Le Cimetière des Morts-Vivants

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Comme le veut l’adage, c’est dans les vieux caveaux qu’on fait les meilleures pelloches gothiques. Et lorsque c’est l’ami Massimo Pupillo que l’on retrouve comme conteur, on sait par avance que l’on va avoir notre dose d’effroi ancestral !

 

 

 

Mario Bava, Riccardo Freda, Anthonio Margheriti… et Massimo Pupillo ? C’est qu’il ne faudrait surtout pas oublier cet auteur moins connu du goth spaghetti, lui qui livra quelques beaux fleurons au genre comme le mémorable Vierges pour le Bourreau et La Vengeance de Lady Morgan. Vieux château, êtres déments, spectres vindicatifs, vengeances d’outre-tombe et cryptes poussiéreuses, tel est le doux programme distribué par le Pupillo, et ce dès son premier film : Le Cimetière des Morts-Vivants. Aka Cinque tombe per un medium, que même les plus mauvais en italien d’entre vous auront traduit par Cinq Tombes pour un Médium. Une co-production entre l’Italie, bien sûr, et une Amérique ayant bien compris que pour satisfaire un public réclamant des ballades nocturnes dans les douves brumeuses de la Hammer, mieux valait lorgner du côté de la Botte, plus qu’apte à faire claquer quelques dents… C’est en tout cas ce que pensa Ralph Zucker, yankee volant jusqu’en Europe pour y mettre dans sa valise quelques pelloches emballées sur place. Et pour sa toute première production, le Zucker (plus tard derrière Les Vierges de la Pleine Lune, autre fleuron du genre) décide d’embaucher Pupillo en lui mettant entre les pattes deux projets, tournés l’un à la suite de l’autre et dans le même décor, le château de Fusano. Le premier est donc Le Cimetière des Morts-Vivants et le deuxième le culte Vierges pour le Bourreau, deux petits classiques de l’horreur qui feront de Pupillo un nom reconnu et honoré par les goules passant leur vie dans les cinémas de quartier et les vieilles momies ne se nourrissant que des DVD d’Artus, éditeur des deux bandes. Pourtant, le Massimo n’était pas franchement emballé à l’idée de devenir un pilier du bis transalpin, sa passion étant plutôt concentrée dans les documentaires. Ainsi, lorsque vint le moment de se pencher sur les crédits, le réalisateur, soucieux de ne pas être associé au cinéma d’horreur, préféra que Ralph Zucker signe Cinque tombe per un medium de son nom. Ce qui arrange tout le monde puisqu’un nom ricain facilite toujours l’export et que le Ralph avait à l’époque des velléités de metteur en scène. Il tiendra d’ailleurs la caméra le temps de deux scènes : jugeant le résultat final mis en boîte par Pupillo un peu trop soft, il demande à son poulain de rajouter un peu de gore ici et là. Pas franchement du goût de notre homme, qui préfère laisser le producteur faire le boulot, du coup créateur d’un début alternatif plus musclé et d’une séquence rendue plus sanglante. Et donc plus en phase avec les goûts des Américains si l’on se réfère à Zucker, qui prend ses compatriotes pour des veaux se foutant de l’histoire puisqu’il tranche dans les dialogues pour la version US. Evidemment, c’est la ritale que l’ours Artus nous propose…

 

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Albert Kovac (Walter Brandi, également dans Des Filles pour un Vampire et Vierges pour le Bourreau) est un bon petit notaire consciencieux. Ainsi, lorsque son associé reçoit une lettre lui demandant de se rendre dans une vieille demeure isolée dans un coin lui-même paumé pour régler une histoire de testament, Kovac ne se fait pas prier et rend service à son ami en faisant le boulot à sa place. Et se retrouve par la même occasion au centre d’une sacrée histoire de famille : son client, Jeronimus Hauff, qui vivait dans un vieux mouroir pour les malheureux atteints de la peste, est en effet mort voilà pile une année. Séjournent dans ces lieux obscures sa fille Corinne (Miravella Maravidi, jolie comme un cœur) et sa deuxième épouse, et par extension belle-mère de Corinne, Cléo (Barbara Steele, qu’il est inutile de présenter). Bien que trouvant étrange qu’arrive à son bureau une lettre envoyée par un mort, Albert décide de retourner chez lui… avant qu’un violent orage et la destruction de la voiture pouvant le ramener chez lui ne le force à rester vivre quelques jours sur place… Largement suffisant pour se rendre compte que Corinne lui fait de l’effet sous la ceinture (normal) et que les habitants du village à côté sont tous terrifiés par Jeronimus, dont le fantôme rôderait toujours pour venir tirer dans la tombe quelques pauvres gars (largement moins normal !). C’est que le zigoto, à ce que l’on dit décédé lors d’une chute dans les escaliers, pratiquait l’occultisme et se payait quelques soirées pyjamas avec les fantômes des pestiférés, faisant sans doute de lui un revenant plutôt dangereux. Et revanchard puisqu’il ne s’attaquerait qu’à cinq personnes triées sur le volet… Curieux, Albert et un médecin (Alfredo Rizzo, également dans Des Filles pour un Vampire et Vierges pour le Bourreau) vont tout faire pour tirer au clair cette sombre histoire… Si les affiches et autres jaquettes annoncent une filiation entre Le Cimetière des Morts-Vivants et l’œuvre d’Edgar Allan Poe, elle n’est que thématique et imaginée pour profiter du succès de la saga emballée à la même époque par Roger Corman avec son copain Vincent Price. Car nulle nouvelle ou nul poème du maître effrayé par les sombres volatiles ne semble être à l’origine du scénario, par ailleurs fort classique dans le genre. N’y voyez pas là une critique, au contraire : le bisseux lorgnant du côté des catacombes des sixties le fait en espérant retrouver des éléments bien précis. Et ils y sont tous : le surnaturel envahissant une bâtisse lugubre, une Barbara Steele au lourd secret, la visite guidée d’une crypte, un grenier aux toiles d’araignées, des passages secrets, un cimetière brumeux, un jardinier inquiétant, une vieille légende qui retapisse les slibards des villageois superstitieux, une demoiselle en détresse attaquée lors de noires nuitées, un soupçon de sang, une forêt menaçante et une malédiction qui ne demande qu’à faire exploser sa rage. Aucune épice ne manque dans le bon plat de Pupillo, fin cuisto s’il en est.

