Smash Cut

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Une petite visite des locaux d’un réalisateur branché série Z, ça vous dit ? Sans doute, d’autant qu’on ne vous a pas refilé n’importe qui comme guides : David Hess (violeur multirécidiviste au cinéma), Herschell Gordon Lewis (réalisateur de pelloches fauchées et gore dans la vie), Michael Berryman (freak au cinéma… et dans la vie !) et Sasha Grey (grosse baiseuse au cinéma… et ptet bien dans la vie aussi, qui sait ?). Reste à voir si l’excursion Smash Cut mérite tout ce beau monde…

 

 

Personnage intéressant que le Canadien Lee Demarbre. Alors que la plupart des jeunes réalisateurs trainant leurs caméras dans les terres dévastées de l’horreur crient à qui veut bien l’entendre qu’ils sont des fans hardcore du cinéma le plus vil, le Lee avoue sans traîner qu’il n’est pas le plus grand fan d’épouvante qui soit. Ou pour être plus précis que peu d’œuvres parviennent à faire vibrer son petit cœur, Demarbre considérant que la majorité des pelloches censées être terrifiantes passées sous ses cils ne mérite pas franchement des compliments. Pour lui, on trouve plus de daubes que de grands films dans le genre et les rares faiseurs à trouver grâce à ses yeux sont plutôt les Européens comme Bava et Argento ou le pape du gore qu’est Herschell Gordon Lewis. C’est d’ailleurs lors d’une soirée honorant l’auteur de Blood Feast que Lee fait la rencontre de Ian Driscoll, autre féru du monsieur, et qu’ils décident de s’associer pour monter quelques petits budgets, Demarbre s’étant offert une caméra quelques temps auparavant grâce à son salaire trouvé dans un restaurant chinois. Et c’est parti pour une carrière placée sous la lettre Z, avec des courts délirants (Harry Knuckles and the Treasure of the Aztec Mummy) et des longs pas plus sages (Jesus Christ Vampire Hunter), qu’il signe parfois du nom Lee Gordon Demarbre, comme s’il voulait souligner la filiation avec son modèle. Et tout semble aller pour le mieux pour le duo Demarbre/Driscoll (le premier tient la caméra, le second écrit) jusqu’au jour où ils tentent de monter un film d’action en Jamaïque. Un tournage qui n’aboutira à aucun film, les deux compères se trouvant face à de véritables bandits et tueurs, des gens si dangereux que le metteur en scène se refuse toujours à raconter ce qu’il s’est passé lors de cette sinistre mésaventure. Dommage, ça avait l’air croustillant ! Déprimés suite à cette mauvaise expérience, les deux amis décident néanmoins de ne pas jouer les abattus trop longtemps et mettent toute leur rage, leur frustration de ne pas voir leur précédent projet aboutir, dans Smash Cut. Une Série B pas comme les autres puisque traitant justement de la difficulté d’emballer des budgets réduits versant dans le trash…

 

