Shredder

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Rangez vos bandanas et vos carapaces, Shredder n’est pas le biopic de l’ennemi juré des Tortues Ninjas mais un slasher enneigé sorti en 2003. Alors on prend sa petite laine, on enfourche ses skis et on se prépare à slalomer autour d’un assassin pas franchement fan des snowboardeurs !

 

 

L’été est là, sa moiteur également, et peut-être trouverons-nous parmi vous quelques nostalgiques des longues nuits d’hiver. A ceux-là : Shredder est le slasher qu’il vous faut ! Imaginez un peu une saison à Courchevel gâchée par un skieur fou et tout de noir vêtu, s’entraînant au piqué de bâton dans le dos des snowboardeurs, et vous aurez une assez bonne image du film de Greg Huson et son scénariste Craig Donald Carson. Qui ça ? Oh, personne de bien connu, ne vous coupez pas les veines suite à la honte ressentie par ce manque de culture, le premier zigoto n’ayant qu’une comédie romantique que personne n’a vue à son actif tandis que le second n’a tout simplement rien fait en dehors de Shredder, ni avant, ni après. Rarement bon signe tout ça, puisque l’on peut imaginer que le fait qu’on tienne ici leurs débuts laisse supposer une maîtrise de débutant, donc pas particulièrement bandante, et que si leur carrière en est restée à cette petite Série B passée inaperçue, c’est sans doute parce qu’elle ne propose pas franchement un divertissement de haute volée. Heureusement, Elephant Films s’était penché sur son cas voilà une bonne dizaine d’années, l’éditeur qui en était encore à ses débuts et affutait ses défenses nous balançant le DVD dans les mirettes. Trouvé au Bloody Week-End pour une bouchée de pain alors que j’espérais voir la poudreuse promise par le film depuis quelques années, l’heure du bilan est donc arrivé et contre toutes attentes, celui-ci est loin d’être aussi négatif que ce que l’on pouvait soupçonner.

 

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Comme tout bon émule des Halloween et consorts, tout débute par la virée que s’offre un groupe d’adolescents de 25 ans (au bas mot) dans les montagnes enneigées d’on ne sait où car on s’en fout un peu. Dans la bande : une chaudasse brune passant la moitié du film en soutif, un féru de sport extrême incapable de composer une phrase de plus de trois mots, son pote un peu débile à la caméra amateur greffée à la main, une sympathique nana que tout le monde prend pour une gouine car elle a le malheur d’avoir les cheveux courts, un brave gars naïf que sa copine rend cocu dès que l’occasion se présente et, pour finir, cette dernière. Une riche héritière insupportable ayant pris la décision d’amener tous ses copains dans un vieux chalet abandonné puisque réputé hanté. C’est que dans les parages et dix ans plus tôt, une gamine est morte parce que des snowboardeurs ont fendu la neige sans faire gaffe à sa présence, un terrible accident toujours dans les mémoires. Et bien entendu, cette tragédie a rendu nerveux un maniaque dont le hobby principal est d’arpenter la région avec ses skis pour dégommer des surfeurs défiant la blanche. La vieille rengaine, celle qui ne déçoit pas et a déjà fait ses preuves tout au long des années 80. Que lui apporter de neuf, surtout quelques années après l’ouragan Scream, cette rafale ayant relancé le slasher tout en le ringardisant plus ou moins dans le même temps ? Dès lors, autant tenter la carte de l’humour, de la distance sur un type de spectacle que Wes Craven a tellement modernisé qu’il s’est senti obligé de souligner l’aspect dépassé de ses glorieux ancêtres. Vu que Greg Huson n’avait visiblement aucune envie de suivre les pas de Sidney Prescott et Ghostface mais plutôt ceux de Jason Voorhees et consorts, laissant au placard les meurtres réalistes pour des tueries plus Bigger than Life, mieux valait en effet se parer de second degré pour séduire la jeunesse en passe de louer le DVD. Car bien évidemment, la distribution peu élaborée de ce p’tit B Movie ne lui a pas permis de squatter les multiplex comme une prod James Cameron, si ce n’est au Japon où l’œuvre est sortie sous le titre Jason Z, histoire de capitaliser sur le Jason X sorti peu avant. Une idée de génie digne des Italiens de la grande époque mais aussi particulièrement malhonnête puisqu’aucun hockeyeur fou ne vient limer sa lame dans Shredder !

