La Dernière Orgie du IIIème Reich

Category: Films Comments: No comments

gestapoteaser

Une dernière orgie avant la fin du monde ? Ce n’est pourtant pas réellement une partouze légendaire que vous trouverez dans La Dernière Orgie du IIIème Reich, qui aurait tout aussi bien pu se nommer Souvenirs du Camp… Mais pas de vacances, hein !

 

Attention, risque de chutes de spoilers! Roulez lentement!

 

Le bon côté avec l’Italie des années 60 et 70 lorsque l’on est un réalisateur, c’est que l’on n’est jamais catalogué. Alors qu’Hollywood a ce don inné pour enfermer les metteurs en scène dans des cases bien définies dont ils ne sortent qu’à de rares occasions, la botte estime que ses talents peuvent s’épanouir dans bien des genres. Evidemment, cela ne va pas sans une certaine misère pécuniaire, mais c’est fort justement cette pauvreté qui permet aux producteurs de lâcher un peu la bride à leurs poulains et leur laisser le soin de sauter d’un univers à un autre. Tant que le produit fini est posé sur le bureau du grand manitou à la fin du mois, peu importe ! C’est ainsi que certains artisans comme Cesare Canevari eurent le loisir de toucher à tout : le western (Matalo !), l’érotisme (Moi, Emmanuelle), l’espionnage (Un Tango dalla Russia) et même le drame (Il romanzo di un giovane povero). Pourquoi ne pas glisser au milieu de cette somme d’expériences un petit nazisploitation des familles ? C’est que nous sommes en 1977 et le genre a gagné ses galons depuis quelques années déjà, réjouissant le public des salles de quartier avant de faire la joie des ogres de la VHS, quelques années plus tard. C’est d’ailleurs lorsqu’il sera encastré dans une cassette que le film se fera remarquer, L’Ultima Orgia del III Reich, alias La Dernière Orgie du IIIème Reich, devenant bien vite un ennemi à abattre au Pays de Galle. Mais comment ne pas rejoindre la division des Video Nasties avec les Cannibal Holocaust et autres Island of Death lorsque notre titre anglais se trouve être The Gestapo’s Last Orgy ? L’alarme du Yard retentit forcément lorsque tombe sur les étagères pareille folie, vouée à se faire remarquer puisque mixant très précisément deux tabous : le nazisme et les pratiques sexuelles jugées comme déviantes par la famille du Prince Charles. Apeurée à l’idée que des marmots puissent mettre la main sur pareille production, la BBFC ordonne une prohibition de tous les Nasties, bien vite envoyés au four crématoire. Ca vous rappelle la montagne de livres enflammés autour de laquelle les soldats allemands se tenaient droits comme des piquets ? C’est normal…

 

gestapo2

 

Reste que La Dernière Orgie du IIIème Reich cherchait un peu la petite bête à sa manière, Canevari n’emballant pas franchement un film très familial. Jugez vous-même : après un procès visant à punir les SS, la témoin clé des drames survenus dans un camp pour femmes décide de retourner sur les lieux du drame, désormais en ruines… pour y fricoter avec un haut gradé qui l’avait torturée durant des mois et des mois lorsque Hitler régnait en maître sur l’Allemagne ! Et c’est ensemble, entre deux caresses ou deux baisers, en traversant les chambres et les entrepôts désaffectés, que les deux tourtereaux, la blonde Lise (Daniela Poggi) et l’aryen Conrad Von Starker (Adriano Micantoni, que les bissophiles fidèles à Artus ont croisé il y a peu dans Le Manoir Maudit), se remémorent des souvenirs pour le moins marquants. Par le procédé du flashback, Canevari va porter à l’écran les souvenances de ces deux personnages intimement liés. Conrad était alors le chef des lieux et se plaisait à utiliser les pauvres demoiselles placées sous sa surveillance comme du bétail servant à former son armée, de vulgaires mannequins sur lesquels les jeunes soldats pouvaient laisser éclater toute leur bestialité, qu’elle soit sexuelle ou violente, et ainsi devenir de plus en plus inhumains et par extension meilleurs au front. Des machines de guerre, dénuées de sentiments et de pitié, dont la cruauté sert l’efficacité guerrière. Et au milieu de ces filles perdues, prostrées devant la peur et la méchanceté gratuite, se tenait Lise, droite comme un I, le regard vide de celle dont le cœur et l’esprit sont déjà passés de l’autre côté de la rive et qui n’attend plus que sa carcasse torturée en fasse de même et la rejoigne enfin. Parmi ces victimes toutes désignées, Lise ne pouvait que resplendir tant elle ne craignait pas la mort mais l’espérait, ce qu’un Conrad ébloui ne pouvait manquer de remarquer. Dès lors, notre officier ne vit plus que dans l’espoir de faire renaître l’envie de survivre chez sa prisonnière, dans le but évident de la lui ôter dans la foulée, de lui offrir la mort et le désespoir à cet instant précis… Jusqu’à ce que le SS ne se prenne à son propre jeu et devienne plus dépendant à Lise que l’inverse…

 

gestapo1

 

