Gamera, le monstre géant

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Rassurez-vous braves gens, Gamera le copain des tous petits arrive ! Et le voilà qui… tue des gens par centaines ?! Eh ouais, avant d’aller s’amuser dans les cours de récré et faire quelques danses à faire rougir toute la tribu Jackson, la tortue volante était une sacrée salope !

 

 

On ne va pas reprendre l’histoire depuis les débuts et plutôt vous la résumer en une seule et unique phrase : Godzilla a tellement cartonné que depuis sa naissance en 54, les monstres géants n’ont jamais cessé de venir se grater le cul avec la Tour de Tokyo. Ceux de la Toho, bien sûr, mais aussi ceux créés par des boîtes de production rivales, comme la Daiei et sa saga des Daimajin, gigantesque statue foutant le boxon dans le Japon féodal. Mais l’icône de la maison et le concurrent le plus sérieux du grand Gojira, c’est très clairement Gamera, que la Daiei dégaine en 1965, soit tout de même onze années après la naissance du lézard d’Ishiro Honda. Le père Godzi aura donc attendu un bon moment pour voir un challenger à sa hauteur venir se frotter à lui, quand bien même les deux reptiles ne croiseront jamais le fer, à la grande déception de milliers de fans n’attendant qu’une chose : voir l’iguane au souffle atomique et la tortue volante se mettre sur la gueule tout en dévastant l’Asie dans son entièreté. Ca n’a pas l’air d’être pour tout de suite… D’ailleurs, la tortue ninja version maousse n’aura jamais vraiment l’aura de son éternel rival, arrivé bien avant et donc toujours tenancier du titre de roi des monstres. D’ailleurs, Godzilla a toujours une grosse poignée de films d’avance, même si Gamera ne démérite clairement pas dans le domaine. C’est que notre gloumoute à carapace est tout de même le héros d’une bonne douzaine de films et jouit lui aussi de quelques reboots et remakes, comme l’excellente trilogie des années 90 ou le plus récent Gamera, The Brave en 2006, version souvent moins appréciée car à destination des plus jeunes. Une tendance à vrai dire habituelle dans la série puisque mis à part les trois pelloches des nineties, la saga a toujours eu pour but premier de séduire les marmots, Gamera finissant bien vite par devenir un bon héros faisant des pirouettes et dansant face à des ennemis généralement peu effrayants. De quoi frustrer un public plus adulte, sans doute plus porté sur Godzilla… qui finira lui aussi par faire le clown dans ses propres productions ! Mais moins fréquemment, il faut bien l’avouer… Pour autant, vous allez voir que Gamera n’a pas toujours été un petit plaisantin, son premier méfait étant pour le moins… particulier.

 

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Tout débute non loin d’un camp d’esquimaux, alors que quelques avions de chasse s’échangent des missiles au-dessus de la banquise. Bien sûr, un jet inconnu et transportant une bombe nucléaire se fait abattre et s’écrase sur la glace, laissant son explosif créer un beau bolet pas franchement comestible. Et qui sort de la neige en rugissant, prêt à foutre le boxon aux alentours ? Gamera, bien sûr, fière tortue datant de l’époque des Atlantes, donc autant dire pas du week-end passé. Et Gamera, son truc, c’est péter les centrales nucléaires et avaler des flammes, sans oublier de piétiner son monde en passant. Comme de juste, les êtres humains que nous sommes décident de lui rendre la monnaie de sa pièce et mettent tout en œuvre pour calmer la bête : le retourner sur sa carapace (bah oui, une tortue ne peut plus rien faire une fois sur le dos), le congeler, le faire exploser,… Mais rien n’y fait et seul le plan Z pourrait fonctionner, à savoir enfermer le gredin dans une fusée et l’envoyer… sur Mars ! Je vous dis pas la gueule des Martiens lorsqu’ils reçoivent le paquet… Script simple comme bonjour et à dire vrai typique du kaiju eiga, le monstre sortant généralement de son trou suite à une catastrophe ou des essais nucléaires avant de mettre un chantier pas permis et se faire calmer lorsque l’homme aura découvert la bonne technique. Ce premier film est néanmoins assez unique dans l’univers de la franchise puisqu’il est le seul à ne pas opposer Gamera à un autre monstre de sa taille et à le présenter comme un antagoniste. Comment diable est-ce possible alors que la Daiei souhaitait justement en faire une icône des gamins de primaire ?

