Une Vierge chez les Morts-Vivants

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Une Vierge chez les Morts-Vivants ! A la vue de l’affiche, je peux vous dire qu’elle va pas rester pucelle bien longtemps, la cocotte ! En plus, quand on repère le blase de Jess Franco sur l’affiche, on imagine bien vite que les doigts vont se montrer baladeurs et que les cuisses ne tarderont pas à s’écarter…

 

 

Comment résister au DVD d’Une Vierge chez les Morts-Vivants ? Si le titre ne vous tire déjà pas à la caisse avec la galette en main, vous pouvez être certains que la jaquette s’en chargera : magnifique, elle nous montre une jolie demoiselle nue et allongée sur le dos être attaquée par une horde de zombies. Et les bougres sont aussi bien dessinés que variés, avec en tête de file un revenant aux cheveux longs portant un médaillon à faire rougir un Puff Daddy. A ses côtés des cadavres enturbannés, un énorme crâne rougeaud, des zomblards barbus et verdâtres, un cousin éloigné de Nosferatu,… Tous prêts à s’envoyer en l’air une dernière fois lors de ce que l’on pense déjà être un subtil mélange entre orgie et festin carnivore. Miam ! Mais qui s’intéresse un minimum à l’énorme œuvre de Jess Franco sait fort bien que les films de l’Espagnol ont souvent été maltraités par les producteurs… Jouons néanmoins les naïfs pour cette occasion précise et tentons de voir, dans un premier temps, Une Vierge chez Les Morts-Vivants pour ce qu’il est vendu : un zombie-flick européen mêlant gore et érotisme ! Car c’est très clairement ce que promet le visuel, qui fit jadis bien rêver le petit Rigs Mordo lorsqu’il tomba nez-à-nez avec la peinture dans le premier volume des Craignos Monsters de Jean-Pierre Putters (dans une version alternative, la demoiselle étant cette fois de face pour laisser rebondir son imposante poitrine). Car si vous êtes assez vieux pour avoir connu la publication, vous vous souvenez certainement que le tonton JPP offrait deux ou trois pages à l’ami Jess, décrivant au bisseux en devenir un univers pour le moins particulier, mélange d’ébats que la morale réprouve et de monstres mal foutus. Vous allez voir qu’Une Vierge… ne tape pas trop loin de tout cela non plus et sait se montrer une bande très, mais alors TRES, singulière…

 

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Tout débute par l’arrivée de la belle Christina (Christina Von Blanc) au Honduras, la Londonienne étant appelée au pays par sa famille, qu’elle ne connaît guère, parce que son daron vient de passer l’arme à gauche et que l’on a besoin d’elle pour régler les affaires liées à la succession. Une fois débarquée dans une station balnéaire de rêve et après s’être vaguement reposée dans une petite auberge aux confins du cinéma gothique d’antan, la jeune fille fait la rencontre de l’étrange Basilio (Jess Franco lui-même, crédité sous le nom Jesus Manera). Cet handicapé mental incapable de formuler une phrase intelligible est envoyé par l’oncle de Christina (Howard Vernon, dont Franco ne pouvait se passer) pour l’amener dans la luxueuse propriété de son père. Alors qu’elle est dans la voiture en route pour un manoir qui sera probablement sien dans quelques jours, Christina se perd dans ses pensées et exprime l’étrange sentiment qu’elle ressent en arrivant dans les parages, comme si elle entrait dans un mauvais rêve… Cette sensation bizarroïde ne va pas s’arranger avec la rencontre de sa famille, qu’elle découvre pour la première fois : son oncle Howard (Vernon, évidemment) lui apprend, tout en jouant des notes guillerettes au piano, que la seconde épouse de son père est prête à rendre l’âme, sa cousine Carmencé (Britt Nichols) l’embrasse sur la bouche (on n’aura pas attendu trop longtemps pour voir arriver les sous-entendus lesbiens !), sa tante Abigail (Rosa Palomar) semble à moitié endormie et dénuée de vie et, enfin, l’épouse mourante lui conseille de fuir de la maison au plus vite. D’ailleurs, la pauvre claque juste après cette mise en garde… Un peu naïve sur les bords, Christina décide de rester et semble ne pas repérer l’étrange manège de ses oncles, tantes et cousines. Ce n’est pourtant pas faute de signaux d’alarme, comme lorsque Howard regarde par la fenêtre, l’air pensif, pour déclamer un vers très poétique avant d’éclater d’un rire peu rassurant en prétendant que sa famille n’a pas beaucoup d’appétit. Malaise ? Pas pour Christina, qui félicite au contraire ses amis pour leur profonde gentillesse. Elle ne se vexe pas plus de croiser l’étrange Basilio dans le couloir, en train de se balader avec une tête de coq tranchée… Et quand une fantomatique aveugle débarque dans sa piaule pour lui dire qu’elle ferait bien de se méfier et que la mort l’attend au tournant, notre candide héroïne n’y prête pas garde…

