Cyber Tracker 2

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Vous ne l’attendiez pas, vous l’espériez encore moins, mais là voilà quand même : la chronique de Cyber Tracker 2, suite de la pas désagréable mais peu mémorable Série B avec Don « The Dragon » Wilson ! Et ce dernier y verra que rien ne change vraiment dans le monde de l’exploitation : quand les robots sont dans le coin, c’est rarement pour faire le bien !

 

 

On parle toujours de Charles Band, de Roger Corman, d’Andy Sidaris et de quelques autres producteurs ou réalisateurs branchés petits budgets et on oublie quasiment toujours de citer Richard Pepin. Notre homme est pourtant fort d’un gros CV puisqu’il a produit plus de 110 films entre 1981 et 2009, toujours des petites productions coûtant peu cher et destinées au marché de la vidéo. Des pelloches épaisses et dures comme des parpaings : Mayhem et ses deux zouaves foutant le boxon à Hollywood pour retrouver les femmes de leur vie, Heat Street et son boxeur se vengeant des bikers responsables de la mort de sa fille, Shotgun et son héroïne à la poursuite d’un maniaque misogyne, A Time to Die et sa Traci Lords combattant les flics ripoux,… Que des œuvres d’une grande finesse que notre prince de la location – car ses livraisons y sont bien sûr destinées – monte ou réalise à l’occasion. Comme ce Fist of Honor et son pro des arts martiaux impliqué dans une guerre entre différents mafieux, le Firepower voyant Gary Daniels plonger dans un monde futuriste au taux de criminalité particulièrement élevé, Dark Breed et ses astronautes qui se ramassent une chtouille alien ou encore Epicenter et ses gueules de B Movies (Jeff Fahey, Traci Lord, Gary Daniels) réunis pour un transport de gangster voué à mal se passer. Pas franchement le genre de bobines que les sélectionneurs du festival de Cannes avalent à longueur de journée, ni même de celles que l’on diffuse lors des soirées sur la Croisette lorsque Marion Cotillard nous refait le répertoire d’Edith Piaf. Typiquement le genre de petits plaisirs que l’on pouvait trouver sur le marché du film, par contre, du temps où la Série B avait encore de beaux jours devant elle. The good old days… Cyber Tracker et sa suite sont ainsi de purs produits de leur époque, le genre que les devantures de vidéoclubs alignaient avec délectation : il y a ce pro de l’action à petit budget qu’est Don Wilson, le casting n’est composé que de bourlingueurs des direct-to-vidéo, le scénario pille le travail de James Cameron et mise surtout sur ses aspects les plus bourrins. Pas de doute, on sait où nous sommes tombés !

 

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Petit rappel des évènements du premier opus (dont la chronique est toujours lisible ici) : Eric (Don Wilson), brave flic plus ou moins affilié aux services secrets devait affronter les Cyber Trackers, des cyborgs menés par un saligaud désireux de prendre le contrôle de l’humanité via ses tas de ferrailles. Grâce à sa nouvelle petite amie Connie (Stacie Foster, de retour dans cette suite), à la tête d’une troupe de rebelles anti-robots, il parviendra à déjouer les plans du félon et à transformer ses adversaires cybernétiques en de la tôle froissée. Mais de la cyprine a coulé sous les cuisses depuis lors et les Cyber Trackers sont désormais bien implantés dans la société, leurs programmes ayant été retravaillés pour qu’ils puissent venir en aide à la police en cas de coup dur. Ils vont d’ailleurs en avoir un fameux, de coup dur, puisqu’un homme politique véreux se verrait bien à la place du gouverneur en place. Pour évincer son rival, il fait appel à une agence illégale créant des Cyber Trackers meurtriers et envoyant un sosie métallique de Connie pour vider un chargeur dans le bide du gouverneur en question. Bien évidemment, Eric sait fort bien que sa compagne a trop bon fond pour être la coupable et se met à enquêter, au point que pour se débarrasser de ce gêneur, ses adversaires vont lui envoyer dans les pattes une machine à son effigie… Alors que nous nous attendions à une fausse-suite, à une séquelle ne reprenant pas les choses là où le premier film les avait laissées et faisant plutôt office de reboot comme il est fréquent d’en voir dans le marché du DTV, Cyber Tracker 2 est un véritable développement de l’histoire d’origine. Les personnages sont les mêmes, les évènements passés ne sont pas oubliés et ont droit à quelques références tandis que l’univers reste crédible puisque l’on retrouve quelques décors très proches entre les deux productions. Il faut dire que tourné quelques mois à peine après le premier volet et sorti un an après celui-ci, ce follow-up avait toutes les chances de coller au plus près à son modèle.

