Gamera vs Barugon

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Pas partie bien longtemps sur Mars, la tortue la plus maousse du monde ! Mais on ne va pas s’en plaindre, revoir le joli minois de Gamera étant toujours une partie de plaisir. D’autant que pour son deuxième opus cinématographique, notre héros gigantesque débarque avec un Barugon des plus souriants.

 

 

Pas de repos pour les monstres géants venus d’Asie, ces colosses ravageant Tokyo et ses alentours ne mourant jamais vraiment. Et ce n’est certainement pas le très kawaï Gamera que l’on verra remiser sa carapace au placard de sitôt ! Ainsi, après un excellent premier film, la Daiei, production ayant créé la grosse tortue dans le but de rivaliser avec le succès de Godzilla, décide fort logiquement d’offrir une suite à sa nouvelle star. C’est donc en 1966, soit une petite année après sa naissance, que revient le gros streum via un Gamera vs. Barugon réalisé par Shigeo Tanaka, un vétéran du cinéma japonais tout de même né en 1907 et ayant acquis une sérieuse expérience sur des films de guerre ou historiques. Il remplace donc au pied levé Noriaki Yuasa, metteur en scène du premier volet qui reviendra dès le suivant, Gamera vs. Gyaos et passera encore quelques années à tenir la main du reptile cracheur de flammes. C’est en tout cas à Tanaka d’essuyer les plâtres lorsqu’il s’agit de vérifier si la franchise Gamera peut se marier à la couleur, le premier film étant en noir et blanc. Et puisque l’on est dans les changements, autant apporter une deuxième bestiole énorme à l’équation en la personne de Barugon, gros lézard qu’affrontera Gamera, à l’image de Godzilla qui croisa également le fer avec Anguirus dès son second méfait. Autre petite modification : le retrait d’un protagoniste de jeune âge, la saga étant plutôt connue pour ses marmots placés sur le devant de la scène, une habitude établie dès le premier métrage que ne suit pas cette première suite, par définition plus adulte. Et un peu plus sombre, également…

 

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On s’en souvient : à la fin de Gamera premier du nom, les scientifiques et militaires, incapables de coller une rouste au dragon sorti des glaces, décident de l’enfermer dans une fusée et de l’envoyer sur Mars, où il pourra couler des jours heureux en carbonisant du Martien du lundi au samedi (le dimanche c’est repos, quand même…). Problème : la tortue préhistorique n’atteindra même pas la planète rouge, le véhicule spatial la transportant entrant en collision avec une météorite. L’explosion libère forcément notre destructeur ami, qui repart immédiatement sur la Terre pour y écraser des hangars, dégueuler du feu sur des usines et fracasser un barrage à l’aide de sa carapace, créant une inondation trempant un bon peuple décidément bien malchanceux… Après ce départ en fanfare faisant directement suite au premier volet (malgré l’absence des personnages du film original), Gamera part prendre un repos bien mérité pour laisser un peu de place aux protagonistes humains. Un quatuor d’aventuriers, pour être précis, l’un d’eux ayant caché une magnifique opale dans une caverne en Nouvelle Guinée. Volontaires pour aller la chercher et se faire des couilles en or, son frère et deux autres gus partent donc sur place et atterrissent dans un village local (avec des Japonais au bronzage très peu naturel tentant de se faire passer pour plus black qu’ils ne le sont) où on les avertit qu’il ne faut surtout pas emprunter un sentier bien précis. Pas de bol, c’est justement le chemin menant à la fameuse grotte… Evidemment, nos Indiana Jones amateurs s’engouffrent dans la jungle et traversent les habituels dangers, comme des sables mouvants, des attaques de scorpions ou des découvertes de squelettes… Et une fois dans l’antre rocheux, ils trouvent sans peine l’opale, qui fait vite tourner la tête au plus félon d’entre eux, le saligaud laissant l’un de ses amis périr de la piqûre d’un insecte tandis qu’il pose des grenades pour que le deuxième soit enseveli sous les cailloux. Heureusement, ce dernier survit et est recueilli par la tribu vivant à côté, catastrophée à l’idée que la fameuse pierre précieuse soit prête à quitter leur territoire pour le Japon…

 

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Et pour cause : la gemme n’a rien d’un bijou mais est en vérité un œuf, celui d’un monstre ancestral se réveillant tous les mille ans ! Et une fois sur le bateau, le vil nippon, blessé lors de son escapade dans la forêt, se voit offrir des rayons infrarouges. Et je vous le donne en mille, la séance d’UV fait chauffer l’œuf, qui éclot plus vite que prévu et révèle à la face du monde le souriant Barugon. Un vrai kaiju, sans l’ombre d’un doute, puisqu’à peine né il se met immédiatement à fracasser des villes, le tout avec le sourire de celui qui aime bien ce qu’il fait ! Le gaillard ne manque d’ailleurs pas de techniques puisqu’il peut démollir des bâtiments avec sa langue élastique, geler des capitales entières avec son souffle glacial et est même capable d’envoyer des arcs-en-ciel de son dos. Bon, présenté ainsi on a plutôt l’impression que le lézard vient du monde des Télétubbies et que son gros pouvoir lui a été appris par les Bisounours, qui balançaient eux aussi des fleurs ou des cœurs de leurs bides, mais ne vous y fiez surtout pas, cette attaque étant particulièrement meurtrière. C’est à ce moment que Gamera décide de sortir de sa torpeur, fendant le ciel en tournoyant pour venir se fritter avec Barugon, sans raison apparente. On dira qu’il n’aime pas qu’on vienne écraser ses châteaux de sable, qu’il compte bien piétiner lui-même. Disons-le tout net, à ce stade du récit, on a quasiment oublié que la tortue est dans le coin puisqu’elle n’était tout simplement plus apparue à l’écran depuis les cinq premières minutes du film… Reste que ça se bastonne sec entre les deux affreux, qui ne peuvent pas se piffrer, et que la joute ne tourne pas en faveur de Gamera, bien vite frigorifié par un Barugon désormais tranquille pour aller commettre quelques meurtres de masse. Il aurait tort de se priver…

