Au Service de Satan

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Après s’être penché sur des vers de terre particulièrement voraces, sur une drogue plus que dure, sur deux jumeaux des bois adeptes de l’étripage de jeunes et sur des cassettes vidéos produites par des aliens pour étendre leur emprise sur l’humanité, ce petit roi de la Série B qu’est Jeff Lieberman s’était mis en tête qu’il serait temps de fricoter avec Satan… Ou tout du moins avec l’un de ses fans !

 

 

Jeff Lieberman, c’est un peu le réalisateur qui fait partie de la famille, de ces noms qui sont et resteront totalement inconnus du grand public mais que les rats de vidéoclubs que nous sommes (ou étions plutôt, vu que le navire aux cassettes a coulé depuis bien longtemps) n’oublieront jamais pour ses bons et loyaux services. Au genre, le mec a offert La Nuit des Vers Géants, Blue Sunshine, Survivance et Meurtres en VHS, soit de bonnes petites bandes aptes à égayer un samedi soir maussade. Lieberman n’a jamais emballé de chef-d’œuvre absolu, c’est certain, mais il peut se vanter d’avoir toujours proposé des pelloches particulièrement divertissantes, de celles qui ne font jamais chier. Et en 2004, soit seize longues années depuis son film précédent, Meurtres en VHS, le Jeff nous livre enfin une nouvelle bobine horrifique avec Au Service de Satan, disponible en DVD chez nous via Free Dolphin et à l’époque sorti en combo avec le Mad Movies. Mais bien évidemment, entre 1998 et 2004, le petit monde du cinoche indépendant a bien évolué (ou mal évolué, plutôt) et comme pour la plupart des petites productions tournées avec un budget réduit, la pellicule est bien évidemment abandonnée au profit du digital. Si Lieberman avoue ne pas avoir rencontré trop de problèmes en passant d’une méthode à l’autre, il regrette néanmoins qu’il soit désormais obligatoire de prendre plus de temps à préparer les éclairages pour obtenir un rendu correct sur le produit fini. Mais pas de quoi faire marche arrière et laisser tomber l’idée le menant à ce Satan’s Little Helper, idée qui lui a germé dans le cranium alors qu’il participait à une fête costumée lors de laquelle est arrivé un homme totalement déguisé… que personne ne connaissait ! Le réalisateur, habitué à songer à des histoires horrifiques et tourner les petites scènes du quotidien en de beaux contes morbides, se dit immédiatement qu’il aurait pu s’agir d’un tueur en série ou autre maniaque. Et fort logiquement, une petite ampoule s’est allumée dans son esprit et, sous elle, est apparu le script d’Au Service de Satan !

 

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Douglas Whooly est un gamin d’une dizaine d’années dont le passe-temps favori est de se crever les pupilles sur son jeu vidéo préféré : Satan’s Little Helper. Le but du jeu y est simple puisqu’on y incarne l’assistant du grand cornu, faisant du joueur un meurtrier en puissance enchainant les crimes. Et bien évidemment, lorsque la fête d’Halloween arrive, Douglas se déguise en diablotin et n’a qu’une envie : rencontrer Satan pour de vrai et lui demander d’éliminer le petit copain de sa sœur. Et le petit mecton est en veine en ce 31 octobre, puisqu’il croise la route d’un assassin, déguisé en diable, et qui s’occupait jusque-là en rentrant dans les maisons pour y décimer leurs occupants et les traîner parmi leurs décorations extérieurs. Vu l’ambiance générale dans la bourgade, où tout le monde est grimé en monstre ou maquillé en mort, autant dire que ses actes ne sont pas prêts d’être découverts par les cinq pauvres policiers en charge de protéger cette petit île… Evidemment, pour le p’tit Dougie, ce mes est un héros, et le mioche propose ses services à ce faux Satan, qui accepte bien volontiers l’aide du chiard. C’est qu’en se balladant avec un nain, le salopiaud passera plus facilement inaperçu et pourra en plus s’attaquer à toute la famille Whooly, et plus particulièrement à la sœur aînée du petit, Jenna, très appétissante puisqu’incarnée par Katheryn Winnick (Amusement, Hellraiser : Hellworld, la série Vikings). En somme, Lieberman revient doucement vers le slasher, genre auquel il s’était déjà frotté via Survivance, mais hors de question de se contenter d’un nouveau survival brutal ou d’un énième clone d’Halloween. Car si la fête de la fin octobre apporte bien évidemment une proximité avec le classique de papy Carpy, la comparaison s’arrête là, le sérieux absolu du premier méfait de Michael Myers laissant la place à un second degré quasiment constant (seul le dernier quart d’heure devient plus sérieux). Bien sûr, il y a des meurtres en suffisance et le fameux Satan s’amuse à poignarder, tabasser à mort, égorger, étriper ou défenestrer les innocents qui pensaient pouvoir manger des bonbecs devant un vieux film d’horreur en toute tranquillité. Ca ne sera pas pour cette fois ! Mais on ne peut pas dire que ces mises-à-mort fassent l’effet d’un électrochoc, Lieberman leur donnant plutôt des airs de slapstick, Satan cognant ses victimes en s’autorisant une gestuelle décalée.

