Savage Weekend

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Si Lorie (vous vous souvenez de Lorie ? La chanteuse à la con que se tapait Garou, le Quasimodo le plus naze du monde) chantait les louanges du week-end, c’était sans doute parce qu’elle n’avait jamais passé un Savage Weekend ! Pas de sortie entre amis et de soirées pyjama avec quelques Cornetto à la pistache dans la galette éditée par Artus mais plutôt des ploucs belliqueux et un tueur masqué préfigurant quelques Halloween et vendredi 13 sanglants…

 

 

Il n’est pas toujours nécessaire d’être un féru du cinéma radioactif, un bon gars nourri aux pelloches de Roger Corman ou William Castle, pour verser un jour dans la construction de petites Séries B. Prenons David Paulsen : le bonhomme s’est lancé dans la vie active en tant que musicien, a fait partie d’une troupe de théâtre dans laquelle il était un clown zikos et a débuté sa carrière de réalisateur en emballant un documentaire sur un homme de Dieu. Pas franchement le parcours menant à poser sa caméra sur les faits et gestes de maniaques s’attaquant à de frêles jeunes filles… Il y viendra pourtant en 1976 via The Killer Behind the Mask, bande d’exploitation meurtrière anticipant le slasher en mettant en scène un assassin portant un masque lugubre. On s’en serait pas douté vu le titre, tiens ! Reste que les distributeurs ne furent pas spécialement emballés par cette petite grindhouserie puis’ils posèrent la pellicule sur une étagère et l’y laissèrent y prendre la poussière durant trois longues années. Jusqu’à ce qu’un certain John Carpenter ne lance pour de bon la mode des fins cuisiniers préférant tailler dans les cuisses de babysitters plutôt que dans le gigot d’agneau. Timing parfait : la société mineure Cannon est au même moment rachetée par Golan et Globus, avec lesquels Paulsen avait travaillé quelques années auparavant. En recherche de titres à diffuser avant de pouvoir produire leurs petites folies personnelles, les deux nababs reprennent donc le métrage, qu’ils renomment Savage Weekend, titre plus percutant s’il en est, et finiront même par produire un autre psychokiller/slasher mené par Paulsen : Schizoid avec Klaus Kinski. Mais c’est une autre histoire aiguisée… En ce jour, c’est donc ce Savage Weekend qui ne connut d’ailleurs pas un succès particulier à l’époque et qu’édite enfin Artus qui va nous occuper le temps de quelques paragraphes…

 

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Preuve que Savage Weekend est un vrai proto-slasher, son récit débute par un fou furieux, tendance redneck crasseux, s’avançant vers une demoiselle en peine, une tronçonneuse à la main, tandis que le générique empile les blases. Cut ! Et je ne parle pas de la pauvre fille mais du montage, qui nous présente soudainement quelques adultes aux alentours de la quarantaine pour les plus âgés, de la trentaine pour les plus jeunes, prêts à partir en week-end dans la maison de campagne de l’un d’entre eux. Au programme : pas de Sea mais un beau Lake, beaucoup de Sex et un peu de Sun ! Le tout sous les yeux des bouseux locaux, soit de virils fermiers regardant ces citadins hédonistes d’un œil mi-moqueur, mi-condescendant, soit des dégénérés ivres de violence ne souhaitant que fracasser la gueule des rats des villes pour faire redescendre la supériorité de ces derniers. Et au milieu de tout ça, un égorgeur masqué, venu calmer les ardeurs de tout ce beau monde en usant des ustensiles mis à sa disposition… Ambiance ! Pour sûr qu’on tient d’ailleurs là un slasher dans la grande tradition : certes la partie meurtrière du métrage ne débarque avec ses grands sabots qu’après cinquante minutes de film, devenant finalement une portion congrue de l’ensemble, n’empêche qu’elle contient déjà tous les éléments faisant office de lois dans les eighties. Soit un tueur cachant son faciès avec un masque de vieil homme à la face à moitié arrachée, l’utilisation d’objets de tous les jours (tronçonneuse, aiguille, serpe,…) à des fins meurtrières et une bonne dose de sexe. Tout est donc là et bien à sa place, deux années avant la naissance d’un Michael Myers qui n’avait sans doute pas vu Savage Weekend et n’a donc pas pu le copier. Mais il n’empêche que Paulsen rejoint le banc des « premiers arrivés » avec Mario Bava ou Jim O’Connolly, bien avant que Carpenter ne s’y installe. Just saying… Soyons cependant honnêtes : Paulsen n’a pas le quart de la moitié du talent de Big John et la partie slashersque de son film n’a pas la puissance de La Nuit des Masques. Ce n’est pourtant pas faute d’être en avance sur son temps comme le rappelle cette séquence quasiment torture-porn, lors de laquelle le fou furieux attache une pauvre nénette à une table pour scier le bois et relie la prise au courant, la demoiselle se faisant trancher bien plus tard quand son potentiel sauveur vient allumer la lumière. Jigsaw et ses complices apprécieront forcément les plaisirs sadique de cet ancêtre… Mais voilà, tout précurseur soit-il, The Killer Behind the Mask ne bénéficie pas d’un réalisateur assez bon dans le suspense pour que son massacre final passionne réellement.

