Le Survivant

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Lorsque l’on s’imagine être le dernier être vivant sur Terre, on se voit déjà en train de piller les magasins pour ramener tous les DVD de la planète, récupérer toutes les figurines faisant défaut à nos collections et profiter des lieux publics désormais vidés de leur foule. Dans Le Survivant, Charlton Heston nous prouve surtout qu’être le dernier homme encore debout, cela signifie surtout que l’on doit combattre chaque une nuit une secte de mutants albinos…

 

 

Attention, il est préférable d’avoir vu le film avant de lire cette chronique !

 

I am Legend. En voilà un de récit bien connu des amateurs de cinéma fantastique, même s’ils ne l’ont pas forcément lu. C’est qu’avec ses trois adaptations cinématographiques, jamais mineures, il est bien difficile de passer à côté. C’est que la première, The Last Man on Earth, ne peut que se faire remarquer avec son Vincent Price de héros, tandis que la dernière, Je suis une Légende, a de quoi se faire une place sur les programmes télévisuels puisque bénéficiant de Will Smith en tête d’affiche. C’est la sortie du milieu, Le Survivant avec Charlton Heston, une légende aussi mais pour d’autres raisons, qui va nous occuper aujourd’hui. Ou The Omega Man comme disent les ricains, ce blase franchement classouille étant celui d’origine du métrage d’un Boris Sagal officiant habituellement pour le petit écran. Entre un téléfilm et un épisode de série télé, il emballe donc cette deuxième adaptation des écrits de Richard Matheson, romancier habitué à voir son boulot toucher les écrans, comme en témoignait déjà L’Homme qui rétrécit, que Matheson scénarisa d’ailleurs, ou bien plus tard le très bon Hypnose avec Kevin Bacon. Sorti en 1971, soit sept années après la version sixties de Price, le film de Sagal se veut nettement plus moderne, un souhait partagé par un Heston lisant le livre dans un avion et voyant bien une proposition cinématographique plus actuelle de ce mythe en devenir. D’autant plus évident pour lui qu’il ignorait qu’une première acclimatation à la toile fut déjà imaginée près de dix ans plus tôt. Pas bien grave, cela dit : le public a sans doute la mémoire courte et The Omega Man s’éloigne tellement de la nouvelle que celle-ci n’est plus qu’une légère source d’inspiration. Au point que Matheson ne s’offusque même pas des changements, voyant dans ce Survivant une œuvre n’ayant finalement qu’un fil rouge en commun avec ses textes. Les vampires trouvables dans les chapitres de la version de papier sont par exemple remplacés par des mutants plutôt organisés puisqu’ils fondent une petite secte très select et les causes de la fin du monde ne sont plus les mêmes…

 

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Ainsi, chez Matheson, c’est une bactérie qui réduit l’humanité à l’état de viande morte ou de vampire, tandis que chez Sagal c’est une guerre bactériologique qui envoie tout le monde dans la tombe, si ce n’est quelques mutants désormais incapables de rester à la lumière, trop aveuglante pour eux. Ces changements scénaristiques, on les doit au couple composé de John et Joyce Hooper Corrington (Boxcar Bertha, Battle for the Planet of the Apes), visiblement plutôt doués question chimie puisqu’ils décident que leur version est plus plausible que celle de Matheson. D’ailleurs, Charlton Heston incarnera Robert Neville, un colonel spécialisé dans les tubes à essais, dernier exemple de la race humaine vivant dans sa maison de Los Angeles dans laquelle il continue ses recherches chimiques pour trouver un sérum. Car il y a du monde à guérir : une grosse bande d’êtres métamorphosés, dirigée par le sombre Matthias (Anthony Zerbe, revu dans Le Droit de Tuer, dans du Star Trek et même dans du Matrix, le pauvre homme), un doux dingue tenant Neville pour responsable de ce qui leur est arrivé. Enfin, pas Neville en particulier, mais les hommes de science en général, vous voyez un peu le topo. Et bien entendu, notre pauvre protagoniste principal ne peut plus se concentrer pleinement à ses fouilles dans les molécules puisqu’il doit désormais vider des chargeurs dans les tétons de ces vindicatifs mutants. Chienne de vie ! C’est du moins ce que pense un Neville pas loin de la folie avant de rencontrer quelques survivants, dont la belle Lisa (Rosalind Cash) faisant office de lueur d’espoir dans la désormais sinistre vie du scientifique… Certains penseront que parachuter d’autres survivants (dont un Brian Tochi, ami des tortues dans Tortues Ninja 2, tout jeune et dans son premier rôle !) dans une histoire trouvant justement sa force dans le sentiment de solitude ressenti par Neville tient de la grave erreur. Et il est vrai que le principal attrait des différentes pelloches découlant de I am Legend tient surtout dans le fait que son premier rôle se trouve seul face à une horde d’entités monstrueuses. Et bien évidemment dans le sentiment d’isolement rencontré par le survivant en question dans une métropole vidée de toute vie…