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Et pour ce faire, notre paire va revenir à leur première amourette bis en misant sur un univers à la H.G. Lewis. Et tant qu’à faire, pourquoi ne pas faire appel au gaillard ? Visiblement honoré de voir un film lui rendant hommage, le zig’ derrière 2000 Maniacs participe activement à Smash Cut, dont il trouve le titre et aide à l’élaboration de plusieurs détails artistiques comme la création de fausses affiches visibles sur les décors. Et le budget gonflant au fil de la pré-prod, celui que l’on perçoit comme le créateur du gore accepte de jouer les acteurs le temps d’une courte scène et même de jouer le Monsieur Loyal avant la séance. Qui pour l’accompagner ? David Hess, tout d’abord, la star du Rape and Revenge acceptant visiblement sans se faire prier de tenir le premier rôle pour Demarbre, avec lequel il s’entend si bien que les deux gaillards prévoient plusieurs autres films ensemble après Smash Cut. Il n’en sera bien évidemment rien, Hess décédant en 2011, soit deux ans après la sortie du film. Reste que la présence de Krug entraine l’arrivée de Michael Berryman, un sauvage que l’on a croisé sur certaines collines et qui vient renforcer un peu le casting. Et surtout l’affiche puisqu’une bobine annonçant fièrement la présence du réal de Wizard of Gore, de l’acteur du connu de tous La Dernière Maison sur la Gauche et du chauve flippant de La Colline a des Yeux a de quoi attirer les cinéphiles nostalgiques et curieux. A défaut de les rassurer car chacun sait que, depuis quelques années, les vieux de la vieille écopent surtout de projets le plus souvent minables et mal branlés… Mais passons ! Manque juste, à ce stade, la présence d’une jolie demoiselle apportant un peu de douceur dans ce monde de brute et c’est sur la jeune pornstar Sasha Grey que Demarbre jettera son dévolu après l’avoir aperçue dans un bande classée X. Impressionné par l’ardeur (et non pas l’hardeur) et l’intensité de la demoiselle, notre réalisateur a pensé qu’elle devrait sacrément envoyer dans un film d’horreur. Coup de bol, Sasha Grey est ouverte (très ouverte) d’esprit et accepte de participer alors que Smash Cut n’était encore qu’une vague idée. Et Driscoll, pendant ce temps ? Et bien il fignole l’histoire, celle d’Able Whitman (David Hess), un réalisateur de minables zèderies venant tout juste de sortir son dernier méfait, une crétine affaire de jouet tueur aux effets si mal branlés que les spectateurs demandent remboursement après quelques minutes de film seulement. Dépité et démoli par la critique, Whitman part se relaxer dans un bar à strip-tease, noyant son chagrin dans les tendres courbes de la brune Gigi, qu’il finit par raccompagner chez elle, non sans lui promettre de lui offrir un rôle dans son prochain navet. Elle n’en aura pas le temps : aviné, Able envoie sa bagnole dans un arbre, tuant sur le coup la pauvre donzelle, qu’il décide de planquer dans son coffre. Et si cet accident était l’occasion en or, celle attendue depuis toujours par notre démouleur de pelloches ratées ? Si le public lui reproche ses effets jamais crédibles, pourquoi ne pas utiliser le cadavre de Gigi comme stock d’organes qui, pour le coup, feront forcément très vrais ?

 

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Mais la disparition de Gigi finit bien sûr par inquiéter sa sœur April (Sasha Grey), journaliste décidant de louer les services d’un détective privé maniéré (Jesse Buck, qui n’a pour ainsi dire fait que Smash Cut comme truc notable) pour retrouver sa frangine disparue. Ils ne tarderont pas à remonter jusqu’à Whitman et auront pour tactique d’envoyer April à l’un de ses castings pour qu’elle puisse fouiller dans ses affaires lors des tournages… Et pendant ce temps, l’auteur malheureux continuera de faire grimper le bodycount, éliminant ses ennemis tout en récupérant leurs membres pour qu’ils servent dans son nouveau film… Un script plutôt sympa sur le papier, dans tous les cas, puisque renversant un peu le principe du snuff tel qu’on l’a généralement vu au cinéma. C’est que bien souvent, les méchants tuaient pour de vrai pour justement prouver la véracité de leurs petites folies filmées en Super 8 alors que Whitman veut au contraire récolter de véritables morceaux de viande humaine pour les faire passer pour de vulgaires accessoires. C’est aussi et surtout l’occasion de basculer dans les coulisses des productions les moins cossues, de se retrouver dans un univers guère éloigné de celui des Eurociné, Charles Band et compagnie, même si Whitman n’est pas un simple faiseur à la Decoteau ou Olen Ray. Le mecton ne se voit pas comme un travailleur banal mais se veut être un auteur, un artiste, un vrai. Un incompris aussi, pour lequel il est insupportable d’être pris de haut par une critique forcément un peu bobo sur les bords. Et sa revanche, Able la prendra dans le sang, partant dessouder toute personne lui faisant obstacle : une chroniqueuse branchée cinéma d’auteur écrivant pis que pendre sur son compte, un financier ne le laissant pas faire le film qu’il veut et l’obligeant à placer un gamin adepte du karaté dans son film gore, une jeune réalisatrice concourant contre lui pour une espèce de bourse permettant le financement du métrage et même son propre public, puni pour ne pas avoir décelé le talent que s’imagine avoir Whitman. Et toutes ces victimes seront réutilisées dans la production en cours, saignant pour l’art d’un autre, devenant partie intégrante de ce qu’ils détruisaient quelques jours auparavant.

 

smashcut3L’un des films dans le film.

