Strike Commando – Section d’Assaut

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« Hééééééé mi amoreeee, c’est une mise à mort hé ! » chantait Bruno Mattei en emballant son Strike Commando – Section d’Assaut dans la jungle philippine ! A moins que ce ne soit Sexion d’Assaut, le groupe de R’n’B dégueulasse ? Je me disais aussi que Reb Brown était plus du genre à faire parler la poudre…

 

 

Ah les Philippines ! Ses magnifiques rizières, ses rivières azures, ses cabanons sur l’eau,… Et ses équipes de tournage moins chères qu’un Hollywood Chewing-gum à la menthe, bien sûr ! C’est que le pays a vu de nombreux producteurs et réalisateurs de Séries B désargentées poser leurs valises dans le coin pour y tourner quelques pelloches pas piquées des hannetons. Roger Corman y a produit plus d’une bande, Andy Sidaris y a aussi envoyé quelques donzelles à gros seins pour qu’elles s’y dénudent entre deux fusillades et c’est sans surprise que l’on finit par y croiser Bruno Mattei et sa bande. C’est que pour le producteur Franco Gaudenzi et la Flora Films (Zombie Holocaust, Zombi 3, Robowar,…), il est bien difficile de cracher sur les méthodes de production du pays : techniciens à bas prix, rompus à l’exercice du tournage rapide et fauché, armée locale prêtant volontiers son équipement militaire mais aussi, et peut-être surtout, un cadre idéal pour qui veut torcher ni vu ni connu une pelloche guerrière. Et vu qu’au milieu des années 80 la tendance était aux biceps en acier de l’ami Stallone et de son Rambo 2, il était forcé de retrouver Bruno Mattei dans les tranchées pour emballer, à sa sauce, des méfaits militaires. A savoir Strike Commando, Section d’Assaut, sorti en 1987. Et bien sûr, notre homme était secondé par son meilleur adjudant, monsieur Claudio Fragasso en personne, ici à plusieurs postes (scénario, assistant-réalisateur) tout en emballant sans doute de son côté une autre pelloche, puisque lorsque l’un tournait le jour, l’autre faisait de même la nuit. Et devant la caméra, toute une division de comédiens bis : Reb Brown (Robowar, Hurlements 2 et incarnation seventies de Captain America !), Christopher Connelly (Les Guerriers du Bronx, La Malédiction du Pharaon), Luciano Pigozzi (Yor, le chasseur du futur, Six Femmes pour l’Assassin), Alex Vitale (Urban Warriors, Evil Train), Jim Gaines (Zombie 4 : After Death, Ninja Mission, Eliminator,…), Louise Kamsteeg (Bloody Psycho) ou encore Karen Lopez (Le Commando du Triangle d’Or). Pas vraiment des têtes d’affiche, on est d’accord, mais des tronches reconnaissables pour qui s’intéresse aux tréfonds de la production bis… Et une fine équipe faisant office de promesse pour le cinéphage appréciant ses repas bien gras et vachement épicés.

 

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Mission infiltration pour Mike Ransom (Reb Brown), as des as qui voit son boulot capoter par la faute de l’un de ses supérieurs, le sinistre Radek (Connelly). Ce dernier est si pressé d’en finir avec le campement qu’il a dans le collimateur qu’il le fait sauter alors que l’équipe de Mike est toujours sur place, les tuant quasiment tous. Sauf Ransom, bien sûr, notre homme n’étant pas du genre à claquer aussi facilement et trouvant son salut dans un fleuve. Après quelques heures de dérive, notre héros arrive dans un petit village de résistants aux prises avec les Viêt-Cong, eux-mêmes dirigés par de diaboliques Russes. Ce salaud de Jakoda (Vitale) tout d’abord, une montagne de muscles bien décidée à ruiner la vie des pauvres guerriers locaux, qu’il tue sans pitié. Et vu que Ransom s’est lié d’amitié avec les rebelles de la jungle, il se dit que ce ne serait pas plus mal de refaire le portrait à Jakoda avant d’aller se venger de Radek, qu’il juge comme responsable de la mort de tous ses amis. Pas de doute, Mattei et Fragasso ont bien regardé le Rambo 2 de Cosmatos avant de se mettre à l’écriture de Strike Commando, l’œuvre ici présente contenant tous les ingrédients trouvables dans la deuxième aventure de John Rambo. Outre les décors bien évidemment assez proches et le genre du film, on retrouve donc un supérieur énervant qui donne envie au héros de chier dans ses céréales, un mentor assurant aux uns et aux autres que Ransom est le meilleur gus de l’armée, l’obligatoire capture du gentil suivie d’une séance de torture et un gang de vilains convoquant des Asiatiques et des Soviétiques. Du bon rip-off des familles donc, mais avec cinquante fois moins de budget bien évidemment ! Pour vous donner une idée, disons qu’il y a un sacré précipice entre Rambo 2 et des films de guerre bis comme Nom de Code : Oies Sauvages au niveau du budget. Et qu’entre le film de Margheritti et celui de Mattei, il y a une grosse fosse. Ca vous laisse imaginer quel gouffre sépare les déluges de violence de Stallone de ceux de Brown. Pas du genre à se laisser abattre pour de la monnaie manquante et par ailleurs habitué aux tournages en mode commando (ce qui va de pair avec le sujet, d’ailleurs), Mattei livre malgré tout le maximum et remue ciel et terre pour offrir à ses futurs spectateurs un spectacle explosif.

