Alligator 2, la mutation

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Ressorti satisfait de ma petite ballade dans les égouts pour une chasse au croco en compagnie de Robert Forster, j’ai fort logiquement songé à remettre mes bottes pour retourner dans ces eaux croupies à l’occasion d’Alligator 2, La Mutation. Bah putain, j’aurais mieux fait de rester chez moi à me gratter les burnes !

 

 

Les séquelles tardives, c’est rarement bon signe. Regardez le nouveau Ghostbusters: sans vouloir vendre la peau de l’ours avant de lui avoir plombé le cul, ça sent quand même un peu la merde cette affaire. Il y a d’ailleurs deux types de suites arrivant sur le tard : celles qui prennent vie par un effet de nostalgie ou une forte demande du public et celle dont on ne voit le bout de la queue que parce que leur producteur est en panne d’inspiration et désire se faire un max de blé en un minimum d’efforts en reprenant un titre connu. Alligator 2 a toutes les chances d’être de cette deuxième catégorie puisqu’il sort en 1991, soit onze années après L’Incroyable Alligator déjà chroniqué ici il y a peu (voir ce lien), et est en partie produit par Brandon Chase. Soit un type déjà producteur du premier volet et n’ayant sorti qu’une seule bande entre les deux, le The Sword and the Sorcerer d’Albert Pyun. Autant dire que ça ne devait pas sentir le succès dans son bureau lors des années 80 et que l’on finit par deviner que pour remettre un peu de beurre sur ses cuisses de poulet KFC, le gaillard s’est dit que le mieux à faire était encore de donner suite à son plus beau succès. Il songe même à le réaliser durant un temps, après tout il fut réalisateur de pelloches oubliées dans les années 60, avant de refiler les commandes à un Jon Hess dont le plus haut fait d’armes se trouve plutôt du côté de la production là encore puisqu’il a foutu des billes dans American History X. En tant que metteur en scène, l’homme navigue plutôt sur l’océan de la Série B puisqu’on lui doit le Watchers et son chien traqué par un monstre avec Corey Haim et Michael Ironside ou le thriller d’action avec Lance Henriksen et Thomas Ian Griffiths Excessive Force. Plutôt un faiseur qu’un artiste le Hess, soit l’homme de la situation pour cet Alligator 2 n’ayant que pour seule ambition de capitaliser sur un genre ayant fait ses preuves et peu décidé à se renouveler…

 

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D’ailleurs, le script de la bobine, le scénariste Curt Allen (le Bloodstone de Dwight H. Little) n’est pas allé le chercher bien loin puisqu’il le repique au premier L’Incroyable Alligator. On retrouve en effet la même trame à base de sac à main denté foutant le dawa dans les égouts en croquant des clodos, de flic peu aimé de ses collègues ayant bien du mal à convaincre ses supérieurs que l’heure est grave et de salopards de puissants versant leurs saletés liquides dans les lacs et canalisations. Et je peux vous dire que c’est pas des bouteilles de Sprite qu’ils y vident mais plutôt de la pisse de Godzilla par tonneaux entiers… Bien évidemment, le p’tit croco, à force de barboter là-dedans il finit par subir la fameuse mutation du titre et devient un gros dragon à l’humeur de chien. Enfin, ça c’est sur le papier, car à l’écran le pauvre Hess a bien du mal à recréer l’énormité de sa bestiole, dont la taille semble varier au fil du récit. Ressemblant tantôt à un caïman tout ce qu’il y a de plus normal, tantôt à gros rondin ou un énorme étron flottant à la surface, il n’est dans tous les cas jamais crédible. Sauf, bien sûr, lorsque la production a recourt à des stock-footage, le plus souvent issus du premier film. Bien évidemment, sachant que sa bestiole ressemble neuf fois sur dix à une planche de bois, Hess se démerde pour ne pas trop la montrer ou alors seulement par petits bouts. Gros plan sur la gueule béante du carnassier, plein cadre sur sa queue se rabattant sur ses proies, bien sûr projetées au loin, cadrage ne permettant de voir qu’une vague silhouette sous la flotte, éclairage absent pour jouer sur la suggestion… Et puis, tant qu’à faire, on évite de trop verser dans les scènes horrifiques et on mise plutôt sur des dialogues assommants, ça permet de laisser la bête à la niche et ça évite bien des ennuis…

 

