Le Fantôme de la Momie

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Si vous pensiez que la Universal en avait terminé avec la momie Kharis dans La Tombe de la Momie, vous vous trompiez lourdement ! Car celle-ci a beau laisser des trainées de poussières derrière elle, elle garde toujours une sacrée forme, ce qu’elle prouve dans cette bonne surprise qu’est Le Fantôme de la Momie.

 

 

Métronomique, la momie de la Universal, puisqu’elle sort de son sarcophage toutes les deux années : La Main de la Momie en 40, La Tombe de la Momie en 42 et Le Fantôme de la Momie en 44. Bonne promotion pour elle que celle de 44 par ailleurs, puisqu’elle se fendra également d’une petite Malédiction de la Momie la même année. On en a parlé il y a peu mais au risque de se répéter, La Tombe n’était pas franchement un classique du studio : la tentative d’élargir les aventures de Kharis était légitime et honorable mais le résultat n’avait définitivement rien d’exceptionnel. Sympathique, le film d’Harold Young l’était, mais on en gardera surtout l’image d’une séquelle paresseuse et particulièrement banale. Et osons le dire, les chances pour que ça change avec La Malédiction, troisième volet de la saga, étaient plutôt minces. C’est en tout cas à Reginald Le Borg (joli nom de Transformers) que revint l’insigne honneur de filmer un Lon Chaney Jr. récidivant dans la peau, ou plutôt les bandages, du monstre. Un réalisateur ayant eu sa petite heure de gloire durant deux ou trois décennies, passant les âges en offrant toujours quelques séries B au public. Citons Weird Woman (1944) pour lequel il retrouve un Chaney Jr. épousant une demoiselle très étrange (le titre l’avait pourtant prévenu !), The Black Sheep (1956) et son Basil Rathbone en savant fou triturant les cerveaux des autres pour guérir la tumeur de sa femme (notons un beau casting réunissant Lugosi et… Chaney Jr. une fois encore !) ou encore Diary of a Madman (1963) et son Vincent Price possédé par un esprit diabolique. Et on en passe, Le Borg pouvant se vanter d’avoir réalisé près de 90 œuvres, réunissant films et épisodes de séries télévisées. Un gars qui connait son travail et est donc plus que capable de coucher sur pelloche le script de The Mummy’s Ghost, rédigé à six mains. Celles de Brenda Weisberg (le Sherlock Holmes The Scarlet Claw), Henry Sucher (déjà sur The Mummy’s Tomb ainsi que Jungle Woman ou The Frozen Ghost) et enfin Griffin Jay (The Mummy’s Hand, Cry of the Werewolf). Des gâchettes rompues à l’exercice de l’épouvante ou du suspense livrant ici un scénario bien meilleur que ce à quoi nous nous attendions…

 

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Alors que le film précédent était plutôt linéaire et se résumait à Kharis traquant ses proies avant de finir par cramer dans une baraque, The Mummy’s Ghost tente comme il peut de changer le goût de la bouillie de scarabées. Les bases de la saga restent néanmoins les mêmes et l’attribut horrifique reste une épaisse momie passant lentement d’une victime à une autre pour accomplir une malédiction. Mais cette fois, on ne le lui demande pas réellement, le but du grand et vil prêtre égyptien (George Zucco rempile alors qu’on le croyait mort dans le précédent film. Rôle diffèrent mais même visage ? Allez savoir…) est cette fois de ramener Kharis et le corps de la princesse Ananka dans leurs pyramides. Car Kharis, contre toute attente, n’a pas péri dans l’incendie clôturant l’opus précédent et Ananka se repose tranquillement dans un musée en Nouvelle Angleterre. La mission de les ramener tous les deux à la maison est confiée à Yousef Bey (John Carradine), laquais plutôt consciencieux qui parvient à réveiller Kharis… et découvre qu’Ananka s’est réincarnée dans le corps d’une jeune demoiselle nommée Amina. Hors de question de la laisser dans le coin alors que sa place est sur les bords du Nile. Mais son courtisan, Tom Hervey (Robert Lowery, qui jouera Batman cinq années plus tard !), n’a pas l’intention de laisser les adorateurs d’Osiris lui piquer sa gonzesse, vous pensez bien ! Présenté ainsi, pas grand-chose de bien incroyable dans ce récit, ses qualité se trouvant plutôt dans les contours, dans les détails. Dans la cohérence avec les films sortis auparavant, par exemple, la plupart des protagonistes sachant fort bien qu’une momie rôde dans le coin, nous permettant d’esquiver les sempiternelles tergiversations sur l’existence ou non du zombie de la Vallée de Rois. Ici, la police sait fort bien que Kharis a déjà commis un ou deux carnages par le passé et se méfie donc de son retour, se lançant dans des tactiques bien vues : puisque lui tirer des pruneaux dans la poitrine ne fait rien si ce n’est créer des petits nuages de poussières, les flics creusent une fosse pour tenter d’emprisonner le revenant du Caire. Bon, la tactique foire puisque le mort-vivant ne se dirige même pas dans la direction souhaitée, n’empêche que ce genre de développements renforce la crédibilité de l’univers du film.

