Blood Sisters

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Vous savez comment ça se passait dans l’Amérique des années 80 : les jeunes filles rêvaient de rentrer dans une sororité et devaient pour cela subir un petit bizutage. Oh, rien de bien méchant en général, les épreuves consistant neuf fois sur dix à passer la nuit dans une baraque abandonnée, à ne pas sursauter aux blagues des garçons et à se faire assassiner par l’indispensable tueur rôdant dans les parages. Le cycle de la vie, quoi !

 

 

On parle peu de leur cas par chez nous mais les époux Michael et Roberta Findlay ne sont pas franchement des personnalités à mésestimer dans le milieu très fermé du cinéma grindhouse. C’est que le ménage fait partie des pionniers du cinéma sexy, projetant aux spectateurs en mal de sensations humides quelques œuvres branchées sexploitation dans les années 60, des bandes virant éventuellement au hardcore lorsque l’occasion se présente. Et n’hésitant pas non plus à verser dans l’horreur, plusieurs de leurs bobines mélangeant des éléments sadiques renvoyant au cinéma branché cul avec des histoires de tueur en série et autres maniaques maniant l’opinel comme personne. Des pelloches comme Slaughter, par exemple, sortie en 1971 et usant des faits divers de la famille Manson pour trouver l’inspiration, ici recrachée via les sinistres exploits de bikers branchés cultes obscurs et drogue. Un métrage qui deviendra culte quelques années plus tard lorsqu’on lui ajoutera quelques minutes au compteur et qu’on ressortira le tout en VHS sous le titre Snuff, cette fois pour surfer sur la légende des vidéos montrant des meurtres assez peu diffusés à Vidéogag. Nous connaissons tous le scandale qui s’en suivra : les autorités anglaises, déjà en pleine folie des Video Nasties, y verront un véritable snuff-movie alors que le boulot, assuré par Roberta Findlay, n’est jamais qu’une zéderie aux effets peu convaincants… Suffisant pour passer à la postérité, cela dit. Malheureusement, la moitié masculine du mariage périra en 1977 lors d’un accident d’hélicoptère, laissant Roberta seule pour continuer leur entreprise mi-horrifique, mi-coquine. Et la veuve ne lâchera rien, continuant à sortir de petites productions comme Blood Sisters, débarqué sur le marché en 1987 et disponible en DVD chez Uncut Movies depuis un peu plus de dix ans. Un film non pas enfanté par velléité artistique mais parce que le conseiller financier de la Roberta lui expliqua que si elle ne produisait pas un nouveau film avant la fin de l’année 87, une bonne partie de l’argent récupéré sur deux productions antérieures allait partir dans les poches de l’état. Pas franchement du goût de la réalisatrice, qui écrit et lance rapidement Blood Sisters, récit simple et bien de son époque envoyant de jeunes demoiselles en détresse dans une bicoque présumée hantée mais visiblement louée par un serial killer.

 

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Tout débute avec les moqueries subies par un jeune garçon d’une dizaine d’années, raillé parce que sa mère est une prostituée et que son père était un simple client du bordel local. N’en pouvant plus de ces humiliations, il décide de faire payer sa mère en lui plombant la tronche avec une carabine. Treize années passent et le lieu de débauche sert, le temps d’une nuit, à l’initiation de sept jeunes filles, forcées de passer quelques heures sur place avec leur cheftaine. Bien évidemment, cette dernière et trois gaillards ont placé quelques pièges visant à effrayer les bizutées, histoire de corser la nuitée… Mais il semblerait que les rumeurs disant que la bicoque est habitée par les fantômes des putes mortes ne soient pas que des bruits de couloir, les jeunes filles commençant effectivement à voir des filles de joie translucides se balader en petite tenue ici ou là. Et pour ne rien arranger, il semblerait qu’un meurtrier se soit infiltré lui aussi entre ces vieux murs, histoire de se faire la lame sur les gamines… Pour sûr qu’avec ce script, également imaginé par Roberta, notre créatrice s’est décidée à reprendre à son compte les succès d’épouvante des années 80. Soit le slasher, bien évidemment, et les films de fantômes coincés dans leur vieil habitat, Amityville style. C’est le genre ectoplasmique qui ouvre d’ailleurs la danse, la première heure de Blood Sisters laissant le cinglé misogyne dans son coin pour ne l’appeler en renfort que durant la dernière demi-heure. Entre-temps, nous aurons eu tout le loisir de faire connaissance avec ses futures victimes, huit dindes aux préoccupations bien de leur âge. Soit les révisions, les fiestas, les discussions entre copines et surtout le sexe. Car fidèle à elle-même, Roberta Findlay laisse une bonne place au cul dans son équation, la dame avouant même sans détour qu’elle avait pour but de faire un film d’horreur sexy tout ce qu’il y a de plus classique, rameutant de jolies comédiennes prêtes à se dessaper devant sa caméra. On s’en doutait un peu, Findlay le confirme : Blood Sisters n’est pas une œuvre très artistique et son but premier est de profiter encore un peu des dernières belles heures du cinoche de Série B, bientôt à l’agonie…

