Week-End de Terreur

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Sur Toxic Crypt, on ne fait rien comme tout le monde. Ainsi, alors qu’il aurait été de bon ton de balancer la chronique de ce Week-End de Terreur un premier avril, puisque c’est la date lors de laquelle se déroule ce slasher, je m’y attelle seulement maintenant. C’est pourtant pas faute d’avoir le sens du rythme mais que voulez-vous, on est une feignasse ou on ne l’est pas. Et au fond, c’est peut-être ça, la blague.

 

Attention, ce papier spoile, et pas qu’un peu. Tout le film y passe, de A à Z, donc si vous ne l’avez pas encore vu, c’est le moment, d’autant que c’est un très chouette slasher. Vous reviendrez après par ici si le cœur vous en dit !

 

Difficile de causer de Week-End de Terreur, alias April Fool’s Day (1986), sans évoquer le fait que le film se fait très régulièrement spoiler. Vous me direz sans doute que je fais pareil et que je n’ai donc pas franchement de quoi me plaindre puisque je pratique ce que je dénonce, mais il me parait impossible de traiter de mon expérience sur Week-End de Terreur sans revenir sur le fait que la fin du métrage est archi-connue. C’est bien simple, que vous lisiez certains magazines, certaines chroniques sur le web, que vous ouvriez des livres sur le sujet du slasher ou que vous parcouriez un peu des forums parlant de la bande, il y a 95% de chances que vous finissiez par connaître ses ultimes minutes sans les avoir vues. Ce fut mon cas, alors que je suis du genre à tenter d’éviter les balles, et j’ai très vite appris que cette œuvre de Fred Walton comptait un bodycount affichant fièrement le chiffre zéro, car personne n’y meure malgré les apparences, les différents décès étant bien sûr une vaste farce liée au premier avril. C’est d’ailleurs généralement un argument qu’utilisent les déçus pour torpiller le métrage, et quand ils ne le disent pas clairement, ils sous-entendent que le twist final annule tout ce qui a précédé durant les dernières 80 minutes. Difficile dès lors d’avoir envie de se lancer dans la bobine avec le sourire et j’ai d’ailleurs longtemps retardé cette heure fatidique, pensant que je pourrais, avec le temps, oublier ce que j’avais lu. Mon cul, ouais ! Ces viles révélations me sont restées en tête lorsque j’ai fini par choper le DVD au Bloody Week-End de 2015 et étaient toujours tatouées dans ma mémoire lorsque je calla la galette dans mon lecteur. Tant pis, faut se rendre à l’évidence, je n’aurais jamais oublié ces spoilers, d’autant qu’ils m’avaient été rappelés il y a encore peu de temps lors de la lecture du très bon livre de Justin Kerswell, The Slasher Movie Book, dans lequel l’auteur révèle la supercherie sans mettre en garde…

 

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Mais quand on est fan de slasher comme je le suis, on se doit tout de même de passer à la caisse et vérifier la qualité d’une pellicule tout de même assez reconnue dans le milieu, en grande partie grâce à son twist mais pas seulement. Quasiment dénué de plans sanglants, Week-End de Terreur a du coup fait les joies des chaînes de télé américaines, ces dernières ne se privant pas pour le diffuser très régulièrement. Signalons qu’à l’époque passait l’émission culte MonsterVision, une émission de la TNT diffusée il y a plus de 25 ans et qui proposait des marathons horrifiques lors de certains week-end. Des collections de films se concentrant, au départ, sur des œuvres des années 50 et donc plutôt soft puisque comme chacun sait, ce n’étaient pas les productions de Roger Corman ou de Sam Katzman qui étaient les plus à même de vous repeindre le caleçon couleur Milka. Mais une fois que le public s’était désintéressé des bobines à créature en noir et blanc, trop light pour une époque bercée par les sévices de Freddy Krueger, MonsterVision se lança dans la diffusion de films modernes (du moins pour les années 90). Mais un nouveau problème se posa : des films comme les Vendredi 13 ou Les Griffes de la Nuit étaient bien souvent trop durs pour passer à des heures de grande écoute et ils furent donc largement censurés, causant la colère de nombreux fans sachant fort bien que certains délices sanglants étaient passés à la trappe. A vrai dire, April Fool’s Day n’est visiblement pas passé sur MonsterVision, faisant de ce paragraphe un gros HS dont l’intérêt est cependant de prouver qu’au début des années 90, alors que des chaînes comme la TNT commençaient à cartonner, les dirigeants avaient grandement besoin de films d’horreur mainstream comme celui-ci, expliquant donc ses nombreuses diffusions et donc sa relative célébrité dans le genre. Non pas que ce slasher ait réellement eu besoin de la telloche, il fut d’ailleurs un joli succès (pour le genre, on se comprend) lors de sa sortie en salles. Guère étonnant vu que l’équipe derrière savait très bien où elle allait : Fred Walton avait déjà réalisé Terreur sur la Ligne, le producteur Frank Mansuco Jr. est un nom éternellement attaché aux Vendredi 13, la Paramount, elle aussi collée au nom des Voorhees, distribue et l’on retrouve la blonde Amy Steel, héroïne de Vendredi 13 part.2 : Le Tueur du Vendredi en final girl. Une belle bande de pedzouilles connaissant fort bien leur taf’, à laquelle s’ajoute quelques noms connus comme le scénariste Danilo Bach à qui l’on doit la trilogie Le Flic de Beverly Hills et cette bonne vieille tronche de Thomas F. Wilson, que vous connaissez sans doute mieux sous le nom Biff Tannen…

