L’Avion de l’Apocalypse

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En 1980, Umberto Lenzi a décidé de sortir de table pour un instant et quitter les banquets de ses amis anthropophages (il y reviendra, de toute façon !) pour aller gambader avec des infectés. Et ce bien avant que ce soit à la mode ! Mais est-ce que le culte L’Avion de l’Apocalypse mérite pleinement son décollage vers l’Olympe des films bis ?

 

 

Umberto Lenzi, le couteau-suisse du cinéma d’exploitation de la Botte ! C’est bien simple, le gaillard a versé dans tous les genres : il a vidé des chargeurs dans le polar (Brigade Spéciale), a organisé des barbecues pas comme les autres (Cannibal Ferox), a aidé des costauds à se bastonner en pleine Antiquité (Hercule contre les Mercenaires), s’est habillé de son beau smoking pour faire de l’ombre à 007 (Super 7 appelle le Sphinx), a suivi les méfaits de quelques agités de l’opinel (Le Tueur à l’Orchidée), a tapé dans l’action bas du front (Detective Malone), s’est acoquiné avec les cousins du Cimmérien (La Guerre du Fer) et a même suivi les exactions d’un super-vilain (Kriminal). Un touche-à-tout, le Lenzi, et nous ne serons pas surpris de le croiser dans les vieux cimetières, en train de tenter de réveiller les morts. D’autant qu’à l’époque, les zombies avaient la cote en Italie après la sortie du Zombie de Romero et de L’Enfer des Zombies de Fulci. Ainsi, on lui proposa le projet Incubo sulla città contaminata (1980), une pelloche italo-espagnole produite par Luis Méndez (La venganza de la momia et son Paul Naschy momifié, d’ailleurs si un éditeur pouvait nous le sortir ça nous ferait bien plaisir, à bon entendeur !) et Diego Alchimede (Hercule contre Moloch). A vrai dire, c’était d’abord Enzo G. Castellari que l’on trouvait dans le viseur des producteurs mais le réalisateur de La Mort au Large n’étant pas branché cadavres ambulants (il avait déjà refusé L’Enfer des Zombies), c’est vers un Umberto aux airs de mercenaire de la pellicule que se tournèrent les décideurs. Sur base d’un scénario torché par trois plumes (Antonio Cesare Corti, Luis María Delgado et Piero Regnoli), Lenzi nous concocte une pure bisserie ayant acquis, au fil des ans, un statut enviable d’œuvre culte, autant pour ses qualités trash que pour ses défauts rigolos. Pour dire, il a été annoncé il y a peu que le grand Tom Savini s’apprêtait à emballer un remake, vendu sous le titre ricain de l’original : Nightmare City. Voilà qui donne envie de se repencher sur l’original…

 

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Alors qu’il est envoyé couvrir l’arrivée à l’aéroport d’un scientifique de renom, le journaliste Dean (le Mexicain Hugo Stiglitz, choisi pour vendre le film plus facilement sur les territoires hispaniques alors qu’étaient prévus Fabio Testi ou Franco Nero) se retrouve surtout à chroniquer l’arrivée d’un avion sorti de nulle part. Et qui sort du coucou métallique ? Une horde d’infectés, bien évidemment ! Et les salauds ne tardent pas à répandre leur virus dans toute la ville, très vite changée en un champ de bataille pas possible, où les fous défigurés sprintent dans tous les sens, lame en main, pour élargir quelques nuques et récolter l’hémoglobine qui en coule. Car comme de juste, ces affamés ne boivent pas du Gini et préfèrent se soûler aux globules rouges… Dean pique en tout cas un petit stress pour son épouse, une infirmière (Laura Trotter, de Miami Golem) en pleine opération lorsque les tarés envahissent les urgences. Et parallèlement, les gradés de l’armée (dont Francisco Dagon Rabal et Mel Le Crocodile de la Mort Ferrer) tentent de contenir comme ils peuvent cette horrible invasion… Le moins qu’on puisse dire c’est que Lenzi était particulièrement énervé lorsqu’il mit en boîte Incubo. Oubliez les zomblards trainant la patte ou rampant, ici les contaminés courent comme des dératés et se comportent comme des hooligans déçus de la défaite de leur équipe favorite : ils égorgent, plantent, tranchent et griffent comme à une bonne manif’ ! Et vu que dans Nightmare City ils ont pas Valls et Hollande pour calmer les esprits, bah ça continue encore et encore et ça ne redescend jamais vraiment. Lenzi mise sur un rythme soutenu et multiplie les scènes d’action, certes branchées fantastique et gore puisque concernant de vilains corps en putréfaction, mais de l’action quand même. Les balles fusent dans tous les sens, un peu en vain puisque les infectés ont développé une sacrée endurance : s’ils ressentent toujours la douleur, les pourris ne rejoignent pas facilement la tombe.