Bien difficile de savoir où commencer lorsqu’il est question de La Dernière Orgie du IIIème Reich, métrage aux multiples identités. Un pur produit grindhouse, de l’exploitation bête et méchante ? Oui… et non. Un film d’auteur, peut-être, avec un véritable fond ? Pas que… Alors que le fendard Holocauste Nazi, au choc facile et tour à tour volontairement et involontairement drôle, était très unidimensionnel et ne se plaçait que dans une simple optique de divertissement aux faux airs de poil à gratter, L’Ultima Orgia brouille les pistes et croise les velléités. Oui, il y a bien un but commercial derrière cette production de Canevari en personne, l’homme tenant les cordons de la bourse et sachant dès lors ce qu’il lui reste à faire s’il veut que les files se forment devant les affiches de son œuvre. C’est-à-dire flatter les bas instincts en alignant les libellules dénudées et en les jetant dans les griffes de sinistres bidasses prêtes à leur faire subir les pires atrocités. S’enchaineront alors, au gré des souvenirs de Lise et de son amant, les séquences voyant des filles jetées dans les gueules baveuses de dobermans affamés, un bain de chaux brulante, des viols réguliers, les inévitables coups de cravache, l’arrachage d’un tatouage du torse d’un jeune homme, le passage dans un tunnel infernal et envahi par les flammes et on en passe ! De quoi satisfaire l’appétit des bisseux cherchant leur dose d’interdit… La Dernière Orgie va cependant bien moins loin qu’Holocauste Nazi dans le délire et laisse les bêtes de Neandertal créées par des savants fous dans leur monde imaginaire, Canevari restant dans les terres du plausible et ne cherchant jamais à en faire trop avec ses séquences tendancieuses. Alors que l’holocauste nazi de Luigi Batzella était un cirque pétaradant aux nazis rieurs et constamment dans le surjeu, Canevari se pare d’une véracité de tous les instants et se garde bien de tomber dans le binaire. Nous y reviendrons, mais ses nazis ne sont pas totalement des bourreaux tandis que les demoiselles tombées dans leur griffes ne sont pas que des victimes, ces personnages, tous humains dans leurs tares, ne se présentant jamais comme des clichés ambulants. De quoi rendre le spectateur plus impliqué, justement : les protagonistes ne sont plus des ombres attachées aux murs et fouettés par des tortionnaires interchangeables, des âmes utilitaires créées voilà deux pages de scénario pour implanter à vitesse grand V une nouvelle séquence agressive dans le métrage. Ce sont des hommes et des femmes crédibles, trempés dans un enfer crédible et tenu par des diables qui ont réellement existé. Et que les supplices ici montrés aient réellement eu lieu ou non, on y croit sans mal…

 

gestapo3

 

Canevari ne tente d’ailleurs jamais vraiment de se montrer divertissant et emballe son orgie nazie (titre trop exploitation pour le résultat final, par ailleurs) comme il emballerait un documentaire : de manière élégante et techniquement au poil (malgré quelques mouvements de caméra mal assurés mais on ne va pas chipoter), certes, mais aussi froide. Pas pompier pour un sou notre gaillard, et l’on s’en rend compte dès la première scène choc de The Gestapo’s Last Orgy, un cours pour les jeunes recrue du régime, tenu dans une salle de gym, avec nos jeunes étudiants tous nus et alignés tandis que l’on leur passe des diapositives. Et c’est pas les vacances d’Hitler à Saint-Trop’ qu’ils vont voir, c’est moi qui vous le dit… On leur place en effet dans les pupilles les fruits d’expériences sur une pauvre juive, reléguée au rang de vulgaire animal : enfermée dans une pièce de métal, elle n’est au départ nourrie que des restes non-voulus des clebs avant de devoir ingurgiter les défécations des soldats, dont elle finira par s’asperger le corps entier. Et les nazillons en formation de se tripoter la tige, excités qu’ils sont par ces photographies d’un art nouveau. C’est à cet instant que le réalisateur nous permet de découvrir un coin de la pièce qui nous était jusque-là resté caché, regroupant des captives nues, et que Conrad autorise ses troupes à se laisser aller à leurs plus folles envies, sans restrictions, sans règles. Inutile de vous faire un topo sur ce qui attend ces pauvres filles… A la dureté visuelle de la scène s’ajoute celle morale, Conrad expliquant sans se démonter que les juives ne sont désormais que des punching-ball sur lesquels la jeunesse hitlérienne peut se faire la main, le poing et la bite. Et après être passé du statut d’objet inanimé servant à construire des monstres, les demoiselles israélites chutent encore au rang de simple nourriture. Quelques officiers réunis autour d’une table prenent en effet la décision de manger l’une des leurs, avant de récupérer l’une des servantes évanouies et la brûler vive tandis que son corps est aspergé d’alcool et garni de la viande de sa congénère. Et tout cela avec des discours raciaux, diminuant tout un peuple jusqu’à l’esclavagisme pur et simple, discours ponctués du rire et du sourire de celui qui est content de ses propos. Pas toujours facile à encaisser et bien plus troublant que toutes les tortures de cabaret trouvées dans la plupart des autres Nazi Movies… Notons d’ailleurs que la rhétorique antisémite est ici au centre du récit alors que bien des pelloches du genre se contentent de faire des gaillards de la Wehrmacht de simples méchants en costumes qui auraient tout aussi bien pu être des Russes d’un James Bond ou des sbires de Fu Manchu. Un mal sans spécificité réelle en somme, comme dans Holocauste Nazi encore une fois, de simples badguys souhaitant gouverner le monde par désir d’être les plus forts. Ce n’est jamais le cas sous la plume de Canevari, également co-scénariste…