 

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De là à dire que Le Cimetière des Morts-Vivants n’est qu’une resucée d’un genre ayant alors bien vécu (le film est sorti en 1965, alors que les Bava, Freda et compagnie étaient déjà passés et repassés par-là), il n’y a qu’un pas dans la tombe qu’on ne fera pas de peur de se retrouver entre quatre planches. C’est que l’utilisation d’un récit ayant pour fond la peste est plutôt originale et même si ce thème reste un argument scénaristique presque décoratif, il n’en est pas moins attrayant. Bien sûr, la narration ne se trouve pas énormément chamboulée par ce détail voulant que Jeronimus était passionné par la peste, au point de vivre dans un château où allaient périr les maudits, mais on ne peut qu’admettre que cela apporte une imagerie franchement unique. Voir pour s’en convaincre cette belle vitrine rassemblant la collection de mains tranchées de pestiférés ou la manière utilisée par les fantômes invoqués par l’esprit de Jeronimus pour éliminer ceux qu’il a désigné comme méritant de mourir. Les ectoplasmes viennent en effet refiler le fléau à leurs cibles, alors immédiatement contaminées et pleines de boutons qui ne se soigneront pas avec deux gouttes de Biactol de Clearasil. Bonne occasion pour notre réalisateur d’offrir à son audience quelques gros plans dégueulasses sur les plaies purulentes, des clichés plutôt étonnants venant d’un gaillard précisant en interview que le gore ne l’intéressait pas. On peut dire sans se tromper qu’il savait pourtant y faire dans le domaine tant ce final montrant certains personnages pourrir à vue d’œil fait son effet et écœure bien plus que certains films chocs nettement plus trash sur le papier. Comme quoi, pas nécessaire d’en faire des caisses et des caisses lorsque l’on a une bonne idée et que l’on sait comment l’utiliser… D’ailleurs, on ne doutait pas des talents de Pupillo à la réalisation, sa maîtrise étant déjà très affirmée pour un jeune artiste n’ayant alors à son actif qu’un documentaire et un court-métrage. De beaux débuts que ceux-ci, qui arrivent sans mal à tenir tête à certains titres plus populaires comme Les Amants d’Outre-Tombes ou La Sorcière Sanglante.

 

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Car en prime, aucune longueur n’est à déplorer, problème pourtant assez régulier d’un cinoche d’époque pouvant parfois se baser un peu trop sur son texte et moins sur ses effets. Pas de problème ici puisque le récit a le bon goût de reprendre à sa sauce le genre policier, lorgnant doucement mais sûrement du côté de Sherlock Holmes. Difficile de ne pas y songer en voyant ce notaire (bon, c’est pas la profession la plus aventureuse du monde, on est d’accord) faire équipe avec un bon docteur, bon vivant aimant bien s’avaler sa petite goutte. Des persos par ailleurs fort sympathiques et bien campés, Brandi se montrant ici meilleur que dans ses autres apparitions m’étant passées sous les narines. Quant à Barbara Steele, elle fait… du Barbara Steele ! Comprendre qu’elle prend des airs pincés, tente d’être aussi peu sympathique que faire se peut et joue donc la diva prenant de haut tout son monde. D’ailleurs, toujours aussi peu clémente envers le cinéma d’horreur, la Barbara se montra de bien mauvais poil sur le plateau, lassée d’apparaître à nouveau dans une bande associée à un genre qu’elle détestait. Pupillo n’en pouvant plus au bout de quatre jour, il la prit à part pour lui demander de mettre un peu de cœur à l’ouvrage et arrêter d’emmerder son monde, ce qu’elle fera… tout en ne s’asseyant plus jamais en face du réalisateur ! Ambiance… La Barbara avait en tout cas bien tort : Le Cimetière des Morts-Vivants est une petite pépite du genre, bien loin d’entacher son CV. Certes, ce n’est pas un film charnière dans le genre, ni même une date un tant soit peu importante dans le gothique rital. Mais c’est définitivement une vraie bonne bisserie, humble mais fortiche lorsqu’il s’agit de dérouler à table le mets que nous avions précisément envie de déguster. On ne flippe pas comme des rats, mais on est happés, aspirés dans un univers aux décors somptueux, à l’ambiance ténébreuse et à la réalisation impeccable. Que demander de plus ? Rien, d’autant que le DVD d’Artus contient les deux scènes supplémentaires tournées par Zucker. Histoire de prolonger un peu le plaisir…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Massimo Pupillo
  • Scénario : Ruth Carter, Roberto Natale, Cesare Mancini, Romano Migliorini
  • Production : Ralph Zucker
  • Titre original: Cinque Tombe per un Medium
  • Pays: Italie, USA
  • Acteurs: Walter Brandi, Barbara Steele, Mirella Maravadi, Riccardo Garrone
  • Année: 1965

2 comments to Le Cimetière des Morts-Vivants

  • Roggy  says:

    C’est sympa de sortir ces veilles péloches pas des plus connus, car tu m’as donné l’envie de mater le film 🙂

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