Insidious

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Saw par-ci, Saw par-là. Pauvre James Wan, il avait beau faire de biens meilleurs films avec Dead Silence et Death Sentence, il restait un peu enfermé dans le rôle du créateur de la saga qui lança le Torture-Porn. Mais ça, c’était avant Insidious

 

Non mais c’est vrai, quoi! Saw fut une bonne surprise en 2004, il est vrai, mais de là à en faire tout un plat… Saw, c’est un one-shot, un film que l’on ne revoit pas 10 fois, car une fois le twist connu, le film perd beaucoup de sa force. Son réalisateur James Wan a fait bien mieux depuis, que ce soit avec le flippant Dead Silence ou l’excellent vigilante Death Sentence. Mais peine perdue, les deux films n’ont pas été accueillis aussi bien que la fusée de lancement du torture-porn qu’est Saw. Reçu assez fraichement, Dead Silence était pourtant une série B qui fout la trouille, certes handicapée par un casting peu convaincant, mais qui rendait un bel hommage aux films gothiques d’antan. Quant à Death Sentence, c’est l’un des meilleurs films de justice personelle sorti récemment, avec un Kevin Bacon habité. Mais peut-être parce qu’ils sont trop old-school, ces deux merveilles n’ont pas détrôné le premier effort de l’asiatique et de son co-scénariste Leigh Wannel (parfois acteur dans ses productions). Mais tout a changé avec Insidious, qui connaît depuis sa sortie une jolie popularité, au point de lancer une probable franchise…

 

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Josh et Renai sont un couple sans histoire qui emménage dans une maison elle aussi sans histoire, en compagnie de leurs trois marmots. Mais le calme sera de courte durée, leur ainé, Dalton, faisant une mauvaise chute qui le place dans un mystérieux coma, inconnu des médecins. Les choses prennent une tournure encore plus inquiétante lorsque Renai croise des spectres dans la maison, ce qui pousse le couple à déménager. Mais il semblerait que les fantômes les ai suivis… L’habituel script de maison hanté, en somme, si ce n’est que cette fois les habitants ont la bonne idée de déménager avant que les fenêtres se mettent à pleurer du sang et que les chiottes recrachent la merde. Ce qui ne sert pas à grand-chose vu que les salopiauds du monde des morts suivent notre pauvre famille, qui n’en demandait pas tant. Portes qui claquent, apparitions furtives, silhouettes planquées derrière le rideau, James Wan connaît ses classiques et nous assène tous les clichés en vigueur dans le genre. Pas de quoi crier au génie à première vue, surtout après une dizaine d’Amityville. Et pourtant, James Wan arrive à surprendre. Non pas en nous fournissant de l’inédit, Insidious étant un film surnaturel plus classique que classique. Mais en faisant justement un film ultra-efficace avec une formule rabâchée des millions de fois.

 

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Une médium qui raconte des trucs effrayants sur des fantômes, cette même médium qui dessine ce qu’elle voit, les dessins montrant bien sûr des trucs peu réjouissant, apparition de jumelles peu rassurantes,… Insidious tente de faire du neuf avec du vieux et n’y parvient certes pas, mais il parvient sans mal à nous dresser quelques poils. C’est bien là le plus étonnant: nous avons vu tout cela des dizaines de fois et pourtant James Wan arrive encore à se débrouiller pour que ça nous fasse effet, un peu à la manière de James Watkins dans son excellent La Dame en Noir. Les films de fantômes, une valeur sûre ? Peut-être bien. Après tout, il est plus facile de sentir une présence invisible dans son dos en regardant un film de fantôme que de se sentir menacé par un film de requin alors que l’on est bien calé au fond de son lit. Sauf si l’on tombe sur un requin de lit, bien sûr. Je devrais d’ailleurs mettre un copyright sur cette idée car s’ils passent, les gars d’Asylum sont capables de me la piquer et créer un « Bed Shark » qui se retrouvera dans des crossovers pourraves, genre « Bed Shark vs Mega-Criquet ». Je m’égare… Les films jouant sur le surnaturel ont donc l’avantage de donner l’impression que tout est possible et que l’on n’est peut-être pas seul, qu’un spectre est en train de nous caresser l’échine. James Wan a d’ailleurs prouvé qu’il était bon dans la création de fantômes, la terrifiante Mary Shaw de Dead Silence le prouvant largement. Problème: les fantômes sont ici un peu plus inégaux. Lorsqu’il recycle la vieille Shaw pour refaire un fantôme de vieille, Wan tape juste, la vieille dame qui se trimballe avec une simple bougie foutant les boules. Mais le reste…

 

