Le Pionnier de l’Espace

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Les longs voyages, ça fatigue… Alors imaginez un peu ce que doit ressentir un cosmonaute lorsqu’il revient d’un interminable périple dans les étoiles ! Pas étonnant que le pauvre homme nous revienne avec la mine déconfite et une grosse envie de limer la tronche à tout ce qui bouge…

 

 

Si de nos jours SF rime avec « gros blockbusters pété de thunes avec Tom Cruise, des sabres laser ou Monsieur Spock », dans les années 50 c’était une toute autre histoire. A l’époque, les beaux gosses ne faisaient pas la loi et ne se retrouvaient pas encore sur tous les posters promotionnels, effacés qu’ils étaient par la vrai star de la piste aux étoiles, le vrai showman sur lequel toute l’entreprise se repose : le monstre. Et si dans le jargon bis l’Angleterre va de pair avec le cinéma gothique, il ne faut pas oublier qu’à Fuckingham Palace on savait aussi emballer de la science-fiction pur jus et avec de la pulpe. Cette vague venue d’ailleurs mais prenant une pause à l’heure du thé, on la doit en bonne partie aux Quatermass, films à succès s’il en est proposés par la toute puissante Hammer. Et comme toute réussite se doit d’être suivie de petites Séries B avec amour, quelques producteurs du pays de l’Inspecteur Barnaby et Napalm Death (ça brasse large, hein ?) se sont mis en tête de suivre la voie tracée par la Hammer. A savoir John Croydon, Charles Vetter et Richard Gordon, tous les trois derrière la très cérébrale Série B The Fiend Without a Face avec ses cerveaux invisibles dotés d’antennes d’escargots. Du bon boulot vite devenu culte auprès de certains fans et une bonne expérience pour nos trois loustics, qui n’en étaient pas à leurs premiers méfaits fantastiques mais décideront de rester dans le giron du cinéma d’exploitation horrifique. Vetter deviendra même le scénariste du très bon Devil Doll, sorti chez Artus voilà quelques mois, tandis que Gordon deviendra l’un des mécènes les plus importants de l’épouvante british en nous balançant Horror Hospital, Tower of Evil (eux aussi disponibles chez Artus) ou Inseminoid. Beau palmarès… Mais bien avant toutes ces belles choses, ils décident en 1959 de produire une pelloche en partie spatiale. L’idée principale vient de Vetter, qui finira par mélanger des éléments de son récit à un scénario déjà écrit par Wyott Ordung, Chinois ayant déjà un bon passif dans le genre puisqu’il réalisa Monster from the Ocean Floor, produit par Corman, et scénarisa Objectif, la Terre et Robot Monster. Pas un génie du genre, pas un nouveau-né non plus. Reste que le script qu’il proposa à AIP, société qui employait Corman comme chacun sait, fut refusé par les dirigeants, poussant le gaillard à accepter que son travail, alors nommé Satellite of Blood, soit fusionné avec celui de Vetter pour donner naissance a First Man into Space. Alias Le Pionnier de l’Espace, fraichement sorti chez Artus. Décidément, sont toujours dans les bons coups ceux-là !

 

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Ca ne roule pas trop mal pour les frères Prescott. Le premier, Charles (Marshall Thompson, déjà dans Fiend without a Face et It ! The terror from beyond space) est commandant en charge des essais de fusées spatiales tandis que le second, Dan (Bill Edwards, vu dans plusieurs films de guerre de l’époque), est pilote des fusées en question. Et ce dernier est aussi doué qu’il est content de lui-même, persuadé qu’il sera un jour le premier homme à traverser l’espace. Pour ce faire et s’assurer que les magazines parleront de ses hauts faits, Dan décide d’enfreindre les ordres dictés par son frère aîné : alors que son engin fraîchement décollé a déjà atteint les objectifs du jour, le pilote le pousse dans ses derniers retranchements et continue sa route à plein gaz. Evidemment, le salopiaud va si loin que les Terriens en perdent sa trace sur leurs radars, Dan étant porté disparu dans l’espace… Quelques temps plus tard, sa navette s’écrase au Mexique, recouverte d’une sorte de carapace faite en météorite, tandis que les bovins locaux se font égorger et sont vidés de leur sang. Pour Charles, la vérité semble bien cruelle : Dan is back et il a un tout nouveau look, celui d’un monstre assoiffé d’hémoglobine et qu’il va bien falloir arrêter avant que les victimes ne soient trop nombreuses… Du pur scénario labellisé SF vintage, tout comme le DVD que vient de sortir Artus, disponible dans un beau digipack avec un livret sur la science-fiction anglaise, rédigé par Alain Petit. On retrouve donc des mecs en tenue de cosmonautes surveillés par des gars portant des chemises blanches, assis devant des loupiotes et des écrans, histoire de vérifier que tout va pour le mieux et que la fusée va pas nous crever un pneu à mi-chemin. Vous voyez le genre de dialogues : « La destination est bien encodée mon colonel et les réacteurs sont à pleine puissance. Nous alignons la direction alpha sur la constellation d’Antarès pour que le pilote soit revenu pour la soirée Green Room au Q.G. de Medusa. Par contre, la chasse d’eau est pétée… ». Bref, tout est toujours sur contrôle mais il y a toujours une couille poilue qui tombe dans les spaghettis et on se retrouve avec un monstre pas possible qui nous gueule dans les oreilles avant la fin de la journée. Ici, c’est donc un brave astronaute revenu d’une autre galaxie avec une tête de viande hachée et une incroyable soif de globules… Et le sang dans les urines, c’est pour le frérot, évidemment forcé de chasser la famille pour qu’elle arrête de répandre la mort derrière elle…

