The Neanderthal Man

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C’est l’affiche espagnole qui nous le dit : The Neanderthal Man est plus impressionnant que la créature de Frankenstein, plus sanguinaire que Dracula et plus criminel que le loup-garou ! Etrangement, on a du mal à y croire, méfiants misanthropes que nous sommes… Et on a bien raison !

 

 

Ah les années 50 et ses Craignos Monsters… Un vrai vivier à monstruosités ringardes que les fifties, un élevage dans lequel on croise les créatures les plus improbables comme des vautours géants, des cerveaux flottants, des cyclopes cherchant la bagarre ou des araignées lunaires. Bienvenue au zoo, en somme, et personne ne sera surpris d’y trouver au fond d’une cage crasseuse un homme des cavernes. Après tout, pourquoi pas ? Puisque l’on accepte que nos écrans soient envahis par des aliens aux yeux globuleux, des Martiens rendant saouls leurs proies ou des crabes télépathes, rien ne nous empêche de nous dire qu’un homme de Neandertal revient d’un lointain passé pour amuser la galerie. Et son dresseur n’est autre qu’Ewald André Dupont, réalisateur Allemand particulièrement prolifique. Le brave Ewald commença en effet sa carrière comme scénariste pour le cinéma muet avant de devenir un réalisateur principalement spécialisé dans le film policier. Au début des années 30, le teuton s’envole et partira faire des affaires pelliculées à Londres avant de se rendre à Hollywood, où il finira sa carrière et ses jours, décédant en 1956. Soit trois petites années avant d’emballer The Neanderthal Man, petite Série B indépendante montée avec trois bouts de ficelles et quatre trombones, produite par Audrey Wisberg et Jack Pollexfen, des scénaristes-producteurs à qui l’on doit déjà The Man from Planet X. Des vieux routards habitués à modeler via des budgets ridicules des petites bandes oubliables – et souvent oubliées – prévues pour les petits cinémas ou quelque drive-in, histoire que les adolescents puissent se frotter les miches sur la banquette arrière, entre deux scènes avec le monstre. Presque une tâche ingrate pour un André Dupont qui emballa tout de même un Moulin Rouge à succès en 1928, le glamour, les danseuses et le champagne étant remplacés par des décors pauvres, des maquillages ratés et du frisson à la petite semaine…

 

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Car on ne va pas se le cacher : The Neanderthal Man n’est pas une grande réussite, loin s’en faut, et même notre nostalgie et notre œil bienveillant envers les menues productions des années cinquante ne peuvent le sauver du naufrage. D’ailleurs, les Wisberg et Pollexfen flanqués derrière le script n’avaient de toute évidence pas l’intention de fournir autre-chose qu’un petit film d’horreur basique, pour ne pas dire banal, leur scénario n’apportant absolument aucune nouveauté si ce n’est éventuellement la présence à notre époque d’un sauvage préhistorique. Comment que ça se fait, d’ailleurs, que le Capitaine Caverne trimballe ses haillons à notre époque (enfin, celle des années fifties, on se comprend) ? C’est tout con : le professeur Clifford Groves (Robert Shayne, vu dans la série Superman de l’époque et dans War of the Satellites et Teenage Cave Man) est un véritable génie travaillant sur l’intelligence de nos ancêtres et il en est arrivé à une découverte qui fera selon lui sensation. En effet, d’après ses études, les descendants du singe que nous étions voilà plusieurs milliers d’années n’étaient visiblement pas beaucoup plus cons que ceux que nous sommes actuellement. Personnellement, il suffit de jeter un œil par la fenêtre ou allumer la télévision et tomber sur Hanouna ou Kev Adams pour m’en convaincre… Reste que les confrères du Clifford le prennent pour un doux dingue et lui expliquent poliment que ses recherches, c’est de la pisse d’opossum, ce qui énerve bien évidemment l’intéressé, qui les envoie chier avec virulence. Une fois de retour chez lui, ce furieux de Groves décide de tester un sérum de sa concoction pour prouver ses dires au reste du monde. Il injecte alors sa potion magique dans ses propres veines et se transforme alors en un dangereux colosse préhistorique, prêt à ravager la région. La population du coin n’avait d’ailleurs pas besoin de ça en plus, déjà emmerdée qu’elle était par la présence d’un tigre à dents de sabre échappé du règne des dinosaures. Encore une expérience du vieux Groves, bien sûr, qui a testé son sérum sur un chat qui aura gagné dix tailles de chaussettes dans l’affaire… Pour le reste, rien de bien spécial : on prend un spécialiste de la faune et on en fait le fade héros habituel (Richard Crane, vu dans The Alligator People), on lui colle dans les pattes la très inquiète fille du professeur, on rajoute quelques chasseurs voulant en finir avec les dangers menaçant leur vie et on obtient le petit film d’horreur de base des années 50.