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Ne sachant visiblement plus quoi utiliser, Wan se rabat sur des fantômes un peu trop simples. Passe encore le gamin au béret, tout comme les jumelles, qui ne font que passer. Mais bien plus gênant est ce grand gars aux cheveux-longs, tout droit échappé d’un film de Steven Seagal, genre vilain videur d’un club russe. Apparaissant à trois reprises, dont deux pour se battre comme un catcheur, le chevelu ne fait pas bien peur, si ce n’est peut-être à quelques vieilles des années 70 qui pensent encore que les albums de Judas Priest renferment des appels au meurtre. Plus gênant encore est le fantôme principal, pourtant bien mis en valeur sur les photos promotionnelles, qui nous le présentaient comme un vieille homme au nez crochu, dégarni, se confectionnant on ne sait quoi devant un miroir. Mais s’il claque sur cette image, c’est une autre paire de manches dans le film, le pauvre se retrouvant avec un look à la Darth Maul des Star Wars, la gueule grimée en noir et rouge. Il lui arrive d’être flippant, lorsque ses yeux semblent injectés de haine ou qu’il apparaît dans l’ombre. Mais dès que son visage apparaît à l’écran, c’est terminé, Halloween laissant place au Carnaval de Rio. La vieille dame vole définitivement la vedette à ce diablotin bien décevant. Ce qui ne ruine pas le film, Wan étant assez doué pour fournir des films marquants et au-dessus du lot malgré des défauts pourtant bien visibles.

 

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Peut-être conscient que le casting était le point faible de Dead Silence, Wan a fait appel à des comédiens plus expérimentés pour son film de maison hantée. Le duo de parents est ainsi tenu par l’un peu fade mais bon acteur Patrick Wilson (le Hibou dans Watchmen) et la jolie Rose Byrne (28 semaines plus tard). Des comédiens solides, qui font le taf, mais qui ne marqueront pas les esprits. Heureusement, voilà Lin Shaye, l’actrice que tout le monde a vue une fois, même si mettre un nom sur son visage n’est pas donné à tout le monde. Surtout connue pour son rôle de vieille dans Mary à Tout Prix, l’actrice est une habituée des films d’horreur, genre dans lequel elle est tombée via Les Griffes de la Nuit, dans lequel elle a un petit rôle offert par son frère, le puissant Robert Shaye, patron de New Line Cinema. Depuis, c’est la fête de l’horreur: Critters, Dead End, 2001 Maniacs, Rosewood Lane, The Signal et on en passe. Et bien sûr Insidious, sans problème l’un de ses rôles les plus sobres, la femme étant souvent prise pour cabotiner dans des rôles de vieille emmerdeuse. Elle incarne ici une médium expérimentée qui compte bien résoudre le problème de Dalton, ce qui ne devrait pas poser de problèmes puisqu’elle a déjà aidé son père dans sa jeunesse. Excellente narratrice, l’actrice nous explique les tenants et aboutissants de ce fameux coma, et on l’écoute sagement, les poils dressés. Elle est accompagnée de deux apprentis chasseurs de fantômes, tendance geek, (l’un est joué par Leigh Wannel, le scénariste du film, déjà aperçu dans Saw), qui apporte un coté comique qui permet d’aérer un peu une histoire jusque-là plus que tendue.

 

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Mais le vrai moment de bravoure d’Insidious survient dans ses vingt dernières minutes, lorsque le père doit aller rechercher le fils dans un territoire peuplé de morts, revivant les pires moments de leurs vies ad vitam eternam. Un moment de grâce, à l’ancienne, éclairé à la lanterne et aux décors parfaits, sobre mais suffisants, éclairés avec des ombres. Un voyage macabre qui se finit malheureusement dans la confusion, certaines réponses manquant terriblement, comme si réalisateur savait qu’un deuxième film allait arriver. Il faut dire que son Insidious est renommé pour être le film le plus rentable de 2011. Ne coutant qu’un million-et-demi, le film a fait un malheur en Amérique, forçant ses producteurs (dont le réalisateur Oren Peli, coupable de l’atroce Paranormal Activity) à envisager une séquelle. En espérant qu’elle soit aussi réussie (réponse très bientôt !) que ce premier film, certes imparfait, mais largement plus flippant que les torture-porn à la con qui nous pleuvent dessus depuis dix ans. C’est que parfois, et même souvent, une bonne bande-son et un bon sens du timing peuvent valoir tout le gore du monde…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: James Wan
  • Scénario: Leigh Wannel
  • Production: Oren Peli, Jason Blum, Steven Schneider
  • Pays: USA
  • Acteurs: Patrick Wilson, Rose Byrne, Lin Shaye
  • Année: 2011

2 comments to Insidious

  • Jiszero Jiszero  says:

    Apprécie vraiment le travail que tu fournit Rigs (et oui, je pense aussi que La Dame en Noir est super méga génial)

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