 

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Sagal ressort d’ailleurs avec les honneurs de cette première partie : on ressent bien la difficulté de cet exil forcé que doit endurer Neville (très bon Charlton Heston), en train de glisser mentalement puisqu’il parle seul ou à sa statue de César, avec laquelle il joue aux échecs. Certes, voir un personnage seul à l’écran blablater tout de même ne plait pas à tout le monde, et à votre serviteur en particulier puisqu’il a toujours trouvé le procédé peu naturel, mais cela passe crème ici grâce à un Heston impliqué. Et des décors dans lesquels on se projette facilement, le sentiment de monde éteint étant palpable puisque les rues sont bien évidemment désertes, seulement traversées par des feuilles de papier. D’ailleurs, il doit y avoir des imprimeries ou des papeteries à tous les coins de rue à Los Angeles car qu’est-ce qu’on peut voir comme feuilles A4 traverser la route (sans regarder s’il vient une voiture, bien évidemment ! Et ça se plaindra au premier accident !) ! En somme, le premier chapitre de la bobine se concentre principalement sur l’argument survival, nous montrant Neville chercher des provisions, changeant de bagnole ou se relaxant un brin en allant voir Woodstock au cinoche. Un quotidien qui pourrait presque passer pour agréable si des albinos illuminés ne tentaient pas de l’éliminer, poussant notre pauvre homme à chercher leur tanière le jour, seul moment réellement sûr puisque ces gus contaminés et en pleine mutation ne sont pas franchement du genre à se prendre des bains de soleil avec le sourire. Première surprise, ces saligauds sont bien moins bêtes que ce que l’on pourrait croire. On a en effet tôt fait de les imaginer comme des ombres au comportement animal, comme des êtres revenus au temps des cavernes, grognant et pestant sur Neville sans trop savoir pourquoi ils lui en veulent. Que nenni ! Ils sont au contraire bien organisés puisqu’ils débutent peu à peu une nouvelle humanité, qui n’en a bien évidemment que le nom, se servant de leur leader Matthias comme d’un phare dans la nuit. C’est en effet à ce mystique tentant visiblement de les faire revenir au temps de l’inquisition qu’ils s’abandonnent, leur patron créant sa petite secte avec ces cerveaux ne demandant qu’à être contrôler.

 

