Soeurs de Sang

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Au vu de toutes les bonnes choses dites ici sur The House on Sorority Row, ce n’était qu’une question de temps avant que l’on penche nos yeux dégoulinant de slime sur son remake, Sœurs de Sang, sorti en 2009. Parés pour une petite soirée entre filles ?

 

 

Eternel recommencement que le petit monde du cinéma d’horreur, dont la mécanique semble placée sous le signe de la renaissance. Nos monstres sacrés ne meurent jamais réellement et reviennent encore et encore, alignant les suites tant que le public suit, avant de se faire oublier quand il ne suit plus. Pour mieux revenir en remettant les compteurs à zéro, les vieilles gloires de l’épouvante n’hésitent plus à se déguiser en de fringants jeunes démons toujours à même d’effrayer la jeunesse. Le principe du remake en somme, consistant à faire du neuf avec du vieux, à capitaliser sur un nom tout en le dépoussiérant au passage. Au grand dam des fans, par ailleurs, puisque les cinéphiles ont tendance à ne pas trop apprécier les reboots en tous genres, et il suffit de voir les accueils froids comme un scrotum de yéti réservés aux nouvelles versions des Griffes de la Nuit, Carrie, The Wicker Man ou Poltergeist. Le rajeunissement de bobines plus ou moins vieilles n’a pourtant rien de nouveau et l’on oublie souvent de rappeler que les Universal Monsters étaient eux-mêmes des remakes de films muets, qu’une large partie du catalogue de la Hammer était également constitué de révisions et qu’une bonne louche d’excellents films des eighties reprenait les trames de classiques des années 50 (The Thing, The Blob, La Mouche,…). Pas de quoi s’énerver dès lors, d’autant qu’Hollywood n’arrêtera pas son entreprise de ravalement de façade pour les beaux yeux de quelques bisseux, ces remakes ne leur étant de toute façon pas destinés. Ceux qui tirent par contre moins la tronche sont les amateurs de slasher puisque, globalement, les férus de tueurs masqués s’en sortent un petit mieux. Certes, peu de chefs d’œuvre parmi ces « nouveautés » que sont Meurtres à la Saint Valentin 3D, Vendredi 13 selon Nispel, Black Christmas, Toolbox Murders, Silent Night ou les deux Halloween de Rob Zombie, la vague moderne ne contenant que quelques légères réussites pour une bonne masse de produits interchangeables et par extension peu marquants. Mais avec un peu de gymnastique mentale, en offrant quelques saltos à nos méninges, on peut sans trop se fouler considérer ces remakes pour des suites déguisées : le Meurtres à la Saint Valentin 3D de Patrick Lussier fait quasiment suite à celui des eighties, Silent Night ne ressemble pas particulièrement à son beau modèle qu’est Douce Nuit, Sanglante Nuit et si l’on met de côté quelques minutes introductives permettant aux plus jeunes de rattraper le train en marche, le Vendredi 13 de Marcus Nispel a tout d’une suite comme une autre… Il en est ainsi du slasher, au fond : les séquelles elles-mêmes se permettaient bien souvent de copier l’original, de nous resservir le même potage en le salant éventuellement un peu plus ou en rajoutant quelques dès de légumes supplémentaires. Le goût ne changeait jamais du tout au tout mais cela suffisait bien. Il en va de même avec les remakes de nos amis les psychopathes maniant la lame et Sœurs de Sang, alias Sorority Row, n’échappe pas à la règle.

 

