Poultrygeist : Night of the Chicken Dead

Category: Films Comments: 3 comments

Uncut Movies se lance dans la restauration et n’espérez pas de leur part de simples cheeseburgers ou des hot-dogs tout ce qu’il y a de plus banal. Avec leur menu Poultrygeist, vous aurez plutôt droit à des ailes de poulet mutant, à de la peau de coq radioactif ou à des crêtes venimeuses. Et en guise de petit jouet, une petite figurine de Lloyd Kaufman, bien sûr !

 

 

Au début des années 2000, Lloyd Kaufman était plutôt maussade. Celui qui créa le Toxic Avenger et livra des bennes entières de VHS trash n’était en effet pas dans la situation qu’il se projettait lorsqu’il se lança dans l’univers cinématographique. Alors qu’il lui était légitime de s’imaginer bien tranquille dans son fauteuil de président du studio Troma à signer des chèques, l’oncle Lloyd était en fait dans la cave de leur immeuble à affronter rats et cafards pour sauver les reliques (posters, t-shirt promo et compagnie) entassées au fil des ans. C’est qu’un Mc Donald avait fini par élire domicile non loin du QG de la bande au Sergent Kabukiman et, depuis lors, la vermine s’était frayée un chemin jusqu’à ces fameux locaux, forçant Kaufman à se changer en femme de ménage, le boulot étant de ceux qu’aucun de ses employés ne pourrait accepter. Si l’expérience a laissé le réalisateur de Class of Nuke’em High amer vis-à-vis de sa réussite (comme il le dit lui-même, peu de chances de voir un jour Harvey Weinstein le balais en main pour tenter de sauver les posters Scream d’une inondation dans les bureaux de Miramax), elle lui a aussi fourni de la matière à un futur film. Et si, pour se venger, Kaufman se payait les fast-foods dans une nouvelle comédie horrifique ? D’ailleurs, en 2002 le nabab des dépotoirs radioactifs finit par recevoir le script de Poultrygeist, écrit par Daniel Bova puis Gabriel Friedman (un habitué de Troma pour sa part). Après deux longues années de réécritures, la petite bande est enfin prête à faire rugir les moteurs, non sans de sérieux problèmes d’organisation. Pécuniairement, l’affaire ne se déroule pas franchement comme prévu et Troma a tant de mal à réunir le fric nécessaire au tournage que Kaufman et son épouse sont forcés de taper dans leurs économies. D’ailleurs, le studio sera grandement mis en difficultés après la sortie du film, Poultrygeist laissant la Troma fauchée de chez fauchée… Et le tournage ne fut d’ailleurs pas de tout repos comme le relate l’excellent documentaire Poultry in Motion : manque de flouze, donc, mais aussi des effets spéciaux qui ne fonctionnent pas, des comédiens qui se détestent (Debbie Rochon et le premier rôle féminin Kate Graham ne se supportaient pas), retards pris chaque jour sur le planning,… Toute la bonne volonté des quelques 300 fans de Troma venus à leurs frais des quatre coins du monde n’ont pas suffi pour éviter au tournage de devenir un véritable enfer, les tensions venant également des conditions plutôt spartiates dans lesquelles les bénévoles furent plongés. Une église en ruines fut en effet louée pour loger tout ce beau monde et environ 70 personnes ont été forcées de partager une seule et unique salle de bain… Je peux vous dire qu’il y en a qui ont chié dans des sacs en papier… Reste que malgré cette montagne de difficultés, le film est là et bien là, sorti en 2006 et disponible depuis peu en DVD chez nos amis d’Uncut Movies.

