Campement de l’Horreur

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Donnez-moi un S ! Donnez-moi un L ! Un A ! Un S ! Un H ! Un E ! Un R ! SLASHER ! Existe-t-il plus beau mot dans le monde foutraque de la Série B américaine, par ailleurs ? Non, trois fois non, et ce Cheerleader Camp dont on n’attendait rien mais se trouve pourtant être un délicieux muffin au camembert nous le prouve encore une fois !

 

 

C’est pas pour refaire de la publicité à cet être infâme qu’est Pascal Gillon, mais son Rétro Wizard Day a tout de même du bon. Alors que votre serviteur nucléaire se baladait dans les stands dégueulant de DVD et traquait la bête à vil prix, il tomba nez-à-nez avec Campement de l’Horreur (aussi connu sous le nom Poupées de Chair). Alias Cheerleader Camp, un petit slasher oublié (pour tout dire, même l’éminent Justin Kerswell oublie de le citer de son bouquin Slasher Movie Book !), surtout reconnu pour son affiche mémorable dévoilant une pom-pom girl avec une face de squelette. Et le vieux Rigs Mordo, pourtant fan de slasher comme vous le savez sans doute, ignorait jusqu’à l’existence d’une galette française, sortie chez un éditeur nommé Optilux et que l’on devine des plus discrets. A 6 euros le frisbee tranchant, on ne réfléchit pas, on prend et on se posera des questions après, confiant que nous sommes en John Quinn, réalisateur du jour. Il n’y a pourtant pas de quoi, le mecton signant ici son premier méfait et se dirigeant rapidement vers des domaines moins horrifiques, emballant quelques Teen Movies, des comédies gentillettes, des contes pour les plus petits ou de l’exploitation coquine. Monsieur bouffe à tous les râteliers, en somme, et l’on devine le bon petit artisan surtout soucieux de pouvoir payer ses factures à la fin du mois. Pas un grand fan du cinéma d’horreur à première vue, pas un de ces Jim Wynorski ou Fred Olen Ray prêts à rester dans le giron baveux toute leur vie, et donc plutôt un mercenaire de l’objectif faisant ce qu’il peut quand il le peut. Ses armes, notre soldat de la pelloche les fait donc avec ce petit slasher, sorti en 1988 et à la base prévu sous le titre Bloody Pompoms. Un changement de nom et une sortie confidentielle au cinéma vite suivie de l’habituel débarquement sur les plages de la vidéo plus tard, Cheerleader Camp est fin prêt à trouver son public. Ou pas, comme précisé plus haut, cette petite virée au milieu des jupes écourtées et des acrobates souriantes n’étant jamais, ô grand jamais, devenue un classique du genre. Ce n’est pourtant pas les arguments qui manquent pour en faire un bon petit bijou bien cheesy…

 

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Alison a beau avoir tout pour elle, rien ne va : si elle est jeune et jolie, elle est également tourmentée par d’horribles cauchemars liés à son activité de pom-pom girl, la pauvre s’imaginant attaquée par ses boules à paillettes ! Pour ne rien arranger, notre gamine (incarnée par une Betsy Russell devenue par la suite une figure importante de la saga Saw) doit justement partir avec son club pour une compétition de Cheerleaders, au Camp Hurrah (ça ne s’invente pas !). Mais les choses se passent plus que mal sur place : d’une part parce qu’hormis la mascotte de l’équipe, ses camarades ne s’entendent pas avec elle, d’une autre parce que son boyfriend se met à draguer la favorite de la compétition, une belle blonde que l’on retrouvera morte dès le lendemain. Si le drame prend des contours de suicide, il paraît bien vite évident qu’un tueur se ballade dans ce petit camp de vacances et prend l’habitude de limer sa lame sur les os des plus jolies jeunes filles venues concourir. Mais qui pourrait bien être le coupable ? La désagréable organisatrice ? L’aviné et étrange gérant du campement ? Le taiseux et glauque cuisinier ? Une demoiselle jalouse ? Le sheriff pervers ? A moins que ce ne soit Brent, le petit ami d’Alison ? Car comme de par hasard, cette espèce de version Z de Jean-Claude Van Damme a souvent été vu avec les victimes avant qu’elles ne passent l’arme à gauche… Bizarre, vous avez dit bizarre ? Alison ne veut y croire, cependant, trop entichée du costaud, un salopiaud qui passe pourtant le plus clair de son temps à la tromper. Et qui ne s’en cache d’ailleurs guère puisqu’il pelote les autres donzelles alors que sa fiancée est à quelques mètres à peine. Faut dire que bel homme comme il est, notre héroïne aurait bien tort de s’en priver pour de banales histoires d’infidélité… Jugez un peu du charisme du bonhomme :