 

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Car ça pète bien dans le coin, les cabanons éclatant dans tous les sens, quand ce ne sont pas les bateaux, les ponts ou des mines qui propulsent la terre et quelques soldats imprudents. Alors bien évidemment, lorsqu’un rafiot saute, on voit bien que c’est une maquette fourrée aux pétards que l’ont fait péter dans une mare. De même, certains plans de déflagrations sont utilisés à plusieurs reprises lors de la séquence d’introduction, histoire de s’offrir un gros Boum de plus à moindre frais ! Et les connaisseurs de l’ami Bruno savent fort bien que le metteur en scène/monteur finira par ouvrir sa mallette à stock-shots, ici principalement utilisés pour donner l’illusion que des hélicoptères furent dépêchés sur le tournage. Comme souvent, l’arnaque est bien visible puisque la colorimétrie et la qualité d’image de ces séquences tranchent fameusement avec le reste du métrage. Mais que voulez-vous, c’est ça aussi les plaisirs du cinoche bis, et plus précisément du bis selon Saint Mattei, et nous serions presque déçus si nous ne trouvions pas ces plans piqués ailleurs ! Tout comme nous serions bien malheureux si les acteurs étaient trop bons. Rassurez-vous, ce n’est pas le cas et nous aurons notre lot de comédiens à côté de la plaque, Reb Brown en premier lieu. Sans doute plus à son aise dans les salles de sport que sur les plateaux de tournage, notre tête d’affiche à bien du mal à faire illusion. Ce n’est pourtant pas faute d’essayer : le zig’ grimace comme un bébé à qui on a volé son hochet quand il faut chialer et nous balance des petits rictus complices lorsqu’il s’agit de souligner le côté provocateur et goguenard de son personnage, un militaire fortiche, certes, mais aussi gros vanneur à ses heures. Cependant, Brown fait figure de monstre sacré de la comédie face à Alex Vitale, bodybuildé frôlant le ridicule à chacune de ses apparitions et ignorant visiblement le sens du mot finesse. « Bwaaaaaargh » hurle notre vilain Jakoda en shootant dans un serpent lui barrant la route, quand il ne lance pas des regards noirs à notre héros tout en faisant des pompes, sa moue de gorille malheureux collée sur la tronche. On a par ailleurs rarement vu de super vilain ressemblant autant à un primate ! Avec un mec pareil, les autres acteurs et figurant de troisième ou quatrième zone passent évidemment bien, même si l’on ne pourra que se marrer devant le jeu très limite (pour rester poli) du gamin avec lequel Ransom se lie d’amitié. Le marmot récite son texte sans conviction, en faisant des pauses guère nécessaires entre chaque phrase, guère aidé il est vrai par une version française collector. Car ça en fait bien évidemment des tonnes dans le coin, les deux ou trois doubleurs embauchés se lâchant, sans tenter de sonner crédible puisqu’ils savent fort bien qu’ils ont encore douze VHS sur lesquelles poser leurs cordes vocales dans la journée.

 