 

poultry1

 

Arbie est un jeune mec comme les autres : il aime bien le cul, surtout celui auquel il participe activement. Ainsi, lorsqu’il parvient enfin à serrer sa petite copine Wendy dans le vieux cimetière indien, il est bien évidemment heureux comme un gosse à la Saint Nicolas. Et tant pis si les esprits des amérindiens sont toujours en colère et tentent d’attaquer ceux qui ont le malheur de venir faire un pique-nique à côté de leurs tombes, le principal c’est d’avoir le biscuit bien trempé ! Malheureusement, l’amour sera de courte durée pour Arbie : une fois entrée à la fac, Wendy se laisse influencer par ses copines lesbiennes, des activistes manifestant contre la destruction du fameux cimetière sur lequel est désormais construit un fast-food branché volaille. Plutôt vexé de voir sa dulcinée plaquer sa frite pour une moule, Arbie se venge en devenant un employé du resto en question. Pas contents non plus les esprits des peaux rouges, nos mohicans n’appréciant guère que l’on bousille leurs tombes et que les gérants de la gargote balancent leurs restes aux ordures. Histoire de refiler la courante de leur vie aux clients venus se curer les dents avec des os de poulet, les sioux hantent les œufs servant à la préparation des menus, transformant les boustifailleurs en de monstrueuses poulailles… Vous le savez, Troma, je suis plutôt du côté des partisans. Regardez un peu le nom du site sur lequel vous avez atterri et venez me dire que vous pensez que je suis pas un pote à Toxie. On ne va donc pas se mentir, vous et moi : Poultrygeist, c’est ma came et pas qu’un peu. Inutile dès lors de passer trois ans à vous expliquer qu’on tient là un modèle de Série B branchée système D (ou une série Z de luxe, c’est au choix), inventive au possible et pourvue de sacrés moments de bravoure. Dont l’invasion du fast-food par une horde de poulets humanoïdes sacrément énervés et bien décidés à faire un carnage pas possible : clients découpés en rondelles, jeune homme se retrouvant avec deux œufs en guise de nibards (ah le poulet aux hormones, faut se méfier !), œufs éclosant pour laisser deux tronches de poussins démoniaques surgir, visages arrachés puis mangés par nos tronches de bec, zigounette géante en forme de tête de coq s’attaquant de manière perverse à la jeune Wendy, type changé en œuf géant laissant naître un gros mutant à plumes, consommateur devenu consommation lorsque des cousins déments de Daffy Duck l’éventrent, figure découpée en tranches comme du jambon et décapitations diverses et variées. Sans compter sur la désormais légendaire chiasse carabinée de ce bon vieux Joe Fleshaker, qui nous a malheureusement quittés il y a peu et que l’on regrette fort, le gros bonhomme repeignant les chiottes couleur Nutella avant… de se chier lui-même ! Un film contenant autant de prouesses trash et gore ne peut qu’être réussi et mériter son trône au panthéon du trash loufdingue, c’est une évidence, et si vous ne le possédez pas dans votre DVDthèque, vous êtes bon pour finir dans une Magic Box de chez Quick !

 

poultry2

 

Dans notre petit univers cinéphilique, on trouve généralement deux types de fans. Les plus répandus sont ceux qui aiment par avance tout ce que leurs idoles sont prêtes à leur refourguer, ceux avec la bouche grande ouverte pour avaler de la semence sans même se demander si elle a ce léger goût sucré qu’ils aiment tant d’ordinaire. Les moins répandus sont ceux qui, au contraire, seront plus durs avec leurs idoles et attendent bien évidemment l’excellence de leur part, ne laissant rien passer, prêts à leur cracher à la tronche en cas de faux pas. Etant de cette deuxième portée, je ne m’agenouille donc pas forcément devant le dieu Troma bien que je sais le vénérer à l’occasion et j’ai saisi l’occasion offerte par Uncut Movies de revoir Poultrygeist pour dépasser un peu cette excellente première impression faite par le film pour le décortiquer un peu comme une dinde. Et me rendre compte que si l’on tient là une petite production incroyablement généreuse et impressionnante (les effets sont souvent très bons), elle n’est pas pour autant dénuée de défauts. Passons les problèmes habituels des productions Troma comme des acteurs à l’ouest (bien souvent la faute d’un Kaufman dont la direction d’acteur est visiblement calquée sur les cartoons) ou un premier rôle insupportable (Albie est à baffer avec une planche cloutée) pour nous concentrer plutôt sur le gros problème de rythme du métrage, pour ainsi dire scindé en deux parties. L’horreur est ainsi contenue en grande majorité dans la seconde, lorsque les poulets infernaux se rebiffent et décident d’inverser le cours de la chaîne alimentaire, cet incroyable délire durant dans les 40 bonnes et grosses minutes. Un incroyable boxon qui finit par être un peu exténuant et, malheureusement, en empilant le trash le plus taré jusqu’à en créer un monticule indépassable, Kaufman finit un peu par nous désensibiliser. Ainsi, lorsque surgit le dernier mutant, en si mauvaise santé qu’il finira par pourrir sur place et exploser de lui-même, cela ne nous fait finalement plus autant d’effets, le trop grand nombre de séquences du genre finissant par jouer contre le métrage. On se demande dès lors pourquoi le vieux Lloyd n’a pas déménagé quelques-unes de ces scènes dans sa première partie, un peu longuette et surtout constituée de chansons. Car Poultrygeist a beau être une ode au gore le plus impoli, il est aussi, et peut-être surtout aux yeux de son géniteur, une comédie musicale.