 

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The Neanderthal Man ne risque en tout cas pas de dépayser les vieux roublards branchés fantastique vintage puisque son ADN est exactement identique à celles de tous les films sortis à la même période, ses ficelles reprises ailleurs et son monstre une simple variante de l’homme-loup, croisée avec le mythe de Mister Hyde. Les transformations nous rappellent en effet les tests du Docteur Jekyll, les effets spéciaux en moins puisque la fameuse mutation se fait ici via en quelques plans non-reliés, permettant au maquilleur de faire son travail entre les prises. On film le visage de Groves, la caméra se détourne vers autre-chose comme un chat qui gueule, on revient sur notre personnage un peu plus velu qu’auparavant, on répète l’opération à deux ou trois reprises et c’est dans la poche ! Enfantin, mais tel est le jeu des productions mineures, réduites aux trucages les plus élémentaires pour faire passer des pilules parfois trop grosses pour être avalées proprement… De même, on ne croit jamais à la présence d’un Sabertooth dans le petit bosquet situé non loin de la baraque du professeur, là où de pauvres jeunes gens viennent pique-niquer et se font bouffer les cuisses par ce gros minet traquant les petits titis. Car pour donner vie à cette belle bête, la production a eu recours à un tigre tout ce qu’il y a de plus normal, envoyé se balader entre les buissons, mais ne disposant bien évidemment pas des fameuses défenses de son ancêtre. Sauf lors de quelques gros plans, l’équipe des effets spéciaux remplaçant alors l’animal par une tête de peluche pas crédibles un seul instant sur laquelle on a collé des dents de morse. Ridicule au possible et moins bien foutu que le premier jouet que vous pourrez trouver dans une brocante en Papouasie…

 

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Les effets virent même au comique lors d’une scène involontairement géniale, lors de laquelle le héros trimballe son costard de jeune premier dans le laboratoire du docteur et trouve des photographies compromettantes. Rassurez-vous, aucune photo dénudée d’Yvette Horner dans les vieux dossiers du Doc’ mais la preuve que le praticien dément a déjà testé ses sombres expériences sur sa bonne, une pauvre muette. Un jeu de photographies le prouve, chaque photo montrant l’avancée de la métamorphose. Et bien méritant sera le spectateur capable de ne pas sourire devant la face de plus en plus simiesque de la demoiselle, qui arbore un sourire ridicule et voit ses yeux s’écarquiller au-delà du raisonnable. Fou rire garanti ! Et tout le film est malheureusement ainsi, constamment gauche, indéniablement raté et, à dire vrai, fait sans réelle implication. Car comment expliquer autrement que par le manque d’investissement le fait que l’on voit dans une scène notre monstre venu du fond des âges arborer d’énormes griffes et qu’il les perde pour le reste du métrage ? Pourquoi, lors de la transformation du gredin, il a droit à un maquillage plus ou moins bien foutu si c’est, par la suite, pour flanquer sur l’acteur un masque grossier qui ne fait jamais, mais alors jamais, illusion ? Tout simplement parce que personne n’en avait rien à foutre et que les producteurs savaient fort bien que tant que l’affiche, le titre et l’accroche font leur boulot, l’argent allait rentrer, les budgets dérisoires comme celui-ci se remboursant la plupart du temps assez aisément. On ne se foule donc pas trop et on avance en pilotage automatique, sans regarder devant soi et sans se faire du mouron pour une possible carrière, de toute façon tuée après un métrage comme The Neanderthal Man.

 

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On ne peut d’ailleurs qu’être peiné pour l’Allemand Dupont (ça fait bizarre à dire, hein ?), jadis vu comme une valeur sûre du cinéma germanique, traîné à Hollywood par un Carl Laemmle Jr. le désirant dans les rangs de la Universal. Tout ça pour quoi ? Pour finalement ne pas s’adapter aussi bien que prévu à la méthode Hollywoodienne, tomber dans la Série B correcte avant de quasiment trébucher jusqu’au rang dégradant de simple ouvrier à la solde de l’exploitation la plus mal fagotée. Presqu’une bonne chose pour notre homme qu’il rendit l’âme trois années plus tard, avant de dégringoler plus bas encore, The Neanderthal Man étant déjà un gros clou planté dans le cercueil contenant sa carrière. Si Dupont a vu son propre travail, il est en tout cas fort probable qu’il ait coupé le film en plein cours, abrégeant cette douloureuse expérience. Nous ne sommes d’ailleurs pas loin de faire pareil, le résultat étant si emmerdant, si bavard (qu’est-ce que ça jacte !!) et si claudiquant qu’il en devient insupportable. D’autant que le récit ne se dirige vers rien, l’expérience de Groves ne le menant qu’à la mort, abattu qu’il est par les tirs de carabines de chasseurs toujours prêts à plomber un gros gibier. Le plus drôle ? C’est qu’il n’a même pas prouvé que les hommes des cavernes étaient plus malins qu’on ne le pense puisque lui-même se comportait quasiment comme un gorille déchaîné ! Tout ça pour ça, donc, et la seule scène à faire illusion une demi-seconde est finalement celle voyant le fameux tigre fondre sur un cascadeur, qui se débat avec la bête. Certes, on devine que le félin tigré était d’humeur joueuse, voire câline, mais c’est toujours mieux que rien… Cela fait en tout cas fort peur pour tenter l’expérience, disponible chez Bach Films en double programme avec Les Mangeurs de Cerveaux. Mais à moins d’être très, mais alors très curieux, il vous est recommandé de vous tenir éloignés de la grotte de ce néanderthalien aussi con que le film dans lequel il est tombé…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Ewald André Dupont
  • Scénario : Audrey Wisberg, Jack Pollexfen
  • Production : Audrey Wisberg, Jack Pollexfen
  • Pays: USA
  • Acteurs: Robert Shayne, Joyce Terry, Richard Crane
  • Année: 1953

2 comments to The Neanderthal Man

  • Roggy  says:

    Même si le film n’a pas l’air mémorable, tu as quand même pondu une très sympathique chronique. C’est que me disaient d’ailleurs à l’instant Cyril Hanouna et Kev Adams 😉

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