 

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Comme souvent dans le genre, la réussite tient en grande partie de la bestiole en question. Si on la voit peu et qu’elle est merdée, une petite bande de SF volontaire peut vite devenir un ennuyeux ratage, voire un navet trop bavard. Coup de bol, Robert Day (le She de la Hammer avec Ursula Andress) a un beau costume de monstre à filmer et il ne va certainement pas s’en priver ! Car il est coolos notre spationaute revenu avec une coque à mi-chemin entre le corail dur comme la pierre et le filet américain mâché et recraché, les concepteurs des effets spéciaux ayant fourni ici du bien bon boulot. Certes, le comédien sous le scaphandre dégueulasse ne rigolait pas des masses, Edwards avouant qu’il avait de la peine à respirer sous son maquillage… Remarquez, vu que la production fut forcée de doubler l’acteur, incapable de prendre un accent américain indispensable pour vendre la pelloche sur le territoire US, il pouvait suffoquait tant qu’il voulait, le gazier… Reste que si le pauvre homme a souffert, le spectateur amateur de gloumoutes est aux anges, lui, la bête étant bien jolie, voire même attendrissante lorsque son regard triste croise l’objectif. Car Le Pionnier de l’Espace est un film qui a du cœur et mise sur un aspect sentimental et psychologique. Alors que d’ordinaire les viles créatures viennent d’une autre dimension, sont des animaux transformés à cause d’essais nucléaires ou des mutants en tous genres, le premier homme allé dans l’espace, bien que moche comme un zob passé au micro-ondes, reste un être humain. Un être humain ayant perdu la boule et devenu un assassin, c’est vrai, mais un être humain quand même ! Difficile dès lors pour son frère de s’en débarrasser comme d’une araignée géante ou d’un extra-terrestre venu saouler le bon peuple américain. Le monstre ne sera en effet pas éparpillé façon Lego suite à l’explosion d’un missile ou ne se prendra pas un rayon laser quelconque : c’est les dires d’un psychiatre suivant le bonhomme depuis le début et quelques bidouilles scientifiques qui tenteront de le ramener à la normale via un final plus sensible que ce que l’on trouve habituellement dans la SF.

 

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Robert Day ne mise donc pas sur le sensationnalisme et ne fournit pas un final pétaradant, Le Pionnier de l’Espace n’étant d’ailleurs jamais un film très mouvementé. Les seules scènes à posséder un peu d’action et de suspense sont celles montrant l’homme-météorite s’attaquer à des victimes ou des flics. Le récit ne pose donc jamais la question de savoir qui va mourir et comment mais plutôt « Est-ce que Dan reviendra à la normale ? ». Le vécu et le mental des protagonistes prend ici le pas sur les éléments purement horrifiques, une bonne idée puisque cela permet de se distinguer du tout-venant de l’époque. D’autant que tout cela est plutôt bien foutu, le spectateur s’identifiant plutôt bien aux deux frères : on a d’un côté le fou furieux Dan, jovial jeune homme ne rêvant que de gloire et brulant la vie par les deux bouts. Comment le lui reprocher, la philosophie du personnage étant visiblement qu’on ne vit qu’une fois et qu’il vaut mieux en profiter ? Tout le contraire du plus serré Charles, là aussi assez attachant, un bon gars mais nettement plus sérieux, enseveli sous les devoirs et les priorités. Un pauvre type tentant de canaliser l’énergie de son frère, qu’il protège en l’engueulant, et qu’il finira par devoir traquer… Bien touchante, cette scène conclusive montrant pour la première fois les deux personnages à un pied d’égalité : dans un cockpit, sur le même sol, alors que d’ordinaire l’un est vissé dans son bureau et l’autre déjà parti dans les cieux. Malheureusement, ces retrouvailles se font dans de drôles de conditions, l’un des deux êtres n’étant plus que l’ombre de lui-même… Le Pionnier de l’Espace n’est donc jamais la plus palpitante des bandes tombées de la lune (bien qu’il ne soit pas chiant un instant, contrairement à beaucoup d’autres essais du même ordre…) mais c’est indéniablement l’une de celles qui restent le plus longtemps ancrée en nous après la vision. De quoi passer le sas d’Artus, enfiler son casque et tenter l’expérience, complétée par une belle édition et un bonus d’Alain Petit. Un bon petit voyage en perspective.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Robert Day
  • Scénario : John Croydon, Charles F. Vetter
  • Production : John Croyodon, Charles Vetter, Richard Gordon
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Titre: First Man Into Space
  • Acteurs: Marshall Thompson, Bill Edwards, Marla Landi, Robert Ayres
  • Année: 1959

2 comments to Le Pionnier de l’Espace

  • Roggy  says:

    Excellente chro qui m’a fait bien sourire. Et surtout qui m’a donné envie de voir ce premier homme dans l’espace, même avec sa tête de pizza 🙂

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