The Conjuring 2: Le Cas Enfield

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Au vu de la benne entière de billets verts vidée dans le parking de chez Warner grâce à leur première aventure, Ed et Lorraine Warren ne pouvaient en rester à un seul et unique métrage. Nos chasseurs de fantômes sont donc loin d’être à la retraite et nous le prouvent ici en foulant du talon la célèbre maison d’Amityville, en affrontant un spectre sénile et en se frottant à une nonne démoniaque. Pas de repos pour les casseurs d’ectoplasmes !

 

 

Il les aime ses fantômes, ce nouveau Golden Boy de l’horreur qu’est James Wan ! Rendez-vous compte, le garnement en est déjà à sa cinquième incursion dans le genre spectral, Conjuring 2 : Le Cas Enfield arrivant après Dead Silence, deux Insidious et bien sûr Conjuring premier du nom. C’est que ça en fait du revenant énervé et on comprend sans mal que l’Australien éprouva quelquefois le besoin de s’éloigner des greniers hantés. Tantôt en lançant la vague du Torture Porn via le surestimé Saw, tantôt en misant sur l’action, rude avec Death Sentence ou divertissante avec Fast and Furious 7. Mais rien n’y fait, pour le commun des mortels, le nom James Wan est associé aux apparitions diaboliques, venues emmerder des petites familles très américaines (comprendre qu’elles sont parfaites) et chassées par des pros du paranormal. Et quand il n’en réalise pas, le James en produit : le navet Annabelle et sa suite prévue pour l’an prochain, Insidious 3 de son pote Leigh Whannel et le quatrième opus également planifié pour 2017, le plutôt buzzé Dans le Noir, un Demonic avec Maria Bello passé assez inaperçu,… Il reste dans le cimetière, le Wanou, creusant dans les tombes pour en extirper de nouveaux vilains translucides ne sortant les crocs qu’une fois les lumières éteintes… Et vu que cela lui réussit plutôt bien jusque-là, il aurait tort de s’en priver. Bien sûr, on nous fera toujours remarquer que le deuxième Insidious, qu’il réalisait, n’était jamais une œuvre bien maligne. C’est on ne peut plus vrai. N’empêche que même cette petite descente qualitative (très relative, cependant) contenait son lot de séquences tendues et de sursauts, constituant au final un très efficace train fantôme. Mais à trop tirer sur la corde, on risque bien évidement de la péter et de se la prendre dans la gueule via un effet élastique. Ou de l’envoyer à la face d’un public qui risque de finir énervé qu’on lui serve encore et toujours la même soupe aux esprits… A voir si Conjuring 2 nous brulera la langue et nous poussera au crachat ou si on avalera une fois de plus sans trop se plaindre…

 

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Nous avions quittés les Warren bien contents d’eux-mêmes à la fin du premier Conjuring : nos deux bigots avaient botté le cul d’une sorcière revêche, sauvant dans le même temps une petite famille apeurée. De quoi sortir le champagne et baiser jusqu’au bout de la nuit en dansant sur du Black Sabbath, même si Ed et Lorraine sont plutôt du genre à aller se coucher après une bonne tisane. Confiants en leur savoir sur la démonologie, nos Ghostbusters passant plus de temps à la messe qu’à confectionner des packs de proton empilent dès lors les conférences où ils nous causent des dangers de Satan. Et dans quel grenier finissent nos deux stars de l’au-delà ? Dans celui d’Amityville, bien sûr, Lorraine y vivant même une expérience douloureuse puisqu’elle croise une nonne lui filant la pétoche de sa vie. Refroidie pour un moment, elle décide de devenir une mère au foyer tout ce qu’il y a de plus classique (c’est bien, leur gamine sera un peu plus rassurée lorsqu’une putain de poupée infernale l’attaque pendant la nuit !), une décision également poussée par le fait que les critiques commencent à tomber. Car on accuse bien évidemment les Warren d’être de mèche avec les Lutz, famille ayant fait son beurre sur sa désagréable expérience vécue à Amityville. De quoi calmer les envies de courir après les diablotins dans des caves humides… Pas de bol, à des milliers de kilomètres de là, une petite famille anglaise est justement taquinée par un spectre de vieillard, pas franchement réjoui que d’autres vivent dans sa bicoque. Du coup il tire les gamines du lit, en possède certaines, se transforme en grand monstre pour les faire chier dans leurs frocs, fait virevolter les chaises, change les meubles de place,… Faut toujours qu’ils cassent les burnes du monde, les fantômes, tu les verras jamais passer l’aspirateur, t’amener des chocolats au coin du lit ou faire la vaisselle pendant la nuit ! Nan, les saligauds préfèrent te balancer tes tasses en porcelaine au sol pour que tu t’écorches les pieds le lendemain matin, jouent avec les lumières pour faire grimper les factures d’électricité, te collent du Muse dans les oreilles pour te les pourrir un bon coup et changent les chaînes télévisées pour te niquer la soirée avec un Tarantino. Ils font chier, quoi ! Et comme de juste, face à la détresse ambiante, les Warren reprennent du service, le crucifix entre les dents et le missel bien calé au fond du slip…

