Punisher: L’histoire secrète

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2016 : année du vigilante à la tête de mort ? Puisque l’éditeur Ecstasy of Films a offert au film de Mark Goldblatt un beau blu-ray collector et que le fin connaisseur de l’œuvre de Dolph Lundgren qu’est Jérémie Damoiseau se fend d’un livre sur le premier Punisher, on peut le dire ! Et putain, que c’est bon d’être puni…

 

 

J’ignore si Jérémie Damoiseau vit en couple ou non, mais si c’est bel et bien le cas, l’amour de sa vie se voit forcément obligé de composer avec un grand blond venu de Scandinavie. Car parler de passion à l’égard de Dolph Lundgren pour le Mister Damoiseau tient de l’euphémisme, le mot étant bien faible pour définir l’intérêt que porte le Français à la plus sympathique des stars du cinéma burné. Jérémie a en effet fondé un site toute à la gloire du Suédois disposant d’une paire de grenades à la place du scrotum (www.dolph-ultimate.com), connaît absolument tous les détails sur tous les films de Dolphy et en est même arrivé à travailler pour son compte depuis 2008, accompagnant régulièrement Musclor sur ses tournages. Histoire de nous ramener de nombreuses informations en provenance du set, les conditions de production et les pensées de la vedette, parfois tombée sur des projets boiteux (sa récente série Saf3). Heureusement que notre homme d’acier dispose d’un sacré sens de l’humour et d’une bonne dose d’autodérision, lui permettant de se frayer un chemin jusqu’à l’excellent dessin-animé Sanjay et Craig (diffusé sur Nickelodeon, testez c’est de la bonne came non-sensique). Mais toutes ces activités plus ou moins parallèles au démastiquage de figurant ne sont pas le sujet du bouquin de Jérémie, édité chez BoD et titré Punisher : L’Histoire Secrète. Ce sont donc sur les aventures de Frank Castle qu’a décidé de se pencher Damoiseau, qui nous explique que le film de Goldblatt fut l’un de ses premiers chocs de cinéphage, lui qui se glissa dans la salle obscure diffusant le métrage alors qu’il n’avait pas l’âge requis pour être le témoin de ce tribunal expéditif. On comprend dès lors fort bien l’attachement que peut avoir notre expert pour l’acteur et le film, tout comme on imagine sans mal d’où lui est venue la motivation d’écrire tout un livre sur le sujet…

 

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On ne va pas tourner autour du hangar à mitrailleuses lourdes alors que l’on sait déjà qu’on va partir y faire nos emplettes et démonter tout un quartier : Punisher : L’Histoire Secrète est un must-have pour qui aime Lundgren et la première adaptation de ce héros hors du commun. En un peu plus de 160 pages, Damoiseau décortique le mythe, aidé par une Hélène Merrick s’occupant de la préface et qui en profite pour rappeler que Lundgren est un homme charmant en tous points. Après cela, notre auteur va tout simplement partir chronologiquement et analyser chaque étape de la production du film : la genèse des pelloches de super héros, l’arrivée du Punisher dans les Comics Marvel, l’écriture du scénario par Boaz Yakin (désormais réalisateur, par exemple du Safe avec Statham, à ne pas confondre avec la série citée plus haut évidemment), la pré-prod, le tournage, la post-prod, la distribution et enfin tout ce qui entoure le Punisher 2 un temps évoqué. Autant dire que l’on a le temps, tout au long de ce périple, de se sentir dans les coulisses et d’en apprendre : conflits lors du scénario entre un Yakin pas très heureux de voir son taf être réécrit par son mentor Robert Mark Kamen, dangers réguliers pris par un Lundgren s’amusant à faire lui-même ses cascades, déconvenues lors de la distributions suite aux choix de New World, société productrice, embarras d’un Dolph forcé de s’occuper de la promotion lui-même et un poil déçu du résultat, débats autour de la présence ou non de l’emblème à tête de mort,… Inutile de plus en dire et vous spoiler ce que vous trouverez dans le livre – à vous de le découvrir en partant ramper dans les égouts à la recherche de cet illuminé vengeur de Castle – et occupons-nous plutôt de l’aspect « critique ». Même si, à dire vrai, il n’y a franchement pas grand-chose, pour ne pas dire rien, à reprocher au travail fait par Damoiseau…