 

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Quand on a la chance de tomber sur une perle rare comme celle-là, on la garde bien au chaud et on ferme les yeux sur ses galipettes parallèles, vous pensez bien… John Quinn n’est en tout cas pas un renardeau sorti de son terrier voilà deux jours et semble connaître les ficelles du slasher, ici devenues de véritables câbles EDF : on retrouve en effet la jolie demoiselle tourmentée, un assassin invisible qui ne révèlera son identité que lors des ultimes minutes du métrage, des meurtres variés et plutôt gore, un lieu unique et de la nudité. Autant dire que le théorème de Voorhees est bien respecté, tout comme l’Alpha et l’Oméga selon Carpenter. Tout concorde donc à faire de Cheerleader Camp le petit psychokiller estival de base, celui devant lequel on se sentira chez soi, à l’aise comme dans un vieux divan dont on connaît les moindres recoins. Pourtant, Quinn décide de se distinguer de la masse en jouant une carte certes peu novatrice (surtout dans les eighties) mais qu’il compte utiliser à bon escient : l’humour. C’est d’ailleurs bien simple : le spectateur prenant Campement de l’Horreur en cours de route et ne sachant pas sur quelle bande il est tombé risque fort d’être surpris devant le peu d’attributs d’épouvante trouvables dans la première partie du métrage. Les deux tiers du récit misent en effet sur un humour bas du front à la Porky’s ou Police Academy, alignant les friponneries et les personnages hauts en couleurs, via des situations typiques du teen movie un peu con sur les bords. On se retrouve donc avec l’indispensable obèse, constamment de bonne humeur et obsédé, qui se déguise en militaire pour partir filmer les ébats des autres pour obtenir son petit film porno rien qu’à lui, qui se déguise en vieille femme pour aller observer les nénettes qui se baignent topless dans un ruisseau, qui fait dépasser son derrière de tricératops de la fenêtre de la bagnole et lâche des pets énormes, qui mange comme quinze et tombe à la renverse en entraînant dans sa chute ses voisins, qui fait des blagues salaces,… Vous voyez le topo, le niveau est bas, vise le slibard et pourrait bien faire passer Bigard pour l’empereur de la finesse et du bon goût !

 

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N’empêche que tout crétins soient ces gags foireux, ils divertissent sans mal et font passer le temps plus rapidement que les sempiternelles petites amourettes et discussions sans intérêt qu’on nous ressort habituellement. Entre voir des couples se disputer sous la lune et assister aux vannes grasses d’un John Candy Z, le choix est vite fait et l’on remercie Quinn de s’être laissé entraîner dans cette spirale déjantée. Bien évidemment, le slasherophile finit par s’inquiéter et par se demander si le maboul de garde finira par sortir ses sabres, lui qui s’est jusque-là contenté de trancher les veines d’une blondinette à beaux seins. Autant le dire, d’ailleurs : sans les cauchemars très typés Les Griffes de La Nuit (les pom-poms lacèrent les jambes d’Alison, parfois isolée dans des vestiaires rappelant La Revanche de Freddy ou s’imaginant agressée par des mascottes), on en oublierait presque que nous sommes calés devant un film d’horreur, Quinn préférant rire des épreuves de jeunes déguisés en poulet, crocodile ou souris que de verser dans le trash. Du moins pour le moment car il passe bien évidemment la seconde une fois la nuit tombée, les assassinats violents s’enchaînant alors à un rythme aussi soutenu qu’un martelage de fûts au Hellfest. Cisailles plantées dans l’arrière du crâne et ressortant par le gosier, écrabouillage de nénette avec une bagnole, planté du hachoir entre les omoplates, piège à loup se refermant sur une tronche, éviscération à la faux, étranglement avec les fils du téléphone,… Rien de très neuf, c’est sûr, mais de quoi offrir un bon décrassage à nos garnements, pour le coup tués assez salement. Ce qui est d’autant plus étonnant que l’on ne s’attendait pas à grand-chose de très trashouille au vu de la bonne humeur de la première partie. Difficile d’imaginer que l’un des personnages va se faire élargir le nombril pour en faire tomber ses entrailles dans les orties alors qu’il prenait le temps de faire une pause pipi, malgré la présence du tueur dans les parages !

