Evil Clutch

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Et si la Troma s’alliait aux Ritals pour quelques sessions gore typées eighties ? Un doux rêve ? Pas du tout et Uncut Movies nous le prouvait voilà déjà une bonne dizaine d’années en déballant Evil Clutch, petit Z de la Botte, sous nos nez crochus ! On en a les narines dégagées d’avance…

 

 

L’Italie des années 80 nous a livré tant de grands faiseurs de Série B que l’on a vite tendance à oublier, voire à passer sous silence, les méfaits des zédards nés à la même époque. C’est qu’avec ces fines gâchettes du bis que sont Joe D’Amato, Lucio Fulci, Lamberto Bava, Bruno Mattei, Claudio Fragasso, Dario Argento, Andrea Bianchi, Umberto Lenzi, Luigi Cozzi, Ruggero Deodato, Enzo G. Castellari et consorts, il est bien difficile pour des p’tits gars comme Andrea Marfori de sortir de l’ombre. Qui est-il, d’ailleurs, et qu’est-ce que ce nom quasiment inconnu a bien pu faire ? A dire vrai, c’est le Evil Clutch du jour que l’on considérera comme son œuvre la plus connue, ses autres forfaits étant pour ainsi dire passés sous le radar, si ce n’est peut-être Il Ritmo del Silenzio (1993). Alias Mafia Docks, thriller fauché dans les milieux de la mafia et de la prostitution, rendu un peu plus visible que les autres œuvres du zigoto par la présence de Traci Lords. Ca aide toujours d’avoir une pornstar légendaire au casting… Evil Clutch n’est néanmoins pas en reste et a eu une chance innée, celle d’être distribué par Troma, l’oncle Lloyd Kaufman étant à l’époque toujours à la recherche de bandes désargentées à distribuer. Est-ce que cette petite pelloche, nommée Il Bosco 1 (je vous arrête, il n’y a pas eu d’Il Bosco 2, même si un trailer super moche traîne sur youtube sans trop qu’on sache si c’est de l’officiel ou du travail de fan…) dans son pays d’origine, serait tombée dans nos paluches de yétis sans l’intervention des tromatiseurs ? Peu probable, tout comme il est à peu près certain qu’aucun autre éditeur de DVD qu’Uncut Movies, plus qu’en bon terme avec Troma, nous aurait sorti la bande. Uncut, c’est un peu la mentalité de la glorieuse décennie de la VHS transposée à celle du DVD et, de toute évidence, Evil Clutch (qu’on traduira par « l’empoigne maléfique ») s’est clairement échappé de ces quelques belles années…

 

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Pour Cindy et Tony, c’est la grande vie ! Aux chiottes les ennuis du quotidien, les tourtereaux s’offrent des vacances dans les Alpes italiennes et comptent bien se relaxer entre deux troncs d’arbres, passant le temps en observant la méthode de reproduction des coccinelles. Seulement voilà, ce bosquet est nettement moins agréable à visiter que les jardins du manoir Playboy. Oh, on y nique aussi, je vous rassure, mais comme l’introduction du film nous le montre, ce n’est pas sans danger. Ainsi, on découvre bien vite qu’une vile démone (pléonasme mais je m’en branle, ça sonne cool) a installé ses quartiers dans les ruines laissées par des adeptes des messes noires et que, de temps à autres, elle invite un gars à venir passer du bon temps avec elle. Et ce avant de lui arracher la bite avec sa pince diabolique cachée dans sa cramouille, bien sûr. Ah ça commence fort, c’est sûr, et on sent que le pique-nique de nos deux héros, qui n’ont pas encore remarqué qu’ils étaient dans la mouise, ne va pas se conclure avec des tartines de confiture à l’abricot… C’est pourtant pas faute de les avoir prévenu, un vieil original se présentant comme un écrivain leur assurant à maintes reprises que la région n’est pas franchement le lieu idéal pour se payer une tranche de tourisme. Histoire de bien les mettre en garde, il imagine même une petite histoire lors de laquelle Tony s’en prend à Cindy et l’assassine, celle-ci revenant par la suite trucider son amant en mode zombie. Sauf que le vieux n’obtient que l’effet inverse et au lieu de faire flipper les amoureux quant aux dangers de la forêt (« Il Bosquo », donc vous captez le titre vo désormais), c’est de lui dont ils se méfient ! Et lorsqu’ils s’enfoncent plus profondément encore dans le royaume des buissons sauvages, ils rencontrent la démone du début, bien décidée à les attirer dans son piège nocturne… Et la nuit sera longue, Tony et Cindy devant désormais affronter des goules en putréfaction, des arbres vivants et donc la fameuse démone…

 