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Et le moins qu’on puisse dire c’est que le vilain du jour n’aime guère la science, pour lui la cause de tous leurs maux (difficile, dans ce cas précis, de lui donner tort) et un nouveau dieu, le tout puissant Savoir, qui a éloigné l’homme des vraies valeurs et l’a conduit à sa perte. Et comme le petit Jésus a payé pour tout le monde, Neville payera pour les vrais coupables, Matthias désirant le crucifier et ainsi éradiquer pour de bon la vieille race. Et pour ce faire, tous les moyens sont bons : balancer des boulets enflammés dans l’appartement de leur cible, escalader son balcon, l’encercler, l’intimider, lui tendre des pièges et le kidnapper. Et alors qu’on commençait à se faire à ce duel entre deux hommes, à se plaire dans cette lutte opposant un solitaire face à une armée lugubre, de nouveaux humains ayant résisté à la mutation font leur apparition. Un ex-futur docteur aux airs de hippie et une belle noire que l’on aurait bien vue chez les Black Panther, accompagnés de marmots et du frère de la demoiselle, pour sa part bien touché par la maladie le changeant en mutant aux yeux vides. L’occasion pour Sagal de placer Neville en Adam face à une Eve aux origines africaines, revenant par la même occasion sur le mélange des couleurs. Une thématique masquée mais pourtant bien visible que celle des différences désormais effacées, bien sûr par le fait que si Neville et Lisa passent au lit, cela créera une humanité désormais métissée et donc amputée de plusieurs de ses conflits ancestraux. Mais aussi parce que Matthias, tout mauvais soit-il, rappelle tout de même à l’ordre son plus proche lieutenant, un ancien noir devenu gris (comme Michael Jackson quoi) haineux envers Robert Neville parce qu’il est de peau claire. Intolérable pour Matthias qui considère que ces basses questions ne sont plus d’actualité et que les teintes de nos chairs ne devraient plus avoir d’importance, d’autant que le gourou rêve d’un peuple où tout le monde aura la même mauvaise mine que lui, le même coloris blafard. Des thématiques toujours d’actualité mais aussi très seventies et soulignant donc la modernité du Survivant à son époque. D’autant qu’il serait l’un des premiers, voire le premier, film à montrer une liaison interraciale à l’écran…

 

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De quoi approfondir un peu ce que l’on pensait être un bête survival de science-fiction, le but de Neville, qui était jusque-là de ne tout simplement pas se faire abattre, devient donc celui de créer un nouveau jardin d’Eden avec sa promise et les jeunes âmes l’entourant. Un tournant dans le métrage pas fait pour plaire à tout le monde : le spectateur surtout à la recherche d’éléments bis regrettera forcément que l’ensemble devient fort logiquement plus bavard et, peut-être, un peu plus intellectuel. A l’inverse, un public à la recherche d’un spectacle intelligent sera bien heureux de constater que la situation de départ n’est pas étirée au-delà du raisonnable et que The Omega Man sait modifier sa trajectoire au bon moment. Le plus simple est cependant d’avoir l’esprit ouvert et de savoir apprécier les deux facettes, qui se marient ici fort bien et participent toutes deux à la réussite du film de Sagal, réalisateur fort compétent. Car lorsque l’on doit ressentir de l’émotion, nos cœurs palpitent, et lorsque nous sommes censés stresser, nos poils se hérissent. Les éléments horrifiques sont ainsi très réussis, comme les silhouettes macabres de ces monstres encapuchonnés ou des décors de plus en plus inquiétants. Il faut en cela féliciter le metteur en scène, très à son aise lorsqu’il s’agit de faire évoluer un Charlton Heston marchant sur des œufs dans des pièces envahies par la mort et la poussière… Du beau travail, assurément, encore sublimé par une très bonne bande-son, qui paraîtra parfois un peu hors-sujet mais renforce justement l’identité d’un métrage à côté duquel il serait bien triste de passer. D’ailleurs, preuve de sa qualité, le génial groupe Cathedral titra l’une de ses chansons « The Omega Man ». Un signe loin d’être trompeur…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Boris Sagal
  • Scénario : John William et Joyce Corrington
  • Production : Walter Seltzer
  • Titre original: The Omega Man
  • Pays: USA
  • Acteurs: Charlton Heston, Rosalind Cash, Anthony Zerbe, Paul Koslo
  • Année: 1971

 

One comment to Le Survivant

  • Roggy  says:

    Pas forcément la meilleure adaptation du roman de Matheson mais le film est tout à fait réussi comme tu l’indiques si bien dans ta chronique.

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