 

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Mais ça cause de quoi Week-End de Terreur ? D’une bande d’amis bien décidés à aller passer le week-end (ah bah avec un titre pareil ça allait pas débuter le lundi, les gars) chez une de leurs riches amies, détentrice d’un manoir posé sur une île isolée. Et vu qu’on est début avril, les poissons pourris volent dans tous les sens, nos gaillards se lançant dans un concours de farces. Et comme toujours dans les slashers, il y en a une qui tourne mal, un pauvre marin se retrouvant défiguré parce qu’il avait plongé à l’eau pour sauver l’un des vanneurs. Ah bah l’ambiance retombe tout de suite, tout d’un coup ! Enfin, pas pour la maîtresse des lieux (Deborah Foreman de Waxwork), la demoiselle enchainant les gags : robinet tourné à l’envers, portrait avec des yeux suivant les passants, chaises trafiquées, verres faits pour que l’on se renverse du Tropico sur sa cravate,… Mais voilà, un sombre assassin se faufile entre les ombres et commence à faire disparaître (pour de faux, donc) les différents protagonistes. Serait-ce le défiguré du début ou bien Muffy, l’hôtesse, soudainement devenue bizarre ? Bien sûr, quand on connaît le fin mot de l’histoire, tout cela n’a que fort peu d’impact, vous en conviendrez… C’est d’ailleurs la question que je me suis posée en lançant la bande : est-ce que je vais y prendre du plaisir en sachant pertinemment que tout n’y est que faux-semblants et qu’à la fin les morts seront encore en pleine forme et boiront une petite coupe de champ’ ? Et la réponse est… oui, trois fois oui ! April Fool’s Day reste malgré tout un très bon slasher, l’un des plus agréables même, et ce malgré un manque cruel d’hémoglobine ! Son secret ? Tout simplement la somme de talents qui le compose.

 

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Prenons Walton par exemple : pas un réalisateur particulièrement mythique, vous serez d’accord, mais un très bon faiseur. Il offre une sacrée forme à Week-End de Terreur, dans tous les cas, puisque la photographie est impec, les plans agréablement composés et l’ensemble ne manque certainement pas de suspense. C’est d’ailleurs assez difficile à croire mais tout en sachant que les gosses ne risquent rien, on se prend à flipper légèrement lors de certains scènes, comme celle voyant Amy Steel enfermée dans une pièce plongée dans le noir, la peur la faisant avancer au ralenti. Efficace, la mise-en-scène de Walton l’est certainement et il est indéniable que le Monsieur connait les ficelles sur le bout des doigts. Après tout, il fut l’un des premiers artisans de la vague des psychokillers, quoi de plus normal que de le voir maîtriser son art ? Les comédiens ne sont pas en reste, d’ailleurs, puisqu’ils sont tous très bons (l’ami Biff brille particulièrement, dommage que sa carrière n’ait pas décollé outre mesure après Retour vers le Futur) et servis par un scénario évitant les clichés habituels les concernant. Nos p’tits gars sont plutôt sympas, variés et ne se limitent pas forcément à une seule caractéristique. Ainsi, la jolie blonde autour de laquelle nos musclés tournent n’est pas particulièrement cruche alors qu’elle l’aurait été dans tout autre slasher sorti à la même période. Mention aussi à Deborah Foreman, très douée lorsqu’il s’agit d’avoir une tronche de déterrée apte à soulever quelques poils sur nos guiboles… Le script développe d’ailleurs quelques éléments intéressants lui aussi, comme une relative déprime chez notre jeunesse dorée. Tous assez riches, certains développent pourtant un bon gros blues, pour différentes raisons : l’une des dames fut forcée à avorter, un zig se pense incapable de réussir ses études de médecine et le groupe semble ressentir une certaine pression liée à leur rang.

 

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Week-End de Terreur n’est donc pas qu’un simple divertissement et profite d’une certaine noirceur. Le métrage aurait même pu être plus sombre puisque fut tourné un final non retenu durant lequel un frère et sa sœur décident de s’écharper pour la possession de la belle baraque dans laquelle la blague eut lieu. Si le film se tient bien sans cette sinistre conclusion, reconnaissons que l’on n’aurait pas craché dessus non plus… Le constat est néanmoins très positif, surtout pour une œuvre dont on connait d’avance les ultimes soubresauts. Mais un roman d’Agatha Christie, influence évidente du film, serait-il désagréable à lire quand bien même on en devinerait les dernières pages ? Non et il en est de même pour le film de Walton, sans doute pas un classique intemporel, mais un divertissement tenant toutes ses promesses.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Fred Walton
  • Scénario : Danilo Bach
  • Production : Frank Mancuso Jr.
  • Pays: USA
  • Titre: April Fool’s Day
  • Acteurs: Amy Steel, Deborah Foreman, Thomas F. Wilson, Jay Baker
  • Année: 1986

 

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