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Pondu en 2009 par le méconnu Stewart Hendler (la mini-série Halo 4 et le prochain Max Steel), cette répétition de l’excellent House on Sorority Row a pour sa part la bénédiction du créateur de l’original : Mark Rosman. C’est que le réalisateur du premier a en effet repris son clavier pour scénariser celui-ci (avec l’aide de Josh Stolberg et Pete Goldfinger, un duo déjà derrière Piranha 3D), sans oublier de le produire. C’était d’ailleurs le bon moment, les années 2000 prouvant qu’il y avait moyen de se faire quelques biftons en sortant quelques maniaques de leur retraite. Le potentiel commercial de Sorority Row était d’ailleurs tel qu’il fut un temps envisagé de le changer en PG-13, soit en un film pour les jeunes ados, les producteurs louchant sur le succès du Prom Night, remake du Bal de l’Horreur, succès surprise à la violence Disneyland. Heureusement, les producteurs se décideront à rester dans le classement R (soit « interdit aux moins de 16 ans ») et garder toute la violence graphique que l’on est en droit d’espérer d’un petit slasher des familles. Par contre, la presse ne déroula pas franchement le tapis rouge à Sœurs de Sang mais sortit plutôt les caisses de tomates pourries pour les lui caller dans les narines. Il fut en effet reproché au boulot de l’ami Hendler de plagier plus ou moins le Black Christmas de Glen Morgan, les deux métrages étant en effet basés sur des scénarios similaires, contenant des situations très proches. Hasard ou sombre imitation ? Allez savoir ! D’autant que le slasher étant ce qu’il est, il a bien évidemment une forte tendance à ressembler à un boa se bouffant la queue. Il n’est donc guère surprenant de retrouver des pelloches aux airs de frères siamois… Et d’ailleurs, on s’en fout un peu tant que le spectacle est au rendez-vous : Carnage n’était jamais qu’une copie du premier Vendredi 13 et cela ne nous a jamais empêché d’apprécier ses coups de cisaille bien placés. On ne se plaindra donc pas trop de retrouver les éléments habituels du style dans Sorority Row, qui débute bien évidemment par une vilaine blague tournant fort mal. Celle que font six jeunes demoiselles au petit copain de l’une d’elle (et accessoirement frère d’une autre), coupable d’avoir trompé la demoiselle. Et vu que dans la sororité Theta Pi on se serre les coudes, il est décidé de se venger de l’indélicat en lui faisant croire que sa légitime, Megan, vient de passer l’arme à gauche parce qu’il lui a fait ingurgiter trop de pilules de la drogue du viol. Il n’en est bien entendu rien mais notre petit groupe de jolies jeunes filles poussent la vanne assez loin, amenant le garnement et le faux cadavre jusqu’à un lac pour s’y délester du corps. Mais nos copines n’arrêtent pas le gag à temps et le jeune homme décide de transpercer le thorax de son amante avec une clé en croisillon, histoire que l’air s’échappe du corps et que le macchabée ne flotte pas lorsqu’ils lui feront prendre l’eau. Bien sûr, pour le coup le nigaud la tue pour de vrai, laissant ses amies dans l’effroi. Que faire ? Appeler la police ? Certainement pas, cela ruinerait le futur de ces gamines promises à un riche destin… Il est alors décidé de balancer ce qu’il reste de Megan dans un puits et de faire croire que la fêtarde a tout simplement disparu lors d’une fiesta… Quelques mois passent et les cinq copines de terminale restantes touchent enfin leur diplôme des doigts. Pour fêter la fin de leur adolescence et l’entrée dans le monde des adultes, elles décident d’organiser la fête du siècle, histoire de s’amuser une dernière fois. Pas de bol, un assassin sachant fort bien ce qu’elles ont fait s’est infiltré parmi les invités et compte bien s’amuser, lui aussi…

 

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Les grandes lignes de ce Sorority Row version 2009 sont donc les mêmes que celles du petit classique de 83 même si les détails et circonstances sont changées : ce n’est plus la vieille locataire que l’on tue accidentellement mais une belle nénette, on ne la planque plus dans une piscine d’eau croupie mais dans un vieux puits isolé, le tueur ne se fait pas plaisir avec une canne dotée d’une lame mais avec une clé en croix qu’il a tunée pour la rendre encore plus létale,… Et plus globalement, en réduisant le rôle de la vieille gérante de la maisonnée (Carrie Fisher, la princesse Leia quittant un temps ses étoiles…), ici un personnage secondaire n’ayant aucune prise sur le récit, Rosman et son équipe modifient également l’atmosphère générale. L’original pouvait ainsi se vanter d’être parfumé d’un doux arôme de drame, faisant basculer son slasher à priori commun dans le portrait psychologique d’une vieille fille rongée par la perte de son nourrisson. Noire, la bobine de Rosman l’était clairement et pouvait par ailleurs être qualifiée de slasher triste. En comparaison, celle d’Hendler est bien évidemment plus classique puisqu’elle n’essaie pour sa part jamais de nous coller une déprime de tous les diables, là où le premier nous laissait un drôle de goût dans la bouche. Ici, le but premier est bien évidemment de divertir en balançant toutes les règles du petit guide du slasher, bien sûr suivi à la lettre : de jolies nymphes aux caractères différents (la gentille, la salope, la conne, la peureuse et la dégueulasse) pourchassées par un mystérieux assaillant masqué ou déguisé (ici il porte une toge de diplômé), quelques plans nichons pour titiller les braguettes, un lieu unique en la présence de la maison de cette confrérie, une timeline resserrée à une nuit et bien évidemment des meurtres inventifs. Et parfois gore et mémorables, comme cette bouteille enfoncée dans la gorge, ces crânes brisés par la clé en croix ou cette mâchoire recevant un feu de détresse. Du bel ouvrage, pas gerbant comme du trash allemand, mais toujours plus vilain que du Scream et compagnie. Le manuel du parfait psychokiller a donc été bien étudié avant le tournage et il n’y a rien à redire à ce niveau, Sorority Row filant droit à l’essentiel en enfilant les décès (au nombre très satisfaisant de 11), le tout à un rythme ne pouvant qu’emporter le spectateur, assuré de ne pas se faire chier une demi-seconde.