 

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Car le gaillard sait tenir une plume : s’il ne se lance pas dans de grandes envolées lyriques et se décide pour un style simple et sans fioritures inutiles, il en travaille néanmoins le texte, fluide au possible. Son style n’efface pas les nombreuses informations disséminées au fil de ces coulées d’encre, informations qui en retour ne donnent jamais à l’ensemble des airs de pages Wikipedia rédigées à la va-vite sur un ton robotique. Jérémie raconte tout d’abord une histoire, sincèrement, sans embellir ou ternir les faits, se basant sur des faits et en nuançant certains propos lorsque le besoin se fait sentir. Honnête cette Histoire secrète qui ne l’est plus à compter de ce jour, pensée comme une aventure avec un début, un milieu et une fin. Certes, on sent que l’auteur porte un amour gros comme ça à l’œuvre et n’est point en accord avec l’avis général voulant que Punisher soit bien trop mou pour un film d’action (il répète d’ailleur ce désaccord à quelques reprises), reste qu’il n’en fait pas non plus une œuvre trônant au sommet de la chaîne alimentaire constituée de Belges cogneurs et de boxeurs italiens… Damoiseau est conscient des limites du spectacle, lui-même limité par un budget de Série B pourtant bien caché dans le résultat final, et plutôt que de tenter de convaincre de possibles détracteurs (qui n’achèteront de toute façon pas l’ouvrage, qui ne leur est pas destiné), il préfère se concentrer sur la machine humaine derrière cette bande d’exploitation en avance sur son temps. Les rapports entre les uns et les autres, entre des scénaristes se sentant trahis et d’autres pensant plus en des termes commerciaux, entre un réalisateur finalement assez discret et ne faisant guère de vagues et une star volontaire prenant le projet à bras le corps lorsque ses producteurs s’en désintéresseront, un Suédois modeste pourtant pris comme un demi-Dieu par des Japonais ravis de se faire décaler la gueule par la star,… Ressort finalement de la lecture la sensation que le Punisher est un film à la conception « autre », à la fois pensé pour cartonner en profitant d’une certaine chauve-souris déployant ses ailes à la même période, mais façonné comme les petites œuvrettes de Roger Corman, dont l’ombre plane par moment. Après tout, New World fut sa création et s’il l’a revendue et n’a dès lors pas participé à l’élaboration de Punisher, la pelloche a gardé cet aspect bricolé. Relatif, bien évidemment, mais percevable à la lecture du livre.

 

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Le film développe dès lors une image très humaine, faite d’enthousiasme et de déceptions, celle d’un métrage un peu maudit depuis sa sortie, pas franchement faite dans les règles de l’art. Damoiseau lui rend en tout cas justice, se faisant à son tour un vigilante à la mâchoire serrée, trouant les idées reçues à l’aide de sa mitraillette. Alors on pourra éventuellement estimer que le prix (19€) est peut-être un peu élevé par rapport à la somme de pages, mais c’est sans doute là le prix de son existence. Et nous serions bien bêtes de nous en priver tant le plaisir est présent, L’Histoire Secrète s’avalant d’une traite sans laisser de goût amer au fond de la gorge. On espère même que Jérémie se lancera dans un énorme ouvrage toute à la gloire de Dolph, s’occupant de chacun de ses films et repartant derrière la scène pour nous ramener de nouvelles anecdotes. Cela semble prévu, donc préparez les feux d’artifices, car ce sera la fête ! En attendant, le présent livre à la belle couverture de Melki pourra satisfaire les appétits, soyez-en assurés.

Rigs Mordo

 

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  • Auteur: Jérémie Damoiseau
  • Editeur: BoD
  • Pays: France
  • Année: 2016

2 comments to Punisher: L’histoire secrète

  • Roggy  says:

    Eh bien, tu donnes sacrément envie de lire ce bouquin sur le grand blond avec une armure noire !

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