fleurons comme Le Cauchemar de Dracula, Le Train des Epouvantes ou Horror Hospital. Pour le reste, on fera à l’économie : le script est rédigé en neuf jours par un David McGillivray (également scénariste pour Pete Walker puisqu’on lui doit House of Whipcord et Frightmare) que l’on croisera également comme acteur pour un petit rôle (ça ne coûte rien !), le compositeur de la musique John Scott (qui fera également celle de la comédie Zoolander de et avec Ben Stiller !) doit composer avec une équipe réduite de sept musiciens, les acteurs doivent quelquefois porter leurs propres fringues faute de costumes, la baraque servant de décor est la même que dans Virgin Witch et La Terreur des Morts-Vivants et l’une des productrices associée fut forcée de tomber la chemise pour jouer une scène de nu parce que l’actrice prévue n’a jamais pointé le bout de ses tétons. On se démerde, en somme, comme dans tout bon petit budget qui se respecte…

 

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Satanisme et messes noires donc dans Satan’s Slave, qui changea plusieurs fois de nom, les décideurs hésitant avec le titre Evil Heritage, prévu dès les prémices puis abandonné avant d’être repris. Ah, ces indécis… Soucieux de bien montrer à son public qu’il ne s’est pas trompé de salle, Warren démarre la pelloche sur un sombre sabbat alors qu’un homme portant un masque de bouc s’apprête à sacrifier au Malin une jolie dinde déplumée. Les formes rebondies sont présentes, l’ambiance inquiétante aussi, les moines déviants également : on sait qu’on est bien arrivés, on peut donc garer notre corbillard dans le parking du vieux Norman. Et la deuxième séquence ne fait que confirmer cette idée que le réalisateur a voulu rassurer les horror addicts : on y voit un jeune homme nommé Stephen Yorke (Martin Potter, aucun lien avec le bigleux magicien pour ce comédien présent dans le Satyricon de Fellini) séduire une amie, qu’il commence à caresser langoureusement avant de se montrer plus viril. Pas du goût de la donzelle, qui repousse les avances pressantes du jeune gus, dès lors très énervé puisqu’il finit par la poignarder ! Le décor est bien placé : Satan’s Slave, ce sera les tristes périples de jeunes filles agressées par des tordus quand elles ne servent pas de viande à offrir à Abaddon. Et comme victime toute désignée, on trouve Catherine (charmante Candace Glendenning, vue dans La Tour du Diable), jeune fille de bonne famille néanmoins moderne et par extension libre. Pour tout dire, elle nique avec son boyfriend bien avant le mariage et ça ne choque pas son vieux daron, donc on n’est pas dans les vieilles familles anglaises qui ont besoin d’un pied de biche pour se desserrer le cul avant de chier. Reste que la petite famille décide d’aller rendre visite au vieil oncle Alexander (Michael Gough), un tonton que personne n’a jamais vu, ni Catherine, ni sa mère. Mais le papa rassure tout le monde : Alexander il est sympa comme tout, juste un peu triste depuis que son épouse est morte voilà déjà plusieurs décennies. Alexander a beau être promis comme étant un bon gars qui vient vous apporter les pains au chocolat à 15 centimes et le café au pied du lit, il n’empêche que sa demeure reculée donne une migraine dingue au père de Catherine. Et ni une ni deux, notre conducteur va encastrer sa carlingue dans un arbre, se tuant en même temps que sa femme à cause de l’impact et de l’explosion de la voiture. Sous le choc, Catherine est dès lors forcée de rester quelques temps alitée chez Alexander, vivant avec ce dernier, sa maîtresse de maison/nouvelle femme (c’est pas très clair, reste qu’elle est incarnée par Barbara Kellerman, revue dans The Monster Club) et son fils… Stephen ! Et oui, le taré du début n’est autre que le rejeton d’Alexander et donc le cousin de Catherine… Ca va être la fête à la maison !