 

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Inutile de rappeler ici que le surestimé 28 Jours Plus Tard (sympa sans plus) n’a rien inventé et que Lenzi était dans la place bien avant Danny Boyle. L’Avion de l’Apocalypse, titre relativement mensonger vu que l’on ne voit guère l’engin volant dans la pelloche, est donc assez avant-gardiste, que ce soit dans son mélange entre bourrinage et horreur ou la nature de sa menace. Si l’idée de remplacer les habituels zombies lents par des malades parés pour les jeux olympiques assure une certaine variété et évite la comparaison avec les Zombi 2 ou les films de Romero (malgré des points communs, bien sûr) et permet une cadence nettement plus haletante, cela ne va pas sans défauts non plus. Ainsi, à appuyer sur le champignon constamment, Lenzi finit par donner la sensation que son récit se résume à une énorme scène d’action, les quelques accalmies étant trop courtes pour diversifier le tempo du métrage. Le spectateur ne fait pas un tour de grand huit avec Incubo, ne vit pas de hauts et de bas, et se retrouve dans une auto-tamponneuse certes amusante mais au trajet un peu trop tracé pour permettre des surprises. D’ailleurs, le scénario ne réserve aucun étonnement, si ce n’est lors d’un petit twist final aujourd’hui commun mais à l’époque assez original et osé. Pour le reste, on déplorera le manque de but de l’ensemble des personnages, dont le seul objectif semble être de survivre. Malheureusement, Lenzi croque une situation tellement désespérée qu’il ne laisse guère planer le doute sur les chances de réussite des quelques protagonistes principaux. Rien de mal à cela, bien sûr, mais force est de constater que cette assurance quant à la conclusion ne laisse pas le temps au suspense de s’installer. On me dira, à raison, que le cinéma bis est moins centré sur ses délices scénaristiques que sur ses ingrédients outrageux, soit le sang dans le cas présent. Problème : si Nightmare City est sanglant durant toute sa durée, il n’est véritablement gore que dans son généreux final, une excellente scène dans un parc d’attraction vidé de toute sa vie. Avant ces tronches qui explosent et ces moumoutes qui s’envolent, on devra principalement composer avec de simples filets de sang s’écoulant de gorges à peine blessées… Un peu frustrant, il faut bien le dire.

 

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On se rattrapera cependant avec les looks des monstres, pour le moins… rustiques. On ne sait pas trop si on a affaire à des hommes-pizzas ou des zombies lorsque l’on se rend compte que le maquillage ressemble à du fromage brûlé ou à des vieilles croutes, tout comme on est surpris de découvrir certains infectés avec ce qui ressemble à des épinards sur la gueule. On rigole un peu, bien sûr, même si ces déjantés ne sont pas ce qu’il y a de plus risible dans L’Avion…, certains seconds rôles se montrant si mauvais comédiens qu’en comparaison les morts-vivants semblent mûrs pour les Golden Globes ! Mention spéciale à Maria Rosaria Omaggio, dans la peau d’une artiste faisant des tronches flippantes dans de la glaise, incapable d’émettre la moindre émotion sans en faire des caisses et des caisses. On s’amusera également de quelques scènes très bis, comme l’arrivée des zombies dans une salle d’opération. Et si vous pensez que le vieux chirurgien alors à l’œuvre va se laisser impressionner par ces sagouins aux faces d’hamburger ayant trop séjourné dans des micro-ondes, vous vous enfoncez le bras entier dans l’orbite. Le praticien utilise au contraire ses talents cachés de ninja pour envoyer son bistouri à la face d’un gredin moisi, comme les guerriers nippons distribuent les shurikens ! On notera aussi un doublage français particulièrement loupé, les comédiens prêtant leurs voix changeant parfois de ton au sein même d’une même phrase, comme s’ils étaient indécis sur le timbre à donner à certains personnages !

 

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Des détails rigolos de ce type, l’œuvre de Lenzi n’en manque donc pas, vous l’aurez compris. De là à parler de nanar intégral, il n’y a qu’un pas que je me garde bien de franchir. La réalisation est à ce titre plutôt réussie, la photographie soignée et on n’a jamais la sensation d’être face à une série Z (d’autant que les décors sont en grand nombre et ne font pas fauchés). Enfin, si l’on met de côté les maquillages plutôt limites des revenants, bien sûr… Mais je n’irais pas non plus parler d’un classique indémodable du bis concernant L’Avion de l’Apocalypse, bobine bien sympathique mais tout de même bien en deçà de certaines autres tentatives du même calibre comme les Fulci (évidemment), le plus séduisant Le Manoir de la Terreur ou les bien plus dingues livraisons de la paire Mattei/Fragasso. Tout du moins pour la version française! Car le DVD de Neo Publishing, s’il ne l’annonce pas sur sa jaquette, contient deux versions: la cut (la vf) et l’uncut (la VO). Cette dernière nous permet de découvrir ce que deviennent certains persos qui disparaissent purement et simplement dans la vf (un couple tué dans la nature) et nous offre une scène bien violente: une énucléation oculaire suivie d’une éventration. Autant dire qu’à choisir, autant se faire la version ritale…

Merci à Philippe Blanc pour son info sur la version uncut et à Jacques Coupienne pour ses vérifications!

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Umberto Lenzi
  • Scénarisation: Piero Regnoli, Luis Maria Delgado, Antonio Cesare Corti
  • Production: Diego Alchimede, Luis Mendez
  • Titres: Incubo sulla città contaminata
  • Pays: Italie, Espagne
  • Acteurs: Hugo Stiglitz, Laura Trotter, Mel Ferrer, Francisco Rabbal
  • Année: 1980

4 comments to L’Avion de l’Apocalypse

  • Roggy  says:

    Très bon papier pour ce film que j’aime vraiment bien au final avec ces zombies à la tête de pizzas. D’ailleurs, ça fait penser au tout premier épisode de la série « The Strain » de Del Toro avec son avion rempli de morts infectés.

  • freudstein  says:

    Tout a fait exact pour la version uncut du dvd neo…mais « l’avion de l’apocalypse » reste pour moi un souvenir émouvant des videos du début des eighties sous la bannière « super video production »,qui édita aussi le « blue holocaust » de d’amato et « zombi holocaust »…
    rahhh!!!que de souvenirs….sniff.

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