 

Smash Cut ne manque donc pas de thème intéressants, voire de profondeur, et on remarque bien vite que Demarbre tente à quelques instants d’emballer une Série B un peu arty sur les bords. Voir pour s’en rendre compte ces quelques plans montrant David Hess allongé dans l’herbe, pensif, des instants moins créés pour se la péter que pour faire naître un décalage certain. Dans une évidente volonté de coller au plus près au cinéma d’exploitation des années 60 et 70, bien sûr, à ces petits films qui mélangeaient moments bizarroïdes et poussées de violence. D’ailleurs, le gore à la Lewis fait bien acte de présence, Hess découpant des têtes, des mains ou plantant des cœurs avec des harpons, grosses gerbes de sang à la clé. Pour sûr que le spectateur à la recherche de quelques scènes un peu trash sera servi, notamment lorsque Sasha Grey est poussée à embrasser la tête coupée et en putréfaction de sa sœur, pensant cependant que c’est un simple accessoire. Dommage que certains effets soient ratés, comme cette énucléation donnant la sensation que David Hess trifouille une tarte aux cerises avec sa fourchette… Et toujours sous infusion du cinéma de Gordon Lewis, Smash Cut s’autorise pas mal d’humour, l’ambiance se voulant satirique et très portée sur le second degré. Difficile d’ailleurs de prendre au sérieux ces scènes dénuées de sens montrant David Hess se déguiser en marin ou en cowboy pour aller éliminer ses ennemis, ces accoutrements n’étant à aucun moment justifiés (et pour tout dire, franchement ridicules, m’enfin…). Mais là où le père Herschell ne se foulait pas plus que ça lorsqu’il réalisait ses délits filmiques, seulement perçus comme un bon moyen de gagner un peu de thune, Demarbre tente réellement d’offrir à son audience un métrage bien emballé. On croise en effet quelques plans travaillés, des éclairages ne se contentant jamais du strict minimum et plusieurs bonnes idées visuelles finissent par atterrir sur l’écran. Malheureusement, force est de reconnaître que le Canadien est un créateur inégal, capable de proposer quelques vrais clichés marquants, mais aussi des séquences sans aucun intérêt graphique, donnant à l’ensemble de la bobine un aspect bancal. Car pour quelques prises de vue inspirées, on doit aussi se taper quelques scènes d’une platitude absolue, guère aidées qui plus est par un tournage en DV donnant une patine peu satisfaisante à l’ensemble. N’ayons pas peur de le dire : si l’image est propre, elle ne fait pas très cinéma pour autant et empêche un peu de rentrer dans le récit…

 

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Et puis il y a le casting, lui aussi très inégal… Comme de juste, c’est David Hess qui porte le film sur ses épaules, malheureusement pas assez solides. A l’instar de Demarbre, le comédien propose le meilleur à quelques occasions, principalement dans un registre calme et mesuré, et nous offre le pire quand Whitman laisse éclater sa folie, le vieux Krug en faisant souvent trop, beaucoup trop… A l’inverse d’une Sasha Grey qui pour sa part n’en fait clairement pas assez et est bien plus crédible lorsqu’elle se prend une cargaison de rondins dans la raie, il faut bien le dire… Berryman ? Il fait pour ainsi dire peine à voir et semble hésiter à chaque ligne, son texte n’ayant visiblement pas été bien mémorisé… Quant à Ray Sager, acteur régulier de chez H.G. Lewis et producteur à ses heures (la saga des Prom Night, notamment), il sonne si faux qu’on le croirait échappé de la plus mauvaise des productions Troma. Finalement, seul le vieux Lewis semble à peu près juste, plus en Monsieur Loyal à l’ancienne qu’en gérant de chaîne télévisée, d’ailleurs. Autant dire que l’interprétation est rarement le point fort de Smash Cut, décidément bien malbâti et boiteux… Difficile dès lors de rentrer pleinement dans ce B Movie sincère et composé avec l’envie de bien faire, c’est indéniable, mais aussi frustrant tant tout aurait pu être mieux. Et ce n’est d’ailleurs qu’une fois dans la deuxième partie du métrage que l’on se prend réellement au jeu, que l’on accepte ce mélange, peut-être trop ambitieux, entre horreur, humour et fond un peu arty. Un peu tard, malheureusement. Demarbre aurait-il eu les yeux plus gros que le ventre ? Peut-être bien, ce qui ne l’empêchait pas de prévoir deux suites : une avec Sasha Grey devenant réalisatrice à son tour, une autre avec le retour d’un David Hess fantomatique hantant les couloirs de la boîte de production sortant ses essais. A priori, tout cela est abandonné depuis un moment… Presque dommage au fond car à défaut d’être une pleine réussite, Smash Cut demeure une proposition de cinéma bis intéressante et dotée d’une véritable identité. C’est toujours ça de pris.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Lee Demarbre
  • Scénario : Ian Driscoll
  • Production : Robert Menzies
  • Pays: Canada
  • Acteurs: David Hess, Sasha Grey, Jesse Buck, Michael Berryman
  • Année: 2009

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