Le 7ème Voyage de Sinbad

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Prenez vos glaives et vos lances, moussaillons ! Car le valeureux Sinbad s’apprête à accoster sur l’île aux monstres de Ray Harryhausen et vous êtes bien évidemment conviés à l’aventure ! Combats en mode Playskool en prévision !

 

 

 

Pour Ray Harryhausen et son producteur historique Charles H. Schneer, le fantastique ou la science-fiction contemporaine, c’était plus ou moins une affaire classée en 1958. Après le poulpe géant et le Vénusien tombé dans les mers italiennes, voire même les attaques de soucoupes volantes (sans Schneer pour l’occasion néanmoins), il était temps pour la fine équipe de passer à autre chose, de mettre leurs différents talents aux services de récits plus aventureux. Ce sera chose faite avec Le 7ème Voyage de Sinbad, métrage culte s’il en est, qui sonnera le coup d’envoi de la mode de la fantasy à la sauce stop-motion. Suivront ainsi L’Île Mystérieuse, Jason et les Argonautes, Le Voyage Fantastique de Sinbad, Sinbad et l’œil du Tigre et Le Choc des Titans. Avec, entre les coups, quelques récréations permettant de poser un instants les boucliers et les longues épées, Les Premiers Hommes dans la Lune et La Vallée de Gwangi faisant office de pauses spatiale ou typée western. Reste que du lot, Le 7ème Voyage reste probablement le plus connu de tous, en bonne partie parce qu’il fut le premier et donc un choc plus important que les suivants, alors amputés de l’effet de surprise. Preuve en est le fait que lorsque l’on associe Harryhausen à un monstre, c’est dans une majorité des cas au cyclope trouvable sur l’île sur laquelle Sinbad vient poser ses sandalettes. Un signe qui ne trompe pas. Et bien évidemment, le preux chevalier des usines nucléaires Rigs Mordo a suivi les traces du héros de Bagdad et est revenu avec une chronique de son épopée dans la terre glaise du grand Ray…

 

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Sinbad (Kerwin Mathews, vu dans Jack le Tueur de Géants et Octaman !), c’est le mec qu’en a une grosse paire par excellence : aventurier de légende respecté par ses hommes, c’est aussi un fin séducteur capable de se mettre dans la poche une princesse (Kathryn Crosby, sympathique mais anodine). D’ailleurs, son but est d’épouser la belle pour que leurs deux royaumes, jusque-là en guerre, s’unissent enfin et mangent des petits fours ensemble lors d’un bon banquet. Mais le périple de Sinbad, alors sur les mers, ne se déroule pas du mieux possible puisque l’équipage du brave commence à crever la dalle, les vivres se faisant rares sur l’embarcation. Heureusement, une île est enfin en vue, celle que l’on nomme Colossa, habitée par un magicien du nom de Sokurah (Torin Thatcher, également présent dans Jack le Tueur de Géants). Le mage est d’ailleurs dans un sacré pétrin puisqu’il est poursuivi par un énorme cyclope, qui finira par lui voler sa lampe magique contenant, forcément, un petit génie. Si tout le monde parvient à fuir l’île sans trop de dégâts, laissant le monstre à l’œil unique dans son coin, Sokurah l’a mauvaise. C’est que ça lui démange le cul de savoir sa précieuse lampe dans les mains du démon et, en bon connard qu’il est, le magicien décide de rendre la princesse minuscule pour forcer Sinbad à retourner sur Colossa, seul endroit où l’on trouve les ingrédients nécessaires à la guérison de la demoiselle. Des trucs rares, comme une coquille d’un oiseau géant ou des poils de couilles d’Amanda Lear. Heavy stuff. Vu que Sinbad ne pourra plus coucher avec sa promise sans la tuer au premier coup de queue, le voilà bien obligé de réunir quelques matelots et des malfrats pour mener sa petite expédition. Pourquoi des malfrats ? Parce que seuls des brigands promis au doux free hugs de la pendaison pourraient vouloir tenter de se racheter en allant se frotter à des cyclopes de dix mètres de haut… Voilà donc notre légendaire marin partir vers la mort avec des sales types et un nécromancien fourbe pour toute équipe… Ca s’annonce fun !

