L’Abime des Morts-Vivants

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Lorsqu’il crève de soif et a besoin de s’humidifier les lèvres, le vieux copain Jess Franco se met en route pour l’oasis des zombies. Pas sûr que l’eau y soit potable, ni le film qui en est ressorti d’ailleurs, mais vous connaissez le crédo de Toxic Crypt : vérifions ça à dos de dromadaire !

 

 

Vous connaissez tout aussi bien que moi le gros boum du zombie à la fin des années 70 et au début des années 80 : tout le monde y allait de son vieux cadavre mal assemblé et tous les studios bis balançaient leurs revenants affamés sur les écrans, qu’ils soient de cinéma ou domestiques. Bien entendu, les gredins d’Eurociné ne pouvaient pas ne pas se mélanger à la salsa des démons et y sont allés de leurs petites zéderies sorties du cimetière, comme le culte Le Lac des Morts-Vivants. Vu que la pelloche fonctionna fort bien en dépit de ses légendaires défauts, particulièrement à Marseille visiblement, Marius Lesoeur proposa donc à son vieux comparse Jess Franco de tourner une petite pelloche marchant sur les traces de Zombie et L’Enfer des Zombies. Pas franchement du goût de Franco, tout cela, l’Espagnol avouant sans détours que les défunts ambulants ne sont pas vraiment sa tasse de thé et même les monstres qu’il aime le moins. Il les résume même à des êtres stupides dont on peut se débarrasser d’une simple claque et n’hésite pas à tacler au passage Romero, qu’il considère comme un piètre metteur en scène. Le mérite de la franchise. Mais le scénario que lui refile le père Lesoeur, alors titré Le Trésor des Morts-Vivants, contient de nombreuses scènes du d’aventure en plus des séquences voyants les morts pourchasser les vivants. De quoi emballer un peu plus le réalisateur de La Comtesse Perverse, qui doit également voir là une bonne occasion d’aller passer un tournage agréable sur les dunes avec quelques amis. Dont Lina Romay, sa muse rien qu’à lui, présente pour les besoins de la version espagnole. Car L’Abime des Morts-Vivants, titre définitif de la bande, disposera de deux castings : l’un français et l’autre hispanique, histoire de satisfaire les deux marchés… Si le film obtiendra un léger buzz, c’est principalement parce qu’il sera, comme beaucoup de VHS, emmerdé par la censure britannique. Pas un Video Nasty en bonne et due forme, mais l’une des œuvres atterrissant sur la moins célèbre « section 3 », liste de pelloches tout aussi mal vues que les autres et sur laquelle on retrouve également, entre autres, Final Exam, Phantasm, Xtro ou Suspiria. Sale temps pour le bis ! Mais si ce n’est cette mésaventure, cet Oasis of the Zombies comme il est connu un peu partout dans le monde n’a pas vraiment de quoi être mémorable.

 

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Le métrage débute par le petit voyage d’un Allemand dénommé Kurt (Eduardo Fajardo, vu dans Django, pour l’Espagne, Henri Lambert de Convoi de Filles pour la France), un sombre félon venant d’apprendre qu’une cargaison d’or aura été oublié par les Nazis dans le désert d’Afrique du Nord. Le gaillard va donc voir le Colonel Blabert (Manuel Gélin, qui finira dans le sitcom merdique Sous le Soleil mais fut aussi et surtout présent dans L’Eté Meurtrier), seule personne à savoir où se trouvent les lingots puisqu’il commandait justement les commandos teutons lors de leur passage dans la région en 1943. Mais une fois que Blabert a pointé le bon endroit sur la carte, Kurt assassine son ancien ami en l’empoisonnant, histoire d’être le seul à profiter du trésor… Mais la mort de Blabert alerte bien évidemment le fils de celui-ci, un étudiant londonien plus intéressé à l’idée d’aller foutre les mains dans le pactole qu’attristé par la perte de son daron… Ce sale gosse vénal parvient en tout cas à convaincre trois de ses potes de laisser tomber leurs examens et partir à la chasse à un hypothétique trésor. Quoi de mieux d’ailleurs que de foutre en l’air son avenir pour partir creuser des trous dans le sable ? Rien de plus normal, si vous me demandiez si je veux planter toute ma petite vie bien rangée pour aller chercher des vieilles montres dans un canyon, j’aurais déjà mon détecteur de métaux en main ! Bref, l’équipée se rend donc dans les dunes, non sans qu’on se soit tapé un petit flashback presqu’entièrement constitué de stockshots d’un petit film de guerre, à savoir Les Jardins du Diable. On s’en rend d’ailleurs bien compte puisque l’étalonnage et les couleurs sont clairement différentes d’un film à l’autre, le boulot de Franco étant doté d’une colorimétrie correcte tandis que les plans piqués ailleurs sont des plus délavés. Et puis on devine bien vite que le pauvre Jess n’avait pas les moyens de filmer toutes ces fusillades et ces tanks… Notons d’ailleurs que ce flashback, censé nous montrer les aventures de Blabert avant qu’il ne se fasse tuer par le venin que lui injecte son ancien pote Kurt, n’est pas des plus clairs. En effet, le procédé est si mal amené que l’on a tout simplement la sensation d’assister à une aventure parallèle, à quelque-chose de contemporain, un sentiment renforcé par le fait que le Blabert des années 40 et celui des années 80 ont exactement la même gueule ! Ils auraient quand même pu le vieillir un peu…