 

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Pepin avait cependant, et visiblement, pour intention première de faire encore mieux que l’essai précédent, loin d’être désagréable mais finalement peu mémorable. Comme bien des Séries B de l’époque, Cyber Tracker premier du nom laissait surtout l’impression d’être volontaire mais surtout pataud dans sa représentation de l’action. Si ce deuxième numéro peut encore parfois se montrer un peu gauche ou lourdaud à l’occasion, comme lors de ces interminables fusillades dans des couloirs visiblement longs de plusieurs kilomètres, il met néanmoins le paquet la majeure partie du temps et parvient à donner l’illusion d’avoir coûté bien plus que ce qu’il en est réellement. On devine en effet facilement que le Pepin ne bénéficiait pas d’autant de flouze qu’un John McTiernan pour ses Die Hard, par exemple. Et pourtant, Cyber Tracker 2 se montre aussi généreux que les aventures de John McClane, si ce n’est plus, en enchaînant les séquences explosives. Bien sûr, ce n’est ni Time and Tide ni A Toute Epreuve, et on regrettera comme souvent un certain statisme lors des fusillades, nos tireurs d’élite restant le plus souvent plantés sur leurs marques pour tirer sur la personne en face, ne songeant que trop rarement à plonger ou évoluer dans les décors. Mais pour le reste, on ne peut qu’être surpris par les moyens déployés : explosions impressionnantes toutes les cinq minutes minimum, fusillades à répétition, courses-poursuites régulières, cascades franchement bien foutues, quelques combats à main nues (normal avec le dragon dans les parages !),… Pour sûr que ça nous change du premier opus, nettement plus timide en comparaison ! Car on n’y voyait pas quelques séquences folles comme un Don Wilson a l’arrière d’un pick-up en train de balancer des patates explosives avec le canon vissé à l’arrière ou la destruction complète d’un hangar par un cyborg armé comme un commando entier. Coolos aussi cette courte scène lors de laquelle l’ami Don doit courir et sautiller pour éviter des explosions de bagnoles dans son dos ou un rayon laser bien décidé à lui offrir un peu de chirurgie inesthétique. Niveau action, on est donc servis, et plutôt deux fois qu’une, Pepin mettant visiblement toute son énergie pour offrir un rythme du tonnerre à son ambitieux métrage.

 

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Bon, tout n’est pas rose non plus, vous l’imaginez bien, et on déplorera quelques costumes aux goûts assez douteux. Passe encore le marcel rouge trop grand pour lui qu’aborde Wilson lorsqu’il prend son petit-déjeuner. Par contre, l’armure en plastoc de l’un des Cyber Tracker (toujours incarné par le chauve Jim Maniaci) fait plutôt peine à voir tant on dirait un cosplay mal assemblé de Robocop, référence évidente de ce personnage positif, automate faisant régner la loi et la justice à grands coups de pruneaux. Et lorsque le Don doit incarner un cyborg maléfique, c’est chez Terminator que Pepin et son scénariste Richard Preston Jr. (Hologram Man) vont chercher l’inspiration, reprenant quelques poursuites en voitures mais aussi et surtout l’attaque d’un commissariat par l’être de pistons. Inutile de dire que la comparaison ne tourne pas franchement en faveur de Cyber Tracker 2… D’autant que le casting n’aide pas non plus et, malgré sa bonne bouille, le dragon reste un acteur des plus limités. Il est néanmoins le seul à disposer d’un minimum de charisme dans le coin, ses compagnons de route étant pour la plupart insipides, quand ils n’en font pas des tonnes. Des habituées des petits projets pour la plupart, même si l’on reconnaîtra tout de même Tony Burton des Rocky ou Shinning. Du reste, Pepin doit composer avec des mercenaires de la pellicule bon marché comme Anthony de Longis (un spécialiste des séries TV), John Kassir (la voix du Cryptkeeper pour Tales from the Crypt !), Steve Burton (déjà dans le premier film et beau gosse de la série General Hospital) ou Stephen Quardros (Cradle 2 The Grave, Bloodfist 7,…). Des gens connaissant leur métier mais pas vraiment des bouffeurs d’écran… De même, on remarquera que Pepin se fout parfois de notre tronche, le montage n’hésitant pas à réutiliser certains plans (au sein d’une même scène !), que ce soit d’explosion ou d’un Don Wilson mitraillant ses ennemis. Pas trop dérangeant mais pas bien honnête non plus, pas plus que lorsque le gaillard nous ressort certains passages du premier film…

 

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Cependant, il n’y a certainement pas de quoi bouder son plaisir puisque tout disgracieux soit-il, Cyber Tracker 2 fournit très exactement ce que l’on espérait de lui : de l’action en grande quantité. Sa générosité en la matière surprend même largement et permet de faire oublier les défauts qui le parcourent, très vite balayés par le déluge de flammes trouvable toutes les deux scènes. Disons-le tout haut : on tient là une excellente pelloche d’exploitation, une vraie Série B soucieuse de fournir le maximum et tentant réellement de satisfaire le spectateur, même s’il lui faut pour cela ruser et user quelquefois de techniques de margoulins. Pepin réutilisera d’ailleurs certaines séquences du film dans son Hologram Man… Ne jouons pas les vierges effarouchées, nous savions d’avance à quelle sauce nous allions être dévorés et ces pratiques font d’ailleurs le sel du tout ce pan de la production bis ! Alors on apprécie tout cela pour ce que c’est et on ne se triture pas les méninges, sous peine de voir Don le dragon venir les fracasser d’un coup de pied bien placé !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Richard Pepin
  • Scénario : Richard Preston Jr.
  • Production : Richard Pepin, Joseph Merhi, Don Wilson
  • Pays: USA
  • Acteurs: Don « The Dragon » Wilson, Tony Burton, Jim Maniaci, Stacie Foster
  • Année: 1995

2 comments to Cyber Tracker 2

  • Roggy  says:

    Des séries B des années 90 comme on n’en fait plus avec des jaquettes d’un autre temps. Quant à la qualité du film, elle est visiblement suffisante pour mériter une petite vision. C’est déjà ça 🙂

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