10 Cloverfield Lane

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Mettons que la fin du monde approche et que vous deviez rester coincés dans un bunker, avec quelle personnalité aimeriez-vous partager ces deux ou trois pièces souterraines ? Brigitte Lahaie version seventies ? Une Rosalba Neri des grands jours ? Une Lina Romay ressuscitée ? Ou peut-être Udo Kier et Walter Brandi pour celles qui me lisent ? Pas de bol, c’est un John Goodman plus bedonnant que jamais que vous allez retrouver dans votre couchette !

 

 

On s’en souvient : Cloverfield fut l’une des attractions cinématographiques les plus plébiscitées par le public en 2008. Ce found-footage monstrueux, puisque mettant en scène un Giant Monster ravageant la ville, réalisé par Matt Reeves (depuis parti sur La Planète des Singes) fut en effet un succès surprise et c’est fort logiquement que les rumeurs sur une possible séquelle commencèrent à éclore. Le producteur J.J. Abrams, également réalisateur des derniers Star Trek (enfin, pas du tout dernier…) et Star Wars, n’a d’ailleurs jamais caché son envie de ressortir son bestiaire aux faux airs de gigantesque rat sans poils pour un attendu Cloverfiel 2. Sauf qu’entretemps, les gloumoutes de la taille d’un building, c’est revenu tellement à la mode avec le deuxième remake de Godzilla et Pacific Rim que cela a plus ou moins fait passer l’envie à Abrams de se remettre dans le bain de la démolition massive à grands coups de pattes colossales. Pas question pour autant de lâcher la franchise Cloverfield, d’autant que le premier datera bientôt d’il y a dix ans et garde son aura intacte auprès des amateurs. C’est alors l’option de l’univers étendu, particulièrement populaire à notre époque, qui est retenue, le 10 Cloverfield Lane sorti cette année se déroulant dans le même monde que le film de Reeves sans pour autant reprendre la recette du premier métrage. Exit le procédé du filmage en found-footage, à la niche le gros streum, adios les persos du premier film. Au revoir également Matt Reeves, trop occupé à s’occuper de ses macaques, remplacé par Dan Trachtenberg, jeune réalisateur signant ici son premier long-métrage et dirigeant une belle troupe de comédiens. A savoir le toujours excellent et attachant John Goodman (Panique sur Florida Beach, The Big Lebowski), l’habituée du fantastique Mary Elizabeth Winstead (le fun Destination Finale 3, le remake de Black Christmas, le nul à chier Boulevard de la Mort, le reboot/prequel The Thing,…) ou encore le jeune et talentueux John Gallagher Jr. (Jonah Hex, quelques séries tv, des pièces de théâtre,…). Un trio de comédiens collés les uns aux autres dans un véritable huis-clos…

 

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Alors qu’elle fuit son petit copain (dont la voix est assurée par Bradley Cooper !) avec qui ça ne va plus, Michelle (Winstead) a un accident de voiture en pleine campagne. Tombant dans les vapes suite à la violence du choc, elle ne se réveille que bien plus tard, attachée à un tuyau, posée sur un matelas, le tout dans une pièce vide aux faux airs de cave de sadique. La pauvre serait-elle tombée dans un énième Torture-Porn emmerdant ? C’est ce qu’elle pense fort logiquement en voyant le gros Howard (Goodman) débarquer pour lui amener son repas, lui expliquant qu’il l’a ramenée dans son bunker parce que les hôpitaux ce n’est plus franchement une bonne idée. Selon lui, l’air est devenu irrespirable suite à une attaque chimique de grande envergure, qu’il hésite à attribuer aux Russes, à la Corée du Nord ou aux extra-terrestres. Bien évidemment, Michelle a du mal à croire aux dires de son soi-disant bienfaiteur, quand bien-même Emmett (Gallagher Jr.), autre jeune homme présent dans l’abri antiatomique, lui assure qu’il a vu une lumière rouge déchirer le ciel… Ne sachant trop que penser et peu séduite à l’idée de vivre avec les deux hommes jusqu’à ce que l’air soit plus sain, Michelle entreprend de s’échapper du bunker faisant la fierté d’Howard… Il est bien difficile d’aller plus loin dans la description du scénario tant 10 Cloverfield Lane est, justement, un film de scénariste avant d’être un film de réalisateur. Non pas que Trachtenberg fournisse ici du boulot de sagouin, il offre au contraire une mise en scène précise, réfléchie et élégante, offrant à la bobine une forme confortable permettant de se concentrer sur le récit, le point fort de la bande. Ecrit à six mimines par Josh Campbell (One Square Mile), Matthew Stuecken (également co-producteur de quelques blockbusters comme le troisième La Momie et G.I. Joe : Le réveil de Cobra) et Damien Chazelle (The Last Exorcism 2 et Whiplash, le film avec les batteurs), le script est de ceux qui ne cessent d’aller de l’avant, qui ne se contentent pas d’élargir encore et encore leur situation initiale avec fainéantise.