 

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Dès lors, nos lycéennes pressées d’entrer dans la confrérie vont bien sûr nous dévoiler leurs charmes aussi régulièrement que possible : coït dans une chambre d’étudiante, échanges de salive dans le bordel abandonné, déshabillage divers et variés devant l’objectif d’une Findlay complice,… Racoleur, Blood Sisters l’est comme toute Série B/Z de l’époque et nous n’allons certainement pas nous en plaindre puisque les scènes chaudes sont à peu près tout ce qu’il y a d’intéressant dans cette première partie de métrage, pour le reste assez soporifique puisque constituée de saynètes imaginées pour meubler. Interminable par exemple cette scène présentant (mal) nos héroïnes, dans un bar en train de draguer les mecs ou se lancer des vacheries, tout comme celle montrant trois mectons préparer leurs blagues pour la soirée du grand effroi. Roberta l’avoue d’ailleurs sans détours : le faux sang, ça coûte de l’argent, argent qu’elle tient justement à économiser. Alors on montre autre-chose, comme des papoteries ou des déambulations dans la fameuse maison close. Bon point, celle-ci à un petit aspect creepy bien évidemment pas désagréable et voir nos jeunes beautés s’y balader pour un jeu de piste macabre n’est bien évidemment pas désagréable, quand bien-même il ne se passe pas grand-chose durant vingt bonnes minutes. Lent est ce Blood Sisters, qu’on se le dise, l’horreur ne se manifestant que via quelques fantômes de filles de joie. Des spectres assez peu violents par ailleurs puisqu’ils ne font… rien ! Mais ces apparitions sont l’occasion pour Findlay de nous prouver qu’elle est aussi une bonne cinématographe puisqu’elle se charge de la photo, selon elle le point attirant le plus son attention sur le présent métrage. Cela se voit puisque l’ensemble n’est pas particulièrement bien réalisé, un peu plat dirons-nous, si ce n’est lors de quelques séquences avec les putes revenues de l’autre-monde.

 

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Bien jolies en effet ces quelques séquences lors desquelles les jeunes filles se retrouvent devant des miroirs reflétant le passé, montrant donc nos travailleuses du plaisir satisfaire quelques clients. Des visions si érotiques qu’elles donnent des envies câlines aux jeunettes, soudainement changées en des hédonistes se caressant (et se dessapant, of course) dans ces lieux pourtant glauques. De très belles scènes, plus soignées à tous les niveaux que le reste de la pellicule : la photographie fait nettement moins fauchée, les plans sont mieux composés et même les actrices semblent un tantinet plus impliquées que d’ordinaire. Car bien évidemment, nos amies d’un soir ne sont pas franchement des actrices de premier ordre et Blood Sisters représente pour la plupart leur premier et dernier effort cinématographique. Malheureusement, ces scènes montrant les adolescentes épouser les plaisirs des prostituées d’outre-tombe peinent à trouver un intérêt scénaristique et ne sont, l’un dans l’autre, que des délires visuels purement gratuits. Mais au moins sont-ils de jolis délires occupant le bisseux plus efficacement que des bavardages le plus souvent mal joués, malgré quelques dialogues pas piqués des vers géants. Car lorsque nos jeunes gens s’insultent, c’est de résidu de capote ou de vieux tampon, Findlay disposant visiblement d’une certaine répartie en la matière. Amusant en plus de nous permettre d’oublier que les attributs effrayant ne sont pas légion dans les parages, les découvertes de mannequins pendus n’étant pas plus tétanisantes que cette vaine tentative de nous dresser les poils de cul en faisant bouger une table toute seule. Findlay ne dispose malheureusement pas d’un sens du rythme satisfaisant et le montage aggrave encore un peu les choses de par son aspect pataud, empêchant aux séquences censées générer la peur de s’envoler…

