Holocauste Nazi

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Artus remet ses bottes et ses vieux uniformes ! Et plutôt deux fois qu’une puisque sortent en même temps La Dernière Orgie du IIIème Reich et Holocauste Nazi, deux fleurons remarqués de la Nazisploitation. En attendant de recevoir notre parfum aphrodisiaque nous permettant de participer à la partouze promise dans le premier, penchons-nous sur le second…

 

 

Ah, la Nazisploitation… L’éternel débat, même au sein de la communauté bis, pourtant connue pour être plutôt ouverte au choc bon marché, aux sujets tabous comme la nécrophilie ou la torture sexuelle. Mais divertir en utilisant les drames des premières et secondes guerres mondiales, ça ne passe pas toujours, et il est peu conseillé d’arborer un t-shirt d’Holocauste Nazi si vous êtes un jour invité sur le plateau d’Arthur, entre Patrick Bruel et Guy Bedos. Une opinion négative sur le genre par ailleurs bien compréhensible et refilant toujours une petite odeur d’interdit au genre, encore perçu comme scandaleux à une époque où l’on est pourtant revenus de tout. La situation fut cependant bien pire en Angleterre pour Luigi Batzella, réalisateur de cette pelloche taillée comme un svastika nommée La Bestia in Calore dans son Italie natale, soit la bête en chaleur si l’on s’amuse à traduire. Ou The Beast in Heat en anglais, titre retenu lors de la sortie de la bande en territoire britannique, une petite cassette bien vite prohibée puisque le Royaume-Unis tremblait à l’époque à cause des fameuses Video Nasties. Et pour Holocauste Nazi, les soupçons étaient pour ainsi dire doublés dès sa naissance, d’une part parce qu’il fait commerce des horreurs des années 40, d’une autre parce qu’il fut réalisé par un rital. Et on le sait, les Anglais ne voyaient pas d’un très bon œil la botte, dont ils surveillaient les livraisons, qui atterrissaient bien souvent sur la liste des Nasties. Déjà mal perçus depuis leurs films de zombies gorasses, leurs cannibaleries avec du snuff animalier ou leurs slasher dans lesquels on dine du nourrisson, les transalpins devenaient quasiment l’ennemi à abattre pour Scotland Yard, pendant quelques mois occupé à visionner de l’exploitation en boucle pour y dénicher de sérieux délits. Boulot de rêve pour nous, de cauchemar pour eux ! Evidemment, avec le recul on ricane de la bêtise des british, n’empêche qu’Holocauste Nazi et quelques autres oeuvrettes furent jetées dans les fours crématoires pour leur atteinte à la bonne morale. On ne pouvait trouver destin plus ironique pour ces quelques amis d’Adolf…

 

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Sans trop de surprises, Holocauste Nazi a été tourné en 1977, durant cette petite période lors de laquelle la production transalpine misait beaucoup sur les croix gammées et les tortures menées par des officiers à l’haleine sentant bon la choucroute. L’inspiration, évidente : Salon Kitty, Salo et Le Portier de Nuit. La recette, la même : des pauvres demoiselles aux habits déchirés soumises aux délires sadiques des Allemands. Pas question pour Batzella (le génial Les Vierges de la Pleine Lune) de trop s’écarter des règles d’usage dans le genre, sa petite fiction située dans les montagnes italiennes dégainant absolument tous les ingrédients obligatoires lorsque l’on tape dans le grindhouse hitlérien, avec un petit soupçon de folie en plus. Comme souvent, le protagoniste principal de son récit est une vile nazie, ici la sombre doctoresse Ellen Kratsch (la très belle Belge Macha Magall), une foldingue en train de créer une race de surhommes pour faciliter la conquête souhaitée par le Führer. Ses expérimentations donneront naissance à une sorte d’homme des cavernes (Salvatore Baccaro, que vous avez vu dans Starcrash ou Le Château de Frankenstein), la fameuse bête en chaleur du titre, à la bite constamment au garde-à-vous puisque le monstre est doté d’une libido de fer. Au point qu’il en devient un instrument de torture, Kratsch et ses troupes balançant dans ses cages les demoiselles qu’ils désirent faire parler et qui se feront violer jusqu’à ce que mort s’en suive si elles refusent de vendre les rebelles. Car bien évidemment, une résistance s’est fondée et tente de rendre la monnaie de leur pièce aux nazillons, le film dans son entièreté n’étant par ailleurs qu’une gigantesque partie de dames entre les gentils montagnards d’un côté et les vilains chleus de l’autre. Vous connaissez la rengaine, d’ailleurs : les insoumis font sauter un pont, les teutons se vengent en kidnappant et torturant leurs femmes et enfants, les trahisons s’enchainent, les échanges de plomb aussi et la sauce monte encore et encore jusqu’à un final se voulant explosif, un assaut terminal où ça bombarde sévère (mais dans les limites du budget, ici très maigre, hein !). Un week-end ordinaire en 40-45, en somme, avec juste un homme néanderthalien chaud comme la braise au milieu de tout ce bordel…

