Chair de Poule

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Vous êtes de fiers parents et vous désespérez de voir vos mouflets se faire malaxer la cervelle par Kev Adams et son non-humour ? Vous préfèreriez que les neurones de vos bambins se fassent croquer par des gloumoutes velues ? Soyez rassurés, le film Chair de Poule est là pour les faire tomber du côté obscur de la force…

 

 

Chair de Poule… Si vous êtes nés à la fin des années 80 ou au début des 90, les chances sont fortes pour que ces trois petits mots vous offrent une sacrée bouffée de nostalgie. C’est que dans les nineties, il était difficile pour un jeune marmot d’échapper aux bouquins Chair de Poule écrits par R.L. Stine. En grand nombre, ils bouffaient fort logiquement une large partie des rayons de la littérature pour jeunes, et leurs titres et couvertures ne pouvaient qu’hypnotiser des gosses élevés aux VHS horrifiques. Sous-sol Interdit et son petit garçon attaqué par des lianes revêches, La Colo de la Peur et son ombre malfaisante se dressant derrière une tente, La Tour de la Terreur et son bourreau levant la hache tandis qu’une horde de rats galopent dans son dos, Le Fantôme d’à Côté et son spectre enflammé fixant le lecteur de ses yeux rouges, Le Loup-garou des Marécages et son molosse prêt à fondre sur un enfant, Baignade Interdite et son requin marteau prêt à bouffer les jambes d’un nageur imprudent, Les Epouvantails de Minuit et son être de paille aux yeux lumineux scrutant le futur acheteur,… Et je ne vous cite que ceux de mon époque, que les premières livraisons… Difficile, lorsque l’on a été biberonné par les univers fantastiques, de ne pas céder à ces versions tous publics et de mots des Dents de la Mer, Hurlements et compagnie, quand bien même elles se montraient souvent décevantes. Si l’on n’avait pas encore trop vécu devant son magnétoscope, cela passait, mais pour peu que l’on avait déjà croisé les Cénobites, le loup-garou londonnien, le grand brûlé qui se fait les ongles sur la jeunesse ou le joueur de hockey usant sa machette, les récits de Stine n’offraient que de maigres frissons. Rien de bien méchant en effet dans ces petites histoires aux monstres finalement assez gentillets, aux crocs trop peu acérés et aux griffes usées. Prévus pour les plus petits, ces romans ne se lançaient en effet jamais dans des carnages aptes à repeindre vos slibard Athena couleur marron et la chair de poule promise, c’était tout juste si nous ne devions pas l’imaginer. Osons le dire : la collection devait beaucoup à ses couvertures, souvent prometteuses et toujours plus réussies que les textes en question. Stine n’est pas un mauvais conteur pour autant et son style direct et facile à lire ne pouvait qu’accrocher une audience novice en matière d’effroi, d’autant que le gaillard connait la technique. A savoir se lancer dans des histoires plutôt courtes, tranchées en des chapitres de quelques pages à peine (parfois une seule page !) et se terminant toujours sur un petit climax. Du genre « Michael ouvrait la porte et ce qu’il découvrit lui tordit le zgeg en quatre ! » (bon, il le dit pas comme ça, le Stine, ça c’est comment je le lis), nous forçant à tourner la page pour justement savoir ce que le héros du bouquin trouva dans la pièce à côté. Généralement pas grand-chose, d’ailleurs, comme une sœur qui fait une blague, un chien qui gratte à la porte parce qu’il a besoin d’aller pisser ou un voisin qui vient passer le bonjour. Les monstres, les vrais, ils n’arrivaient bien souvent qu’en fin de parcours…

 

