The House on Sorority Row

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Encore un petit slasher pour la route ? Vous savez comment on est dans la crypte, on ne s’en lasse jamais et on a sur les genoux une petite pile de vieilles VHS avec des psychokillers énervés! Aujourd’hui, on s’attaque à ce très gros morceau qu’est le sublime House on Sorority Row !

 

 

Dure est la vie de cinéaste lorsque l’on n’a pas la chance d’avoir eu un gros succès à son actif. Prenez Mark Rosman, par exemple : le mec était le protégé de Brian De Palma, a torché quelques Séries B pas dégueulasses (mais souvent peu marquantes) dans les années 80, était un très bon technicien et un scénariste capable. Mais il n’a jamais fait le film de sa carrière, la pelloche qui pouvait le propulser aux strates supérieures du cinéma Hollywoodien. Dès lors, notre prometteur metteur en scène s’est retrouvé coincé dans des projets alimentaires, des petits jobs sans grand intérêt comme le tournage d’épisodes de séries télé (Ghost Whisperers, Lizzie McGuire) ou des produits jetables à destination des marmots ou jeunes ados mettant en scène Hilary Duff ou d’autres jeunes actrices désormais tombées dans l’oubli. Pas de quoi faire éclater une sensibilité artistique… Et si LE film de son existence, Rosman l’avait déjà réalisé ? Et si c’était son premier, The House on Sorority Row, petit slasher survenu en 1983 et sans doute pas prévu pour être l’œuvre d’une vie ? A vrai dire, c’est certainement le cas puisque les tentatives suivantes dans le cinéma fantastique de Rosman que sont The Force (l’âme d’un flic tué entre dans le corps d’un autre policier pour obtenir vengeance), Evolver (un garnement tentant de survivre à un robot issu d’un jeu-vidéo) ou The Invader (des aliens gentils veulent niquer des Terriennes pour éviter que leur race s’éteigne, des méchants veulent empêcher ça) n’ont pas franchement marqué les esprits… Alors que The House on Sorority Row aura tout de même droit à un remake en 2009, titré chez nous Sœurs de Sang et… produit et scénarisé par Rosman lui-même ! On en reparlera très vite… Il faut dire que tout modeste soit l’original, budgété à moins de 500 000 dollars, il connut son petit succès à son époque, ramenant 10 millions dans les poches de ses producteurs. Une bonne affaire, surtout en 1983, alors que le slasher voyait son âge d’or s’éteindre et le public se lasser des meurtriers fondant sur les jolies jeunes filles. Pourquoi un succès un peu plus important pour Sorority Row par rapport aux The Mutilator, Sweet Sixteen, Nightmare Maker ou The Final Terror sortis à la même période ? Tout simplement parce qu’il est nettement meilleur que la concurrence, pardi!

 

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La fin de l’année approche et les diplômes sont prêts à tomber dans les mains de Katherine et ses amies. Vivant dans une vieille demeure changée en club d’étudiantes, les demoiselles décident de marquer le coup et de faire les folles une dernière fois avant de passer à une vie d’adulte. L’ennui c’est que le fun n’est pas ce que préfère la propriétaire de la baraque, la vieille Madame Slater, une célibataire à l’esprit un poil dérangé depuis qu’elle a perdu son gosse suite aux expérimentations de son médecin, le marmot naissant visiblement avec quelques problèmes… Aigrie depuis lors, la vioque n’apprécie guère de voir les jeunes filles qu’elle loge faire les connes et inviter des garçons. Ainsi, Slater décide d’aller crever le matelas à eau de Vicky, la plus dévergondée des adolescentes, pendant que celle-ci s’envoyait en l’air avec son amant. Furieuse, l’gonzesse décide de se venger en faisant une sale blague à sa vieille ennemie : poser la canne avec laquelle elle se déplace sur une bouée, elle-même placée dans l’eau dégueulasse de la piscine que Slater se refuse à faire nettoyer. Le but est de la faire plonger dans la flotte en la menaçant avec un revolver chargé de balles à blanc. Sauf qu’une balle réelle s’est glissée dans le chargeur et finit par trouer la vénérable cible, morte sur le coup. Alors que Katherine, l’inévitable oie blanche du métrage, songe fort logiquement à appeler une ambulance pour sauver leur logeuse, Vicky et les cinq autres dindes ont si peur d’avoir de gros problèmes qu’elles décident plutôt d’empaqueter la pauvre mémé et la laisser couler dans la piscine à l’eau croupie. Histoire de pouvoir continuer leur petite fête bien tranquillement… Mais le corps de l’ancêtre disparaît mystérieusement tandis que s’enchainent les meurtres, commis avec la canne qu’elle utilisait pour se mouvoir, les sept coupables cédant sous les coups les unes après les autres…

 