 

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A vrai dire, les producteurs essaient vraiment de faire de ce gigantesque salopiaud une coqueluche, voire une nounou pour les chiards. Ainsi, alors que Gamera s’amuse à démolir et aplatir tout ce qui se trouve sur son chemin, il sauve le petit Toshio, énervant héros de la pelloche, le seul à défendre Gamera parce qu’il adore les tortues. Et tant pis si son nouveau dieu reptile a foutu en l’air tout son village et massacre des dizaines d’innocents dès qu’il remue un orteil, Gamera est gentil ! Si c’est Toshio la tête-à-claques qui nous le dit… Ainsi, alors que la tortue préhistorique dévisse un phare (sans raison apparente, mais on sait l’animal très caractériel), il rattrape le marmot et lui laisse la vie sauve. Ah bah oui, il est ptet bien sympa au final, ce grand gaillard ! Sauf que quelques minutes à peine après ce geste héroïque, notre cousin éloigné des dragons va cracher ses flammes infernales sur quelques personnes bloquées dans un immeuble, la réalisation s’arrêtant même sur la calcination des victimes ! Difficile à suivre, ce Gamera, Le Monstre Géant, tantôt le pote des têtes blondes (enfin, ya pas des masses de blondinets au Japon donc…), tantôt un gros enculé changeant en cendres de cigare quelques demoiselles qui ne demandaient qu’à danser en nightclub. Il subit de gros changements d’humeur l’enfoiré, quand même ! Le métrage se tape donc une aura un peu schizophrénique, ne sachant trop sur quel pied danser, comme coincé entre son envie d’être un divertissement pour tous les âges et un vrai Kaiju Eiga capable de rivaliser avec le gros lézard… Et il y parvient plutôt bien, d’ailleurs. En grande partie grâce à son réalisateur, Noriaki Yuasa.

 

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Pas n’importe qui, ce brave homme, particulièrement dans la saga et pas seulement pour en avoir tiré le coup d’envoi. Il réalisera en effet de nombreux épisodes de la franchise, tournant pour celle-ci jusqu’en 1980, passant entre-temps sur quelques séries populaires des 70’s comme Ultraman ou Zaborgar. Et le moins qu’on puisse dire c’est que le metteur en scène avait à cœur d’insuffler du rythme et du dynamisme à son entreprise de destruction massive en noir et blanc, le dernier Kaiju Eiga à être dénué de couleurs par ailleurs. Plutôt que de poser sa caméra sur un décor et laisser ses acteurs y évoluer durant une ou deux minutes, Yuasa empile les plans courts, passant sans cesse d’une prise de vue à une autre. Son Gamera, Le Monstre Géant ressemble dès lors à une collection de vignettes, un peu à l’image d’une bande-dessinée, s’offrant par la même occasion un sacré tempo. Les 80 minutes, voire même un poil moins, passent d’une traite, tel un TGV fou avec Steven Seagal à son bord, et même le spectateur le plus difficile n’aura guère le temps de regarder sa montre à l’effigie de Rodan. Bien sûr, on se tape les sempiternelles explications scientifiques dont tout le monde se fout, mais elles ne sont ici pas trop envahissante, Yuasa sachant fort bien que son audience préfère voir la bête, montrée sous tous les angles et très rapidement. Alors que de nombreuses bobines du même type traînent un peu la patte pour sortir le molosse de sa niche ou le montrent seulement par ombres chinoises, voire petit bout par petit bout, ce premier Gamera entre dans le vif du sujet sans se faire prier. Nous n’en sommes pas à dix minutes de films que la glace se brise pour laisser échapper la tortue, qui gueule son cri caractéristique tandis que le titre du métrage lui apparait sur le torse. Epique ! La créature ne quittera d’ailleurs plus le film, ne disparaissant que pour laisser les humains s’offrir un peu de temps de présence à l’écran, mais jamais trop longtemps. Généreux, Yuasa l’est donc clairement et ne nous fait jamais attendre entre deux attaques de centrales, entre la destruction de Tokyo (va falloir baisser le loyer car c’est clairement pas une ville très sûre) ou l’attaque d’un phare. Amoureux des maquettes écrasées et bouffant des étincelles via les obligatoires explosifs, vous serez donc bien servis, d’autant que celles-ci sont franchement réussies, Yuasa s’arrangeant toujours pour que l’entourloupe ne soit pas trop visible. Notons que le costume de Gamera est là aussi des plus attachants et, sans surprise, la vraie star est ce gros streum et non les pourtant sympathiques acteurs appelés en renfort comme Eiji La Bête Aveugle Fukanoshi ou Jun L’Enterrement du Soleil Hamamura.