 

poultry4

 

Car qui s’intéresse de près à la Troma sait que Kaufman n’est pas un grand amateur de films d’horreur et que s’il verse dans le genre, c’est principalement parce que Toxic Avenger et Class of Nuke’em High ont mieux fonctionné que ses comédies polissonnes, type Squeeze Play. Bref, si Lloyd n’a rien contre le genre, ce n’est pas forcément la came qu’il snifferait tous les soirs non plus, ses goûts étant nettement plus variés que ce que l’on pourrait imaginer. Ainsi, l’arrivée de mélodies dans Poultrygeist découle très certainement de son envie de filmer autre-chose que des dindons en train de dégueuler du liquide verdâtre. En somme, notre auteur s’est fait plaisir en caviardant son œuvre de chansonnettes, souvent longues et inutiles il faut bien le dire. Bien chantées, pas dérangeantes non plus (sauf si, comme moi, les comédies musicales vous sont aussi agréables que de voir un camion se garer sur vos roustons), elles ralentissent tout de même beaucoup l’intrigue sans la développer des masses, les paroles vouées à présenter plus efficacement les protagonistes ne font jamais que souligner ce que l’on savait déjà… Les hymnes sont ainsi un pur plaisir hédoniste pour Kaufman et s’ils servent la pelloche à obtenir une vraie identité, ils posent tout de même un léger problème de rythme. De même, on regrettera le manque de soin apporté au scénario, la structure étant clairement passée à la trappe pour miser un paquet sur les chansons et l’aspect satyrique de l’entreprise. Jadis, Troma créait de vrais films avec un aspect décalé, avec Poultrygeist l’équipe livre un décalage filmique intégral sur lequel on a finalement peu de prises. L’intrigue est en effet assez mince et se résume à Albie tentant de reconquérir Wendy tandis que les pilons de poulet font les cons et dégueulassent tout sur leur passage. Dès lors, pour que ce maigre principe tienne sur 100 minutes, Kaufman allonge à l’excès certaines séquences (surtout les chantées) et se lance dans de gros tunnels de dialogues, pas toujours très inspirés ni drôles, malheureusement. Le catalogue Troma n’a jamais été connu pour être hilarant en lui-même et son succès tient principalement de ce mélange entre second degré, débrouillardise, insolence et gore crado. Et on a un peu la sensation qu’avec Poultrygeist, la maison toxique commence doucement mais sûrement à s’auto-parodier.