 

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Et ça l’est, bien évidemment, une œuvre de fantasy blindée de monstres créés en stop-motion ne pouvant que nous faire couler la sève le long du tronc. Car comme de juste, c’est pas sur l’île de la tentation qu’arrive Sinbad. Si le beau gosse espère se retrouver coincé entre des champs de fraises et le manoir Playboy avec des pornstars de tous les côtés, il se fourre l’orteil dans l’orbite. Non, ce que notre preux protagoniste va croiser, c’est bien sûr ces cyclopes aux jambes poilues, des vautours à deux têtes, des dragons de mauvaise humeur et un squelette qui veut lui faire la peau, sans doute parce qu’il est jaloux de ne pas en avoir. Colossa, c’est pas franchement le genre d’endroit que Stéphane Bern présenterait dans Le Village préféré des Français puisque même ses plus jolis coins sont meurtriers. Comme cette belle rivière balançant du vin, à première vue l’endroit idéal pour se rafraichir les burnes et le gosier, mais aussi très empoisonnée. Le coin n’est donc pas des plus reposants malgré ses faux airs de paradis (magnifiques décors) et promet bien évidemment moult péripéties tout en assurant un bestiaire complet. On ne va pas vous refaire tout un couplet sur la qualité des gloumoutes sorties du laboratoire d’un Harryhausen qui aura tout de même passé onze longs mois sur leur conception : ils sont splendides. Tous ont l’air vivants, le cyclope en premier lieu, bougent à la perfection et disposent de cette magie que seule la technique de l’image par image peut apporter. Vous connaissez de toute façons la rengaine et savez fort bien qu’il n’y a absolument rien à redire sur ce plan, le dieu Ray étant ce qu’il est, un façonneur de créature immortelles et pas prêtes d’être détrônées… D’autant que celles-ci bénéficient de caractères qui leur sont propres et ne se résument pas à de bêtes animaux énormes hurlant dans tous les sens, le cyclope étant par exemple avide au point de collecter des trésors qui lui sont inutiles dans une grotte tandis que le dragon a été réduit à l’esclavage par ce sorcier se servant de lui comme d’un chien de garde. L’univers créé par Harryhausen est donc tangible, crédible, pensé au maximum, aucun grain de hasard ne venant se coincer dans ces rouages féériques.

 

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Au point que le scénario, tout en étant d’une incroyable simplicité puisqu’il se résume à une simple mission de sauvetage, se montre extrêmement bossé. Tout est parfaitement agencé, le récit a la bonne idée de débuter sur une scène d’action contre le cyclope pour foutre dans l’ambiance, des détails à priori sans importance sont distillés comme autant d’indices tout au long des dialogues, la partie exposition n’est à aucun moment emmerdante et balance l’air de rien un nouveau petit monstre (l’assez flippante femme-serpent, monstre favori du Harryhausen dans ce film),… Certes, les dialogues sonnent forcément comme vieillots, mais c’est le style et l’époque qui le veut, difficile de trouver matière à s’en plaindre… Niveau réalisation, c’est aussi du grand luxe, même si l’on ne risque pas de se surprendre à admirer le travail de Nathan Juran, habitué à bosser avec Ray. Tout simplement parce qu’il a le poste ingrat du metteur en scène effacé par l’artiste jouant avec sa pâte à modeler. On ne prend dès lors pas le temps d’admirer les plans bien composés de Juran tant on se focalise sur les monstres, oubliant par la même occasion que s’ils sont si bien mis en valeur, c’est aussi grâce à lui (même si Harryhausen a souvent orchestré les séquences mettant en avant ses beaux diables). Gloire doit donc lui être rendue, d’autant qu’il offre de beaux panoramas et refile à Colossa cette ambiance si particulière de nirvana infernal. Nul doute qu’avec un autre réalisateur à la barre, on aurait senti la différence… Louons aussi les acteurs, qui ne sont pas nécessairement exceptionnels et ne campent pas des personnages particulièrement profonds (Sinbad reste tout de même le héros de base, certes charismatique mais un peu plat au fond), mais prennent le sujet au sérieux et campent bien leurs positions. Surtout Thorin Thatcher dans les frusques du vil Sokurah, un sale type apportant un bon sens du rythme à la bande puisqu’il mène la danse, sans en avoir l’air. Même si l’on se doute que le fourbe prépare un mauvais coup, on ne sait jamais trop quand il va se décider à laisser éclater ses mauvais instincts, forcé qu’il est de faire équipe avec Sinbad, son ennemi naturel. Un duo intéressant, pas forcément poussé au bout de ses possibilités, mais amenant en tout cas une petite atmosphère de psychose quant aux agissements des uns et des autres.