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Sur le strict plan scénaristique, nous sommes une fois encore face à un slasher contenant toutes les règles courantes du genre : des jolies nanas prêtes à se prendre un bon coup de lame, un nombre important de meurtres (neuf dans ce cas précis), un petit peu de cul pour soulever les caleçons, un lieu unique bien vite changé en véritable morgue, une final girl touchant assez peu à la bite et une petite louchée de gore, même si ce n’est point ce qui branche le plus Rosman. Certes, il filme une tête arrachée tombée dans une cuvette de WC, des gorges tranchées ou des yeux crevés, et les scènes de meurtres ne sont certainement pas tendres, mais le réalisateur s’était sans doute donné pour mission de créer un vrai bon suspense plutôt que de tenter de fournir un énième ersatz de Vendredi 13 ou Carnage. D’ailleurs, si l’on retirait ces quelques excès typiques du genre, The House on Sorority Row serait un thriller « classique » (c’est dit dans le bon sens du terme) disposant de tout l’attirail nécessaire pour plaire aux lecteurs d’Agatha Christie et consorts. On peut même considérer sans trop se tromper que le gros succès Souviens-toi l’été dernier, sorti plus de dix ans après Sorority Row, emprunte beaucoup à l’essai de Rosman, surtout son mix entre film à mystère et tuerie estudiantine. Ainsi, si le réal met du soin dans sa partie slasheresque, celle-ci est surtout renforcée par l’excellence du suspense ici proposé. Au niveau du récit, tout est parfaitement imbriqué, la structure se basant sur une montée en pression, sur une progression dans la violence : la vieille Slater engueule les jeunes une première fois, puis humilie Vicky devant son boyfriend, forçant celle-ci à riposter et commettre l’irréparable, entraînant toutes les filles dans une spirale infernale sans fin. La venue du tueur et ses sanglants méfaits sont finalement une greffe (réalisée avec succès !) sur un canevas typique du thriller et là où Rosman se montre particulièrement intelligent, c’est qu’il ne fait pas virer son métrage d’un genre à l’autre de manière trop nette. On ne tombe en effet pas dans un bête enfilement de meurtres se déroulant à côté de jeunes connes ne se rendant même pas compte que leurs petit groupe a diminué de moitié en un claquement de hache. Ici, nos diplômées se rendent compte que certaines de leurs amies manquent à l’appel, qu’il se passe quelque-chose de louche…

 

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Alors que la gentille Katherine décidera d’enquêter, l’égocentrique Vicky et ses ouailles tenteront à l’inverse de retrouver, puis de se débarrasser du corps de Slater (mais est-ce toujours son cadavre qui est enveloppé dans les draps et non une de leurs copines tuées ? Le mystère flotte…). Le film s’amuse d’ailleurs à pointer du doigt l’égocentrisme d’une bonne partie de son casting : si les gonzesses étaient plus soudées, s’en faisaient moins pour leurs petits culs et pensaient un peu plus collectif, sans doute leurs chances de survie seraient plus élevées. A la place, leur égoïsme les aveugle quant à la gravité des évènements, la seule à penser au bien être d’autrui, Katherine, étant également la seule à tenter d’en savoir plus, à aller fouiller dans les papiers de Slater pour découvrir qu’elle continuait à converser avec son fils disparu. La grand-mère était-elle complètement folle ? Oui si l’on se base sur les dires de son médecin, qui avertit le spectateur au début que les fils ne se touchent plus dans le ciboulot de mamie. Ce praticien tuerait-il tout le monde pour effacer les preuves de son expérimentation passée ? Peut-être, la naissance de ce gamin difforme et visiblement mort-né pouvant entacher sa réputation, et on sait qu’il y tient… L’un des invités pourrait éventuellement être un taré de service et fin amateur de la viande de fille ? Pourquoi pas ! L’une des héroïnes pourrait également griller un fusible et se mettre à liquider les siennes… Bref, tout est possible et Rosman ne crache sur aucune possibilité sans non plus en appuyer une plus que les autres, de sorte que le spectateur n’a jamais la sensation d’être en avance sur le scénario. Si l’on pense parfois avoir découvert le coupable, notre avis finit par changer au fil d’une intrigue se clôturant par ailleurs de manière très satisfaisante.

