La Vengenza de la Momia

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Paul Naschy aurait-il perdu ses poils en 1973 ? On peut se le demander puisque celui qui incarna le loup-garou plus que quiconque décida de cacher son épiderme à l’aide de bandelettes. Bonne occasion de tourner en douce un petit film de momie, histoire de rajouter un monstre à la collection de notre costaud hispanique…

 

 

Y’a des mecs pour qui c’est Halloween tous les jours. Paul Naschy était clairement de ceux-là, surtout dans les années 70, le coquin ne lâchant jamais ses déguisements, toujours délicatement posés sur son dos velu. Au fil de ses nombreux films, le catcheur fut tour-à-tour un loup-garou, un bossu, un vampire, le cruel Mister Hyde, Fu Manchu, un sorcier, Jack l’éventreur et même Satan en personne ! Ne manque finalement pas grand-chose à ce palmarès infernal, si ce n’est peut-être une momie… Ah, on me dit dans l’oreillette que Naschy s’était déjà reposé dans un sarcophage dès 1973 pour les besoins de La Vengeza de la Momia, inédit chez nous mais que l’on traduira bien sûr par « La vengeance de la momie ». Après en avoir croisé une dans le pas génial mais rigolo Dracula contre Frankenstein (1970), notre Paulo s’est en effet sans doute dit que lui aussi est capable de marcher et danser de côté comme les ancètres de Claude François. Pour mener à bien son nouveau projet, c’est bien sûr à Carlos Aured, décédé en 2008, qu’il fait appel, les deux hommes ayant déjà collaboré par le passé sur Les Yeux Bleus de la Poupée Cassée, El espanto surge de la tumba et le bien connu L’Empreinte de Dracula. La Vengenza sera néanmoins leur dernière aventure pelliculée commune, Aured rejoignant bien vite les rangs des faiseurs de bandes aux fesses rebondies. D’ailleurs, il semblerait que sa version du mythe de la momie était, elle aussi, plutôt chaude et érotique à la base, une version un peu plus coquine que celle que tout le monde peut désormais voir (à condition de se débrouiller un peu vu que le film n’est jamais arrivé jusqu’à nous), charcutée par les distributeurs. Que les goreux se rassurent, aucune violence n’a été censurée, juste quelques étreintes, désormais si ardues à trouver que Naschy lui-même les cherchait. Comme nous ne sommes pas trop difficiles dans mon caveau aux blattes atomiques, on se contente de ce qu’on a, soit une bisserie raccourcie mais plutôt sympathique…

 

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Comme souvent avec Naschy, le script est signé de la plume de l’acteur, toujours aussi soucieux de rendre hommage au cinéma qui le fit vibrer lorsqu’il était gosse. Soit celui de la Universal et de la Hammer, sources inépuisables auxquelles l’auteur et interprète s’abreuve parfois plus que de raison. Le scénario de La Vengenza de la Momie se veut donc des plus classiques, piochant ses idées dans plusieurs œuvres, qu’elles soient sorties des studios anglais ou américains. Ainsi, tout débute par la trahison que subit le pharaon Am-Im-ho tep (Naschy, bien sûr)  par le prêtre censé le servir, le félon empoisonnant le vin du monarque, soudainement paralysé, son corps étant comme mort alors que son esprit est bien vivant. Le pauvre se retrouve dès lors enfermé dans son sarcophage, condamné à attendre une mort lente et ennuyeuse, sans même un skeud du groupe de death metal Nile pour s’occuper les cages à miel… Mais avant de périr, il ne manque bien évidemment pas de lancer une malédiction, promettant que ses descendants le ramèneront à la vie et, que ce jour-là, ça va barder ! Cela arrive bien sûr quelques siècles plus tard, le jeune et fringuant Assad Bey (Naschy, encore) commençant à sacrifier de jolies donzelles lors de rituels visant à réveiller la momie, fraichement sortie de son tombeau et ramenée à Londres par des archéologues. Bien sûr, le monstre (Naschy, toujours), finit par ouvrir les yeux et décide qu’il lui faut une meuf. On sort à peine du lit mais on a déjà la forme, hein ! Comme il veut retrouver une nénette ressemblant trait pour trait à celle qui était la sienne à l’époque où il vénérait Anubis, il se lance dans une série de kidnapping, ponctuée de meurtres puisque le difficile Am-Im-ho tep a tendance à éliminer les prétendantes ne faisant pas l’affaire… C’est un peu comme une télé-réalité du type Le Bachelor sauf qu’ici les perdantes ne s’en sortent pas avec un simple retour à la maison…

 