 

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C’est d’ailleurs là que se trouve la force de Cheerleader Camp, finalement, dans cette propension à marier deux styles à priori antinomiques sans les traiter par-dessus la guibole. Les surprises se trouvent dès lors à chaque coin d’arbre, Quinn oscillant sans cesse entre la gaudriole branchée caca-prout et l’épouvante pas loin d’être glauque. Car si l’on se fend la gueule devant des scènes d’une idiotie rare, comme lorsque le sheriff du comté va mater les biquettes en grommelant un beau « A poil, merde ! », on ne rigole plus du tout devant la conclusion du métrage, noire de chez noire. Certes, c’est pas du Sleepaway Camp non plus, mais c’est en tout cas bien plus dark que tous les Halloween et Vendredi 13 réunis, sans l’ombre d’un doute, puisqu’un personnage finira accusé pour des crimes qu’il n’a pas commis ! Rude… Et étonnant quand, quelques minutes auparavant, les protagonistes faisaient toujours les bouffons, surjouant comme des damnés sortis de la plus ringarde des comédies eighties. Rien n’est donc unidimensionnel dans Campement de l’Horreur et surement pas ses personnages, présentés comme des clichés ambulants mais servant toujours une double cause. L’inquiétant cuisto est présent pour balancer des regards noirs… mais éternue sur les saucisses et est le premier à flipper et filer quand on découvre des cadavres. L’organisatrice de la compétition est une saloperie très sévère et hautaine… mais aussi une folle du cul qui couche avec le sheriff pour qu’il ferme les yeux sur la découverte d’une suicidée dans le camp. Le gérant est l’attribut trouble de l’endroit, présenté comme le potentiel assassin (il n’en est bien évidemment rien et on devine d’ailleurs très facilement qui est le vrai coupable), un violent sortant la pétoire pour un rien… mais c’est aussi un gros blagueur qui se gausse des vilaines vannes faites à l’organisatrice. Et puis il y a les jeunettes, présentées comme des garces mais plus sensibles qu’il n’y paraît, moins propices à écarter les lèvres du bas qu’on pourrait le croire. Quinn aime bien ses personnages, cela se sent, et s’il s’en moque, il les regarde toujours avec une certaine tendresse…

 

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Il y a finalement tout ce que l’on aime dans Cheerleader Camp : des meurtres faisant jaillir l’hémoglobine, des personnages mémorables, des poitrines bronzant au soleil, de l’humour bas de plafond, des séquences obscures, des allées et venues rappelant les meilleurs épisodes de Scooby-Doo, des acteurs en roue libre (les connaisseurs seront heureux de trouver Buck Flower dans un rôle plus consistant que d’ordinaire) et cette jolie nature ensoleillée. On a donc pas à se plaindre, on est royal au bar avec notre bon petit cocktail, cette petite pelloche modeste sentant bon le chewing-gum à la fraise et les doux dingues qui y sont enfermés. Et tant pis si le DVD se ramasse un bruit parasite insupportable durant tout le métrage : on s’est bien amusé et c’est bien le principal !

Rigs Mordo

 

PS: une pensée pour Poison Emy, qui lira cette chronique en déformo-vision sur son téléphone !

 

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  • Réalisation : John Quinn
  • Scénario : David Lee Fein, R.L. O’Keefe
  • Production : John Quinn, Jeff Prettyman
  • Titre: Cheerleader Camp
  • Pays: USA
  • Acteurs: Betsy Russell, Leif Garrett, Travis McKenna, Lucinda Dickey
  • Année: 1988

 

7 comments to Campement de l’Horreur

  • Hugo Spanky  says:

    C’est noté, je mets la machine en branle et je regarde ça dès ce soir. Voila qui va nous changer du cycle shark par lequel nous nous enfonçant dans des profondeurs abyssales jusque là ignorées par l’être humain (jersey shore shark attack, ou mieux encore beach shark aka le requin des sables !!!!!)))))

  • Roggy  says:

    Je ne connaissais pas le film, mais visiblement il mérite qu’on s’y attarde !

  • Nazku Nazku  says:

    Je ne connaissais pas du tout, mais en même temps j’ai l’impression d’avoir déjà vu cette affiche avant. Film à mettre dans ma trop longue liste de films à voir. ^^

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