Un Ange pour Satan

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Un Ange pour Satan. Pourrons-nous trouver titre collant mieux à Barbara Steele que celui-ci ? Impossible tant la demoiselle tenait autant du céleste que du démoniaque ! Et cette dualité prend plus de sens que jamais devant la caméra de l’inspiré Camillo Mastrocinque…

 

Attention, spoilers en vue, donc voyez le film, il vaut le coup !

 

Mastrocinque, on en a déjà causé à l’occasion de La Crypte du Vampire, bon petit gothique tout ce qu’il y a de plus typique, sorti voilà quelques années en DVD chez Artus. Deux ans plus tard, nous le retrouvons à nouveau en terrain d’épouvante avec Un Ange pour Satan, un essai nettement moins classique que La Crypte, ce dernier étant fait pour coller au plus près du style de la Hammer comme en témoignait la présence de Christopher Lee. Pour son retour au genre, Mastrocinque décide de coucher sur papier – avec l’aide de Giuseppe Mangione (scénariste d’une tripotée de westerns) – une histoire nettement plus originale, envoyant au coin les vampires et leurs succubes, les sorcières crachant des malédictions tous les deux mots ou ces sinistres docteurs complotant pour se débarrasser de leurs légitimes. Dans Un Angelo per Satana, la menace semble provenir d’une étrange statue repêchée au fond d’un lac, une idole réputée diabolique auprès du petit village superstitieux et que l’on a sortie des eaux pour qu’un brave tailleur de pierre lui redonne le visage humain qui était le sien avant qu’elle aille se coucher sur son lit d’algues. Un visage ressemblant par ailleurs à celui de la noble et riche Harriet Montebruno (Barbara Steele), descendante de la belle demoiselle ayant justement prêté ses traits à la sculpture. Et à peine celle-ci mise au sec, les drames s’enchaînent : des marins sont noyés lorsque leur barque coule et Harriet change soudainement de comportement, passant de la douce ingénue à la torride tentatrice… Serait-elle possédée par l’esprit séjournant dans le marbre ? Fort probable lorsque l’on se penche sur la légende de la statue, façonnée voilà bien des décennies par un sculpteur dont était éprise Belinda, une jeune demoiselle finissant avec le cœur brisé lorsqu’elle découvrit que l’artiste faisant office d’amour de sa vie était pour sa part séduit par son modèle, l’ancêtre d’Harriet (ça va, tout le monde suit ou je dois écrire plus lentement ?). En pleine perdition morale, Belinda décide de se venger en balançant la version immobile de sa rivale en amour dans le lac (ah ben voilà pourquoi elle faisait trempette, la statue !), mais comme elle n’est pas douée elle parvient à chuter avec le monument, qui l’écrase sous les eaux… Et visiblement, l’esprit de Belinda est remonté à la surface lui aussi et a choisis Harriet comme réceptacle. Sa vengeance peut enfin débuter…

 

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La différence entre Un Ange pour Satan et le reste de la production gothique de l’époque tient, sans surprise, à son méchant. Certes, un spectre sorti du Styx pour prendre possession du corps d’une jolie jeune fille, cela n’a rien de bien neuf dans les faits, mais Mastrocinque parvient sans mal à contourner cette problématique en changeant le genre de son film, moins un film d’horreur qu’un thriller dramatique. Certes, on garde tout l’attirail gothique, avec ses vieilles demeures, son orage pourfendant la pénombre, ses pluies gelées, ses sorties nocturnes et son beau noir et blanc d’usage sur la Botte à l’époque, mais on s’en sert à de nouvelles fins. Barbara Steele ne partira pas hanter ses proies, pas plus qu’elle ne les poignardera : ses tourments, elle les exercera en séduisant ceux qui l’entourent pour ensuite les pousser à la faute, en transformant le timide benêt en un fauve violant et assassinant les femmes, en détournant une armoire à glace de sa famille, en poussant un amoureux transi à tromper sa dulcinée,… Harriet, ou plutôt Belinda, n’est pas une meurtrière à proprement parler, plus fourbe que cela elle s’arrange pour que ceux qui l’entourent commettent ses crimes à sa place, dans le simple but de leur extirper tout bonheur, que toute la population du petit village soit aussi malheureuse qu’elle ait pu l’être… De la petitesse portée au rang d’art noir. Art dans lequel elle excelle, Belinda utilisant le corps et l’aura de Barbara Steele pour détourner les braves gens du droit chemin, les pousser au vice et aux péchés. Alors que dans la plupart des films goth le surnaturel se fait de plus en plus présent, que son influence finit par englober tout le métrage, Un Ange pour Satan prend le parti inverse, usant du paranormal pour découler finalement sur un fait divers sordide, sur une bassesse des plus réalistes. Les agissements de Belinda ne sont, par exemple, pas sans rappeler ces biens connus cas de corbeaux, de ces femmes planquées chez elles qui multipliaient les courriers anonymes pour infecter le reste de la population, pour monter les braves gens les uns contre les autres. Une drôle d’odeur de drame plus humain que satanique flotte donc, Mastrocinque semblant moins intéressé par les aspects horrifiques de son métrage que par sa facette plus sociale. Le propos est clair : il est très facile pour une personne mal intentionnée et dotée de certains atouts (physiques mais aussi un rang noble, qui facilite les mensonges puisque l’on croit plus facilement quelqu’un d’important) de mettre un bordel pas possible dans une petite bourgade. D’ailleurs, plus les minutes passent, plus le Massimo balaie les attributs fantastiques de son œuvre, twist final peu surprenant mais satisfaisant à l’appui…