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Car lorsqu’il s’agit de meubler, Jon Hess se sent pousser des ailes, tout étant bon pour allonger la durée du métrage aux 90 minutes obligatoires. Alors ça cause avec bobonne qu’est pas contente que son flic de mari est jamais à la maison et ne tond même plus la pelouse, ça s’entretient avec le gus de la morgue sur les cadavres retrouvés, ça jacasse avec le chef de la police (black et râleur, comme de juste), ça menace le riche salopard qui déverse ses merdes dans les égouts et ça taquine ses équipiers, plus jeunes et moins expérimentés. Tiens, et si on se servait de l’un d’eux ? Après tout, dans le premier film, dont celui-ci est un remake à peine déguisé, on pouvait voir un bleu se faire bouffer les miches, rendant le pauvre Robert Forster tout déprimé par la suite. Pas ici, bande de malheureux ! Lorsque Hess se trouve un personnage capable d’allonger, péniblement, la durée des festivités, il ne va certainement pas l’envoyer dans la gueule de son alligator. Au contraire, il lui offre une histoire d’amour à la con, dont tout le monde se fout, avec la fille du maire, bien évidemment trempé dans de sales histoires. Car le chef de la ville se fait manipuler par Vincent Brown, le chef d’entreprise versant ses produits toxiques un peu partout, le félon visant à créer un parc d’attraction juste à côté du lac où séjourne l’ami Wally Gator, qui viendra bien évidemment faire son show une fois que la fête bat son plein. Ca rappelle Jaws et Piranha ? C’est normal et c’était même attendu ! Ce qui l’est moins, c’est de se payer une séance de catch en plein milieu du film, là encore une veine tentative de masquer le fait que la bande n’a pas assez de pages de scénario pour obtenir une durée correcte. Bon, c’est l’occasion de revoir notre vieux pote le professeur Toru Tanaka, bien connu pour son rôle de Sub-Zero dans Running Man. Vous savez, le meilleur film d’Arnold Schwarzenegger, dans lequel Tanaka était un joueur de hockey particulièrement virulent ? Tiens, puisqu’on parle de hockey, notons également qu’on pourra voir, vite fait bien fait, l’ami Kane Hodder (Jason dans les Vendredi 13 7 à 10 pour les ignares !). Ca fait toujours plaisir, d’autant que du plaisir, on n’en prend pas des masses dans Alligator 2

 

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Car un beau casting, c’est bien mais ça ne fait pas tout. C’est bien joli d’appeler Dee Wallace de Cujo et Hurlements mais si c’est pour lui donner un rôle daubé de femme de flic lassée de ne jamais se prendre un petit coup de bite, c’est pas la peine… Concernant le héros, incarné par un Joseph Bologna doté d’une vraie tronche de bis mais se foutant visiblement de ce qu’il tourne, il n’a pas non plus le charisme de Robert Forster. Heureusement, on peut compter sur cette bonne baderne de Richard Lynch (Invasion USA, Amazonia, la jungle blanche, Puppet Masters III,…) pour remonter le niveau avec son visage toujours aussi incroyable. Ici dans le rôle clichesque d’un chasseur de croco badass, le Richard fait encore des merveilles et vole la vedette à ses comparses grâce à sa présence magique. Un chef ! D’ailleurs, toujours dans le rayon des copains aux tronches remarquables, signalons la présence de Steve Railsback (Lifeforce et Les Traqués de l’An 2000) dans le rôle du richard imbuvable et Brock Peters (Soleil Vert et quelques films Star Trek) en commissaire noir de mauvais poil. Du beau monde, oui, mais rien de suffisant pour éviter au spectateur de tomber dans l’ennui le plus total. Alligator 2 a beau être shooté efficacement et profiter d’une photographie très réussie ainsi que d’un bon nombre de décors sympas (la jungle dans les égouts est coolo), rien n’y fait : on se fait royalement chier. Au point qu’il est bien difficile de ne pas jouer de la télécommande et d’accélérer lors des interminables séances de papotage. Et bien évidemment, lorsque le générique de fin résonne, c’est la délivrance, la liberté retrouvée ! Soft comme un épisode Navarro, long comme du Julie Lescaut et même pas drôle au cinquantième degré comme Les Filles d’à Côté, cette fausse séquelle n’a rien pour elle et vous feriez bien d’en rester à son très bon modèle. Conseil d’ami…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Jon Hess
  • Scénario : Curt Allen
  • Production : Cary Glieberman, Brandon Chase
  • Titre original: Alligator II, The Mutation
  • Pays: USA
  • Acteurs: Joseph Bologna, Dee Wallace, Richard Lynch, Steve Railsback
  • Année: 1991

2 comments to Alligator 2, la mutation

  • Roggy  says:

    Excellente chro bien balancée (et je ne parle pas que de l’allusion Nolanienne à « Ghostbuster » 🙂 ) sur cette suite ne s’imposait visiblement pas. Dommage, car j’aime bien Richard Lynch, notamment dans le très bon « Meurtres sous contrôle ».

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