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L’un dans l’autre, on tient là le récit habituel de l’épouvante à l’égyptienne, avec ses traditionnelles caractéristiques : on a un petit flashback expliquant comment la momie en est arrivée à être enterrée vivante, un serviteur ou descendant entreprend de la faire revenir à la vie, le monstre cherche son amour perdu et commet des meurtres pour passer le temps. La localisation du récit à Londres ne peut d’ailleurs que rappeler les versions de la Hammer, d’autant qu’aux Maléfices de la Momie est empruntée une séquence se déroulant dans les égouts ! Nachy et Aured ne vont cependant pas se contenter de copier leurs ainés et vont tout de même tenter de moderniser le propos. Après tout, nous sommes au milieu des années 70 et, aux yeux du public, les maigres filets de sang visibles dans les œuvres de Terence Fisher, Val Guest et Roy Ward Baker sonnent déjà comme datés, pour ne pas dire vieillots. Il est donc grand temps de balancer une bonne dose de « gruesome » dans la marmite aux scarabées et rénover la gueule du sphynx. Tout d’abord, Naschy fait de sa momie autre-chose qu’un amoureux transi ne souhaitant que retrouver sa promise, perdue au fil des siècles et dans la mort. Son personnage sera au contraire un fieffé salaud qui ne fut pas puni et coincé dans un cercueil doré parce qu’il fauta en aimant une princesse mais tout simplement parce que ce souverain était un sadique de premier ordre. Son grand plaisir était en effet de déguster un bon repas tout en profitant d’un sacré spectacle : la torture infligée par ses servants à de pauvres jeunes filles, aux chairs lacérées par des lames. Meurtrier également ce triste roi, peu hésitant lorsqu’il s’agit d’égorger d’autres demoiselles avant de lever son calice de sang vers la statue d’Anubis. On peut dès lors comprendre que ses proches décident de calmer ses ardeurs en lui faisant ingurgiter un bon verre de poison… Sans aller jusqu’à dire que les momies de la Universal ou de la Hammer étaient des figures de bonté, elles n’étaient pour autant jamais réellement mauvaises, leurs agissements étant plutôt dictés par leurs devoirs. Ces tas de bandelettes tenaient d’ailleurs le plus souvent du simple golem avançant et tordant des nuques sans réfléchir un seul instant à ses méfaits, sans aucune notion du bien et du mal. Seules importaient les malédictions à accomplir et les petites amies égarées à retrouver. La momie de Naschy apporte donc un gros plus en était ouvertement barbare et inhumaine avant même d’être changée en zombie…

 

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Histoire d’en rajouter une petite couche et apporter encore un peu d’inédit, il est décidé que le monstre parlera. Certes, Karloff était déjà doté de la parole dans la version de Karl Freund, mais c’était quarante années avant La Vengenza et, entre-temps, les momies s’étaient montrées nettement moins bavardes. A noter cependant qu’Am-Im-ho tep a ici le pouvoir de communiquer par télépathie avec ses serviteurs, son descendant pouvant donc récolter ses ordres et souhaits par la simple pensée. Encore un élément unique dans le genre, quoique peu révolutionnaire dans les faits. Car que la momie grogne ou que la momie nous récite quelques poèmes, elle finit toujours par tordre quelques glottes et briser des nuques. C’est d’ailleurs à cet instant qu’Aured et Naschy sortent leur deuxième bonne idée : celle de se montrer bien plus trash que d’ordinaire. On le sait, les méfaits de Boris Karloff, Lon Chaney Jr., Christopher Lee ou leurs héritiers n’étaient jamais bien vilains, nos démons des pyramides éliminant toujours leurs cibles en usant de leurs grosses paluches osseuses via des serrages de gorge ne permettant, de fait, aucun débordement gore. Changement de cap pour cette occasion puisqu’Am-Im-ho tep commettra des meurtres à la hauteur de sa méchanceté, devenant quasiment une icône du slasher avant même que ne naissent les Voorhees, Myers et compagnie. Aured capte en effet des tueries variées (hallebarde plantée dans un torse, broyage de tête, égorgements divers, couteau planté dans les intestins, crâne pété contre un mur, paraplégique balancé dans une cheminée, fourche piquée dans un nombril,…) menant à un bodycount franchement élevé. Si la momie portait un masque de hockey, on n’y verrait que du feu ! Néanmoins, ces premiers exemples d’assassinats se montrent relativement soft visuellement, ne se laissant aller qu’à de maigres filets de peinture rouge coulant hors des plaies. Pas bien méchant. En tout cas nettement moins que cette scène, franchement cocasse, montrant l’embaumé passer en revue les demoiselles qu’il a capturées quelques instants auparavant. Et lorsqu’elles ne lui conviennent pas, il leur écrase tout simplement la tronche comme si elles n’étaient que de vulgaires melons pourris. L’occasion d’avoir deux gros plans sur des caboches broyées, des clichés franchement dégueu malgré des effets spéciaux pas impressionnants pour un sou tant on voit qu’une petite visite chez le boucher a suffi pour les confectionner. On coupe une ou deux côtes de porc en morceaux, on rajoute du hachis parmentier, quelques tripes, éventuellement une langue de bœuf, on tape un œil de veau au milieu pour crédibiliser l’ensemble, on mélange tout ça et voilà, on a une tête éclatée prête à servir ! Bon, on se moque un peu mais n’empêche que la scène est franchement sympathique et se trouve être la plus marquante du métrage, haut la main !