 

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Notons d’ailleurs que le félon dispose d’une magnifique forteresse cachée dans une caverne, théâtre d’un final particulièrement bandant puisqu’enchaînant combat d’épéistes avec un tas d’os, jeu de plate-forme façon Super Mario pour éviter de se cramer les fesses dans la lave, course-poursuite avec un lézard capable de vomir des flammes et combat entre le reptile et un nouveau cyclope (à l’origine, le script prévoyait un combat entre deux êtres dotés d’un seul œil). Pfiou, ça envoie ! Et ça finit surtout de faire du 7ème Voyage de Sinbad un film d’aventure de première classe, généreux en scènes inoubliables. Alors que Sinbad ne regrette pas ses éprouvantes vacances sur l’île aux colosses, c’était réellement pour notre plus grand plaisir…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Nathan H. Juran
  • Scénario : Kenneth Kolb
  • Production : Ray Harryhausen, Charles H. Schneer
  • Titre original: The 7th Voyage of Sinbad
  • Pays: USA
  • Acteurs: Kerwin Mathews, Torin Thatcher, Kathryn Grant, Alec Mango
  • Année: 1958

6 comments to Le 7ème Voyage de Sinbad

  • Nazku Nazku  says:

    J’ai vu ce film à la télé il y a quelques semaines par le plus grand des hasards. J’ai été impressionné par les effets spéciaux qui sont très bons pour l’époque. Et j’étais très contente que le film soit si généreux en monstres en tout genre. Par contre c’est vrai que l’histoire est très simple, les persos sont un peu idiots, tout le casting est blanc mais ils jouent des gens de Bagdad, etc. Mais c’est de l’époque on va dire. J’ai trouvé le film plaisant alors que sincèrement, je suis rarement fan des films aussi vieux. J’ai par contre été très triste que Sinbad tue à peu près tout ce qui bouge. J’adore les monstres alors ça me fait toujours un peu de peine. ^^;

  • Roggy  says:

    Très bonne chro pour ce petit chef-d’œuvre du fantastique. J’aime tous les films où le grand Ray a officié et particulièrement celui-ci qui qui doit être un des premiers, avec ses merveilleux effets-spéciaux, que j’ai dû voir. Nostalgie…

  • princecranoir  says:

    Grand merci Rigs pour cette belle chronique d’un film qui le mérite tant. Heureux qui, comme Sinbad a fait ce beau voyage au pays des Mille et Une Nuits. Il y a tant de naïveté dans cette œuvre qu’elle confine à la poésie : du nigaud héros bientôt reversé à l’OSS à ces jouets animés qui réveillent l’imaginaire de notre prime jeunesse, en passant par ce génie coincé en enfance avec sa lampe pour chambre à coucher (manifestation de l’esprit de l’auteur ?) Colossa, c’est une île aux enfants petits et grands, où l’on défie les titans avec une bravoure insensée. Autrement plus exaltant que de boire le thé avec Casimir.

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