 

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On ne va pas se mentir : Satan’s Slave n’est pas un métrage débordant d’action. On pourrait même dire qu’il est d’une lenteur peu commune, le spectateur finissant constamment passé à tabac par des dialogues d’une longueur plus infernale que les absoutes sataniques menées par Alexander. Car oui, Michael Gough est bien évidemment le grand méchant du métrage, ce que Warren essaie de cacher comme il peut, histoire de créer un soupçon de suspens. En vain, bien entendu, le connaisseur sachant par avance que le copain Gough est la clé du Mal avec un grand M. Soit parce que l’on se doute que l’on n’aura pas réquisitionné pareil acteur pour faire de la figuration, soit parce qui connaît un peu l’épouvante gothique de l’époque sait depuis les films de Bela Lugosi que plus un personnage est noble et poli, plus il est vil ! Et puis, l’habitué de l’interprète aura de toute façon tôt fait de reconnaître la diction si particulière du bonhomme lors de la première scène, alors qu’un mystérieux prêtre démoniaque pas si mystérieux que ça fait couler le sang d’une innocente. Le masque ne sert à rien dans pareil cas : on t’a reconnu, Michael ! Bref, pour le suspense, on repassera, même si la dernière bobine nous offre un twist aussi cruel que surprenant, permettant à cette Esclave de Satan de se clôturer sur une note dérangeante chère à Warren, toujours disposé à verser dans les conclusions charbonneuses. Reste que le bisseux s’attendant à un torrent de violences au tempo enlevé risque fort de tirer la tronche. C’est pourtant pas faute de balancer quelques séquences pas piquées des vers géants : une présumée sorcière torturée au fer chauffé à blanc, un gaillard qui saute du toit de son immeuble et se change en ratatouille une fois qu’il embrasse le bitume, demoiselles lacérées par nos adorateurs du démon, œil crevé,… C’est certain, les attributs gore ne manque certainement pas dans le cinéma de Norman J. Warren, visiblement très décidé à dépoussiérer le style anglais en se montrant plus virulent que ses pairs. Et plus coquin aussi puisque toutes les comédiennes ou presque finissent les seins à l’air, pour le plus grand bonheur des amateurs de formes naturelles… Ca change des Kardashian, hein ! Mais voilà, rien n’y fait, Satan’s Slave traîne la patte comme un marcassin invité au Salon de la Chasse. Par contre, il ne manque définitivement pas de climat…

 

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Car oui, il y de l’ambiance dans le coin, et quelle ambiance ! A croire que des petites fées – ou plutôt des minions de Lucifer –  se sont penchés sur le berceau du film pour lui dire « Tu seras peut-être lent à en crever, mais tu ne manqueras jamais d’atmosphère ! » avant de gueuler « Abra Kadabra Alakazam ! » et lui dégueuler de la poudre magique sur la gueule. En rotant. En est résulté un climat aux petits oignons : la belle campagne est brumeuse, les arbres souffrent et en perdent leur parure, tout le casting se les gèle à mort, la baraque pue la malédiction à plein nez, des tombes de sorcières sont planquées dans les buissons, le sol est boueux,… Et puis on a les silhouettes qui vont bien dans cet univers : un Alexander usant de sa grandeur et de sa prévenance pour cacher sa bassesse, sa volonté de faire chuter dans un terrible piège sa nièce, une simple poupée servant ses talents de nécromancien. Et puis il y a son fils, joué par un Martin Potter tendu comme un arc, tout en rires forcés et en tronche de constipé, dont on ne sait trop s’il est réellement touché par sa cousine Catherine, qu’il convoite plus ou moins secrètement, ou si le fourbe en joue pour la tirer plus profondément dans la noirceur de Pandémonium. En vérité, il ressemble surtout à un gamin capricieux ne supportant pas que l’on se refuse à lui, qu’on le trahisse, et dont le courroux s’exprime dans la brutalité depuis qu’il a vu son père sacrifier sa mère au Prince des Ténèbres… Des ombres tournant autour d’une Catherine faisant office d’oie blanche, de petite princesse entourée par les monstres… Pas nécessairement de la fine psychologie (surtout lorsque l’on se penche sur le cas de la meuf d’Alexander, qui change de camp sans aucune raison apparente) mais des protagonistes bien croqués et bien dans leurs pompes, aux sombres desseins et aux cruels destins. Un film très doom metal, finalement : pas idéal pour faire du sport et suer comme un porc, mais définitivement le genre de film à s’envoyer dans la gueule quand on veut un petit bis vaporeux…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Norman J. Warren
  • Scénario : David McGillivray
  • Production : Richard Crafter, Les Young
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Michael Gough, Candace Glendenning, Martin Potter, Barbara Kellerman
  • Année: 1978

2 comments to Satan’s Slave

  • Roggy  says:

    Excellent chro l’ami pour ce film que j’apprécie malgré son manque d’action. Un peu comme toute la filmo de Norman J. Warren qui possède quelques perles au final.

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