 

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Heureusement, notre assassin, dont on devine immédiatement l’identité, vient bousculer un peu la routine en basculant le film dans le slasher. Si les fantômes des dames faisant commerce de leur corps ne leur créaient guère de soucis, ce fou déguisé en femme se montrera nettement plus efficace en les étranglant avec une jarretière, en les pendant, en les poignardant ou en les balançant du haut des escaliers. Notons que notre énervé travesti choisit de s’éloigner des conventions du genre en usant d’une arme à feu, technique généralement bannie des slashers, dont les tueries se déroulent le plus souvent à l’arme blanche. On dira qu’il tente d’innover, au point qu’on ne comprend pas toujours où il veut en venir, comme lorsqu’il enferme une donzelle dans un cercueil à l’aide de quelques clous. Espère-t-il qu’elle y crève de faim ? Ou est-ce que les clous tuent la pauvre demoiselle en lui perçant la gueule ? Allez savoir, Finlay ne parvenant pas à rendre la scène compréhensible, la faute à de mauvais cadrages ne captant qu’un quart de l’action… Un problème récurrent dans la bande, d’ailleurs, l’amie Roberta ne sachant pas toujours comment donner vie à ses idées. En témoigne ce plan shooté en vue subjective, suivi d’un autre plan subjectif lui aussi mais peu raccord avec le premier, nous donnant la sensation que la personne à qui la caméra se substitue dispose de deux têtes puisqu’il peut voir de deux angles différents ! Autant dire que prétendre que Blood Sisters est un peu gauche tient du doux euphémisme… Et en même temps bah c’est aussi pour ça qu’on l’aime bien, ce petit B Movie ni réussi ni raté !

 

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Car en dépit d’une forme technique bancale, il y a de l’idée dans le taf’ proposé par Finlay, d’une part parce qu’elle ne se sacrifie pas à l’habituel Happy End et ne s’embarrasse même pas d’une final girl puisqu’aucune des gamines n’est mise en avant par rapport aux autres. D’une autre parce que bien que bâti sur des genres n’ayant rien de neuf, Blood Sisters apporte sa propre identité, sa petite originalité. Bien vu cette utilisation de fantômes de péripatéticiennes, le thème de la prostitution n’étant pas si fréquent que cela dans le genre, tout comme cette bonne idée de transférer le plaisir des mortes dans les vivantes, dès lors excitées comme des pucelles devant les Jonas Brothers. Bien sûr, mieux vaut être un nostalgique des années 80 et un gros amateur de petites productions typées VHS pour se sentir à l’aise dans la maison close de l’enfer, le spectacle ici présent étant suffisamment fauché pour se faire bien des ennemis. Mais pris par le bon bout et pour ce qu’il est, c’est-à-dire pour du Z ne se prenant jamais au sérieux (pas mal de second degré est injecté dans l’histoire) et aux défauts rigolos (lorsqu’un personnage marche sur une paire de lunettes, on n’entend pas le bruit d’un bri de verre mais une canette qui se fait écraser !), Blood Sisters devient un agréable moment. En prime, le DVD de chez Uncut Movies jouit de deux bonus sympas : un entretien franc et honnête avec la réalisatrice et l’une des actrices d’un côté, un petit module de l’illustre Joe Bob Briggs (spécialiste de l’exploitation aux States) de l’autre. Pas de raisons de se priver si vous aimez nager dans les mêmes eaux cheesy dans lesquelles barbotent généralement Fred Olen Ray et compagnie, donc !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Roberta Findlay
  • Scénario : Roberta Findlay
  • Production : Walter E. Sear
  • Pays: USA
  • Acteurs: Amy Brentano, Shannon McMahon, Marla Machart, Elizabeth Rose
  • Année: 1987

5 comments to Blood Sisters

  • ingloriuscritik/ Peter Hooper  says:

    Ben celui la m’a échappé au BWE !!! Connaissant tes gouts déviants, je vais réparer cela !
    Bon papier , bine fendard… comme d’hab l’ami! ( je vais faire un copié collé de mes coms sous tes chros , je gagnerai du temps)

  • Roggy  says:

    Pareil que l’ami Peter et j’ajouterai que j’aime bien l’affiche du film qui lui donne en plus un côté « Tiercé de l’enfer » 🙂

  • Roggy  says:

    Je me disais aussi, je ne comprenais pas ce qu’il foutait là le canasson…

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