The Tripper

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On le sait : les maniaques courant les bois à la recherche de gamins à démembrer ne sont pas franchement portés sur la fumette. Pas très Flower Power, nos stars du slasher, et ça David Arquette l’a bien compris, lui qui mélange justement le genre avec la drugsploitation pour un résultat flirtant avec le politique !

 

 

Il ne peut rien y faire, notre acteur également catcheur par le passé ! C’est ainsi, David Arquette restera à jamais Dewey, le gentil flic un peu con de la saga Scream, celui-là même qui séduisit la journaliste campée par Courteney Cox, vite devenue sa femme dans la vie privée également (relation par ailleurs terminée il y a quelques années). C’est pourtant pas faute d’avoir fait autre-chose que combattre Ghostface sous l’œil de Wes Craven, et rien que dans le genre horrifique, Arquette s’est retrouvé dans le classique Vorace et le très sympa Arac Attack. Malheureusement, lorsqu’un rôle vous colle un peu trop à la peau, il est bien entendu difficile de s’en défaire, le brave David finissant par se retrouver dans des pelloches peu vues et encore moins connues, voire même à faire le guignol dansant dans la version américaine de Danse avec les Stars. Est-ce que Bone Tomahawk, retour à l’anthropophagie pour notre comédien, relancera un peu sa carrière ? Rien n’est moins sûr… Et impossible que cela efface le fait que le moustachu à la mine avenante soit catalogué comme un acteur de slasher. Et un réalisateur de slasher, tant qu’à faire, puisqu’il tourne en 2006 The Tripper, son hommage aux pelloches des eighties, celles-là même dont les Scream se moquaient avec plus ou moins de discrétion. Egalement producteur de la chose avec son épouse d’alors, soit la Monica de Friends, Arquette rédige avec Joe Harris (scénariste de l’oubliable Nuits de Terreur) un script se basant sur une idée venue à l’esprit de l’acteur alors qu’il voyageait en bus : et si un tueur découpait du hippie dans les bois ? Rien de bien novateur là-dedans, c’est même précisément le script des Vendredi 13, les victimes du vieux Jason n’étant jamais vraiment de simples scouts louant le christ au coin du feu, des marshmallows grillés dans les gencives… Du coup, pour se distinguer un peu de la masse, Arquette décide de faire de son assassin un grand costaud déguisé… en Ronald Reagan ! Ouaip, l’ancien président des States ! Le genre d’idées bien branques qui aident une petite Série B sans prétentions à se faire remarquer, c’est un fait. Le film se fait d’ailleurs tellement voir qu’il s’attire les foudres du scénariste/producteur Fritz Jünker, à qui l’on doit la pelloche indépendante The Truth About Beef Jerky, comédie nous contant comment des fumeurs de pétards se font emmerder par des rednecks crasseux et d’extrême droite. Et le Fritz n’est pas très content : selon lui, Arquette a pillé son œuvre, une idée pas si saugrenue que cela par ailleurs puisque le trailer de The Truth… montre effectivement quelques similitudes avec The Tripper… Heureusement pour David Arquette, Jünker n’a pas les moyens de l’attaquer en justice, l’affaire en restant là, permettant au slasher de continuer sa route.

 