 

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Et le reste ? Car quelques éléments un peu corsés ne font bien sûr pas tout un film et il faut savoir remplir les vides entre deux carnages. A ce niveau, on peut dire que Naschy et Aured ont un peu de mal à rendre leur intrigue palpitante : lente, bavarde, déjà vue mille fois, elle ne captivera sans doute pas grand-monde et n’est jamais qu’une excuse pour permettre à Naschy de se fringuer en pharaon puis en squelette empaqueté dans du papier fion. C’est évident et ça ne trompe personne, tout le scénario n’est qu’un gigantesque alibi pour se lancer dans une version plus sanglante de La Momie de Freund. Et comme souvent avec Naschy, l’ensemble est un peu gauche, un peu naïf : les décors ont beau tenter de nous faire croire à d’énormes palais ou à des repaires où se terrent un petit culte nauséabond, on ne voit que du carton, des tissus peu crédibles et de la frigolite… L’interprétation ? On sait déjà que Naschy, malgré toute sa bonne volonté, est un acteur franchement médiocre, donc aucune surprise, ni bonne ni mauvaise, à ce niveau, le vieux Molina nous sortant son impassibilité habituelle malgré ses tentatives d’apporter un peu d’émotion par instants. Pour le reste, on remarquera quelques têtes connues : Helga Liné (Les Amants d’Outre-Tombe, Terreur dans le Shanghai Express), Jack Taylor (beaucoup de bis comme Les Nuits de Dracula et d’autres Franco ou Doctor Jekyll y el Hombre Lobo avec Naschy, puis plus tard des gros films comme Conan le barbare ou La Neuvième Porte) ou Maria Silva (L’Horrible Docteur Orloff, La Révolte des Morts-Vivants), pour ne citer que les premiers rôles. Des acteurs notables, plutôt corrects mais jamais réellement renversants. Il faut cependant que j’admette avoir vu le film en version anglaise, un doublage particulièrement raté, tout d’abord car les doubleurs n’en avaient visiblement rien à secouer, ensuite car on a parfois la sensation qu’ils enregistraient leurs dialogues dans des cartons en tube des chips Pringles. Ca n’aide pas franchement le jeu des comédiens, c’est certain… Tant qu’on est dans les pistes sonores, notons qu’assez étrangement, le combat final est dénué de musique. Un drôle de choix puisque cela empêche bien évidemment cette conclusion d’obtenir un statut épique ou même tout simplement d’accéder à une certaine gravité…

 

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En même temps, on ne va pas se mentir : on s’attendait un peu à tout cela, les pelloches avec Naschy à leur bord n’étant jamais des chefs d’œuvres absolus. Même les meilleures, les classiques du bis comme le génial Le Bossu de la Morgue par exemple, trébuchent toujours à un moment ou un autre, soit par la faute d’un maquillage risible, soit par celle d’un squelette en plastique ne faisant jamais illusion. Ainsi va l’art de Jacinto Molina, un cinéma candide, voire même crédule, mais toujours façonné avec une envie et une passion que l’on ne saurait remettre en cause. Carlos Aured étant un bon technicien capable d’emballer des cadrages séduisants (de beaux plans dans une serre, par exemple), son La Vengenza de la Momia se laisse donc voir sans déplaisir malgré quelques longueurs en première partie. Pas une série B intemporelle que l’on s’enverra chaque année en s’avalant quelques scorpions fris mais une petite production sympathique et apportant un peu de sauvagerie dans un sous-genre jusque-là assez sage. Et aussi l’occasion de voir ce qu’aurait donné un film de la Hammer piloté par Herschell Gordon Lewis, une fusion entre La Malédiction des Pharaons et Blood Feast

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Carlos Aured
  • Scénario : Paul Naschy
  • Production : Julian Esteban
  • Pays: Espagne
  • Acteurs: Paul Naschy, Helga Liné, Jack Taylor, Maria Silva
  • Année: 1973

2 comments to La Vengenza de la Momia

  • Roggy  says:

    Décidément, les bandelettes te réussissent bien. Excellente chro avec cet humour égyptien qui te caractérise tant. Ah ! les bandelettes en papier fion…

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