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Dès lors, pour un gosse déjà passé entre les mains de Romero, Craven, Hooper ou Fulci, les horreurs de Stine n’étaient pas plus terrifiantes que les aventures de Bugs Bunny dans le château de Dracula. Pas de gore, pas de sang, pas de mort. Et pourtant, on y revenait toujours. Parce que les jaquettes avaient ce don de nous faire passer à la caisse, parce que lorsqu’on est môme, le lyrisme de Poe ou Lovecraft est encore un peu trop complexe pour la comprenette, parce qu’enfin cela nous permettait de nous occuper lors des longs trajets… Votre serviteur n’échappa donc pas à cette petite vague et pendant que ses aînés se vidaient les tripes sur du Corsélien ou du Joël Houssin (les Chair de Poule pouvant d’ailleurs être vus comme le pendant soft de la Collection Gore), le petit Rigs Mordo se plongeait dans Terreur sous l’Evier et La Malédiction de la Momie, ses deux premières lectures dénuées d’images. Si le titre du deuxième roman vous laisse bien sûr imaginer qu’il y est question de bandelettes et de malédictions égyptiennes, le premier ne vous explique sans doute pas qu’il y est question… d’une éponge maléfique ! Un peu grotesque et donc forcément sympathique. Et la folie continua sur les écrans avec la série télé, encore célébrée par les fans de la première heure (même s’il faut être honnête, ce n’était pas plus flippant que les bouquins et sacrément en-dessous d’autres feuilletons du même genre comme Are you afraid of the Dark, alias Fais-moi Peur !…), et même un CD de chansons en français, reprenant des grands hits de l’époque en modifiant les paroles (le célèbre Men in Black de Will Smith devenait ainsi Dossier Chair de Poule). La sortie d’un film n’est donc guère surprenante, même s’il n’est pas interdit de s’étonner de voir le long-métrage débouler près de vingt ans après la guerre. Mais si chez nous les books au logo vert et à forme de morve de nez n’ont plus réellement la même cote (on les trouve cependant toujours très facilement dans tous les supermarchés), il semble que la franchise soit toujours très forte aux USA au point que le réalisateur Rob Letterman (Les Voyages de Gulliver avec Jack Black et les films d’animations Monstres contre Aliens et Shark Tales) rappelle son copain Black pour offrir aux fans de la première heure une pelloche en forme d’hommage.

 

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Car malin, le script ne se penche pas sur un seul roman ou ne joue pas la carte du film à sketchs, préférant miser sur l’image que toute personne à de Chair de Poule lorsqu’il y songe : celle d’une collection de couvertures, de monstres, d’histoires. Le scénario, de Darren Lemke (Jack le tueur de géants, Turbo,…), décide donc de réunir tous les vilains, ou en tout cas une bonne partie, des livres en un seul et même gangbang infernal. Le récit se concentre donc sur l’auteur R.L. Stine (Jack Black), écrivain à succès mais dont l’imagination a la fâcheuse tendance à prendre vie, les créatures sorties de son cerveau finissant toujours par s’extraire de ses livres pour causer des ravages. Et s’il parvient à contenir les bêtes en fermant les cahiers à clé, un voisin un peu trop curieux et l’un de ses amis s’infiltreront dans la maison du romancier, persuadés qu’ils sont que ce dernier séquestre sa fille, avant de libérer tous les démons de mots, désormais bien réels. La fine équipe va dès lors devoir les capturer un à un, ce qui ne sera pas une mince affaire puisque les gloumoutes sont menées par Slappy, un sinistre pantin héros de plusieurs livres de la collection et vilain emblématique de l’univers de Stine. Et plus malin que la moyenne, ce petit salopiaud de bois va tout faire pour éviter un retour dans sa prison de papier… Pas un script bien complexe, et l’on peut d’ailleurs le rapprocher de ceux des livres : un gamin un peu paumé, un peu solitaire, qui vient tout juste d’emménager dans une ville qu’il ne connait guère, se retrouve impliqué dans une affaire paranormale. Un principe également repris des productions eighties, type Amblin, toujours efficace et idéal pour passer un bon moment devant un divertissement certes friqué, mais modeste également. Car on sent bien que le but de Chair de Poule est avant toute chose de divertir le chaland sans se faire passer pour plus que ce qu’il n’est : les péripéties s’enchaînent sans temps mort, dès qu’un monstre est défait un autre prend sa place pour relancer l’action et l’humour solidifie les séquences d’exposition. On se croirait donc revenu à la bonne époque des Goonies et il est difficile de ne pas penser à Monster Squad devant ce Goosebumps.

 