 

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Pour information, nous sommes à ce stade à environ 25 minutes de pellicule et on n’a pas encore vu le moindre mort-vivant dans les parages. Pas grave, pour patienter Christina, que l’on a déjà vue à poil dans son lit, décide d’aller prendre un bon bain dans le lac à nénuphar situé à côté du manoir. Et elle n’a pas le temps de tremper un orteil qu’un étrange comte et son pervers de valet viennent la reluquer, ni vu ni connu, en faisant des remarques sur sa chair appétissante ! Heureusement, un brave jeune homme se promenait justement dans le coin et fait fuir les indélicats avant de montrer un peu la région à Christina, notamment une petite église gardée par un vieil homme visiblement pas tout net et en train de raconter des conneries sur la vallée, soi-disant maudite. Il assure également que dans le coin et dans le manoir, il y a des fantômes, ce qui semble être une croyance locale à en croire le jeune homme, persuadé que la villa de Christina est inhabitée depuis des lustres. Il est d’ailleurs bien surpris de tomber sur Howard lorsque Christina l’invite chez eux, le patron n’était en prime guère heureux que l’on ramène des convives sans lui demander la permission. Il fait fuir le gus (que l’on ne reverra plus de tout le film !) et colle une paire de claques à sa nièce, bien évidemment chamboulée. Et les mauvaises surprises ne sont pas terminées : elle retrouve des chauves-souris mortes sur son matelas, l’un des vases ornant sa chambre est une réplique en céramique de tête coupée, découvre sa cousine Carmencé en train de lacérer la poitrine de l’aveugle avec des ciseaux pour en récolter le sang et surprend sa tante et le débile campé par Franco en train de subtiliser les bagues à une main fraîchement tranchée. Si toute personne dotée d’un esprit plus ou moins fonctionnel ferait déjà cramer ses semelles en sprintant comme un diable, Christina décide malgré tout de rester encore un peu.

 

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Elle a d’ailleurs bien raison car arrive le notaire, présent pour une scène d’anthologie où notre gaillard, particulièrement mal doublé, montre qu’il n’est pas des plus zélés. L’homme saute des paragraphes, mâche ses mots, se fout visiblement de cette succession et parvient à endormir un Basilio qui va passer plusieurs minutes à ronfler comme un hippopotame au soleil. Mythique et hilarant ! Evidemment, on fête la nouvelle richesse d’une Christina qui ne manque pas de remercier encore sa petite tribu pour leur bonté (les mains coupées, les baffes ou les coups de cisailles dans les nichons, c’était hier, soit du passé, et demain est un autre jour !). La cousine se met à se rouler au sol à poil, on s’éclate, on chante et on rit ! Des zombies ? Nan, pas une trace ! Par contre, il y a des zizis. Enfin, un zizi, en pierre, disposé au sol dans la chambre d’une Christina surprise de se retrouver face à un chibre de bon matin. D’ailleurs, avec d’infinies précautions, elle décide de s’en approcher avant de le démolir, histoire de faire flipper le spectre aveugle qui lui explique qu’elle vient de briser « Le Grand Phallus » (j’invente rien) et que désormais les choses vont aller de mal en pis et que la Reine de la Nuit va sans doute venir s’emparer d’elle. Sans vous révéler la fin de la pelloche, résumons l’intrigue générale en disant que la fameuse souveraine des ténèbres à tendance à emporter les gens dans des cauchemars sans fin et à en faire des espèces d’ectoplasmes. Bon, c’est pas super clair, mais dans les grandes lignes ça ressemble à peu près à ça… Et bien évidemment, pas l’ombre d’un revenant dans le métrage, je pense qu’à ce stade vous aviez déjà compris que les cimetières ne risquaient pas de se vider… Alors, Une Vierge chez les Morts-Vivants, une vaste arnaque de la part d’un Franco voulant surfer sur le succès des aventures gore de Romero ? Oui et non…

 

