American Gothic

Category: Films Comments: 2 comments

La vie moderne vous essouffle ? Vous insupporte avec sa pression de tous les instants ? Le moment semble donc venu de s’isoler, de jouer les ermites, en allant dans la maison d’hôte de Ma et Pa, deux vieillards ne se laissant pas inonder par la contemporanéité. De là à dire qu’ils vont vous aider à vous ressourcer…

 

 

Attention, ça spoile un max !

 

John Hough est un survivant, un vrai. Alors que la plupart des cinéastes tapant dans le bis ou l’exploitation sont le plus souvent encastrés dans une décennie dont ils peinent à s’extraire, trouvant difficilement du boulot dans les suivantes, le Londonien a pour sa part toujours rebondi. Après avoir emballé quelques épisodes de Chapeau Melon et Bottes de Cuir et le thriller Les Inconnus de Malte, dans lequel un gaillard est pourchassé par des assassins car il les a vu commettre un meurtre, notre homme est entré dans la grande famille Hammer. Via Les Sévices de Dracula, alias Twins of Evil, nouvelle entrée dans le domaine de l’érotico-gothique pour un Peter Cushing forcé de combattre des jumelles chauves-souris régulièrement dévêtues (du moins sur les posters, car dans le film c’est pas franchement la même musique). Heureux homme que voilà ! Malheureusement, Hough n’aura pas vraiment le loisir de traîner longtemps ses godasses dans les châteaux abandonnés et les cimetières brumeux, la Hammer subissant dans les 70’s une sacrée perte de popularité. Pas grave, le goût pour le fantastique du réalisateur s’écoulera grâce à La Maison des Damnés, récit branché bicoque hantée un peu oublié de nos jours si ce n’est pour sa superbe affiche. Après quelques nouvelles incursions dans le monde de la télévision et un film avec Peter Fonda (Larry le dingue, Mary la garce), le John bossera pour le compte de Mickey Mouse, emballant les films pour chiards Escape to Witch Mountain et Return to Witch Mountain, le début d’une collaboration régulière puisque Hough reviendra au joyeux monde de Disney à quelques reprises, plutôt pour des petits jobs. Et comme pour se laver de ces images impures de souris riant bêtement, d’éléphants volant grâce à leurs oreilles ou de nains travaillant à la mine, le Britannique emballe Incubus et son démon violeur de demoiselles ! Un retour aux affaires sérieuses, en somme, perpétué par un Biggles mélangeant voyages dans le temps et seconde guerre mondiale et quelques épisodes pour la Hammer House of Mystery and Suspense, un retour au bercail apprécié. Et puis arrive American Gothic. Une coproduction entre le Canada et l’Angleterre, sortie en 1988 et se voulant plutôt dans l’air du temps…

 

american1

 

Ca ne va pas fort pour le petit couple de Cynthia et Jeff depuis que la fière maman a oublié de surveiller son nourrisson lorsque celui-ci prenait son bain, le bébé finissant par boire la tasse de trop. Après quelques mois dans un institut psychiatrique, la mère éplorée peut enfin sortir et, histoire de lui changer les idées, son compagnon décide de l’emmener en ballade avec quelques amis sur une petite île. Mais comme rien ne se passe jamais comme prévu, la petite bande de six jeunes adultes voient leur avion perdre du gasoil, les forçant à camper dans les bois et trouver refuge dans une petite maison isolée. Celle de Pa (Rod Steiger, le commandant chauve de l’armée de Mars Attacks !) et Ma (Yvonne de Carlo, la Sephora des Dix Commandements et la Lily Munster de la série The Munsters), deux petits vieux vivant comme au début du siècle dernier avec leurs trois enfants, des attardés mentaux approchant de la cinquantaine mais se comportant encore comme des mômes de six ou sept ans. Toujours mieux que de dormir dehors entre les cloportes et les scolopendres ? Pas forcément car notre petite troupe va vite se rendre compte que l’hospitalité de la famille est plutôt relative, les ancêtres et leur progéniture tarée pratiquant le meurtre entre deux séances de tricot… Un script plutôt moderne que voilà, du moins très eighties, American Gothic se situant à la croisée des chemins entre le slasher, le survival et le film de psychopathes. On prend un petit peu des Vendredi 13 et autres Humongous (une bande de potes comme personnages principaux, perdus dans un milieu naturel) et on ajoute une pincée de Massacre à la Tronçonneuse (tribu de cinglés comme menace évidente et humour noir) et le tour est joué ! D’ailleurs, sans parler de giga-succès du genre, American Gothic, aussi connu sous les noms Dark Paradise et Hide and Shriek, est plutôt perçu comme un petit classique de l’époque, comptant son petit cheptel de fans vantant ses nombreux mérites. Et votre serviteur a les comprendre, à défaut de les rejoindre totalement…

 

american2

 