 

gestapo4

 

Conrad, le grand méchant loup du jour, n’est ainsi jamais un simple militaire rigide beuglant allemand pour ordonner que l’on gaze tout le monde. Il est avant toute chose un ancien grand soldat, jadis précieux pour son armée puisqu’il parvint à mener quelques dures batailles, bien sûr gagnées. Mais tout cela, c’est du passé, Conrad étant relégué au rang de directeur d’un camp de concentration, comme une nounou surveillant d’un œil les groupes de prisonnières qu’on lui amène. Notre premier rôle masculin a chuté du haut de la pyramide rouge et après avoir donné des ordres, c’est à son tour d’en recevoir. Une situation difficile à vivre pour ce génie du front ne demandant qu’à retourner se battre, castré par sa hiérarchie et ce dans tous les sens du terme puisqu’il est devenu un éjaculateur précoce balançant la purée à la colle dès que deux êtres s’effleurent sous son nez. Pire, cette faiblesse dans la virilité en fait le jouet d’une simple matonne, une officière en-dessous de lui sur l’échelle de l’importance mais qui se fait un malin plaisir de l’humilier en le tentant, en le fouettant comme un enfant, voire même en le sodomisant avec son fouet. Conrad n’est un chef que par les apparences et son estime de lui-même, il tentera de la retrouver en torturant Lise, dont il finira par tomber profondément amoureux… Ironiquement, il se retrouvera une fois encore en position d’infériorité face à une demoiselle plus monstrueuse qu’il n’y parait. Présentée comme une martyre éteinte dès sa première apparition, comme une belle figurine creuse n’attendant plus que son trépas, notre héroïne finira par dévoiler une face de plus en plus sombre au fil du récit. On apprendra ainsi que son but premier dans la vie est d’être plus Allemande que les Allemands eux-mêmes et que c’est dans ce but qu’elle livra ses parents à la gestapo. Et lorsque Conrad fera d’elle sa petite-amie officielle, l’extirpant du même coup des dortoirs froids et crasseux dans lesquels sont entassées les autres filles, elle ne manquera pas de se montrer impitoyable avec ses anciennes camarades de chambre. Ressort dès lors l’impression qu’elle est presque plus inhumaine que Conrad, né dans le camp des forts et à cet instant incapable de se mettre à la place des faibles, tandis que Lise fut des leurs et ne montre aucune tendresse à leur égard une fois qu’elle les a quittés… Ambitieuse, elle décide de prendre l’ascenseur pour monter tandis que son bestial et pervers compagnon a justement pris celui descendant de plus en plus bas…

 

gestapo5

 

Un surplus de psychologie bienvenu tant il augmente encore un peu l’odeur troublante du métrage – bien plus qu’un simple défilé d’horreurs – et transforme le tout en un parcours vers la paix intérieure (retrouver sa virilité pour Conrad, échapper à son statut de juive pour Lise, qui perdra son étoile de David au profit d’une jarretière avec une croix gammée dessus. Vous n’en trouverez pas des pareilles chez Zalando, c’est moi qui vous le dis…). Une paix seulement atteignable en empilant les cadavres… Inutile d’en faire trop dans le gore, dès lors, ici aux abonnés absents (tout juste quelques chiens qui mastiquent de la viande humaine), le parfum d’interdit et l’ambiance incommodante faisant largement le travail… Canevari remplit en tout cas sa mission sans heurts majeurs : La Dernière Orgie du IIIème Reich tape dans l’exploitation dérangeante et risque fort de nous hanter pendant quelques temps. Tout juste regretterons-nous des seconds rôles trop peu présents pour que leurs mises-à-mort dispose du minimum d’impact, le réalisateur étant si concentré sur son couple improbable qu’il en oublie tous ceux qui les entourent. Pour le reste, on a là un véritable indispensable de ce genre décrié et un parfait complément à un Nazi Holocauste auquel il ne saurait être comparé. Si les deux bisseries partagent les mêmes contours, leurs ambitions, thèmes et odeurs ne sont définitivement pas les mêmes… Reste que les deux sont disponibles chez Artus Films et qu’à moins d’être totalement allergique au style, ce qui se comprend aisément, il est fortement recommandé de se laisser tenter. A condition d’avoir le cœur bien accroché, bien entendu…

Rigs Mordo

 

gestapoposter

 

  • Réalisation : Cesare Canevari
  • Scénario : Antonio Lucarella, Cesare Canevari
  • Production : Cesare Canevari
  • Titres: L’Ultima Orgia del III Reich, Gestapo’s Last Orgy
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Adriano Micantoni, Daniela Poggi, Maristella Greco
  • Année: 1977

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>