 

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Difficile, par exemple, de ne pas sourire lorsque le salopiaud vient sonner à la porte d’une pauvre grand-mère s’avançant avec le plus grand mal jusqu’à la porte, tandis que son futur bourreau lui montre son impatience. Et lorsqu’elle ouvre enfin, le malotru lui assène immédiatement un énorme coup de pied avant de la pendre ! Très violent, bien évidemment, mais impossible à prendre au sérieux au vu du comportement du badguy, dont le masque arbore un large sourire. Ce qui ne l’empêche pas de se montrer oppressant, à l’occasion, comme lorsqu’il fixe la belle Jenna et son décolleté (faut dire que la tentation de faire un arrêt sur image est forte) ou disparaît sans crier gare, sans doute planqué dans un coin en attendant qu’une nouvelle tête de Turc lui passe sous les cornes. Le but de Lieberman est toute façon très clair : le réalisateur a à cœur de réduire la frontière entre la violence vidéoludique et la réelle, Douglas ne percevant plus la différence entre les meurtres qu’il commet avec sa console et ceux qui se déroulent sous ses yeux. Un discours de vieux con, c’est certain, et que l’on est surpris de retrouver chez un réalisateur de films tout de même jugés comme plutôt violents, voire gore quelquefois, mais on ne peut pas dire que la morale est ici envahissante. Elle sert même plutôt d’excuses à Lieberman pour lui permettre d’enfiler les gags morbides, telle cette scène surréaliste lors de laquelle Satan écrase le crâne d’un pauvre chat noir et écrire un gros « BOO ! » sur une pancarte, avant de se voir proposer par une mère de famille et ses deux gamines de faire une petite photo souvenir avec le cadavre d’un homme qu’il vient de tuer ! Tout cela n’est donc pas bien sérieux et le but premier d’Au Service de Satan est de divertir un maximum son public. Et il le fait si bien que l’on s’étonnera de voir que la bande n’est pas devenue plus populaire que cela au fil des ans. Peut-être que son statut de DTV l’empêche de toucher un certain public ? Cela serait en tout cas fort injuste car pour une Série B sortie immédiatement en vidéo, il faut reconnaître qu’elle est assez soignée : les couleurs sont magnifiques, les plans et mouvements de caméras soignés et le rendu de la caméra DV n’est jamais dérangeant, contrairement à celui de nombreux autres films du même tonneau sortis à la même époque et tout simplement immondes visuellement.

 