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Non car Franco n’a en fait jamais eu l’intention de faire un film d’horreur avec ce projet, à la base titré La Nuit des Etoiles Filantes et voulu comme une production poétique. Un film tenant par ailleurs énormément au réalisateur, pourtant pas toujours tendre avec ses propres méfaits, produit par le Liechtenstein et peu à peu dénaturé par ses distributeurs consécutifs. Une première fois en étant rebaptisé Christina, Princesse de l’Erotisme, un retitrage mensonger organisé par les petits malins de chez Eurociné, qui y allèrent de leurs séquences aussi coquines qu’additionnelles avec Alice Arno (La Comtesse Perverse) pour justifier un titre plus sexy. Et ce n’est pas tout puisqu’au début des années 80, alors que le zombie avait le vent en poupe, il fut décidé de profiter du titre très inadapté Une Vierge chez les Morts-Vivants pour tourner de nouvelles scènes et les inclure dans le film d’origine. C’est Jean Rollin qui s’y colla, Marius Lesoeur, patron d’Eurociné, lui ayant fait croire qu’il allait tourner des bouts d’essai pour un petit Z à zomblards totalement original. Mais les séquences en question furent bien évidemment collée au boulot de Franco et revendues à Charles Band, qui distribua le résultat aux USA via sa société Empire. Fiou, que de mésaventures pour un seul et même film ! Bien entendu, le pauvre Jess n’était guère ravi de ces modifications et y allait d’ailleurs de ses reproches envers Jean Rollin, le réalisateur hispanique ne trouvant satisfaction que lorsque la société d’édition Redemption sortit la pelloche telle qu’elle avait été conçue à l’origine. Alors évidemment, les bisseux à la recherches de plaisirs outranciers à la L’Enfer des Zombies en seront pour leurs frais avec cet article mal vendu, plus à placer au rayon « art et essai » qu’horreur. Si Franco tente de développer une ambiance étrange, désagréable et inquiétante, il vise surtout l’onirisme. Son récit n’a ainsi aucun sens et se présente comme un assemblage de scènes formant au final un mauvais songe ou un délire biscornu, une aventure vaporeuse dans laquelle on ne se jette pas avec l’envie de voir une histoire se référant aux règles hollywoodiennes.

 

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L’intérêt d’Une Vierge chez les Morts-Vivants, ou plutôt de La Nuit des Etoiles Filantes, se trouve clairement du côté pictural de la force. Dans ces décors incroyables, dans cet érotisme classe, dans cette ambiance à part, dans cette nature séduisante (très beau ce lac aux nénuphars) et dans cette vision très littéraire du fantastique. Si tout cela ne correspondra certainement pas aux attentes de tous les fantasticophiles et est à réserver aux plus ouverts des bissophiles, il sera impossible de ne pas reconnaître que le maître emballe quelques plans magnifiques. Ainsi, aussi drôle soit le principe du Grand Phallus, le plan le montrant est tout bonnement splendide, à l’image de ces clichés revenant sur une Christina offerte à sa cousine armée d’une lame lors d’une messe noire. Qu’importe dès lors si on ne comprend pas tout, le mystère faisant au contraire partie intégrante de l’univers de Franco ! Bien sûr, les fans du gaillard seront ravis de retrouver un casting ayant déjà navigué dans les eaux Francquiennes : Howard Vernon qu’on ne présente plus, la décidément très belle Christina Von Blanc (Les Vierges et l’Amour, Bloody Moon dans un rôle furtif), la chaude Britt Nichols (La Fille de Dracula, Dracula prisonnier de Frankenstein), Rosa Palomar (Quartier de Femmes), Paul Muller (Les Amants d’Outre-Tombe dans les non-Franco) ou encore Anne Libert (La Fille de Dracula). A réserver aux amateurs de l’artiste, c’est certain, mais ceux-là seront clairement ravis par ce drôle de voyage hallucinatoire.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Jess Franco
  • Scénario : Jess Franco
  • Production : Robert de Nesle, Marius Lesoeur, Karl Heinz Mannchen
  • Titre Original: La Nuit des Etoiles Filantes
  • Pays: France, Liechtenstein,…
  • Acteurs: Christina Von Blanc, Howard Vernon, Britt Nichols, Paul Muller
  • Année: 1973

A lire aussi la chronique du film sur Scopophilia!

4 comments to Une Vierge chez les Morts-Vivants

  • Roggy  says:

    Avec tous ces titres alternatifs on s’y perd. Malgré tout, tu m’as donné envie de plonger dans le lac de nénuphars. Surtout qu’ici, on approche les 40 degrés…

  • Glock Track  says:

    Jean Rollin y avait participé me semble t’il.
    Merci pour tes chroniques

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