 

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Paulsen fait même l’étrange choix de montrer l’entièreté des actes de son assassin. Vous connaissez la rengaine habituelle dans ce type de productions, dans lesquelles les tueurs ne sont que des ombres, des monstres cachés dans la pénombre ne sortant des ténèbres que pour happer leurs victimes et surprendre le spectateur. Pas de ça ici, les plans montrant le belliqueux en train d’observer ses proies, caché dans des buissons ou derrière une porte, étant nombreux, très nombreux. Trop nombreux. Au point que l’on sait toujours où se trouve ce sauvage géographiquement, anéantissant par la même occasion tout effet de surprise… D’autant plus dommage que la mise en scène, plutôt molle, ne compense jamais en misant sur la brutalité, ici bien polie. Paulsen n’est pas à l’aise avec le genre dans lequel il met les pieds et cela se sent à plus d’une reprise. Mais ne retirer pas encore la galette d’Artus de votre panier numérique car l’intérêt de ce week-end sauvage se trouve ailleurs : dans sa très longue exposition. Car ça traîne un peu la papatte pour un slasher et il ne se passe pas grand-chose de bien gore durant les trois-quarts du métrage, un faux problème contrebalancé par une étrange atmosphère. Paulsen, je le rappelle venu des planches et pour l’occasion son propre scénariste, nous sort en effet une certaine dramaturgie avec pour base des adultes tous un peu frustrés à des degrés divers. Et bien souvent sexuellement, faut-il le préciser… Prenons l’héroïne, par exemple, une mère de famille fraichement séparée de son mari et consolant sa peine dans les bras d’un autre. Et l’ennui, c’est que cet autre ne doit pas être très doué au lit puisque la dame se prend à imaginer que son époux la guette quand elle se mélange à son nouvelle amant, histoire de pimenter un brin les ébats. Et elle ne s’arrête pas là, la coquine, puisqu’elle drague ouvertement le fermier du coin, lui demandant s’il a des œufs (m’est avis qu’il en a au moins deux), caressant son bras ou se mettant à caresser un pis de vache comme si elle branlait un gros zob. C’est plus des sous-entendus à ce niveau, c’est des invitations aux portes ouvertes…

 

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Et les autres ne sont pas beaucoup mieux ! Passe encore la sœur de l’héroïne, une allumeuse de première mettant le paquet pour lever les piquets de ces messieurs. Passe aussi le boyfriend temporaire de cette dernière, visiblement bien vicieux. On se posera par contre des questions sur la présence de cet homosexuel voyeur, venu mater le petit couple en train de batifoler dans l’herbe et serrant si fort du fil barbelé qu’il s’en ouvre la main. Bon… Chacun son truc, hein… On ne parlera même pas d’Otis, la star du film pour ainsi dire, un redneck tellement crade qu’ils n’en auraient pas voulu dans Délivrance ou le clip Cotton Eye Joe du bien-nommé groupe de dance des nineties Rednex. Otis, le cul, c’est pas ce qu’il préfère et il n’aime pas trop que ses proches s’y perdent non plus. Demandez donc à la pauvre jeune fille qu’il traîne dans une étable pour la marquer au fer rouge d’un H, pensant que le mot whore (pute en française) s’écrit hore. Tout est dit ! Comme de juste, c’est ce doux dingue (enfin, doux…) qui écope du rôle de principal suspect des tueries, même si cela semble si évident que l’on finit forcément par en douter… D’ailleurs, les frustrés ne manquent pas et si Otis a envie de dézinguer tout le monde parce qu’ils comptent partir avec un bateau qu’il construisait avec un de ses proches désormais décédé, notons également qu’un autre personnage semble très dépité depuis que ses ambitions politiques ont été revues à la baisse… Savage Weekend est donc moins noir comme slasher que comme drame plus ou moins sexuel et une étrange atmosphère de déprime s’échappe de l’ensemble…

 

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Car contrairement aux slasher habituels et sortis par la suite mettant en scène des adolescents inconscients et pas encore rongés par la vie, personne ne semble heureux dans le monde de Paulsen. Que ce soit cette protagoniste principale active sexuellement mais dévorée par le remord de ne plus être avec son époux, ce gay qui ne sait visiblement pas où il en est ou ce pauvre redneck abandonné de tous, on ne peut pas dire que le parfum local sente la joie et la bonne humeur… De quoi permettre à ce Savage Weekend de devenir une Série B anecdotique mais aussi très intéressante sur le plan psychologique, dans tous les cas idéale pour les amoureux du cinéma branché salopettes sales et bouseux aux dents cariées (il y’en a, j’ai des noms !). Les bisseux seront également heureux de retrouver un David Gale (Re-Animator, of course) impressionnant et ambigu et un William Sanderson (Fight for your Life et Blade Runner) aussi taré que dépité. Deux acteurs écrasant par ailleurs le reste de la distribution, franchement terne et plus douée lorsqu’il s’agit de déballer les formes lors de scènes de sexe plutôt torrides. De quoi ne pas se refuser le DVD d’Artus donc, d’autant qu’Eric Peretti, toujours bien informé et informant tout aussi bien, et Alain Petit ont chacun droit à un bonus permettant de prolonger l’expérience. Alors on crache son tabac et on s’enfile ce weekend pas forcément mémorable mais plus fin qu’il n’y paraît, plutôt à conseiller aux férus des Chiens de Paille qu’aux fanatiques de Vendredi 13.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : David Paulsen
  • Scénario : David Paulsen
  • Production : Alvin L. Fast
  • Pays: USA
  • Acteurs: Marilyn Hamlin, David Gale, William Sanderson, Jim Doerr
  • Année: 1976

2 comments to Savage Weekend

  • Roggy  says:

    Pourquoi pas un slasher avec des rednecks, le mariage est toujours agréable et bien consommé !

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