 

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Disons-le tout net, le récit n’est pas franchement le point fort de Conjuring 2, celui-ci étant à peu de choses près le même que celui du premier volet. Même ficelles, mêmes retournements de situation aux mêmes moments, personnages écopant de rôles similaires (les différences entre la famille du premier film et celle-ci ne sont pas flagrantes, si ce n’est le manque d’une figure paternelle), fantômes agissant tous plus ou moins de la même manière,… En bref, la méthode n’est guère chamboulée, Wan et ses trois scénaristes sachant fort bien que la force de pareil projet se trouve moins dans le script, finalement très accessoire, que dans les effets. Ils ne se foulent dès lors pas des masses lorsque vient le moment de jongler, artificiellement, entre les avis des cathos persuadés que le Diable existe et ceux de scientifiques convaincus que tout cela n’est qu’une manière d’attirer l’attention de la part de familles voulant se faire voir et tirer un peu de flouze de la situation. Bien entendu, on se doute que Wan ne va pas nous sortir ce qui est très probablement la vérité, à savoir que les Lutz ont monté une affaire de toute pièce et que les Hodgson (la famille britannique) étaient sans doute un peu tarés sur les bords. C’est que le copain James ne va pas se tirer une balle dans le pied et soudainement nous dire que les goules ça n’existe pas, lui qui a basé la moitié de sa carrière sur leur présence parmi nous… Alors les scientifiques sont forcément montrés comme des monstres dénués de cœur, comme des ordures insultantes (voir le personnage de Franka Potente, une psychologue froide comme un Cornetto à la pistache), et si les Warren hésitent eux-mêmes durant un moment, cela ne dure guère. On peut d’ailleurs se demander comment le brave Ed peut douter de l’existence d’un fantôme dans la baraque alors qu’il voit la mère de famille se faire mordre dans la cave inondée, tout de même ! Dommage donc, cette question étant traitée par-dessus la jambe. Mais ce n’est guère surprenant, la franchise Conjuring n’étant pas prête de nous expliquer que tout ça, ce n’était que de l’arnaque. Wan et ses producteurs ont besoin que le public y croie dur comme fer, alors autant jouer le jeu…

 

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Le jeu fonctionne d’ailleurs fort bien : on se prend à flipper à quelques reprises, surtout lors de la scène du tableau de la nonne. Une séquence incroyablement stressante, convoquant à la fois l’épouvante des années 20 (l’ombre de Nosferatu plane ici, c’est le cas de le dire) et l’effroi à l’asiatique pour un résultat apte à nous repeindre nos calbars Athena couleur noisette. Peut-être la meilleure scène filmée par Wan jusqu’ici, c’est dire… Le reste fonctionne toujours également, le réalisateur disposant d’un savoir-faire que bien des Ti West et compagnie doivent envier, au point que l’on pardonne à James le fait qu’il nous balance encore et encore, de films en films, les mêmes scènes. Les gamines sont emmerdées dans leur lit alors qu’elles tentent de dormir, les jouets des gosses se baladent tout seul, on n’échappe pas à l’obligatoire possession et les fantômes apparaissent toujours au moment où l’on s’y attend le moins. Enfin, vu qu’on commence à les voir venir, ça ne marche plus à tous les coups… Il tourne en rond, le père de Jigsaw ? Un peu et Conjuring 2 rappelle beaucoup trop ses deux Insidious pour que cela ne finisse pas par gêner. Car on ne peut pas ne pas remarquer que le personnage de Patrick Wilson, acteur présent dans les deux sagas, traverse quasiment les mêmes séquences : le pauvre à un fantôme féminin sur le dos qui veut l’éliminer, se retrouve tout seul dans un lieu dangereux, avait un ectoplasme près de lui dans son enfance,… C’est un peu la même tambouille, quoi ! Rajouter à cela que Wan nous ressort une fois de plus sa peur des vieilles femmes et le tableau est complet. Car il faudra un jour se pencher sérieusement sur la question : James Wan n’aurait-il pas une peur bleue des femmes, surtout de celles entrées dans le troisième âge ? On me rétorquera qu’il a créé des boogeymen masculins, comme Jigsaw, le démon rouge d’Insidious ou le papy de ce Conjuring 2, je répondrai qu’ils sont toujours moins efficaces que leurs pendants féminins. La sadique Mary Shaw, la vieille à la bougie des deux Insidious, la mère de cette dernière dans la suite, las sorcière de Conjuring, la nonne des enfers,… On ne va pas se plaindre de cette tendance, car effectivement tous ces personnages font que l’on sera toujours un peu moins sûrs de nous lorsque viendra le moment d’aller pisser à 2 heures du matin (Bah, la vessie attendra bien demain avant d’exploser !), n’empêche que la redite est bien là… Notez également, et c’est purement subjectif, que Wan se sent obligé de faire hurler sa nonne, pourtant bien plus creepy lorsqu’elle vous fixe et avance lentement sans ouvrir la gueule. Dommage, ces cris inhumains lui font plus de mal que de bien…