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Un chemin d’ailleurs un peu plus ambitieux que ce qui était proposé au scénariste/réalisateur/producteur/acteur (ouf !), son méfait (le deuxième après un Selling Air sorti en 2002 et sur lequel on ne dispose pas d’énormément d’infos) étant à la base prévu pour apparaître sur les programmes d’After Dark Productions, une boîte aidant à la diffusion des productions indépendantes branchées horreur, souvent réunies par paquet de huit via les 8 Films to Fie Dor. Souvent des films de merde, cela dit en passant… Arquette voyant plus gros, il préfère refuser l’offre pour tenter une distribution plus classique et imposante, le zigoto visant clairement une sortie en salle et non ces quelques séances éparses pour quelques goreux. Au final, The Tripper ne sera pas un gros succès, au contraire, et se verra même être malmené par la critique, cassant net les velléités de metteur en scène du pauvre David, depuis devenu un faiseur de séries télé (Medium, Les Experts : Miami,…) ou de téléfilms. Le petit carnage entre amis (Arquette rameutant principalement des proches et sa famille pour emballer le tout) méritait-il tant de haine ? Pas vraiment, même s’il ne mérite pas non plus des bisous partout… Tout débute en tout cas dans les années 80, alors qu’un pauvre bambin, dont la mère est malade et le père en difficultés financières, passe tout son temps devant la telloche à mater des clips montrant les atrocités de la guerre. Mais alors qu’il pouvait tranquillement observer des charniers et des corps plus calcinés que des petits fours, le bambin est emporté par son daron, un bucheron appelé en renfort par ses employés parce que des activistes écologiques se sont enchaînés autour d’un arbre pour éviter que le chêne se fasse tronçonner. Le ton monte vite entre les idéalistes et les travailleurs forestiers, au point que le marmot finit par se saisir d’une tronçonneuse et la plante dans la gorge du chef des hippies, qui envoya chier son père violemment. Une vingtaine d’années passent et les bois servent désormais à un festival musical, le type sex, drugs and rock’n roll. Et comme de juste, l’évènement devient un véritable aimant à jeunes gens ravis de pouvoir mélanger leurs semences tout en échangeant quelques pilules au rythme de groupes vantant le Peace & Love. Bien entendu, tous ces mecs et ces nymphettes fringuées aux couleurs de l’arc-en-ciel avec des joints au bec, cela réveille les pulsions du maniaque de service, qui décide de se déguiser en Ronald Reagan pour pourfendre ces Américains trop peu patriotes à son goût…

 

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A dire vrai, la partie purement slasher n’est pas d’un intérêt débordant, Arquette collant au plus près des conventions : un tueur masqué usant de l’arme blanche (ici une hache), un peu de nudité (les spectatrices pourront même profiter d’un sexe masculin, histoire que tout le monde soit content) et un groupe de potes prêts à se faire fendre la gueule. Notez que si d’ordinaire les caractères des teens sont relativement variés, histoire de les différencier plus facilement, ce n’est pas réellement le cas ici : sur les six « héros », quatre sont de simples obsédés de la marijuana, le cinquième est un peu plus posé et souhaite prendre soin de sa copine, la véritable héroïne. Soit une jeune blonde plus sage que les autres et ayant vécu une mauvaise expérience après avoir pris de l’acide puisqu’elle imagina que son ex-petit ami, déjà peu sympathique à la base, se changeait en démon. Depuis, la nénette a toutes les peurs du monde que l’indélicat vienne la retrouver et lui fasse la misère… Vous balancez un bûcheron endimanché comme un zig de la Maison Blanche et vous obtenez le petit slasher habituel, pas ailleurs assez mal amené la plupart du temps. Car la portion gore et horreur du métrage est plutôt mal répartie, le client s’étant assis devant The Tripper devant attendre un sacré moment avant que les choses sérieuses ne se lancent. La tuerie ne débute en effet réellement qu’après 30 ou 40 minutes d’exposition, seuls deux meurtres assez rapides (plus le début avec la tronçonneuse) font acte de présence pour occuper un peu le viandard, pour le moment au régime. Arquette a en tout cas la drôle d’idée d’espacer sacrément ses meurtres mais de toujours les faire aller par pack de cinq ou six. Ainsi, il ne passe rien durant vingt minutes puis Ronald Reagan vient se fatiguer en anéantissant quelques jeunes lors d’une scène, avant de repartir reprendre son souffle durant vingt nouvelles minutes. Pas franchement le genre de structure favorisant le rythme, et par extension l’intérêt du public… D’autant que si le bodycount est assez élevé (dans les 25 ou 26 morts), les méthodes pour arriver à ce résultat laissent à désirer puisque manquant de variété. Reagan tue à la hache et c’est tout, ne s’offrant éventuellement qu’un pétage de nuque à main nue et un découpage de corps à la tronçonneuse, de manière verticale. La hache c’est bien gentil mais ça finit par lasser au bout d’un moment, d’autant que le tout n’est que rarement gore. Certes, on a quelques gros plans sur des têtes coupées ou le fameux corps tronçonné, avec de fameux jets de gros rouge, mais Arquette prend bien vite la sale habitude de montrer les massacres de loin, quand il ne détourne pas carrément son objectif au moment des coups. Frustrant…

 