 

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N’empêche qu’il ne reste plus énormément de possibilités à Le Borg lorsqu’il se retrouve catapulté sur Le Fantôme de la Momie. La sombre romance traversant les âges a déjà été utilisée dans La Momie avec Karloff, le massacre continu a eu lieu dans La Main de la Momie et la carte de la délocalisation sur un terrain plus connu des occidentaux a déjà été jouée dans La Tombe de la Momie. Disons-le franchement : il n’y a plus grand-chose à tirer du personnage de Kharis, un simple instrument de vengeance, une lame déjà émoussée après deux films, le monstre n’étant qu’un colosse sans réelle âme à l’inverse de la version Karloff, plus raffinée. Bien sûr, Le Borg met en avant sa créature puisque c’est après tout ce que le public souhaite voir – un défunt enroulé dans du papier étranglant à tour de bras – mais on sent que le cœur du réalisateur est ailleurs. Dans cette Ananka réincarnée, par exemple, cette pauvre demoiselle ne comprenant pas ce qui lui arrive, la simple évocation de l’Egypte créant le trouble en elle tandis qu’elle se retrouve endormie sur les lieux des crimes de Kharis. Etrangement, ses cheveux deviennent blancs au fur et à mesure que l’intrigue avance, à l’incompréhension générale. Le public, lui, sait fort bien ce qu’il se passe : Amina (touchante Ramsay Ames, qui obtint le rôle parce que l’actrice précédente s’était cassée la gueule dès le premier jour de tournage) redevient tout simplement Ananka, c’est-à-dire une princesse momifiée. Le final (attention spoilers !) est par ailleurs des plus osés, la jeune fille en danger n’étant tout simplement pas sauvée par son compagnon, Kharis s’enfonçant dans la vase avec une Amina changée en cadavre asséché. Même la Hammer n’avait pas osé lorsqu’elle reprit la scène (et une bonne part de l’intrigue de La Tombe de la Momie) dans son superbe La Malédiction des Pharaons ! Une conclusion ténébreuse, dénuée d’espoir, qui aide énormément le métrage à marquer les esprits et surprend, tant la Universal ne nous avait pas habitués à de pareilles fins de chapitre… (Fin des spoilers)

 

