The Crater Lake Monster

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Les sorties du week-end, c’est important, surtout si l’on veut laisser derrière soi une semaine pesante… Rien de mieux, dès lors, qu’un bon petit camping, les pieds dans un bel étang boueux ! Je vous déconseille néanmoins le Crater Lake, réputé pour sa profondeur, car depuis qu’une météorite s’y est écrasée, un cousin du monstre du Loch Ness s’amuse à croquer tous les culs lui passant sous le nez …

 

 

 

C’est souvent dans les productions les plus mineures, et parfois les plus ratées, que se concentrent les talents prêts à exploser quelques années plus tard. Dites-vous bien que J.J. Abrams, désormais pilotes des vaisseaux de Star Trek et Star Wars, débuta chez Don Dohler, l’un des maîtres du Z ayant démoulé quelques pelloches gratinées dans son arrière-cour. Et bien The Crater Lake Monster, monster movie sorti en 1977 et emballé par William S. Stromberg, son seul long-métrage, renferma quelques débutants promis à un bel avenir. Et tous ces futurs grands noms sont à trouver dans la section effets spéciaux de la bobine : David Allen (les effets de Ghostbusters 2, Puppet Master et Chérie, j’ai rétréci les gosses), Phil Tippett (passé par les cases Star Wars et Robocop), Jon Berg (les Star Wars aussi, Ghostbusters, Laserblast), Randal William Cook (Ghostbusters encore, les Lord of the Ring, The Gate, plusieurs Puppet Master, The Thing,…) ou encore le moins connu mais bien plus prolifique Jim Danforth (The Stuff, The Prophecy, L’Histoire sans Fin et sa suite, Le Jour des Morts-Vivants, Prince des Ténèbres,…). Pas des petites frappes mais plutôt des valeurs sûres de l’artisanat monstrueux, toutes venues apporter leur pierre à l’édifice Crater Lake Monster. Une petite œuvre d’exploitation tombée dans l’oubli que celle-ci, plutôt mal traitée par les critiques et ressortie de l’anonymat par Le Chat qui Fume via sa collection Exploitation. Bonne occasion de prendre notre barque et nos harpons pour partir à la chasse au dinosaure aquatique… D’autant que lorsqu’il était tout petit, votre serviteur toxique fut assez impressionné par la belle affiche du métrage, publiée dans un magazine sorti dans la première moitié des nineties et faisant la part belle aux dinos suite au succès de Jurassic Park. Plus de vingt ans plus tard, me voilà fin prêt à découvrir ce que cache cette belle peinture dévoilant l’ombre d’un vilain reptile…

 

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Scénarisé par Stromberg lui-même et Richard Cardella, The Crater Lake Monster, unique méfait des deux hommes, est ce que l’on pourrait appeler un film des années 50 tourné avec vingt piges de retard. Difficile en effet de ne pas songer aux fifties devant ce récit débutant dans une grotte, quelques scientifiques y découvrant des dessins d’hommes des cavernes gravés à même la roche, les montrant en train de se bastonner avec des ancêtres de Casimir. Une sacrée découverte pour nos laborantins, qui n’auront cependant pas le temps de se réjouir puisqu’une météorite vient se crasher dans le lac d’à côté, créant de fortes secousses les forçant à abandonner leurs fouilles. Si ce n’était que ça, ce ne serait à la rigueur pas bien grave, mais le caillou stellaire a réveillé un plesiosaure, un dino des mers. Et une fois que la bête aura bouffé tous les poissons du gigantesque lac, à qui s’attaquera-t-elle, d’après vous ? Aux rednecks du coin, bien évidemment, nos barbus et moustachus ne pouvant plus faire deux pas sur les courbes de Dame Nature sans devenir le gibier d’un animal remontant aux origines du monde. Pas cool comme randonnée… En somme, le script est tout ce qu’il y a de plus classique en la matière : un évènement réveille un monstre, celui-ci commence par se nourrir de bancs de truites puis s’attaque au bétail des fermes, finit par viser l’homme, les disparitions et cadavres s’enchainent jusqu’à ce que le shérif du comté se dit qu’il est temps de dégainer, au grand désarroi de scientifiques voulant plutôt capturer la bête vivante pour l’analyser dans tous les sens. La rengaine habituelle et l’on se doute très vite que le script ne sera certainement pas le point fort de cette bande à l’horreur préhistorique.

 