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Le réal ne s’en cache cependant pas : il n’a jamais voulu faire un film sérieux avec The Tripper, son but étant de proposer une Série B fun, ni plus ni moins. Le pari n’est réussi qu’à moitié : certes, on ne s’emmerde pas spécialement et il est certain que l’ambiance est plutôt bonne enfant, voire même joviale (normal avec des protagonistes tous shootés et à moitié à poil la plupart du temps), mais on ne rit pas à gorge arrachée non plus. Les dialogues peinent à décrocher un sourire, manquent de recherche, et les personnages un peu tarés (comme l’organisateur de concert, incarné par Paul « Pee-Wee » Reubens, qui ne s’exprime que par des insultes) ne sont pas particulièrement mémorables non plus… Et l’aspect politique dans tout cela ? Arquette a beau prétendre que son long-métrage n’est qu’un inoffensif divertissement, cela ne l’empêche jamais de tirer à boulets rouge sur un peu tout le monde. Reagan prend bien évidemment cher, accusé qu’il est d’avoir indirectement commis les crimes vus dans le film puisqu’il décida dans les eighties de diminuer les moyens des instituts psychiatriques, entrainant par la même occasion la libération de fous, désormais dans la nature. Ce qui ne l’empêche pas de rester populaire auprès des rednecks, également prompts à voir en Georges W. Bush le meilleur président vu en Amérique. Si l’on comprend que le réalisateur n’est pas tout à fait de cet avis, il ne se montre pas beaucoup plus tendre avec les hippies, présentés comme des pacifistes à la petite semaine, plus intéressés à l’idée de se défoncer ou s’envoyer en l’air que par les causes qu’ils prétendent servir, finalement des excuses pour faire la fête jusqu’au bout de la nuit. Des préoccupations politiques à la demande, au fond, de simples parures pour se donner bonne conscience et justifier ses ébats et sa volonté de se rouler dans l’herbe ! Ne parlons même pas de l’organisateur du festival, seulement appâté par le fric et se foutant bien des valeurs qu’il se voit défendre… Seuls les flics semblent finalement obtenir la grâce de David Arquette, qui les présente comme des gens fatigués d’être pris en étau entre les politiciens et un peuple ne sachant pas ce qu’il veut.

 

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Cette petite critique de la société plutôt rieuse s’accompagne d’une réalisation plutôt bien foutue. Certes, Arquette ne deviendra jamais un ténor du caméscope, un dieu vivant du septième art. Ni mort, d’ailleurs ! Reste qu’il emballe plutôt efficacement son petit massacre entre amis, doté d’une belle photographie et de plans iconiques lorsqu’il s’agit de montrer le vieux Reagan la hache à la main. Le top ? Peut-être les scènes psychédéliques, mélangeant les couleurs, rendant le cadre instable, tandis qu’apparaît au loin la silhouette du monstre pourfendeur de hippies. Du bel ouvrage servant malheureusement un spectacle inégal, parcouru de ventres mous forcément dommageables, heureusement balayés par la bonne humeur générale. Il faut dire qu’Arquette a surtout convié de la famille (sa femme d’alors, son frère, son beau-frère Thomas Jane de The Punisher et The Mist, alors époux de Patricia Arquette), ce qui favorise forcément une certaine ambiance de tribu. Mais le reste de la distribution se veut également intéressante pour le cinéphile puisque conviant Paul Reubens comme déjà dit plus haut, Paz de la Huerta (Nurse 3D), la jolie Jaime King, nouvelle princesse du slasher (Silent Night, Meurtres à la Saint Valentin 3D et le remake de Mother’s Day, dans un registre un poil diffèrent), Lukas Haas (le sauveur du monde dans Mars Attacks !) ou encore Jason Mewes (grand copain de Kevin Smith, donc vu dans Clerks et compagnie). Du beau monde venu s’éclater et prenant visiblement du plaisir dans ce slasher enfumé, notable de par ses thèmes et sa schizophrénie puisqu’il ne cesse de faire des vas-et-viens entre le drame politique et la déconnade, mais finalement en deça de ses possibilités. Un peu trop brouillon, partant dans un peu trop de directions et pas assez équilibré, The Tripper laisse un arrière-goût amer et frôle par instant le bad trip. Dommage, il y avait pas mal de choses intéressantes là-dedans…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : David Arquette
  • Scénario : David Arquette, Joe Harris
  • Production : David Arquette, Courteney Cox,…
  • Pays: USA
  • Acteurs: Thomas Jane, Jaime King, Lukas Haas, Jason Mewes
  • Année: 2006

2 comments to The Tripper

  • Roggy  says:

    Le film n’est certes pas parfait mais il offre une alternative intéressante aux futures élections américaines qui vont s’ouvrir. Un troisième candidat ?

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