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Le Borg se concentre également sur l’excellent John Carradine, très à son aise dans les frusques de ce prêtre froid comme la glace, au regard hypnotique et au visage taillé. Et lorsque le personnage, finalement le badguy de l’histoire, se met à douter de sa propre mission, ce n’est pas pour nous déplaire. Yousef Bey flanche en effet devant la beauté de la jeune Amina, qu’il doit ramener en Egypte pour qu’elle y repose pour l’éternité, celui que l’on imaginait mauvais jusqu’à la moelle par habitude dévoilant ses doutes. Est-il juste de punir pareillement une beauté n’y pouvant de toute évidence rien si elle est la réincarnation d’une princesse des dunes sablées ? Ne mérite-t-il pas lui aussi un peu d’amour ? Pourquoi est-il condamné à surveiller les morts dans le monde que l’on imagine dépeuplé des prêtres d’Arkham ? Pourquoi ne pas tenter de refaire sa vie avec une Amina qu’il semble comprendre mieux que personne ? Diablement intéressant, tout cela ! Malheureusement, ces doutes arrivent bien trop tardivement et sont balayés d’un revers de la main par Kharis, pas franchement amusé par les incertitudes de son compagnon. A croire que Lon Chaney Jr. voulait s’assurer que la star, c’était lui et seulement lui ! On ne peut cependant pas trop féliciter ce comédien sympathique… Non pas que sa prestation en momie soit mauvaise mais il faut se rendre à l’évidence : lui, Jean Rochefort ou Smaïn dans le rôle du monstre, c’était du pareil au même. A part porter le masque, traîner la patte et étrangler un vieux monsieur de temps en temps, pas grand-chose à faire pour le fils de la légende du cinéma muet… Ce qui ne l’empêche pas de prendre son job au sérieux, le junior serrant si fortement la gorge d’un acteur (Frank Reicher de King Kong et Son of Kong) que celui-ci crut qu’il allait réellement mourir. Le Lon était-il à fond dans son rôle ou la bibine parlait pour lui ? Allez savoir…

 

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Notons d’ailleurs que si Kharis a beau être un peu effacé par Ananka et Yousef Bey, un certain soin lui a été accordé. Le Fantôme de la Momie épaissit un brin les méthodes menant à sa résurrection (neuf feuilles de chou dans une marmite et c’est bon, vous avez votre momie) et Le Borg a réussi à convaincre les financiers de tourner une séquence expliquant sa survie. C’est qu’à l’origine, Kharis devait seulement sortir d’un buisson, genre « Yo, je suis pas mort », sans iconisation ou suspense de quelque-sorte que ce soit. Pas terrible… Et le plan est d’ailleurs toujours dans le film et introduit toujours le monstre, mais au moins une discussion entre Yousef Bey et son supérieur permet d’expliquer un peu sa présence, même si la séquence ne convainc qu’à moitié puisque l’on ne sait toujours pas comment Kharis a survécu aux flammes. Non pas que ça m’empêche de dormir, m’enfin… Ces petits détails sans importance mis de côté, reconnaissons enfin que nous avons ici le meilleur des films de momie de la Universal après le premier de Karl Freund. The Mummy’s Ghost est plus profond que les autres, plus rythmé, doté de personnages plus intéressants et la réalisation de Le Borg, si elle n’est guère exceptionnelle, suffit bien pour une petite Série B de cet acabit. Alors non, Kharis ne fait toujours pas peur et oui, on se demande toujours comment ses victimes font pour se faire serrer la cravate alors que leur assaillant est plus lent qu’un Gilbert Montagné sans sa canne (je peux vanner sur sa gueule, il risque pas de me lire…). Mais voilà, on s’emmerde pas (on n’en a pas le temps, l’affaire est classée en 58 minutes !) et on a cette jolie ambiance mystique, celle que l’on recherche forcément en avalant une séquelle de la saga momifiée. Le principal est donc dans le panier et le DVD d’Elephant Films aussi !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Reginald Le Borg
  • Scénarisation: Brenda Weisberg, Griffin Jay, Henry Sucher
  • Production: Ben Pivar, Universal Productions
  • Titres: The Mummy’s Ghost
  • Pays: USA
  • Acteurs: Lon Chaney Jr., John Carradine, Ramsay Ames, Robert Lowery
  • Année: 1944

 

2 comments to Le Fantôme de la Momie

  • Roggy  says:

    Tu me confirmes ici ce que tu avais déjà évoqué quant à la qualité supérieur de cette suite à « La tombe de la momie ». Il paraît que G. Montagné en est fan. Je ne mets pas son prénom au cas où la science fasse qu’il recouvre un jour la vue. On ne sait jamais 🙂

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