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Et à dire vrai, ce n’est pas bien grave tant que le spectacle est assuré, tout bisseux sachant fort bien que les tentatives cinématographiques de ce genre reposent entièrement sur leur faculté à mettre en avant leur monstre. Par chance, celui-ci est visible très rapidement et apparaît à intervalles réguliers, sortant son museau hors de l’eau pour se nourrir de pêcheurs toutes les dix ou quinze minutes environ. Si ces attaques sont peu gore (si ce n’est une tête coupée retrouvée dans des feuillages, rien de bien vilain par ici), elles ont le mérite de montrer leur menace d’écailles de front, la plupart du temps via le procédé de la stop-motion. Ah, j’en vois déjà plusieurs qui salivent ! Et ils ont raison puisque la technique usant de la pâte à modeler fait toujours son petit effet et assure un charme certain. Bien sûr, avec les fines lames des effets spéciaux cités plus haut, vous vous doutez bien que la bestiole a de la gueule : bien animée, crédible, menaçante, elle fait clairement le spectacle et elle est plutôt bien incrustée dans les décors, même si la qualité d’images baisse drastiquement lors des plans la mettant en scène, une habitude avec la stop-motion. Pas bien grave et toujours préférable aux quelques accessoires plus cheap permettant de la montrer sous la flotte ou en train de mordre ses proies humaines. Quelques répliques à la crédibilité particulièrement limitée furent en effet construites pour permettre aux acteurs de se débattre contre quelque-chose lorsqu’ils se font bouffer. Et le moins qu’on puisse dire c’est que le résultat n’est jamais impressionnant tant on voit que la tête de la bestiole est en plastique et tout lisse. Ne parlons même pas de son regard, dans ces cas-là autrement moins vraisemblable que lorsque la créature est faite en terre glaise… Le streum de Crater Lake Monster, mi-craignos, mi-coolos, donc ! Notez, et c’est Eric Peretti qui nous l’apprend dans le sympathique bonus de la galette du matou clopeur, que la tronche de la bête fut réutilisée dans La Folle Histoire du Monde de Mel Brooks, l’un des potes de l’un des concepteurs du monstre piquant la tête en question pour aller la refiler à Brooks en prétendant qu’il l’avait lui-même réalisée. Faut se méfier de ses amis, c’est bien connu…

 

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Bon, le gloumoute assure plus ou moins – plutôt plus que moins d’ailleurs – mais qu’en est-il du reste ? Car un monstre maritime, tout sympatoche soit-il, ne peut pas forcément tenir sur ses frêles épaules un film foiré pour tout le reste. Qu’on se rassure, Stromberg a beau ne pas être le plus grand réalisateur de tous les temps, il a devant son objectif des paysages tellement beaux qu’il ne peut que refiler un cachet du tonnerre à son premier et dernier essai cinématographique. Tournée en Californie (et non au Crater Lake décrit dans le film, endroit existant réellement et plutôt connu pour son gros étang à la profondeur incroyable), la bande s’offre un décorum particulièrement reposant, de ceux qu’on rejoindrait bien pour les vacances, histoire de se perdre entre ces grands conifères griffant le cul du ciel. Un paradis tournant par moment à l’enfer comme en témoignent ces plans presque gothiques montrant un homme et sa barque perdus au milieu d’une brume épaisse… Effet garanti ! Cela permet en tout cas de faire passer la pilule d’un casting moyen, ni vraiment mauvais ni vraiment bon, juste fade. C’est d’ailleurs le scénariste Richard Cardella que l’on retrouve dans le premier rôle du shérif moustachu, son seul job de comédien d’ailleurs… Inutile de préciser qu’il ne donne pas naissance à un héros inoubliable. La plupart des interprètes ici présents ne feront d’ailleurs pas carrière et les deux seuls à rester dans un cadre cinéphiliques seront… des créateurs d’effets spéciaux ! Décidément… A savoir Michael Hoover (Spiderman 2, Cyber Tracker 2 dont on a causé il y a peu, DeepStar Six,…) et Mark Siegel, ici un brave bouseux louant des bateaux dont on se souviendra plutôt pour son boulot sur les sfx des Star Wars, Captain America : Le Soldat de l’Hiver, Eragon ou même le nullard Lucy de Besson. On l’a déjà dit mais la Série B mène à tout ! Reste que si les acteurs ne sont pas du genre oscarisables, leurs personnages sont néanmoins sympas et variés. Passons ce couple d’artistes partant pour Las Vegas ou ce redneck dégommant le vendeur d’une supérette et une cliente juste pour avoir une bouteille gratos (!!!), des protagonistes peu importants mais qui ont le mérite de ne pas être trop communs, pour nous concentrer sur le duo de loueurs de barques. Une paire rappelant Laurel et Hardy et compagnie puisqu’ils passent leur temps à s’engueuler, à se taper sur la tête ou à se pousser dans la flotte, le tout sous une musique tout de suite plus décontractée. Un petit côté Three Stooges, en fait, idéal pour faire passer le temps entre deux attaques meurtrières du serpent de mer.

 

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The Crater Lake Monster n’a donc rien d’une bande honteuse, elle pèche surtout par son manque d’originalité (c’est vraiment le Monster Movie de base) et par une direction artistique globalement légère (acteur moyens, effets spéciaux inégaux). Reste que si vous êtes branchés streums à l’ancienne et dinosaures animés image par image, le moment passé sur le lac est loin d’être désagréable et peut mériter le détour. De là à y retourner tous les weekends…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : William R. Stromberg
  • Scénario : William R. Stromberg, Richard Cardella
  • Production : William R. Stromberg
  • Pays: USA
  • Acteurs: Richard Cardella, Glen Roberts, Mark Siegel, Bob Hyman
  • Année: 1977

2 comments to The Crater Lake Monster

  • Roggy  says:

    C’est vrai que ça fait saliver en plus de la magnifique affiche. Moi, tu sais que dès qu’il y a de la stop-motion et des dinosaures, j’ai un orgasme 🙂

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