 

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Rosman est donc un très bon scénariste, les évènements s’enchaînant de manière fluide, sans que l’on ait la sensation que Sorority Row soit trop racé mais sans non plus avoir cette sale impression que ça traîne un peu trop. Le juste milieu est donc atteint. Mais notre homme est-il aussi doué derrière la caméra ? La réponse est oui, trois fois oui, et on peut même ajouter qu’on a finalement vu assez peu de réalisateurs aussi décidés à fournir du style à leur affaire. Jeux de lumière à l’italienne, rapide caméra précédant une jeunette en pleine course, début de métrage dans un noir et blanc bien classe, scène de meurtre montrée en ombres chinoises,… Rosman varie les plaisirs sans se sacrifier aux méthodes habituelles du genre : s’il connait les passages obligés du slasher, il ne copie pas les idées de Carpenter et Cunningham et se passe des habituels passages en vue subjective ou se garde bien de montrer son meurtrier caché derrière des arbres ou des poteaux. D’ailleurs, le cinéaste ne capte généralement que sa main ou son arme, gardant la silhouette (par ailleurs bien creepy) du salopiaud pour les ultimes minutes de l’histoire, une course-poursuite contre la final girl (excellente Kate McNeil, indéniablement l’une des meilleures actrices vues dans un slasher) particulièrement bien troussée et utilisant fort bien le décor à disposition de la production. Rosman s’amuse d’ailleurs à enquiller quelques beaux passages, comme ce plan (pas séquence, mais pas loin) balayant un à un les visages des jeunes filles coupables, incapables de s’amuser alors que tout le monde s’éclate autour d’elles. Ou la découverte des cadavres dans la piscine, l’assassin disposant d’un sacré sens du spectacle. Voire encore l’incroyable tentative de capturer le meurtrier, les quelques survivants fermant toutes les portes de la demeure pour ne lui laisser qu’un seul chemin possible pour atteindre ses cibles. Katherine, alors en pleine fatigue et un peu shootée pour des raisons que je ne divulguerai pas, est prise d’hallucinations voyant ses amies mortes la regarder, la canne de la vieille Slater tourner sur elle-même ou celle-ci lui faire de nouveaux reproches. Belle idée pour une scène tendue de chez tendue !

 

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Rosman profite également d’un excellent montage et d’un Richard Band bien connu des mélomanes bis, notre musicien livrant ici l’une de ses meilleures performances. Son score colle admirablement bien aux images, les mélodies sombres, tristes même, soulignant encore un peu la gravité de House on Sorority Row. Alors que bien des slashers se contentent d’une ambiance vaguement lourde mais pas dupe de son statut de simple prestation grand guignolesque, celui-ci se pare d’une drôle d’odeur de drame, de tragédie. On ne rigole pas des mésaventures de la vieille Slater, vieille femme passée à côté de sa vie parce qu’elle a perdu un enfant et qu’elle a utilisé le reste de son existence pour s’imaginer à ses côtés, recréant une chambre d’enfant. Tout comme on ne se marre pas de la voir être maltraitée par les jeunes filles, car malgré son caractère détestable on sait que ce sont les malheurs qui l’ont conduite à l’aigreur. Pour une petite Série B, on peut donc dire que l’ensemble est assez fort, que ce soit dans le fond comme la forme, et il n’y a d’ailleurs pas grand-chose à reprocher à l’ensemble. Certes, quelques actrices sont moins douées que d’autres, le côté 80’s rend l’ensemble un peu vieillot, principalement à cause de ce groupe de rock ringard au possible venu égayer la fiesta, mais pas de quoi ridiculiser ce qui reste tout simplement un grand et beau slasher, au final marquant. Rosman tourna ou conceptualisa d’autres conclusions mais ses producteurs ont préféré opter pour la plus ambiguë de toutes. Bon choix, House on Sorority Row se terminant comme il a commencé, dans une drôle d’ambiance, plutôt amère… Le réalisateur s’autorise quelques traits humoristiques tout de même, comme la rencontre imprévue avec un flic alors que les héroïnes se trimballent un cadavre ou, plus généralement, la douce ironie émanant de la situation : les filles mettent en effet toutes leurs forces dans leur tentative de se débarrasser d’un mort sans se rendre compte qu’un vivant bien plus dangereux leur rôde autour… De quoi parfaire l’univers de ce qui est, pour votre serviteur, l’un des meilleurs avatars du genre. Indispensable bien que difficile à choper puisque la chose n’est jamais sortie en DVD par chez nous. Une honte ? Un scandale ouais ! Allez chers éditeurs, on s’y met, les Français ont besoin de cette tuerie, et pas qu’un peu !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Mark Rosman
  • Scénario : Mark Rosman, Bobby Fine
  • Production : John G. Clark
  • Pays: USA
  • Acteurs: Kate McNeil, Eileen Davidson, Janis Ward, Robin Meloy
  • Année: 1983

4 comments to The House on Sorority Row

  • Nola  says:

    Excellente chro, Rigs, j’avais déjà envie de le voir, mais là encore plus ! Une pétition, un sitting, pour qu’il soit édité ? La musique est en effet très belle, l’affiche superbe, et la série B apparemment chiadée.

  • Roggy  says:

    Je confirme ta très bonne chronique et la qualité de ce slasher pas des plus connus. Il y a même un remake en 2009 qui n’est pas aussi intéressant. Déjà vu ?

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