Deux Nigauds et la Momie

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Après avoir donné la parole aux plus classiques des monstres, après leur avoir offert une progéniture, après les avoir fait monter sur le ring pour des combats hors-normes, il était temps pour la Universal rire un peu de son fonds de commerce. C’est chose faite depuis l’arrivée d’Abbott et Costello dans la foire aux freaks !

 

 

Car oui, la Universal aura tout tenté pour maintenir en vie ses célèbres monstres, leur collant des mouflets dans les pattes quand elle ne les montait pas les uns contre les autres. Et si elle tenta d’imaginer de nouvelles bêtes de foire dans les fifties, comme un homme à tête d’esturgeon et une tarentule plutôt maousse, elle décida aussi et surtout de présenter les plus anciennes à Abbot et Costello, comiques populaires de l’époque et valeur sûre de la Universal. C’est que les deux zigotos ont tourné dans près de 30 films pour le studio, une relation à la longévité impressionnante et trouvant par ailleurs son ultime incarnation avec Deux Nigauds et la Momie, alias Abbot and Costello meet the Mummy. Sorti en 1955, la bande est mise en boîte par Charles Lamont, auteur de plusieurs métrages mettant en vedette le duo, dont Abbott and Costello meet The Invisible Man et Abbott and Costello meet Dr Jekyll and Mr Hyde. Car comme vous le savez sans doute déjà, les trublions ont croisé plus d’un monstre sacré dans leur carrière et le Abbott and Costello meet Frankenstein est d’ailleurs particulièrement connu et populaire, en plus d’être sorti en Blu-Ray chez Elephant Films lors de leur grand déballage de la franchise Frankenstein. Et comme de juste, ils nous sortent, toujours en haute définition via un frisbee bleu, la rencontre improbable entre les cousins éloignés de Laurel et Hardy et la créature aux vieilles bandelettes.

 

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Alors qu’ils profitent des joies de l’Egypte, Bud Abbott et Lou Costello se retrouvent impliqués dans une histoire pas permise, dans une guerre opposant deux camps s’intéressant fortement à la momie Klaris. D’un côté une businesswoman (Marie Windsor, Cat-Women on the Moon) à la tête de quelques bandits tentant de capturer la fameuse momie pour en tirer profit, de l’autre une secte à la gloire de Klaris menée par un prêtre mystique (Richard Deacon, vu dans Des Monstres attaquent la Ville et Les Survivants de l’Infini). Au milieu, un pauvre professeur assassiné par l’un des deux clans et les deux nigauds, accusés du meurtre et en possession d’une amulette permettant de découvrir où se trouve un incroyable trésor… Et bien entendu, Abbott et Costello vont être la cible des brigands et de la secte, sans oublier celle d’une momie bien évidemment présente pour occire les profanateurs lui passant sous les sparadraps ! Un récit finalement sans surprise dans sa propension à multiplier les personnages et les antagonismes, dans une volonté évidente de disposer de suffisamment de matière pour aligner les quiproquos. Car bien évidemment, l’épouvante est ici mise en sourdine et c’est la comédie qui prime, nos héros aux cerveaux peu développés mettant tout en œuvre pour amuser leur audience. Surtout Costello, d’ailleurs, Abbott disposant plutôt du rôle du clown blanc, sérieux, à qui rien n’arrive jamais vraiment et dont le grand hobby est de souligner son autorité sur un Costello écopant bien sûr du rôle de l’auguste. Et par définition, il aligne les conneries, n’est qu’un bouffon dont les actes ne font que ralentir un Abbott un peu plus réfléchi, dont les entreprises capotent systématiquement par la faute de son compagnon. Un duo bien formé donc, connaissant son métier et enchaînant les gags avec rythme : chutes diverses et variées, cri de fillettes lorsque la momie apparaît, cadavre du bon professeur qui apparaît devant Costello mais disparaît devant Abbott, poursuites abracadabrantesques,… Soit l’arsenal habituel des comédies d’époque.