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Un Monster Squad bien sûr gonflé aux hormones puisque ce n’est pas cinq monstres qui font acte de présence mais une bonne trentaine : le pantin donc, mais aussi un yéti, une mante religieuse géante, un loup-garou basketteur (on n’en voit pas tous les jours…), des aliens, un chien volant, un garçon invisible, un blob, des nains de jardins meurtriers, un clown des enfers et j’en passe. Bien sûr, tous n’ont pas la même importance, le même temps de présence à l’écran, mais force est de constater que cela fait bien plaisir de voir tant de sales bestioles réunies pour mettre le dawa en ville. Un vrai rêve de gosse, même ! Malheureusement, les effets digitaux sont plus que voyants et on ne croit jamais à la présence des monstres auprès des acteurs, on ne parvient pas à voir autre-chose que des lignes de code encastrées dans le film par quelques informaticiens talentueux. Forcément un peu dommage et les vieux grigous dans nos genres auraient bien évidemment préféré des effets à l’ancienne… Notez qu’on préfère tout de même voir ces vilainies numériques que les héros. Si l’on appréciera l’un des personnages, un nazebroque peureux mais plutôt attachant et drôle de par les mimiques de son acteur (Ryan Lee, déjà à l’affiche d’un Super 8 guère éloigné de ce Chair de Poule), on regrettera que le héros est dénué d’originalité et a une tronche à baffer (Dylan Minnete, qui porte bien son nom, fils d’Hugh Jackman dans le très bon Prisoners) et que son love interest est incarné par une demoiselle certes sympathique mais aussi fade que son petit copain désigné. Heureusement que leur relation prend un tournant touchant par une idée scénaristique assez sympathique. Dans tous les cas, ces jeunes gens sont tous éclipsés par Jack Black, comédien qui semble s’amuser en toute occasion et fournit ici de l’excellent boulot dans le rôle d’un écrivain constamment de mauvais poil et souffrant d’un complexe d’infériorité par rapport à Stephen King. On saluera d’ailleurs quelques gags, le vieux Mordo s’étant étonné de rire de bon cœur face à ce spectacle dont il n’attendait pourtant pas grand-chose si ce n’est un passe-temps oubliable. Il a eu mieux : une vraie bonne surprise, généreuse et jamais chiante. Pas forcément signée d’une main de maître (Letterman fait le boulot mais ne transcende pas ses scènes d’action, les affrontements contre le yéti, la mante ou le loup-garou n’offrant rien de neuf) et sentant bien sûr le produit industriel, mais en tout cas d’une efficacité jamais démentie. Pour dire, le gardien de la crypte toxique se réjouit clairement qu’une suite soit annoncée ! Entre deux bis ritals vomitifs, cela nous fera une nouvelle récréation.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Rob Letterman
  • Scénario : Darren Lemke, Mike White
  • Production : Deborah Forte et Neal H. Moritz
  • Titre original: Goosebumps
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jack Black, Dylan Minnette, Ryan Lee, Odeya Rush
  • Année: 2015

8 comments to Chair de Poule

  • Roggy  says:

    Sachant que tu étais fan de la série en livres, je me doutais que tu aurais quelques réserves sur la version live. Tu résumes bien mon sentiment sur le film qui reste divertissant dans les grandes larges (j’aime beaucoup aussi Jack Black) mais qui aurait mérité un traitement plus poussé sur le scénario et d’appuyer sur certains personnages. Au final, le métrage fait le job mais sans plus.

  • Nazku Nazku  says:

    Je suis d’accord avec toi, comme bien souvent. 🙂
    Perso j’ai été chanceuse, j’ai découvert les Chairs de Poule avant de regarder des films d’horreur. En fait ces bouquins font partis de mes premières vraies lectures. <3 Mais bon, même à l'époque je savais que ces livres n'avaient rien de bien effrayant, mais les jaquettes étaient magnifiques. J'ai encore les bouquins dans une boîte. Et voir ce film, malgré ses défauts, m'a donné envie de m'acheter les tomes qui manquent dans ma collection. Malheureusement les vieux bouquins semblent avoir disparus des magasins de ma région. 🙁

    Au fait, tu as fait une erreur dans ton texte vers la fin. Tu as écrit DANIELLE MINNETE au lieu de DYLAN MINNETTE. 😉

  • Mr Vladdy  says:

    J’ai revu le premier épisode de la série télévisé (ça passe sur Netflix en ce moment) et c’est sur que ça a mal vieilli comparé à l’époque où je les ai découvert et que je me marrais bien. Je me materais la suite par nostalgie surtout que j’aimais bien les bouquins même si je ne les avais pas tous lu. A l’occasion, je tenterai le film mais il me fait quand même peur avec son affiche et sa BA ui ne m’inspire pas confiance. On verra bien ^^

  • Lemmy Lemonhead  says:

    Ça y est enfin vu ! Petite pelloche pour finir cet halloween en famille. Regardé sous tes conseils et ceux de David, et ma foi malgré mes réticences c’était plutôt sympathique ! Comme tu le dis : un bon divertissement qui ne va pas péter plus haut que son cul (comme certains ont l’audace de faire), plaisant avec un peu trop de 3D à mon goût mais bon. Jack Black toujours aussi cool, talentueux et sympa à l’écran ! Un bon moment quoi qui fait revivre des petites joies d’enfants (à mi-chemin entre film halloween et de Noel). À voir ce que donnera une suite, moins convaincu pour le coup…

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