 

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Tout l’attrait de 10 Cloverfield Lane est en effet la facilité avec laquelle l’histoire se transforme, rebondit d’un évènement à un autre. Et si l’on n’a pas la sensation d’avoir assisté à des retournements de situation particulièrement originaux – après tout, le film ne propose rien d’inédit, à aucun moment – le tout est suffisamment bien foutu et prenant pour que l’on ne soit pas déçu des retournements de situations. Et ce alors qu’ils étaient pour la plupart attendus ! Un tour de force que l’on doit d’une part à un scénario bien charpenté, d’une autre à un trio d’acteurs tout simplement excellents. On a souvent tendance à l’oublier parce qu’elle n’a pas toujours eu la chance de se retrouver dans de bons films (Boulevard de la Mort encore une fois, le cinquième Die Hard,…) ou parce que ses personnages dans les réussites filmiques ne sont pas particulièrement intéressants (difficile de briller comme actrice dans un Destination Finale ou un slasher), mais la Winstead est une comédienne plus que capable. Très crédible dans le rôle de cette fille normale mais forte ne sachant trop si elle est tombée chez un vrai sauveur ou un pervers paranoïaque, elle fait un parfait point de liaison avec le spectateur puisqu’elle est amenée à se poser les mêmes questions que lui, à réfléchir de la même manière. En un mot : à donner le tempo d’un périple avançant au gré de ses interrogations. Doit-elle tenter une évasion ? N’est-elle pas mieux dans le bunker ? Qu’est-ce qui l’attend dehors ? Et si son comparse Emmett n’a ici que le rôle accessoire du brave gars tentant de l’aider et permettant à l’héroïne de s’épancher sur ses songes via quelques dialogues bien écrits, il n’est pas en reste pour autant grâce au naturel de son interprète. Mais bien sûr, et je suis sûr que vous me voyez venir et son gros bide par la même occasion, le plus grand acteur du lot est bien évidemment John Goodman. Inutile de vous tartiner trois pages sur sa prestation : le bonhomme est à la hauteur et c’est un vrai plaisir de le voir revenir sur le devant de la scène ces derniers temps après une période où il fut plutôt relégué aux rôles secondaires ou aux courtes apparitions. Chanceux, il peut ici incarner Howard, un personnage particulièrement ambigu et participant grandement à la réussite qu’est 10 Cloverfield Lane.