 

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Car le Luigi sait fort bien qu’il n’est pas là pour emballer un classique du film de guerre, que l’on attend plutôt de lui une petite barbarie qui s’assume et ne fait pas semblant. On n’est pas vraiment tombés sur Le Pont de la Rivière Kwaï ou Les Canons de Navarone, Holocauste Nazi étant du pur cinéma de quartier, de l’exploitation moins pensée pour captiver que pour soulever quelques calbutes en montrant des poitrines dénudées avant de causer des hauts le cœur via les scènes plus rudes. Un vrai cahier des charges respecté à la lettre par un réalisateur sachant très bien qu’il n’est qu’un empaqueteur payé pour tourner une énième représentation d’un numéro bien rôdé. Batzella, également son propre scénariste, décide dès lors, peut-être pour se distinguer de la masse, d’y aller à fond dans le malpropre, au point que son métrage est reconnu par beaucoup comme étant le plus taré des essais dans ce sous-style. Peut-être le plus trash aussi, l’auteur alignant les séquences aptes à faire tourner la tête aux spectateurs peu avertis : jet de bébé dans les airs tandis que des nazis lui tirent dessus, viols en pagaille, tortures à tous les coins de rue, grands-parents abattus devant la marmaille, jeune demoiselle tuée d’un tir dans le vagin,… Et ce ne sont là que les plus sobres des sévices croisés dans The Beast in Heat, qui nous réserve quelques séquences disons… d’anthologie ? Ainsi, le Dr. Ellen Kratsch, pour faire parler un prisonnier, décide de se mettre topless et frotte ses tétons contre la chair nue de son détenu, avant de lui offrir une petite pipe. Vous vous dites que, finalement, c’est pas si mal d’être retenu captif par la donzelle ? Maybe, mais ne venez pas réclamer le même traitement, le pauvre homme posé à côté qui s’y est risqué (« Je veux jouir une dernière fois ! ») s’est retrouvé avec le zgeg tranché… En hors-plan, que les âmes sensibles se rassurent, nous ne sommes pas encore dans Cannibal Ferox. Par contre, les sexes féminins tourmentés en gros plan, vous y aurez droit… Et plutôt deux fois qu’une !

 