 

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Une fois ce long retour en arrière, surtout utile pour étirer un peu la pelloche et lui faire atteindre les 80 minutes réglementaires, on revient à nos jeunes gens, bien arrivés en Afrique et prêts à jouer les Indiana Jones du pauvre. Evidemment, ils s’offrent un peu de tourisme, l’un d’eux s’envoie en l’air avec une jolie blonde, ils se prennent en photo devant une réplique de chameau en bois très moche (alors qu’il y a des vrais chameaux à côté, quel est donc l’intérêt ?). En somme, ça se la coule douce et le spectateur se demande quand est-ce que les zombies vont sortir de l’oasis… Car jusque-là, on ne les a aperçus que dans l’introduction de la bobine, voyant deux nanas se faire attaquer sous les palmiers par des mains sortant du sol. Plutôt mince niveau horreur… Heureusement, ce salopiaud de Kurt, qu’on avait quasiment oublié à ce stade puisqu’on ne l’avait plus vu depuis plus de 20 minutes, si ce n’est plus, se fait attaquer par les crevés, pas contents qu’on approche de leur fameux trésor. N’attendez pas du gore vomitif, cependant, Franco n’étant pas très intéressé par le trash pur et dur, vous n’aurez droit qu’à des zombies fondant sur leurs proies puis, éventuellement, retirant quelques morceaux de viande pour simuler un arrachage de membres. Pas bien crédible, Eurociné style dirons-nous… Ils réapparaîtront lors de l’ultime quart d’heure, histoire de becter les guiboles des jeunes gens, finalement arrivés sur le site où serait planqué l’or, mais là encore Franco rate le coche. Filmée de nuit, la scène est rendue encore plus incompréhensible par cette excellente idée (ironie) qui est celle de faire cramer de l’essence. La purée de pois naissant des flammes empêche dès lors d’y voir quoique ce soit, ce qui est aussi pratique pour le metteur en scène d’un petit budget qu’ennuyeux pour un spectateur attendant depuis une heure qu’il se passe enfin quelque-chose ! Heureusement, les goules ne sont pas trop mal fichues. Bien sûr, le peu de fric dont dispose l’entreprise ne permet pas monts et merveilles et les trucages et maquillages sont plus que visibles et très rudimentaires. Un peu de boue sur la gueule, quelques verres de terre dans le nez, une légère couche de latex et des faux yeux et le tour est joué ! Mais on n’est pas loin de la vision que peut avoir Fulci de ses cadavres, ici très sales, en putréfaction et donnant l’impression d’être de vrais repaires à infections !

 

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Dommage que Franco ne fut pas plus intéressé par leur cas car il aurait pu nous servir quelques belles scènes. A la place, il préfère suivre les ballades de ses irritants jeunes gens, tous cons comme des pieds de chaise et dotés de tronches à dégommer au fer à repasser, ce qui n’est pas fait pour arranger les bisseux que nous sommes… On sent bien que le réalisateur ne s’est que fort peu impliqué dans son affaire, ne voyant-là qu’un job alimentaire, filmant ses zombies comme il irait à l’usine. Peu de plans sont ainsi réellement marquants, si ce n’est celui des silhouettes zombiesques sur les dunes ou quelques cadres mettant les décors à leur avantage, Franco ayant toujours été doué pour sublimer les paysages à sa disposition. Pour le reste, on est dans du Z européen de base, parfois aux frontières du cinéma amateur, et doté de comédiens tous terriblement nuls et sous calmant vu que pas un ne montre le plus petit début de vitalité. Et comme de juste, ils ne sont pas aidés par un doublage tout simplement nul à chier, avec trois acteurs grand max pour faire tous les personnages, l’un des acteurs faisant tous les hommes adultes sans même tenter de changer sa voix. A ce niveau de je-m’en-foutisme, difficile de se montrer clément… Reste heureusement une ambiance générale pas déplaisante, car plutôt désuète et relaxante (peu de chances d’être nerveux devant la mollesse de l’ensemble de toute façons !) et un exotisme sur lequel on ne crachera pas. Mais cela fait peu, trop peu, pour que l’on puisse considérer L’Abime des Morts-Vivants comme un bon film… Dommage, l’association entre les zombies des sables et Jess Franco aurait pu donner quelque-chose de grand. Ca ne sera pas dans cette vie…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Jess Franco
  • Scénario : Jess Franco
  • Production : Marius Lesoeur
  • Titres: Oasis of the Zombies (USA)
  • Pays: France
  • Acteurs: Manuel Gélin, France Lomay, Jeff Montgomery, Antonio Mayans
  • Année: 1982

2 comments to L’Abime des Morts-Vivants

  • Roggy  says:

    Je ne connaissais pas cette histoire de double casting, mais c’est vrai que le film ne vole pas bien haut. Entre les stockshots et le scénario qui fout le camp, on n’a vraiment du mal à rester devant ce Jess Franco.

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