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A la lecture de ce petit résumé, deux mots collés l’un à l’autre doivent vous sauter à la tronche comme un Critters affamé : Evil Dead. Car de toute évidence, le classique de Sam Raimi servit de modèle à Andrea Marfori, tous les éléments ayant fait la réputation de cette virée dans une cabane perdue dans les bois se retrouvant dans Evil (tiens tiens…) Clutch. Démons pas gentils, possession subite d’un cadavre ou d’un vivant dès lors changé en machine à tuer, massacre à la tronçonneuse, racines d’arbres tentant de capturer une proie, le besoin de passer la nuit en lieu sûr en attendant que le jour revienne enfin,… Et bien sûr le lieu de l’action – soit une nature hostile – et quelques techniques de réalisation. Marfori reprend en effet à son compte ces séquences placées dans les yeux d’une entité invisible, son objectif rasant le sol, passant entre les feuilles et tournant autour d’acteurs jouant les biches apeurées. Du plagiat éhonté ? Oui et non. Oui car on sent bien que le but était ici de marcher sur les traces de Raimi et lui piquer quelques astuces au passage, que Marfori n’a rien contre la triche et donc regarder sur la feuille du voisin. Mais non car l’Italien parvient tout de même livrer une production dotée d’une autre odeur que celle ayant propulsé Bruce Campbell star de l’horreur. Est-ce par goût ou par manque de moyens, on n’en sait rien, reste que le copain Andrea nous livre un récit d’épouvante nettement plus contemplatif que l’épique duel entre Ash et les forces du mal. Ainsi, toute la première moitié de ce métrage de 85 minutes se concentre sur l’ambiance et mise énormément sur les jolis décors à disposition de la petite équipe. On se balade dans le cimetière, on profite des feuillages à la tombée de la nuit et on parcourt, sans se presser, un vieux village, avant de se raconter une petite histoire de trouille au bord d’un ruisseau. Est-ce là une réelle volonté de la part de notre auteur ou s’est-il dit que la jouer lente permettrait de retarder les séquences à effets gore, donc celles qui coûte un pognon que Marfori n’a certainement pas ? Difficile à dire…

 

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D’ailleurs, l’aspect trash arrive bien évidemment dans la deuxième partie, Tony et Cindy ne disposant d’aucune pause dans le défilé de harcèlements qu’ils doivent subir. Bien entendu, même si les moyens à disposition de Raimi étaient faibles, ils semblent riches face à ceux de Marfori, d’autant que le premier à un don inné faisant défaut au second. Pour autant, le déferlement gore ici présent n’est en rien honteux et on saluera quelques belles séquences : l’écrasement d’une paire de mains, une tête décapitée qui finira par exploser sans raison (mais on s’en fout, le but est de voir des bouts de crânes voler !), un bide lacéré par une tronçonneuse ou encore une longue scène très fulcienne dans l’esprit, nous montrant les démons périr à petit feu. Les corps se mettent à fumer, sont putréfiés, fondent et deviennent une mélasse dégueulasse,… En somme, Evil Clutch mise régulièrement sur une horreur que l’on qualifiera d’odorante et cherche plus à écœurer qu’à faire flipper. Bonne initiative, un budget riquiqui tourné dans des lieux sales se mélangeant forcément bien à une aura crapoteuse, à la crasse. C’est d’ailleurs ce que l’on en retiendra en priorité, même su les monstres ne sont pas trop mal foutus. Bien sûr, ce n’est pas du Rob Bottin ou du Dick Smith niveau gloumoutes, mais ce démon ricaneur maniant la faux est appréciable pour ce qu’il est, au même titre que cette maléfique punkette affamée de sexe. Bien sûr, mieux vaut s’armer de son envie d’assister à un Z bien cheesy car, sans surprise, les acteurs sont assez mauvais, d’autant qu’ils sont tous doublés en anglais par des comédiens pas franchement motivés… D’ailleurs, le casting n’est pas composé de grandes gloires du bis, aucune face connue ne venant passer le bonjour devant la caméra, si ce n’est Carolina Cataldi-Cassoni, habituée d’Argento (Opera, Le Fantôme de l’Opéra, Mother of Tears) également présente dans Demons 2. Pour le reste, des comédiens parfois fréquents du cinéma transalpin comme Diego Ribbon (mais pas trop dans le bis), Luciano Crovato (La Marche Triomphale avec Franco Nero), Elena Cantarone (Year of the Gun) ou Stefano Molinari (Léonard de Vinci dans… Hudson Hawk !). Plutôt la troisième division des comédiens eighties, donc, en tout cas personne permettant au film d’obtenir des palmes pour l’interprétation…

 

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Marfori fait en tout cas de son mieux et se bat contre ses moyens dérisoires, tentant autant que possible de proposer une réalisation intéressante. Il se lance par exemple dans quelques plans séquences, précédant ses héros lors d’une longue descente de vieux escaliers dans un joli village pas plus récent. On perçoit qu’il fait de son mieux, n’y parvient pas toujours, mais l’envie est là et est à vrai dire plutôt communicative. Bien entendu, tout cela est à réserver aux bisseux avertis et désireux de s’envoyer dans les gencives une petite production sans prétention, faite avec les moyens du bord. Ils trouveront sans doute le temps un peu long par moment (on ne va pas se mentir, on baille pas mal durant la première partie…) mais seront récompensés par des scènes intéressantes et une ambiance lourde, voire par quelques décors fort jolis. En bonus, une présentation d’Evil Clutch par un Lloyd Kaufman visiblement résolu à parler de tout sauf du film ! Inutile, donc indispensable !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Andrea Marfori
  • Scénario : Andrea Marfori
  • Production : Agnese Fontana
  • Titre: Il Bosco
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Diego Ribon, Coralina Cataldi-Tassoni, Elena Cantarone, Luciano Crovato
  • Année: 1988

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