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Bien sûr, il y a un mais, et il peut être positif ou négatif selon où l’on se place. Sans plus de suspense, le voici : les acteurs craignent. Vraiment. Pas tous hein, Katheryn Winnick s’en tire très honorablement, tout comme son boyfriend qui est tout simplement le meilleur comédien du lot (Stephen Graham, qui n’a pas fait grand-chose depuis, soit un autre long et un court). Mais le reste… Mes amis, il faut parfois le voir pour le croire. Car oui, on ne peut guère s’imaginer les « talents » du père Whooly, heureusement (ou malheureusement, surtout !) peu présent dans le métrage, joué par un Wass Stevens que l’on a aussi croisé dans de grosses productions (The Wrestler, World Trade Center) et qui délivre ici une performance à mourir de rire tant il est peu crédible dans le rôle du bon daron. Doté d’une moustache d’acteur porno des années 80, notre homme surjoue carrément et dire que l’on ne l’imagine absolument pas être le fier chef de toute cette petite tribu est un euphémisme. D’ailleurs, sa femme (Amanda Plummer, que vous avez déjà vue dans plein d’autres trucs vu qu’elle a beaucoup tourné dans les nineties, notamment dans Pulp Fiction) n’est pas bien meilleure puisque totalement tarée. L’interprétation de Plummer laisse d’ailleurs songeur, tant on ne sait pas si la dame est totalement à côté de la plaque et joue donc très mal ou si elle est tout simplement mal dirigée. Reste que dans un cas comme dans l’autre, sa performance reste « autre » et il y a un je-ne-sais-quoi qui ne passe pas, un décalage. On peut malgré tout penser que Lieberman n’est pas parvenu à créer une véritable harmonie entre les acteurs, qui semblent jouer sur des cordes différentes et ont du mal à former une troupe cohérente. Le réalisateur y est en tout cas pour quelque-chose car tous ont cette fâcheuse tendance à s’extasier pour un rien, et par rien, je veux dire RIEN. Il faut voir la tronche de Winnick lorsqu’elle regarde son frérot et son mec marcher dans la rue, la brave fille ouvrant une gueule aussi profonde que son décolleté tout en écarquillant les yeux jusqu’à s’en arracher les paupières ! Mais elle n’est qu’une petite joueuse face au champion incontesté de la catégorie, j’ai nommé le roi du surjeu, le prince du cabotinage, l’empereur de la grimace, Monsieur Alexander Brickel (applause !), le talentueux comédien que l’on retrouve dans le rôle du petit Douglas. Car là, mesdames et messieurs, c’est le festival, le marmot (qui a sans doute bien grandi depuis 2004) ne cessant de sourire bêtement, donnant à sa bouche la forme d’un boomerang, en s’émerveillant pour les méfaits de son maître Satan, dont le sourire figé du masque est plus naturel que celui, bien réel, du petit Brickel qui a d’ailleurs stoppé sa carrière depuis. Sage décision ! N’empêche, même si ce n’est pas beau de se moquer, le gamin a le don pour faire rire et il fait irrémédiablement tomber Satan’s Little Helper dans le cheesy le plus complet. Pour sûr, il n’aide pas la pelloche à atteindre de nouvelles strates, mais en même temps ses apparitions sont toujours délicieuses et ce serait mentir de prétendre qu’au fond on n’espère pas croiser au moins un acteur totalement risible dans une production de cet acabit. Avec lui, on est si bien servi qu’on en a les dents du fond qui baignent !

 

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C’est d’ailleurs assez injuste pour le film mais c’est clairement ce marmot que l’on regarde, que l’on fixe (sauf lorsque les beaux melons de Winnick rebondissent à l’écran, of course), ce p’tit gars hypnotisant aussi bien qu’un Bela Lugosi au meilleur de sa forme. Cela ne doit cependant pas nous faire oublier que Lieberman livre du très bon boulot, surtout lorsqu’il s’agit de donner un slasher rythmé, car on s’ennuie finalement assez peu dans Au Service de Satan, seul le climax, qui tente, sans succès de copier Halloween, s’avérant au finale soporifique. Mais pour le reste, c’est pour ainsi dire du tout bon, surtout si vous avez la bonne inspiration de vous envoyer le machin le 31 octobre, entre deux boules de gomme bien acides, Lieberman parvenant à retranscrire à la perfection le climat automnal et agité que l’on recherche lorsque l’on se tape un film se déroulant lors de la veille de la Toussaint. C’est en tout cas l’occasion de voir un petit film relativement original (relativement car le principe rappelle forcément les malheurs de Laurie Strode), à l’humour noir corrosif et dotés de scènes mémorables et d’une grande méchanceté. Comme lorsque Satan prend un caddie dans lequel il pose Douglas pour s’amuser à renverser femme enceinte, aveugle et bébé dans un landau avant de taper du Destop dans le ponch lors d’une soirée costumée ou de balancer des médocs pour vieillards dans les bonbons pour les enfants ! Que ça ne vous donne pas de mauvaises idées, tout ça…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Jeff Lieberman
  • Scénario : Jeff Lieberman
  • Production : Jeff Lieberman, Aimee Schoof
  • Titre: Satan’s Little Helper
  • Pays: USA
  • Acteurs: Katheryn Winnick, Alexander Brickel, Amanda Plummer, Stephen Graham
  • Année: 2004

3 comments to Au Service de Satan

  • Roggy  says:

    Même si j’aime bien les films de Jeff Lieberman en général, je dois t’avouer que ce film n’est pas un de mes favoris. Entre le gamin tête à claques et le rendu DV que je déteste, il ne reste pas grand chose pour m’intéresser. Hormis Katheryn Winnick, que je t’invite à regarder de plus près dans la série « Vikings ». Elle est en petite tenue et manie l’épée comme personne 🙂

  • Roggy  says:

    Moi je préfère « Blue sunshine » ! 🙂

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