Voodoo Man

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Quel piètre séducteur que le grand Bela Lugosi ! Le bonhomme avait déjà eu recours au vaudou pour se trouver une épouse dans le culte et génial White Zombie, le voilà qui ressort les grigris et remet ça dans Voodoo Man, toujours dans le but de trouver l’amour ! Va falloir songer à s’ouvrir un compte Meetic, mec…

 

 

On peut tourner la carrière de Lugosi dans le sens qu’on veut, nous sommes toujours forcés de reconnaître que sans la Monogram, le plus vampirique des acteurs des années 30 et 40 n’aurait sans doute pas beaucoup travaillé. La Universal ne semblait plus croire en lui que par intermittence, l’appelant pour quelques classiques comme Le Chat Noir ou Le Corbeau avant de l’oublier pour quelques temps, jusqu’au moment les voyant lui offrir une bosse pour les besoins de la saga des Frankenstein, dans laquelle il incarne le sombre Igor. Avant de l’oublier à nouveau, bien sûr, si ce n’est pour des seconds ou troisième rôles… Que faire entre les coups ? Accepter les avances de producteurs moins ambitieux, aux tirelires moins garnies, histoire de survivre et rester frais dans la mémoire du public. Et ce alors que celui-ci se déplaçait moins facilement pour les menues productions que pour les rollercoasters de la Universal… Lugosi entre ainsi dans la famille de la Monogram, compagnie aux quelques 430 pelloches, le plus souvent des petits bonbons oubliables – et souvent oubliés – tournés en vitesse, comme Le Singe Tueur avec Karloff. Des B Movies, en somme, des essais mineurs bien contents de pouvoir placarder un gros nom sur leurs affiches, comme celui du copain Bela, présent dans une brouette de prods maison. The Invisible Ghost, The Ape Man, Bowery at Midnight, Ghosts on the Loose, The Corpses Vanishes, The Mysterious Mr Wong ou encore Spooks Run Wild. Rarement des chefs d’œuvre, c’est un fait, mais des divertissements appréciables dans la plupart des cas si l’on se trouve dans le bon mood. Et comme toutes les bonnes choses ont une fin, la collaboration entre le Hongrois et les gus de la Monogram prit fin avec Voodoo Man, tentative évidente de revenir aux bonnes vapeurs de White Zombie, autre succès indépendant du Lugosi. Sorti en 1944, le présent métrage devait à la base se nommer Tiger Man puisque tel était le titre du scénario d’origine, imaginé par un Andrew Colvin qui dut être bien surpris lorsqu’il découvrit que son nom avait giclé du générique en même temps que le titre de son récit fut changé. Pas cool… Mais finalement pas très étonnant venant du monde de l’épouvante indépendante, ni d’une personnalité comme Sam Katzman, producteur ayant accouché de quelques films foireux mais aussi d’une poignée de bonnes surprises (Les Soucoupes Volantes attaquent, avec les effets de Ray Harryhausen, par exemple). Et à la base, Mister Katzman et la Monogram pensaient à Phil Rosen (metteur en scène des Charlie Chan) comme navigateur, avant de se rendre compte que ce dernier était trop occupé sur d’autres tournages. C’est alors sur le crâne de William Beaudine (The Ape Man, Ghosts on the Loose) que se pose la casquette de réalisateur, le gaillard connaissant bien les méthodes en vigueur dans le studio et ayant déjà bossé à plusieurs reprises avec la star venue d’Hongrie. Et après sept jours de tournage, Voodoo Man est fin prêt à hypnotiser un public populaire en quête de sensations fortes !

 

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Pas trop mal, la vie de Ralph Dawson : en plus d’avoir un boulot pas trop chiant (scénariste de films d’horreur, c’est pas l’usine), le voilà prêt à épouser une jolie blonde. Mais alors qu’il s’apprête à rejoindre sa future femme, sa bagnole tombe en rade, le poussant à faire un peu de stop pour rejoindre son foyer. Coup de bol, il tombe justement sur la cousine de sa fiancée, qui se rendait justement chez eux. Mais la mécanique est décidément fragile et c’est cette fois la voiture de la demoiselle que l’on voit forcée de s’arrêter. En vérité une sinistre machination du Dr. Marlowe (Lugosi), veuf déprimé pensant que les rites vaudou lui permettront de ramener son épouse à la vie. A condition toutefois d’avoir des esprits de jeunes femmes à transférer dans le corps de la morte, esprits que le praticien trouve sur la route de cette campagne perdue. Aidé d’un pompiste également sorcier vaudou (!!!) et de deux simplets, Marlowe capture donc les pauvres gonzesses passant non loin de sa maison et fait de même avec la cousine en route vers les noces. Ca la fout mal pour Ralph, qui n’a rien vu et rien entendu mais décide néanmoins d’enquêter avec sa promise… Ce qui frappe d’emblée avec Voodoo Man, c’est la présence d’un bon nombre d’éléments qui deviendront dans les années 70 les clichés du survival moyen. On a donc une bande de campagnards plus ou moins cultivés attendant que des proies passent dans leur trou paumé, un dispositif veillant à arrêter leurs automobiles (ici une machine vidant les batteries à distance) et un pompiste complice annonçant à la bande morbide l’arrivée prochaine de chair fraîche. Soit les bases d’un genre rendu populaire vingt à trente ans plus tard et dont on trouve des traces dans les Massacre à la Tronçonneuse, La Colline a des Yeux (original comme remake), Wolf Creek et autres Détour Mortel. Plutôt amusant tant on ne s’attendait pas à trouver en Voodoo Man un ancêtre de ces pelloches modernes… Car pour le reste, Beaudine déroule le petit univers habituel de l’horror des 30’s et 40’s : savant rendu fou par la perte de l’amour de sa vie, assistants pas bien finauds, laboratoire au top de la technologie contrastant avec la cave aux airs de grotte où se déroule des rituels, têtes de mort en guise de décoration et l’obligatoire fille en détresse sauvée par le tout aussi indispensable jeune premier. Quasiment une routine, au final.