 

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Alors Gamera, un meilleur départ que le Godzilla de 54 ? A vrai dire, les deux ne sont pas réellement comparables malgré les apparences, la première aventure de Gamera se voulant plus directe et efficace que celle de Godzilla. L’œuvre d’Honda était en effet plus sombre, pour ne pas dire d’un incroyable pessimisme, alors que celle de Yuasa se veut plus légère et divertissante. Bien que le film ne soit pas moins violent que le Gojira premier du nom, il est plus difficile de prendre Gamera au sérieux, la faute à son monstre bien trop mignon pour être flippant. La tronche de ce bouclier ambulant n’attire que la sympathie, sa démarche est si ridicule qu’elle fait immédiatement sourire et certaines de ses techniques sont trop délirantes pour ne pas réchauffer l’ambiance, comme lorsque le monstre rentre dans sa carapace et laisse les flammes sortir des trous de son armure pour pivoter et s’envoler. Effet spécial qui vieillit par ailleurs très bien… Là où Honda inquiétait et se montrait alarmiste, Yuasa nous vend de la légèreté, y compris lorsque l’heure est grave, la présence d’un gosse et de scientifiques gardant leur calme et vannant même un peu à l’occasion permettant à l’ensemble de ne pas sombrer dans le défaitisme. Pour sûr, cela ne plaira pas à tout le monde et l’on trouvera sans doute des bisseux peu séduits par cet aspect plus amusant du genre, d’autant que le Kaiju Eiga se dirigera pendant un bon moment vers cette optique du « plus fun, plus enfantin ». On peut comprendre que cela puisse déplaire… Reste que pris pour ce qu’il est, c’est-à-dire une Série B diablement bien troussée quoique les écailles coincées entre deux velléités, ce premier Gamera est tout simplement excellent. Il fut d’ailleurs le seul de cette première série à sortir aux USA, bien évidemment en version remontée et accompagnée de nouvelles scènes avec des acteurs ricains. Et comme bien souvent, il est conseillé de se contenter de la version d’origine, disponible dans le coffret édité par M6 Video, dans une très belle copie qui plus est !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Noriaki Yuasa
  • Scénario : Nisan Takahashi et Yonejiro Saito
  • Production : Hidemasa Nagata, Yonejiro Saito, Masaichi Nagata
  • Titre original: Daikaijū Gamera
  • Pays: Japon
  • Acteurs: Eiji Funakoshi, Jun Hamamura, Yoshiro Uchida, Michiko Sugata
  • Année: 1965

2 comments to Gamera, le monstre géant

  • Roggy  says:

    Excellente chronique mon cher Rigs, même si je t’avoue que je préfère cette grosse gloumoute de Godzilla à cet enfantin Gamera. Le film est certes sympa à mater, mais que penses-tu de ses suites ? Et de la version française « Casimir Vs Hippolyte » ? 🙂

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