 

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Puisque Gamera est out pour un moment, c’est aux humains de trouver une solution pour calmer l’iguane fou. Et ils vont tout tenter : la noyade (une belle vahiné leur conseille de taper le bestiau dans l’eau, parait qu’il n’aime pas ça), les tanks, les missiles tombés du ciel et même lui renvoyer dans la face ses rayons multicolores. Rien ne marche, bien sûr, et il faudra attendre que Gamera arrête de buller pour que le problème se règle une bonne fois pour toute. Sur le papier, rien de bien neuf à l’horizon, les grandes lignes de Gamera vs. Barugon étant celles de la plupart des œuvres de Giant Monsters asiatiques : un méchant monstre se fait botter le cul par un autre, moins vilain mais pas totalement gentil non plus. La petite originalité du métrage de Tanaka, c’est une noirceur un peu plus poussée via le personnage d’Onodera, incarné par Kôji Fujiyama (vu dans les Baby Cart et un habitué du monde de Gamera vu qu’il est dans pas moins de quatre opus). Car on a là de l’enculé de compétition, élevé au grain et en terrain naturel, ma bonne dame, de l’enfoiré pur jus et totalement bio ! On sentait déjà que du groupes d’aventuriers, c’était lui qui allait poser problème lorsqu’on l’a croisé avec des lunettes de soleil et un veston blanc, typé yakuza des sixties. On s’est ensuite dit qu’il manquait pas d’air en remarquant qu’un de ses potes avait un scorpion dans la chaussette et l’a laissé se faire piquer et donc mourir immédiatement suite au venin. On a enfin pensé que c’était décidément un sacré pourceau lorsqu’il a dynamité la grotte pour y enfermer le véritable héros du film (Kôjirô Hongô, lui aussi un habitué de la saga, présent dans plusieurs titres). Et pour ne pas perdre son statut de pourri intégral, le voilà qui part chez le frère du héros, un pauvre homme marchand difficilement avec une canne, et le coince sous des casiers et assomme sa femme, les laissant se faire tuer par un Barugon déchainé. Beau palmarès, auquel il ajoute encore un haut fait en tentant de récupérer pour son profit personnel un diamant venu d’un autre monde permettant d’attirer Barugon dans un lac (je rappelle que Barugon n’aime pas l’eau, il doit donc sentir diablement mauvais). Y’a pas à dire, le mec est un cumulard de première et c’est le cœur léger qu’on le voit se faire gober tout cru par la salamandre monstrueuse.

 

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Plus adulte est donc le script, par ailleurs un peu longuet par moment, le film durant tout de même 100 minutes. Un brin excessif dans le cas d’un film de big gloumoute, disons-le tout net, et on n’aurait pas pleuré si les habituelles tergiversations de l’armée et des ministres avaient sauté au montage. Les fans de Gamera risquent en tout cas de râler un bon coup, la tortue étant fort peu présente dans la bobine, laissant son ennemi faire le show à sa place. C’est bien simple, la flying turtle est si peu présente durant la première heure qu’on en oublie presque qu’elle est censée venir sauver la situation et mettre des coups dans la gueule de son adversaire. Pire, elle semble même oubliée des protagonistes du film, qui ne parlent jamais d’elle, et finit par être déconnectée du récit dans lequel elle était pourtant l’argument principal. On s’étonnera encore de voir qu’une fois Barugon éliminé, la population ne s’inquiète guère de ce que pourrait faire Gamera, pourtant pas devenu un enfant de chœur en l’espace d’une heure… Bizarre, bizarre, tout cela, mais jamais réellement dérangeant tant le spectacle est agréable. Certes moins bon que le premier film, Gamera vs. Barugon divertit sans mal et ne manque pas d’atouts, comme une bonne réalisation et des combats plutôt rudes. On aurait presque mal pour Barugon lorsque Gamera lui mort la nuque ou lui griffe la tronche, un épais sang violet sortant des plaies. Quasiment gore, en un sens ! De quoi tenir éveillé le fantasticophile, qui sait fort bien que la suite du programme est du même ordre, que Gamera vs. Gyaos, Viras et les autres seront à peu de chose près identiques à celui-ci. Et vous savez quoi ? On y reviendra quand même en dansant au rythme du shamisen !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Shigeo Tanaka
  • Scénario : Nisan Takahashi
  • Production : Masaichi Nagata
  • Titre: Daikaijū Kettō: Gamera Tai Barugon
  • Pays: Japon
  • Acteurs: Kojiro Hongo, Kyoko Enami, Koji Fujiyama, Akira Natsuki
  • Année: 1966

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