 

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D’ailleurs le scénariste ayant repris les rênes derrière Colvin, Robert Charles (également sur le script de Return of the Ape Man, encore chez Monogram et toujours avec Lugosi), a bien du mal à rendre palpitante cette histoire déjà vue ailleurs, et souvent en mieux. En témoigne ce climax montrant la police surgir dans le sous-sol vaudou de Marlowe alors que celui-ci et tous ses sbires sont en pleine séance, entourés de demoiselles changées en zombies et drapées de blancs. Un grand nombre de personnages laissant espérer un final apocalyptique, lors duquel les coups de couteaux, les bastons et les tirs de carabines raisonneront dans la caverne. Rien de tout ça en vérité, l’affaire étant réglée d’un unique coup de feu, les gentils repartant chez eux pour le souper tandis que les méchants toujours en vie préfèrent ne pas bouger, comme oubliés par le récit… Heureusement, quelques belles idées viennent relancer l’intérêt global, comme cette pièce vide où sont entreposées les captives dénuées d’âmes, semblables à des denrées stockées dans une cave, en attente que les expériences de Marlowe nécessitent leur présence. Ou l’apport d’un second degré constant et bienvenu, Voodoo Man ne se prenant guère au sérieux, fort conscient de son statut de second choix, de remplaçant pour qui ne pourrait pas se traîner jusqu’aux films de la Universal pour une raison ou une autre. Pas con de taper dans la mise en abyme en faisant du héros un scénariste employé par un certain S.K. (Sam Katzman, pour qui lit entre les lignes), dans le studio Banner (co-producteur du métrage), pour écrire un script sur base des enlèvements de jeunes filles commis dans le patelin. Et quel sera le nom du film en question ? Voodoo Man, bien sûr ! C’est un peu idiot, ça n’apporte rien au produit fini, mais ça fait sourire et permet d’apporter un soupçon de nouveauté à une production qui serait bien banale sans cela.

 

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Le féru d’épouvante old-school ne sera donc guère dépaysé. Mais pas mal installé non plus puisque se succèdent sous ses yeux quelques acteurs bien connus. Lugosi d’abord, très en forme ici, tout en fourberie polie et en peine intérieure. Pas son meilleur rôle, sûrement pas l’un de ses pires non plus. On sera également ravis de retrouver John Carradine, ici en débile froussard aux ordres d’un Marlowe dont il a très peur, et ce grand habitué de la Universal qu’est George Zucco, le fameux pompiste servant également de prêtre vaudou. Pas forcément présents pour des prestations mémorables, mais les revoir fait toujours son petit effet, inutile de le nier… De quoi passer une petite heure agréable, pas inoubliable évidemment, mais faisant son taf sans trop de problème. Tombé dans le domaine public, Voodoo Man se trouve très facilement, notamment chez Artus qui l’a inclus dans son coffret Bela Lugosi, dans une copie fatiguée mais suffisante pour un divertissement de ce type.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : William Beaudine
  • Scénario : Robert Charles, Andrew Colvin
  • Production : Jack Dietz, Sam Katzman
  • Pays: USA
  • Acteurs: Bela Lugosi, John Carradine, George Zucco, Tod Andrews
  • Année: 1944

4 comments to Voodoo Man

  • David Didelot  says:

    J’adore, même si le film n’est pas un chef-d’oeuvre, et tu le dis bien. Mais voilà : du charme, du chien, et puis Lugosi de toute façon : un spectacle à lui tout seul.

  • Roggy  says:

    Je n’ai jamais vu le film mais son côté désuet et la présence de Bela Lugosi donnent forcément envie d’un visionnage.

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