 

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Car on ne sait trop sur quel pied danser avec Howard, étrange personnage se présentant comme un sauveur, et il l’est réellement à sa manière, soucieux du bien-être de Michelle et Emmett puisqu’il leur offre un certain confort (même qu’il leur permet de regarder des Séries B en vhs !). Un homme à priori tendre, parlant régulièrement de sa fille qu’il imagine morte dans le désastre survenant à la surface, mais aussi capable de poussées de violence plus que flippantes. Howard s’énerve vite et son ossature lourde, comme on dit, ne fait que le rendre encore plus imposant lorsqu’il explose de rage, généralement pour trois fois rien. Pas plus rassurant, le gus, quand il lance des regards noirs à un Emmett qu’il juge trop bavard ou lui demande des explications sur l’une ou l’autre cachotterie… Difficile d’ailleurs de masquer une évasion lorsque l’on vit dans trois ou quatre petites pièces et que votre logeur est du genre suspicieux… Tout le suspense de 10 Cloverfield Lane repose donc sur les épaules de Goodman, qui nous avait déjà prouvé au détour d’une scène dans le bon Death Sentence de James Wan qu’il est plus qu’un acteur souriant à la bonhommie évidente. Le saligaud peut faire peur, très peur, lorsqu’il en a envie… (Attention, le reste de ce paragraphe sera constitué de spoilers, donc passez au suivant si vous ne voulez pas trop en savoir) En tout cas plus peur que ce qui attend Michelle lorsqu’elle parviendra enfin à mettre le pied dehors. Non pas que les aliens présents dans les champs ou ce gros vaisseau spatial tentant d’happer la demoiselle sont risibles, ils le sont d’autant moins que leurs effets spéciaux sont très réussis et que la scène les voyant arriver est particulièrement prenante. Mais ils ne font tout simplement pas le poids face à un vieux père de famille suspecté de meurtres et kidnapping, complètement fou et réglant ses problèmes en les plongeant dans un baril d’acide ! (FIN DU SPOIL !)

 

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De toute évidence, les déçus du cinéma fantastique ou horreur hollywoodien de ces dernières années se doivent de laisser sa chance au présent métrage. S’il ne révolutionne rien, il fait en tout cas merveilleusement bien ce pour quoi nous l’avons enfourné dans notre lecteur DVD : nous faire vibrer. De par son suspense, son récit aux frontières du drame, ses comédiens et ses changements de cap réguliers. Et que les possibles clients n’ayant pas vu le premier Cloverfield se rassurent : il n’est guère nécessaire d’y avoir assisté pour profiter de 10 Cloverfield Lane. Preuve en est la présente chronique, rédigée par un démon slimeux n’ayant jamais foutu un pied dans le found-footage de Matt Reeves ! Aucune raison de vous retenir, donc !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Dan Trachtenberg
  • Scénario : Josh Campbell, Damien Chazelle, Matt Stuecken
  • Production : J.J. Abrams, Lindsey Weber
  • Pays: USA
  • Acteurs: John Goodman, Mary Elizabeth Winstead, John Gallagher Jr.
  • Année: 2016

6 comments to 10 Cloverfield Lane

  • princecranoir  says:

    Mouaif, ça tourne un peu en rond cette affaire. Même si les acteurs font le job, et si on devine la plume de Chazelle qui part en live à fond de cave, ça ne va pas beaucoup plus loin qu’un épisode de la « Twilight zone » qui aurait concentré ça en une demi-heure. Je ne parle même pas du final qui détruit totalement le fragile équilibre en place. Franchement, ça casse pas trois pattes à une gloumoute pour moi.

  • Roggy  says:

    Comme j’ai prévu de voir le film, je me dispense pour l’instant de lire ta chronique. Mais, je reviendrai plus tard 🙂

  • Nazku Nazku  says:

    Je crois que pour ce film c’est soit tu adores, soit tu trouves ça « meh ». Et pour une fois je fais partie de la catégorie qui a adoré. 😀 Je l’ai vu au cinéma et maintenant j’ai bien l’intention d’acheter le dvd. John Goodman est génial et le film m’a fait véritablement découvrir Mary Elizabeth Winstead (qui soit dit en passant est génial dans la série BrainDead). <3

    Super critique comme d'habitude mon cher Mordo! 😀

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