 

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Plus problématique est cependant cette foutue tendance qu’à Wan à en faire trop, au point de verser dans le pompier le plus énervant. Lorraine en devient bonne à baffer à la clé à molette, par exemple, lorsqu’elle se met à parler toute seule de ce qu’elle vient de découvrir, de manière hachée et en gueulant, plutôt que de se presser et agir ! Et ne parlons même pas des scènes familiales, proprement insupportables tant elles sont sucrées, un problème qui plombait déjà un Death Sentence qui finissait par y perdre en crédibilité. On entend bien que Wan ne peut pas nous taper 2h10 (car oui, c’est long Conjuring 2) de peur pure et dure, notre zigoto étant bien forcé de varier les sensations et offrir un peu de repos au spectateur via quelques plages plus calmes. Mais est-ce vraiment utiles de nous refoutre les dialogues tout love des Warren ou de montrer Ed en train de chanter du Elvis ? Trop c’est trop et on n’est pas loin des téléfilms de Noël pour les chiards… Et c’est d’autant plus amusant que Wan balance lors du générique de fin des photographies tirées du véritable « drame », nous montrant les enfants ayant vraiment vécu tout ce bordel et des images des vrais Warren. Et le moins qu’on puisse dire c’est que Patrick Wilson et Vera Farmiga ont bien du mérite pour parvenir à les rendre sympathiques (moins que dans le premier film, cela dit), les véritables Warren ressemblant fort à ce qu’ils sont réellement: des arnaqueurs en mal de publicité, des catholiques aux airs peu avenants, coincés du cul comme pas permis. En nous montrant ces clichés, Wan nous rappelle qu’il est un pro de la reconstitution (ses années 70 sont crédibles à mort) mais il souligne également qu’il vient de rendre épique une vaste fumisterie. On ne sait trop si on doit l’en féliciter ou s’en trouver navrés…

 

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En bref, Conjuring 2, c’est un peu l’essai de trop, le bout de la démonstration pour un Wan qui devrait songer à voler vers d’autres cieux et lâcher un peu ses fantômes cachés derrière de vieux rideaux. Son talent, sa modestie et son art de l’effroi pourraient en effet se rider s’il reste encore trop dans les mêmes eaux, son cinéma se fripant peu à peu à force de baigner chez les morts. Conjuring 2 n’est cependant jamais mauvais et n’emmerde guère, la technique étant parfaite (photo magnifique, réalisation à l’avenant, bonne musique : tout est là et Wan reste le leader de la nouvelle vague horrifique) et la trouille au rendez-vous. Il se trouve juste que ce film, on le voit désormais trois ou quatre fois par an et que cela commence à faire beaucoup… Et on n’en a pas fini puisqu’il y a des chances que les Warren reviennent une troisième fois, tandis que la nonne a déjà son œuvre en solo programmée, The Nun. Le pire c’est qu’on y retournera, qu’on s’y plaira bien et qu’une fois sorti de la salle on se plaindra encore que tout était pareil que précédemment… Nous voilà bel et bien pris dans la boucle du Styx, mes amis…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : James Wan
  • Scénario : Carey W. Hayes, Chad Hayes, David Leslie Johnson, James Wan
  • Production : Bob Cowan, Peter Safran, James Wan
  • Pays: USA
  • Acteurs: Patrick Wilson, Vera Farmiga, Sterling Jerrins, Simon McBurney
  • Année: 2016

2 comments to The Conjuring 2: Le Cas Enfield

  • Nazku Nazku  says:

    C’est vrai que les films des sagas Conjuring et Insidious commencent à se ressembler un peu trop. Et oui, c’est sûr que j’irai voir The Nun et Conjuring 3. 😀 On chiale, mais on aime ça. xD Je suis juste très déçue que James Wan n’ait pas fait Conjuring 2 à propos d’Amytiville. Ça aurait pu donner quelque chose de vraiment bien si on se fit aux quelques minutes au début de Conjuring 2. ^^; Et totalement d’accord avec toi: la scène du tableau et de la nonne était GÉNIALE. <3 Par contre on dirait bien que j'ai plus apprécié le film que toi. Même que je l'ai préféré au 1er. Peut-être parce que justement il ressemblait plus à Insidious (film que j'adore)…

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