 

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Il ne lui est de toute façon guère nécessaire d’en faire des tonnes dans l’effroi, le réalisateur pouvant fort bien laisser les chauves-souris, les rats et les araignées dans leurs caves ou greniers, certaines scènes étant déjà assez marquantes sans que le besoin d’en rajouter se fasse sentir. Bien rude, par exemple, cette scène montrant un père de famille au cerveau retourné par les charmes et promesses de la Steele foutant le feu à sa maison, offrant une mort brûlante à sa femme et ses enfants. Peu drôle, la découverte du corps de leur instituteur, pendu dans sa salle de classe, par ses propres élèves, le professeur s’étant donné la mort parce que la Barbara s’était démenée pour lui ruiner l’existence. Alors non, tout cela n’est pas effrayant dans le sens où on l’entend généralement, mais cela fait un effet pas possible et permet à la bobine d’atteindre le statut, sans doute envié, de pelloche gothique la plus noire et cruelle de son époque. Assurément pas le film à voir lors d’un coup de blues, peu de chances que Mastrocinque vous remonte le moral… Le metteur en scène n’oublie cependant pas d’offrir quelques séquences rappelant à notre bon souvenir que l’on est bien face à une bande gothique des sixties (de 66 pour être précis), notamment via quelques plans inquiétants – accompagnés d’une bande-son qui l’est tout autant – de cette fameuse statue, décidément bien intrigante… On l’avait d’ailleurs senti avec La Crypte du Vampire, on en est désormais certains avec Un Ange pour Satan : Mastrocinque est un bon, un rital à réhabiliter de toute urgence. Bien dommage que sa renommée ne soit pas aussi forte que celle de beaucoup de ses compagnons, une tentative comme celle-ci aurait d’ailleurs dû lui permettre de se faire une bonne place dans le caveau sacré, quelque-part entre Freda et Bava… Le bonhomme est en tout cas un fin technicien sachant tirer parti de ses beaux décors naturels, qu’il traverse avec son objectif, laissant ses personnages évoluer dans ce beau village à l’ancienne ou aux abords du château… Classique dans la forme, c’est certain, mais un classique que l’on se plaît toujours à retrouver et qui ne se fait pas tape-à-l’œil inutilement, ne déplaçant jamais l’attention du spectateur des thèmes du métrage.

 

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Et il faut rajouter au tableau une distribution impeccable : Barbara Steele est bien sûr fidèle à elle-même et si elle n’aimait guère les films d’horreur, elle y avait définitivement sa place tant elle parvient à se montrer inquiétante en un claquement de doigts. Pas impossible qu’elle ait ici trouvé son plus beau rôle et parmi ses scènes les plus marquantes, comme lorsqu’elle démolit la face d’un simplet frustré avec sa cravache… Face à elle, un premier rôle masculin attachant en la personne d’Anthony Steffen (un habitué des westerns), très bon et sympathique, loin de la fadeur des jeunes premiers que l’on peut croiser dans ce genre de productions. Les connaisseurs reconnaîtront également Ursula Davis, déjà dans La Crypte, et un Claudio Gora revu en chef de police dans Danger Diabolik. Joli casting pour bien joli film, en définitive, de ces petits classiques du genre surtout vénérés par les fans hardcore du goth à la bolognaise. Inutile de préciser que si vous ne l’avez pas dans votre collection, vous êtes bons pour vous prendre, vous aussi, quelques coups de cravache dans les roustons…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Camillo Mastrocinque
  • Scénario : Giuseppe Mangione, Camillo Mastrocinque
  • Production : Lilian Biancini, Giuliano Simonetti
  • Titres: Un angelo per Satana
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Barbara Steele, Anthony Steffen, Ursula Davis, Maureen Melrose
  • Année: 1966

6 comments to Un Ange pour Satan

  • Jacques  says:

    Belle critique pour un excellent film ! Sinon, j’y verrais aussi l’influence littéraire, via cette statue maudite, de Prosper Mérimée et de son impressionnante « Vénus d’Ille », non ? D’ailleurs adaptée par Mario Bava lui-même : q
    u’en penses tu ?

  • Jacques  says:

    Ce serait en tout cas très chouette qu’un éditeur arrive à nous ressortir cette « Vénus d’Ille » dont je garde un excellent – mais lointain – souvenir. Sinon, je t’invite à découvrir la nouvelle de Mérimée : super bien écrit et hyper efficace …

  • Roggy  says:

    Je confirme les propos de Jacques et tu peux lire la nouvelle qui est excellente, tout comme ta chronique.

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