La Malédiction de la Momie

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C’est fini les bains de boue pour Kharis, une fois de plus réveillé par un grand prêtre aux sombres intentions ! Mais pour son ultime aventure, notre chère momie aura les honneurs d’être accompagnée par Ananka, sa chère dulcinée. Du moins si Râ le veut…

 

 

Besogneux, le vieux Kharis ! Alors que la plupart des monstres de la Universal se contentaient d’un ou deux tours de piste avant de partir dans les crossovers, notre tas de bandelettes préféré continue son petit bonhomme de chemin en solo, à son aise. Seule la fratrie Frankenstein sera parvenue à poursuivre sa franchise aussi longtemps, le loup-garou ne bénéficiant que d’un opus en solo tandis que Dracula passera vite le relais à sa fille et son fiston. Quant à la créature du lac noir, si elle bénéficiera dix ans plus tard de trois films à sa gloire, cela en fait tout de même un de moins que Kharis. Alors notre servant d’Anubis et compagnie, une valeur sûre, une icône immortelle du fantastique ? D’un point de vue financier, sans doute, mais du reste, les quatre volets consacrés au monstre dénué de chair n’ont jamais vraiment fait trembler les amoureux du cinéma gothique à la Universal, qui préfèrent généralement le volet de Karl Freund. Mais qu’importe pour Ben Pivar, producteur de cette Malédiction de la Momie, ultime méfait de notre héros de poussière, le but étant de tirer sur les bandages jusqu’à ce qu’ils cassent ! Si Lon Chaney Jr. reste dans le rôle de la menace venue du pays des chameaux et que Jack Pierce rempile pour enlaidir l’acteur, le reste de l’équipe part vers d’autres terres. Plus de George Zucco notamment, le comédien présent depuis le début de la saga brillant ici par son absence. Plus de Reginald Le Borg non plus, réalisateur méritant ayant insufflé un peu de peps au Fantôme de la Momie, le précédent volet. Pour le remplacer, Leslie Goodwins, personnage ayant énormément officié pour la télévision et plutôt rarement pour le cinéma fantastique, The Mummy’s Curse restant d’ailleurs son film le plus connu, le reste de son œuvre versant plutôt dans la romance et la légèreté. Dans tous les cas pas dans les squelettes égyptiens étranglant tous les vieillards qu’ils croisent !

 

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S’il y a un reproche que l’on ne peut pas faire à la saga Kharis, c’est de se foutre de sa continuité. Certes, il y a des accrocs, comme ici le fait que l’action soit délocalisée en Louisiane (contre le Massachusetts auparavant) sans qu’aucune explication ne soit donnée, n’empêche que chaque séquelle prend en compte le film précédent. Et repousse à chaque fois un peu plus loin la période à laquelle se déroulent les évènements. Il est en effet précisé que La Malédiction de la Momie prend place 25 ans après Le Fantôme de la Momie, dont les évènements se déroulaient dans les années 70. Sortez pas vos calculatrices, cela signifie que le présent métrage a lieu dans les nineties, ce qui ne se voit bien évidemment pas puisque le tournage a eu lieu en 44 et qu’aucun effort pour imaginer le futur ne fut fait par les réalisateurs. Valait mieux pour le film même si cela aurait sans doute occasionné un beau fou-rire pour les spectateurs futurs, donc nous ! Mais revenons-en à nos scorpions : plus de vingt piges sont passées et Kharis dort toujours au fond des marécages dans lesquels il est allé chercher un peu de repos avec la dépouille d’Ananka, qu’il portait à bout de bras dans l’épisode précédent. Mais il ne va pas y rester longtemps car un nouveau prêtre égyptien débarque pour les réveiller, lui et son amoureuse, et les ramener dans leur pyramide. Problème : si Kharis a toujours les idées bien en place et est toujours disposé à faire ce qu’on lui dit, il n’en va pas de même pour Ananka, ressuscitée en une jeune femme totalement perdue. Elle finit par tomber dans le campement d’un docteur et d’une entreprise drainant les marécages, forçant le monstre de tissu à aller la chercher… Encore une fois, mais c’est habituel dans la saga, les péripéties de Kharis ne brillent pas par leur originalité et il est permis d’avoir la sensation de manger encore et encore le même plat à base de sable fin et de sauterelles. On ressent d’ailleurs qu’on en est à la quatrième variation du même récit et l’on sent notre momie plus asséchée que jamais, exsangue au possible et dénuée de surprises… La voir serrer la glotte de nouvelles victimes ne fait plus vraiment d’effet, il faut bien le dire…

 