 

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Humour donc pour notre petit slasher de la semaine et ce à tous les niveaux : les personnages seront plus cons que d’ordinaire (déjà que d’habitude c’est pas des flèches), leurs acteurs auront tout le loisir d’en faire des tonnes, les situations se montreront décalées et même le tueur sera ridiculisé. Voir cette séquence hallucinante où il monte dans un télésiège, s’installant aux côté de sa future victime… qui le fait tout simplement tomber en le poussant par-dessus bord ! Et si la demoiselle finira tout de même par rendre l’âme, c’est par sa propre bêtise puisqu’elle se pendra par mégarde à son siège avec son écharpe. Une bonne occasion de placer un running gag, ses amis la cherchant partout alors que sa carcasse inanimée va passer une bonne partie du métrage accrochée à l’arrière-plan, dans le dos de ses potes qui ne remarqueront rien ! Vous voyez un peu l’ambiance souhaitée par ce blagueur d’Huson, doté d’un vrai talent pour dédramatiser les moments de tension. Ainsi, dès qu’un protagoniste se lance dans les explications d’usage sur les terribles évènements passés, une connerie débarque pour couper court à ces dialogues auxquels personne ne prête attention. Le beau gosse du coin a l’air d’en avoir lourd sur la conscience et cherche une personne pour se confesser ? Cela n’intéresse guère la séductrice en sa compagnie dans un jacuzzi, celle-ci prenant sa tête entre ses mains pour le forcer à lui offrir un petit cunilingus des familles. Et lorsqu’une nénette explique à l’un des héros que sa mère est décédée à quelques mètres de là où ils se trouvent, c’est pour mieux lui montrer qu’elle ne porte pas de sous-vêtements dans les secondes qui suivent !

 

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Ma mère est morte à cet endroit…

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Dire que cette joyeuse bande de neuneus sont relax alors que les cadavres s’amoncèlent autour d’eux tient de l’euphémisme et l’on ne sent jamais de gravité dans cette comédie vaguement horrifique. D’ailleurs, Huson ne mise guère sur des attributs épouvantables, le bodycount étant correctement élevé (10 crevés, donc bonne moyenne) mais finalement assez peu sanglant. Certes, on a une jeune fille broyée par un tracteur, un crâne percé par un pic à glace ou un torse troué par une stalactite, mais les autres tueries restent plutôt soft. Peut-être à cause d’une certaine économie de moyens privant le réalisateur d’effets à la Tom Savini, même si elle n’empêche pas un tournage au beau milieu de décors de rêves. Puisqu’il ne peut miser sur un aspect trash, Huson se rabat tout naturellement vers le cul, nos demoiselles balançant des œillades suggestives dès que l’occasion se présente quand elles ne copulent pas en tenue d’Eve. Que mes lectrices se rassurent, elles pourront aussi voir un cul de mâle en rut, celui d’un jeune homme rongé par le remord. Pas au point de ne pas s’envoyer deux gonzesses en 24 heures, faut pas abuser quand même ! La caractérisation se fait donc ici à la truelle et Shredder fait tout son possible pour que l’on ne s’attache pas à son personnage principal, une fortunée blondasse détestable passant le film à chercher l’infidélité ou rabaisser son pauvre petit ami, pour sa part bien gentil (trop, même). Etonnamment, alors que l’on pensait qu’Huson faisait monter la sauce pour offrir à la poufiasse une mort mémorable, il opte finalement pour un décès offscreen et particulièrement sobre… Bizarre… Si on ne s’attache pas forcément à la majorité des personnages, on retiendra tout de même que le dernier survivant est un mec, fait assez rare pour être souligné au marqueur fluo, et que lui et la gonzesse suspectée de brouter des minous sont des protagonistes plutôt attachants.

 

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A l’image du film d’ailleurs, auquel on pardonne une réalisation pas toujours au point mais volontaire (Huson essaie de placer des mouvements de caméras et se lance dans quelques idées visuelles ça et là) et des gags parfois un peu poussifs. Pour sûr que Shredder ne fera jamais partie du panthéon du genre et qu’aucune des personnalités y étant attaché ne sera un jour ensevelie sous les Golden Globes, les acteurs étant pour la plupart des échappés de séries télé des années 90 ou de Séries B que personne n’a vues. N’empêche que les 80 minutes, durée idéale pour un slasher, passent d’une seule traite et qu’on n’a pas le temps de se faire chier devant ce petit film à réserver aux fans de ce sous-genre souvent conspué mais plaisant neuf fois sur dix.

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation : Greg Huson
  • Scénario : Greg Huson, Craig Donald Carson
  • Production : Geof Miller, Rory Veal
  • Pays: USA
  • Acteurs: Scott Weinger, Lindsey McKeon, Holly Towne, Brad Hawkins
  • Année: 2003

2 comments to Shredder

  • Roggy  says:

    Je ne connaissais pas ce petit slasher et tu as dû me devancer au BWE pour le récupérer ! Néanmoins, cela permet une belle chronique comme tu en as le secret et de le rechercher lors d’une prochaine édition 🙂

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