 

poultry5

 

Heureusement, sans doute de très mauvais poil lors de l’écriture, Kaufman fait passer la pilule d’un scénario un peu simpliste en crachant son venin… sur à peu près tout le monde ! Les grandes enseignes branchées malbouffe, bien évidemment, puisque le réalisateur prend un malin plaisir à les montrer prêtes à toutes les saletés. Les cuisines sont dégueulasses et la bouffe en mauvais état ? Pas grave, le consommateur n’y verra que du feu ! Le but est bien évidemment de servir de la merde en grande quantité pour récupérer les billets verts aussi rapidement que faire se peut. Mais Uncle Lloyd n’épargne certainement pas les fameux clients venus prendre quelques kilos en avalant du poulet avarié, les hordes de gros mangeurs étant tous présentés comme des demeurés ne se posant pas la moindre question quant à la qualité de la nourriture qui leur est présentée. Le Romero des seventies n’est pas loin tant la population est ici présentée comme des zombies faisant la file parce qu’on leur a dit de la faire… Et les manifestants ne sont pas mieux lotis puisque croqués comme des ados mécontents de voir les fast-foods pousser un peu partout, ce qui ne les empêche pas de changer de camp en deux secondes lorsqu’ils ont enfin goûté à la fameuse bouffe, devenant instantanément des consommateurs comme les autres. En somme, les idées et idéaux sont particulièrement périssables et l’important est surtout d’avoir une bonne image, celle de quelqu’un combattant les grandes entreprises vénérant Satan (un terme que Kaufman reprend plus que de raison dans ses propres bouquins, par ailleurs…). Quant à la sexualité, elle n’est qu’une mode, Troma pointant encore une fois du doigt les contradictions de jeunes gens ne sachant visiblement pas à quel sein se vouer. L’homosexualité, l’hétérosexualité, tout cela n’est finalement que des tendances interchangeables. Notons que si Kaufman s’amuse de voir ces groupes de personnes débiter des conneries et se trouver des causes à défendre alors qu’ils ne savent eux-mêmes pas qui ils sont, il se garde bien de les mettre sur le bûcher. Contrairement au chef de la ligne de restaurants spécialisés dans la volaille, un véritable pourri manipulant son monde, ancien chef du Ku Klux Klan et s’asseyant sur la santé des autres tant qu’il peut récolter la monnaie à la fin de la journée.

 

poultry3

 

Poultrygeist se retrouve donc un peu coincé entre deux identités, comme s’il y avait deux films en un : à ma droite un film engagé de la part d’un Kaufman énervé d’avoir été forcé de plonger les doigts dans la merde de rat, à ma gauche une Série B bien obligée de récupérer sa mise et par extension satisfaire les fans du studio en alignant les passages dingues. Le mariage se fait donc plus ou moins bien selon les parties, l’inspiration allant et venant au fil du récit. Mais que ces réserves ne vous tiennent pas éloignés de la dinguerie ici présente : elle reste revigorante et contient son lot d’excellents moments, voire de gags que l’on ne peut trouver que chez ces tarés de Tromites. Comme celui de cette demoiselle musulmane, voilée de la tête au pied, et qui finira par utiliser les explosifs cachés sous sa robe… pour sauver ses amis en faisant sauter le resto. Fallait oser ! L’amateur sera en tout cas en terrain connu et retrouvera l’inévitable petit rôle (pas si petit que ça, d’ailleurs) de Kaufman, le caméo de Ron Jeremy et l’habituel plan de cette cascade en voiture, running gag présent dans chacune des productions du studio. Encore une fois, on tient là un divertissement définitivement « autre », disponible dans la belle édition d’Uncut Movies, qui nous offre quatre cartes collector qui vous serviront certainement lorsque viendra le moment de souhaiter vos bons vœux à la nouvelle année. Immanquable !

Rigs Mordo

 

poultrygeistposter

 

  • Réalisation: Lloyd Kaufman
  • Scénarisation: Daniel Bova, Gabriel Friedman et Lloyd Kaufman
  • Production: Troma Entertainment
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jason Yachanin, Kate Graham, Robin L. Watkins, Lloyd Kaufman
  • Année: 2006

3 comments to Poultrygeist : Night of the Chicken Dead

  • Roggy  says:

    D’habitude, j’aime bien le poulet mais cette version du pilon tromatique m’est resté quelque peu sur l’estomac. Dans un autre style moins Troma, avec des nuggets contaminés, je préfère l’excellent « Cooties ».

  • Roggy  says:

    Tous les goûts du poulet sont dans la nature 🙂

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>