L’amour au premier regard n’est pas forcé lorsque l’on parle de cinéma bis et c’est bien franchement que je reconnais, sans honte, que je m’étais copieusement emmerdé lors de ma première vision de la bobine de John Hough voilà plus de dix ans. Etais-je tombé sur le film lors d’une mauvaise soirée, est-ce que mon mood ne correspondait pas à celui du métrage ? Aucune idée. N’empêche que le spectacle ne m’avait pas enchanté un instant et que je me souviens même avoir lâché l’affaire à mi-chemin, c’est dire ! Une erreur fatale, par ailleurs, tant American Gothic jouit de multiples finals tous aussi intéressants les uns que les autres. C’est d’ailleurs au niveau du script que l’on trouvera la plus grande force du projet, le scénario de Burt Wetanson et Michael Vines – deux illustres inconnus n’ayant quasiment rien fait si ce n’est quelques dessins-animés pour le premier – ne sonnant jamais comme figé. Alors que l’on pouvait penser que l’on allait se retrouver devant un bête survival forestier lors duquel la final girl de rigueur allait se défendre en posant des pièges dans tous les coins ou en attaquant ses adversaires par derrière, le script nous prend une première fois par surprise en faisant de Cynthia un membre de la famille de Ma et Pa. En effet, totalement choquée par les évènements (la petite tribu a décimé toute sa bande de potes, y compris son compagnon), la demoiselle pète une durite et devient aussi malsaine que ses nouveaux amis, qu’elle rejoint car ils constituent finalement ce qu’elle a perdu : un vrai foyer, une famille. Rongée par la culpabilité depuis la noyade de son mouflet, la demoiselle est en effet tenaillée par des flashbacks du drame, ceux-ci prouvant que cela ne tournait déjà plus rond dans sa caboche. Et aussi lugubres soient ceux à qui l’on doit la mort de ses meilleurs amis, ils ressemblent finalement à son idée d’une couvée. Après tout, Fanny, la grande gamine cinquantenaire de Pa et Ma se prenant pour une fillette, a elle aussi un bébé, sans doute fruit de la fornication avec l’un de ses deux frères. Un marmot mort dès la naissance dont elle garde la carcasse, en en prenant soin comme s’il était encore vivant. En somme, ça joue à la poupée avec des cadavres et Cynthia, qui désespère un jour de racheter sa faute et d’avoir un nouvel enfant, va se prêter au jeu. Tant et si bien qu’elle finira par tenter de s’accaparer le marmot mort, tuant Fanny lors d’une dispute avant de se retourner contre le reste de sa fratrie. Les rôles s’inversent alors et les bourreaux deviennent les exécutés lors des dix dernières minutes prenant la forme d’un petit slasher familial (et familier).

 

american3

 

Des retournements de situation favorisant nettement l’image que l’on se fait du présent métrage, du coup assez soigneux vis-à-vis de sa trame et de ses personnages, aux rôles mouvants. Malheureusement, force est de constater que ce jeu de la chaise musicale arrive sans doute un peu tard et que bien des spectateurs risquent de zapper avant d’en arriver à ces turn over. La première partie est en effet assez lente, s’arrêtant largement sur la découverte des lieux, de la petite île sur laquelle les jeunes se sont arrêtés. Ennemis des films prenant leur temps pour placer leur intrigue, courez, vous ne trouverez rien pour vous ici ! De là à dire qu’on s’emmerde, il ne faut pas exagérer, car Hough nous rappelle avec sa réalisation classique (c’est dit dans le bon sens du terme) que des plans bien composés permettent de donner du relief à des séquences pourtant assez molles, voire vides. Des zigs en pleine ballade dans les bois, à priori ça n’a rien d’excitant, mais lorsque la caméra se pose là où il faut et fait des mouvements judicieux, captant de véritables cartes postales inquiétantes (car on sent à chaque instant que l’île ne cache pas que des bons coins à champignons), cela devient tout de suite plus agréable à zieuter. Comme quoi, un bon réalisateur connaissant ses gammes et soucieux de donner la forme adéquate à son récit, ça fait une grande différence. Bien sûr, le script s’emballe lorsque les jeunes débarquent chez Pa et Ma, American Gothic prenant dans le même temps son rythme de croisière et son identité. Alors sombre et pesant, le film, sans renier ces deux éléments, devient plus rigolard… sans vraiment l’être non plus. Ainsi, si le bisseux décide qu’il n’y a rien de drôle dans cette histoire, cela ne posera aucun problème, l’ironie étant aussi constante que discrète. Les reproches que font ces vieilles badernes de Pa et Ma (les jeunes fument trop, forniquent à tout va, ne finissent pas leurs assiettes, sont impolis,…) peuvent ainsi autant faire sourire qu’inquiéter, tout comme les meurtres ne manqueront pas d’amuser certains tout en en faisant stresser d’autres. Il faut dire qu’il y a de quoi trouver dérangeants ces pièges tendus par les vieux enfants de Pa et Ma, qui prennent un malin plaisir à éradiquer leurs invités grâce à une balançoire, une corde à sauter ou une figurine de chevalier.

 

american4

 

Malheureusement, American Gothic a bien du mal à faire réellement peur, ou même ne serait-ce qu’à inquiéter. Si les ultimes minutes se payent le luxe d’être régulièrement surprenantes, le gros du métrage semble malheureusement téléphoné, pour ne pas dire un peu trop classique. Rien de bien grave cependant, en tout cas rien pouvant diminuer le plaisir rencontré devant la bobine, belle synthèse de ce qui se faisait à l’époque en matière d’attaques de débiles mentaux pratiquant l’inceste comme discipline olympique. Et puis, une Série B aussi bien réalisée et photographiée (même le DVD français est bien foutu !), on ne crache décemment pas dessus… Souvent oublié, à tort bien sûr, John Hough nous rappelle une fois de plus qu’il avait la carrure d’un grand et qu’il aurait mérité plus de reconnaissance…

Rigs Mordo

 

americanposter

 

  • Réalisation : John Hough
  • Scénario : Burt Wetanson, Michael Vines
  • Production : Christopher Harrop, John Quested
  • Pays: Grande-Bretagne, Canada
  • Acteurs: Sarah Torgov, Rod Steiger, Yvonne de Carlo, Janet Wright
  • Année: 1988

 

2 comments to American Gothic

  • Roggy  says:

    Je ne suis pas un grand fan du film. En revanche, il faudra revoir la filmographie de John Hough, car « La maison des damnés » est très réussi dans le style maison hantée et « Larry le dingue, Mary la garce » vaut son pesant de cacahouètes comme film de poursuite des années 70. Sans doute un des meilleurs.

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>