 

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Mais si Hendler et Rosman abandonnent toute tristesse pour cette modernisation, ils ne se contentent pas pour autant d’aligner des meurtres sans insuffler un peu d’âme dans leur boulot. Et c’est le sarcasme et la critique des milieux huppé qui permettront à Sorority Row de trouver sa propre voie et se distinguer de son glorieux modèle. Le film manie ainsi le second degré a de nombreuses reprises, dressant un portrait franchement acide de cette jeunesse privilégiée, qui a tout pour elle (les filles sont de bonnes familles en plus de toutes être des canons réchauffant nos noix) mais qui n’est jamais totalement satisfaite et ne résonne qu’en terme de réputation et de possession. Les héroïnes sont ainsi des professionnelles de la vacherie et n’ont de cesse de se critiquer entre copines, entre « sœurs » comme elles disent, et ce malgré la présence d’un tueur ayant déjà occis plusieurs d’entre elles. Si ces petites punchlines, souvent marrantes par ailleurs, ont pour but de faire descendre un peu la pression, le but des auteurs est aussi et surtout de montrer l’hypocrisie de ce milieu, tout sourire et volontaire pour offrir de douce tapes dans le dos par devant mais certainement pas hésitant lorsqu’il s’agit de poignarder par derrière. La sororité éclate ainsi en morceaux dès les premiers problèmes, chacune si ce n’est l’héroïne ne pensant qu’à ses propres intérêts, à la peur de voir sa notoriété et sa popularité tâchées par une mauvaise vanne ayant tourné au tragique. Alors que dans l’original les jeunes filles craignaient surtout la prison, celles du remake savent fort bien que seul le garçon qu’elles ont piégé risque de manger de la purée dégueu dans un plateau en plastique entre deux Mexicains de 150 kilos. Elles, elles ne craignent pour ainsi dire rien si ce n’est de voir leur CV sévèrement sali ainsi que les meilleurs partis refuser de leur enfiler la bague au doigt. Le personnage de Jessica, la plus malfaisante du lot, résume à lui seul tout cet univers bling-bling. Pur produit de son milieu, de la haute, elle n’aspire qu’à une chose : épouser le fils d’un sénateur, histoire d’être certaine qu’elle pourra parader et prendre de haut le reste de la populace. Et lorsque l’on se dit que la détestable blondasse est ce qu’il y a de pire dans Sorority Row, on découvre que son boyfriend et son politique de daron lui collent une pression infernale, l’avertissant qu’au moindre faux pas les misères lui tomberont sur la gueule par paquets de dix. La critique de la société riche est tellement évidente chez Hendler qu’il décide de laisser le champ libre à son assassin lorsqu’il s’agit d’éradiquer les plus superficielles des filles. Ainsi, lorsque la vieille Carrie Fisher refile des bracelets assez simples à ses protégées, ce sont celles qui acceptent de le porter qui survivent tandis que les vilaines n’ayant pas assez de cœur pour amener le cadeau jusqu’à leur poignet périront de brutale manière. Il ferait pas un peu la morale, finalement, le père Hendler ?