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Ce n’est pourtant pas faute de tenter de recentrer le récit sur Ananka, demoiselle en péril apportant le malheur autour d’elle puisque là où elle va, Kharis va. Et qui elle croise, Kharis estourbit. Une pauvre fille donc, totalement inconsciente de la situation dans laquelle elle se trouve, quand bien même quelques flashes de ses vies antérieurs reviennent pour aiguiller ses amis sur son statut de princesse égyptienne. Malheureusement, ce coup a déjà été fait par Reginald Le Borg dans The Mummy’s Ghost et il est bien difficile de s’extasier pour les nouvelles déconvenues d’Ananka, tout comme on commence à soupirer un peu à l’idée de faire connaissance avec un nouveau prêtre diabolique sorti des cuisses de Seth. D’autant que celui-ci, incarné par Peter Coe (également dans La Maison de Frankenstein), se montre aussi fade et linéaire que possible, se contentant d’être l’habituel félon trahissant son monde parce que son grade l’y oblige. Pas de développement, de caractère, juste un méchant de base servant son potage aux feuilles de Tana pour que Kharis parte dégommer la pomme d’Adam d’éventuels gêneurs. Allez donc vous exciter avec ça ! Et ne comptez pas sur les héros pour remonter le niveau, mis à part un vieux gus s’énervant tout le film, on se retrouve avec les habituels gendres parfaits et belles secrétaires inutiles, des protagonistes d’ailleurs seulement présents pour faire nombre. Trop élevé, d’ailleurs, le nombre en question, La Malédiction de la Momie s’embarrassant d’une incroyable masse de personnages ne servant, pour la plupart, strictement à rien. Et encore, si ce n’était que ça : le fait que Goodwins et son scénariste Bernard Schubert (le Mark of the Vampire avec Lugosi) multiplient les zigs fait que le métrage, déjà pas bien long (60 minutes, déjà presque trop longues, surtout lorsqu’on nous balance encore 10 minutes résumant les épisodes précédents), finit par manquer de place pour présenter les rares à avoir un minimum d’intérêt. Comme ce servant au service du prêtre diabolique, plus intéressé à l’idée de draguer la jolie fille du coin que de rester aux ordres de son maître. Un traître en puissance que l’on verra néanmoins fort peu dans le résultat final alors qu’il fait office de ressort dramatique en fin de bobine… Des mauvais choix ont donc été pris lors de l’écriture, comme celui de perdre un temps précieux dans une buvette à écouter une française chanter…

 

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Et niveau réalisation ? Disons que Goodwins fournit un travail correct mais loin d’être exceptionnel. Il emballe quelques très belles séquences (le réveil d’Ananka), sait mettre en valeur les quelques décors gothiques ou mystiques (joli monastère en ruine dans lequel séjourne Kharis), mais se contente la plupart du temps d’une mise en scène scolaire, plus pratique qu’artistique. Il faut dire qu’il n’y a pas de quoi être très motivé à l’idée de filmer les marécages lorsque l’on se retrouve sur un film de momies… Etrange choix, là encore, que celui de situer l’action en Louisiane alors que le gros point fort des pelloches avec des monstres sortis de leurs sarcophages est justement l’exotisme et la ténébreuse aura mystique les entourant. Les pyramides, les tombes, les labyrinthes, les sphinx, tout le bordel qui dépayse, quoi ! Alors que la boue, les bicoques en bois et les vieux arbres, on peut les voir n’importe où… Pour sûr que ça coûte moins cher que de reconstituer la Vallée des Rois, n’empêche que ça impressionne beaucoup moins aussi. L’ensemble reste néanmoins regardable pour qui aime l’épouvante à l’ancienne mais inutile de souligner le fait que tout ceci est loin d’être indispensable. A vrai dire, The Mummy’s Curse est plus intéressant d’un point de vue historique, d’une part car il marque le moment où Lon Chaney Jr. plongera de plus en plus dans ses bouteilles, au point de faire flipper l’actrice qu’il devait porter. D’une autre car le masque créé par Jack Pierce est la dernière trace du maître encore existante, gardée bien au chaud dans la collection de Bob Burns, gros collectionneur d’objets d’époque utilisés sur les tournages. Pour le reste, pas grand-chose à voir même si ce n’est bien évidemment pas honteux. Le blu-ray édité chez Elephant Films sera donc plutôt conseillé aux fans absolus de la Universal.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Leslie Goodwins
  • Scénarisation: Bernard Schubert
  • Production: Ben Pivar pour Universal Pictures
  • The Mummy’s Curse
  • Pays: USA
  • Acteurs: Lon Chaney Jr., Peter Coe, Virginia Christine, Kay Harding
  • Année: 1944

2 comments to La Malédiction de la Momie

  • Roggy  says:

    Apparemment, le filon égyptien s’essouffle. Il faudrait peut-être changer les bandelettes et soigner cette Kharis qui commence à faire souffrir notre Rigs du fin fond de sa crypte toxique 🙂

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