 

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L’ennui, c’est que ce qui faisait rire l’assemblée en 1955 ne nous trempe plus forcément d’urine en 2016 et il faut bien dire qu’il est difficile de décocher un sourire devant les pitreries ici présentes. Si ce n’est une ou deux scènes, comme celle voyant les deux zouaves se refiler discrètement et à plusieurs reprises un médaillon maudit qu’ils ne veulent bien évidemment pas garder sur eux ou l’arrivée de Costello dans une pièce blindée de voleurs cachés dans le décor, peu de sketchs portent réellement, la grande majorité semblant bien trop datée. Heureusement, les deux compères ne sont pas désagréables à suivre pour autant et s’ils ne sont pas nécessairement des grands acteurs (leurs rôles ne le leur demande de toute façon pas de l’être), ils ont un capital sympathie certain et n’agacent jamais. D’ailleurs, si leur épopée ne nous fera pas les abdos à force de nous tuer de rire, elle n’ennuie pas non plus, les évènements se suivant avec suffisamment de fluidité pour que l’attention reste intacte. D’ailleurs, il n’est certainement pas interdit de penser que cette pantalonnade est meilleure qu’une bonne partie des opus de la saga Kharis : si La Main de la Momie ou Le Fantôme de la Momie restent supérieurs, les décevants La Tombe de la Momie et La Malédiction de la Momie se font pour leur part écraser par Abbott and Costello meet the Mummy. Non pas que Klaris soit plus attachant que Kharis, malgré un maquillage plutôt sympa, revenant aux bases du monstre : il n’est qu’un zombie avec des bandages. D’ailleurs, on notera une petite fainéantise pour la conception du corps, un simple pyjama aux motifs de bandelettes qui ne fait guère illusion. Mais qu’importe, la joie de voir revenant vénérant Anubis sortir de son sarcophage pour courser quelques curieux dans les dunes égyptiennes ou dans des couloirs de pyramide reste intacte.

 

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D’ailleurs, difficile de ne pas remarquer que l’on tient là le plus généreux des films de momies de la Universal au niveau du décorum. On le sait, les précédentes productions ne disposaient pas d’énormément de décors portés sur le mystique, une ou deux salles maximum par métrage étant présentes pour faire monter les jauges de « gothique oriental ». Le plus souvent, les films se passaient bien loin des déserts égyptiens et lorsque les récits s’y déroulaient tout de même, comme dans La Momie et La Main de la Momie, on ressortait avec l’impression d’avoir visité plus de musées ou de tentes que de tous-terrains cachant les cadavres secs de vieux prêtres de Karnak. Nous sommes nettement mieux lotis chez Bud et Lou, que l’on voit évoluer dans de nombreux paysages : marché du pays, demeure remplie d’objets de collection tous liés aux gens qui marchent de côté, restaurant/cabaret, désert,… Et bien évidemment, le plus important, un palais caché sous les dunes tout entier dédié à Klaris, aux nombreuses pièces, aux sombres couloirs, aux pharaoniques salles. Et disposant de plusieurs dangers ou accessoires faits pour créer l’effroi : iguane géant coursant un pauvre Costello déjà harcelé par une chauve-souris, un héros malheureux qui a d’ailleurs le chic pour ouvrir les portes planquant des squelettes patibulaires… Une scène particulièrement agréable, comme ce dernier acte dans son entièreté, certes humoristique, mais très fidèle à ce que l’on est en droit d’espérer d’une bande aux hiéroglyphes. Certains trouveront dommageable que cet attirail soit enfin proposé dans une vaste blague et non aux faveurs d’une pelloche purement horrifique. Cela se comprend aisément. Reste que l’on est bien heureux de voir enfin la Universal offrir au personnage de la momie des moyens véritablement élevés, même si ce qu’elle gagne en qualité graphique, elle le perd bien évidemment en fond. On ne peut pas toujours tout avoir…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Charles Lamont
  • Scénario : John Grant
  • Production : Howard Christie pour Universal
  • Titre original: Abbot and Costello meet the Mummy
  • Pays: USA
  • Acteurs: Bud Abbott, Lou Costello, Marie Windsor, Richard Deacon
  • Année: 1955

2 comments to Deux Nigauds et la Momie

  • Roggy  says:

    Si tu commences à te taper toute la série des Abbot et Costello, tu n’es pas sorti de la pyramide l’ami 🙂

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