 

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Pas réellement puisque le maniaque (dont on devine assez facilement l’identité mais gaffe aux spoilers quand même) est au contraire une figure de simplicité, ne cherchant qu’une vie d’amour, éloignée de ces faux-semblants, de ces amitiés factices. Un être ne supportant aucun mensonge, aussi petit soit-il, une personnalité tellement intègre qu’elle en est poussée à la monstruosité lorsqu’elle croise des gens moins nobles qu’elle. Intéressant, bien que tout cela arrive trop tardivement (logique, on ne révèle pas l’identité du cinglé de service après une demi-heure…) pour être assez développé. Reste que l’ensemble se drape tout de même de suffisamment de personnalité pour être plus qu’un énième ersatz de Scream ou Urban Legend, d’autant que les personnages sont plutôt habités et, pour tout dire, assez sympathiques. Hendler a beau nous les présenter comme des crétins se pensant pourtant très intelligents, ils n’en sont pas moins assez agréables à suivre, en grande partie grâce à un très bon casting. La belle Briana Evigan (le remake de Mother’s Day) prête sa voix enrouée à une final girl qui ne s’en laisse pas compter, la blonde Leah Pipes est excellente en cheftaine dénuée de compassion, Rumer Willis (fille de Bruce) est très à son aise en demoiselle tétanisée par la peur, la séduisante Jamie Chung (Sucker Punch, Sin City : A Dame to Kill For) apporte le quota sexy et de bêtise dans le même temps tandis que Margo Harshman (From Within) s’occupe du second degré, son personnage de grosse cradingue alcoolique et dénuée de finesse occasionnant quelques sourires. Et le père Hendler, comment qu’il se débrouille ? Pas trop mal en vérité, le réalisateur débutant son affaire par un plan séquence bien fichu parcourant la maison lors d’une boum endiablée, passant entre les culs des filles et les gobelets de bière. Une entrée en matière rassurant un brin sur la volonté du metteur en scène d’offrir plus que du pratique, une volonté à laquelle il se tiendra en offrant quelques jolis plans même si l’ensemble ne tient pas de la folie visuelle non plus. Et ce malgré une jolie photographie, principalement lors des scènes nocturnes puisqu’un poil terne lors des scènes de jour.

 

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Vous le savez désormais, The House on Sorority Row est sans conteste l’un des meilleurs slasher des saintes eighties. Et bien il en est de même pour Sorority Row et la période dans laquelle nous sommes ! Certes, la concurrence n’est pas franchement la même et il est moins glorieux de lever le poing au ciel face à All the Boys loves Mandy Lane, Burger Kill, See no Evil et Cry_Wolf que face au Monstre du Train, Massacres dans le Train Fantôme ou Hell Night. N’empêche que Sœurs de Sang ne manque clairement pas d’atouts (et je ne parle pas que des atouts mammaires) et se présente comme le meilleur slasher de son époque. Rien que ça ! Alors ne jouez pas aux cons et tentez de dénicher la galette sortie chez M6 Video, très facilement trouvable pour trois fois rien, il y a peu de chances que vous regrettiez d’entrer dans cette baraque aux contours plus que soignés, aussi habile dans le gore direct que dans la gestion de son suspense…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Stewart Hendler
  • Scénario : Josh Stolberg et Pete Goldfinger
  • Production : Mark Rosman, Mike Karz, Josie Rosen
  • Titre original: Sorority Row
  • Pays: USA
  • Acteurs: Briana Evigan, Leah Pipes, Rumer Willis, Jamie Ching
  • Année: 2009

4 comments to Soeurs de Sang

  • princecranoir  says:

    ça commence à bien faire toutes ces frangines ! En venant ici je croyais qu’on allait parler du remake du de Palma (que j’ai en vidéo mais toujours pas vu). Mais que neni ! C’est le remake de Sorority row (que je n’ai pas vu non plus, décidément on se demande ce je fiche ici du coup). Toujours est-il que je prends bonne note de la qualité substantiel de ce slasher des familles (c’est le cas de le dire) et de ta petite dent contre le doux « Scream » du père Craven que pour le coup j’ai revu lui (ceci explique cela, on peut pas être au feu et au couteau) et qui ma foi m’a tout de même bien replu.

  • Roggy  says:

    Dès qu’il y a de la donzelle pas dégueu et pulmonée qui se fait dessouder par un tueur, l’ami Rigs a les noix qui se réchauffent ! Je te reconnais bien là mon ami sur le sujet (pas fan de Scream non plus hormis le 1er qui se laisse mater) avec ton excellente chro 😉

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