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Et puis il y a les dialogues, bien souvent incroyables. Soit de ringardise, comme ce passage hallucinant voyant Ransom consoler son jeune ami, sur le point de mourir suite à sa rencontre avec le décidément très méchant Jakoda. Le petit, dans un ultime souffle, murmure à son ami Américain, qu’il adule, « Raconte-moi encore Disneyland ». Et voilà Reb Brown, dans un sanglot forcé, de nous expliquer que dans la maison de Donald et Mickey (c’est dans le film !) on y trouve des bouteilles de barbe à papa, que le popcorn pousse sur les arbres et qu’il y a des bonbons pour tous les enfants du monde ! Priceless ! Et bien évidemment, une bande de Mattei n’en serait pas réellement une sans quelques passages totalement dingues et c’est ici les affrontements avec Jaaaaaakooooooodaaaaaaa (ouais ça se dit visiblement comme ça vu comme Reb Brown hurle son nom à chaque fois, pour notre plus grand bonheur évidemment) qui font office de climax dédiés au grand n’importe-quoi. Passe encore le premier duel, même si l’on assiste tout de même à une idée pour le moins étonnante, les deux combattants prenant du recul pour foncer l’un sur l’autre et se donner un coup de tête comme s’ils étaient des bœufs (remarquez…) ! C’est surtout le deuxième qui retient l’attention puisque Jakoda revient avec des dents en métal, toutes neuves, ce dont profite Ransom puisqu’il lui coince une grenade dans les chicots de fer. Et lorsque le félon finit par crépiter et être réduit en morceaux, Ransom attrape le puissant dentier au vol, le sourire en coin ! Pour sûr que Mattei ne prenait pas tout cela bien au sérieux et avait pour but d’injecter une grosse dose de second degré à sa Série B bourrine. Il n’en oublie pas pour autant de verser dans le glauque total à une ou deux occasions, comme cette torture odorante infligée à Ransom par Jakoda et ses troupes. Alors qu’ils l’ont déjà épilé au chalumeau, qu’ils lui ont durci les biceps en frappant dessus avec des bâtons, qu’ils lui ont rechargé les batteries en l’électrocutant et qu’ils l’ont attaché à une croix alors que le soleil venait lacérer sa peau, ils décident de l’enfermer dans une cage avec un cadavre en putréfaction. Trash de chez trash !

 

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Le gros point fort de Strike Commando est néanmoins son rythme imparable : hormis quelques tunnels de dialogues pas bien nécessaires (et seulement trouvables dans la version intégrale) et ralentissant l’intrigue, ça file droit, le fusil au poing et le couteau entre les dents. Les séquences d’action s’enchainent en effet avec juste ce qu’il faut de temps morts pour calmer le jeu et laisser le spectateur reprendre son souffle, Mattei maîtrisant un tempo sans défauts. Histoire de faire passer la pilule de scènes d’action mises en boîte de manière plutôt basique, sans doute. Le planning serré et les conditions de tournage n’ont en effet pas permis au bon Bruno de se lancer dans des chorégraphies sportives dignes de celles de John Woo ou Tsui Hark et son découpage se veut donc des plus simples. Un premier plan se fixe sur Reb Brown en train de vider son chargeur, le deuxième sur ses cibles s’écroulant sous le poids du plomb. Et la technique est ainsi répétée encore et encore, finissant par donner aux séquences un aspect statique un peu gênant. Voir pour s’en convaincre la dernière scène d’action, Ransom avançant calmement, droit comme un i, vers des opposants incapables de lui faire la moindre égratignure malgré le manque de mobilité du héros. Pas bien grave cela dit, le principal étant que ça pète bien et à ce niveau, le paquet a été mis sur la pyrotechnie, le spectacle étant clairement assuré. Bref, entre vraies qualités comme des cascades impressionnantes (belle course de Reb Brown alors que les mortiers ravagent les champs alentours) et des défauts séduisants comme des dialogues neuneus (et souvent très orduriers, les « enfoirés » et compagnie fusant toutes les cinq secondes), il y en a finalement pour tout le monde dans ce Strike Commando, bel exemple du cycle Philippin du réalisateur. Et si vous ouvrez un jour le Bruno Mattei, Itinéraires Bis de David Didelot (ce qui est fortement conseillé), vous découvrirez qu’une suite fut torchée quelques temps plus tard, avec un casting remanié (exit Brown, enter Brent Huff). Considérée comme moins bonne par notre auteur, elle prouve néanmoins que le premier volet connut suffisamment de succès pour mériter une séquelle. Il est vrai que tout imparfait soit-il, ce Section d’Assaut est un beau produit nous rappelant les grandes heures de la VHS, de ces bonbons collants sentant bon la vieille pellicule…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Bruno Mattei
  • Scénario : Bruno Mattei, Claudio Fragasso
  • Production : Franco Gaudenzi
  • Titre original: Strike Commando
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Reb Brown, Alan Collins, Christopher Connelly, Alex Vitale, Loes Kamma
  • Année: 1987

A lire aussi, la super chro du film sur Ze Curious Goods !

2 comments to Strike Commando – Section d’Assaut

  • Roggy  says:

    Excellente chro l’ami bien balancée et qui transpire les bastos fumantes et le bis à plein nez !

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