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Voir pour s’en convaincre cette hallucinante séquence lors de laquelle le metteur en scène bat de la caméra une salle des supplices, passant d’un stand ténébreux à un autre : viols par la bête (qui en plus arrache les poils pubiens à mains nues, zooms sanguinolents à l’appui, avant de manger la touffe !), rats rongeant le nombril d’une demoiselle, gaillard trempé dans la flotte et fouetté, électrodes reliés à la vulve d’une malheureuse (elle doit avoir le clito qui s’allume comme une ampoule, celle-là),… Quelques minutes passées dans un antre de l’insanité, les hurlements de détresse et les cris de douleurs s’empilant, se mélangeant aux rires de la savante folle, sans doute le passage le plus cru et dur d’un film qui n’en manque clairement pas. De quoi remettre son goûter à base de Nutella ? Pas vraiment, en vérité, car Holocauste Nazi est bien trop claudicant pour être réellement pris au sérieux, son statut de Série B bricolée avec les moyens du bord sautant à la face vérolée du public à chaque instant, au point qu’il finit par le sortir du métrage. Difficile de ne pas sourire devant cette énorme fournée de stockshots piqués à d’autres films de guerre, venus pimenter un peu l’action (principalement pour des plans d’explosions ou de tanks, que la production ne pouvait bien sûr pas s’offrir) de la manière la plus voyante qui soit. Car entre la photographie très propre du film de Batzella et ces extraits à la pellicule pour le moins usée, il y a un monde, et pas un petit ! Et puis viennent en file indienne les défauts habituels des menues bisseries, comme des figurants sans charisme ou peinant à trouver le naturel (je me demande même si une officière n’est pas prête à vomir au début du film !), le fait que la bête en chaleur ne le soit qu’à moitié puisqu’elle à la zigounette molle comme une asperge, que les rats ne sont que des cochons d’Inde peints en noirs ou des bévues incroyables, l’ombre du caméraman et son équipe technique étant clairement visibles lors d’une scène d’exposition ! Rajoutez à cela une réalisation franchement fade de la part de Batzella, dont la seule petite tentative visuelle (très relative) est l’utilisation de la courte focale sur la face de Baccaro pour le rendre encore plus zarbi. Le reste n’est que plans attendus échappés d’une mise en scène fonctionnelle au possible, aussi routinière que faire se peut.

 

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Pas de quoi faire découler un chef d’œuvre donc et l’on finit même par se demander comment les rosbifs ont pu prendre pareil dinguerie au sérieux, Batzella lui-même ne semblant pas filmer au premier degré. Voir par exemple ce commandant qui répond au téléphone en tenant son pantalon, qu’il perd en faisant le salut nazi. La Grande Vadrouille n’est pas loin, même si Bourvil et De Funès n’allaient pas au grand salon du châtiment. Presque dommage que ces séquences montrant les rebelles échafauder leurs plans soient si sérieuses et longues puisqu’elles ne sont jamais que des excuses pour rallonger le métrage, des pauses entre deux scènes plus vilaines et, pour tout dire, plus intéressantes aussi. Car dans les grandes lignes, Holocaust Nazi n’est qu’un film de guerre comme un autre avec ses dissidents tentant de faire tomber le régime germanique, et il est bien difficile de se passionner pour cet aspect du métrage ou pour les questionnements moraux faisant douter le curé du village. Curé qui refuse toute violence et ne veut pas agir contre les nazis lorsque ceux-ci vident leurs chargeurs dans la veuve et l’orphelin, mais se met à bastonner du boche lorsqu’un soldat renverse un crucifix ! A chacun ses priorités, dirons-nous… Pas de quoi crier au classique instantané pour le bouffeur d’exploitation, pas de quoi être réellement outré non plus pour qui ne l’est pas, l’ensemble étant régulièrement drôle, volontairement ou non. Dans tous les cas, le divertissement est assuré et on ne s’emmerde pour ainsi dire jamais, la bande filant comme le train spécial pour Hitler, c’est-à-dire à toute berzingue. De quoi avoir envie de faire claquer un peu la semelle avec Artus, dont le DVD est embelli par un agréable bonus de Christophe Bier, qui revient d’ailleurs rapidement sur la polémique du genre.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Luigi Batzella
  • Scénario : Luigi Batzella, Lorenzo Artale
  • Production : Roberto Pérez Moreno
  • Pays: Italie
  • Titre: La Bestia in Calore
  • Acteurs: Macha Magall, Gino Turini, Xiro Papas, Salvatore Baccaro
  • Année: 1977

2 comments to Holocauste Nazi

  • Roggy  says:

    C’est sûr que de nos jours, on ne ferait pas un tel film sur un sujet si polémique ! Après, on peut aussi se demander l’intérêt de ces Nazisploitation à part montrer des femmes et des hommes à poils et les torturer…

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