La Tombe de la Momie

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Le repos, la pauvre momie Kharis ne connait pas. Ainsi, deux petites années après ses premiers méfaits dans le bien sympathique La Main de la Momie, notre zombie des sables reprend du service et continue d’appliquer les malédictions des prêtres de Karnak. Chouette !

 

 

La Universal tient à ses monstres dits classiques, c’est une évidence. Pas le genre du studio de les laisser sans emploi, de les pousser dans la rue, de les regarder dormir dans le caniveau. Du coup, pas question de laisser la momie Kharis au chômage, d’autant que La Main de la Momie (1940) fut plutôt bien reçu. Certes, on ne parle pas ici d’une bande inoubliable et la pelloche fait d’ailleurs partie du catalogue assez peu déterré du géant hollywoodien, mais elle fonctionna en tout cas suffisamment bien pour qu’on tire encore un peu sur les bandelettes de l’Egyptien. Ainsi, pendant que tous les monstres faisaient la teuf dans La Maison de Frankenstein ou La Maison de Dracula, le revenant continue son petit bout de chemin dans son coin, sans se poser plus de questions que cela. Suite directe de La Main…, La Tombe de la Momie planque sous le maquillage de l’inévitable Jack Pierce un Lon Chaney Jr. alors plutôt populaire pour son rôle de loup-garou tristounet. Et le moins qu’on puisse dire c’est que le fils de son père n’était pas vraiment ravi d’incarner le macchabée des pyramides, et encore moins de subir les huit heures de maquillage nécessaires à en faire un gros tas de poussières. De plus en plus porté sur la bibine, l’acteur finira par demander à ce que soit installée sous son costume une bouteille d’alcool reliée à sa bouche par un tube, histoire de lui permettre de supporter ces longues heures avec une seconde peau sur le dos. Pas étonnant que la momie ait du mal à mettre un pied devant l’autre mais, de fait, plutôt fidèle au monstre… Pour réaliser cette première suite de la saga Kharis (La Momie avec Boris Karloff étant une toute autre affaire), c’est à un Harold Young que le studio fait appel. Un monteur au départ, finalement promis réalisateur, notamment pour une The Frozen Ghost (1945) lui permettant de retrouver Chaney J. Mais revenons-en à nos scorpions…

 

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Trente ans sont passés depuis les évènements de La Main de la Momie et les héros du précédent film sont désormais des aventuriers à la retraite, des vieillards profitant d’un repos bien mérité et racontant à leurs enfants et leurs compagnes leur combat contre la momie Kharis et le fourbe Andoheb. Ce que ne savent pas nos protagonistes, c’est que le prêtre diabolique est toujours en vie malgré la balle qu’il s’est ramassée dans le buffet et que sa soif de vengeance n’a pas minci. Pas con, ce vilain lui aussi vieillissant a pris son temps pour former un nouveau félon, le plus jeune Mehemet Bey. Une fois son job d’instituteur terminé, Andoheb rend son dernier souffle et laisse Mehemet partir en direction des States avec Kharis, toujours en un seul morceau, pour que la momie puisse terminer son taff. C’est que dans le précédent métrage, elle n’était pas parvenue à éradiquer tous ceux ayant foulé du pied le tombeau de la princesse Ananka, que Kharis doit protéger. La suite, vous la devinez : la tête de papier cul se met en route, étrangle ses cibles, attire l’attention d’une police n’y comprenant rien, ainsi que celle du jeune John Banning, fiston de Stephen Banning, héros du premier volet. Et vu que le monstre de tissu désire casser chaque branche de l’arbre généalogique, le John est tout autant en danger que son daron… Pour ne rien arranger, Mehemet a des vues sur sa meuf, la pauvre Isobel, et se verrait bien en faire son épouse…

 

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Nous voilà face à ce que l’on peut nommer un film de momie pur jus. Aucune surprise à l’horizon, ni bonne ni mauvaise, La Tombe de la Momie est très précisément ce que vous pouvez espérer d’une bobine sentant bon les roustons d’Anubis. On retrouve ainsi ce monstre trainant la patte, ces villageois sortant les torches (magasin de torches à l’époque, c’était ZE métier) pour faire cramer une baraque où se terre la momie (et tant pis pour les propriétaires !), le prêtre de la Vallée des Rois n’aimant guère qu’on vienne marcher sur ses plates-bandes, la demoiselle en détresse que le monstre finira par emporter,… Tout est là, bien à sa place, et on ne peut pas se tromper de crèmerie : on est entrés dans l’échoppe de la Universal et ça se ressent clairement. Alors l’ennui, c’est que c’est pas de la Universal de grand niveau : tout cela est réalisé assez platement, les décors sont bien moins chatoyants que d’ordinaire et on sent que moins d’efforts ont été placés dans l’œuvre. Ce qui ne signifie pas qu’on est là dans du boulot bâclé et on pointera un pouce bien levé au boulot sur l’éclairage, les jeux d’ombres étant excellents (comme souvent quand on cause des UniMonsters). En prime, le film a du rythme : ne durant que 58 petites minutes, il file comme un TGV fou, sans oublier d’embarquer tout le monde à bord, les 10 premières minutes étant un gros récapitulatif des évènements du film précédent. Histoire que personne ne reste sur le quai… La Tombe est donc quasiment un titre banal dans le petit monde de l’épouvante, ce qui ne l’empêche pas d’être intéressant pour un certain nombre de raisons.

 

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Le fait qu’on tienne là un ancêtre du slasher, tout d’abord. Difficile en effet de ne pas voir en Kharis un brouillon de Jason Voorhees : on tient là une force de la nature avançant lentement, increvable et tuant ses proies à la force des poings la plupart du temps. Alors certes, le bodycount est bien moins élevé que ceux qui floriront dans les années 80 et le gore est bien évidemment aux abonnés absents, mais la ressemblance ne peut qu’être notée et est des plus intéressantes. Intéressante aussi cette relation entre les prêtres égyptiens et les aventuriers américains, les premiers détestant bien évidemment les seconds pour leurs manières, ce non-respect des traditions ancestrales. Sans le savoir, la Universal critiquait donc un peu la méthode yankee, ce côté « rois du monde à qui tout est permis », car si La Tombe de la Momie montre clairement les Egyptiens comme des sales types aux réactions disproportionnées, il n’empêche que c’est le comportement sans-gênes des archéologues qui aura tout déclenché ! Bien pensé, encore, cette idée de situer l’intrigue trente années après le premier film. Certes, cela implique des problèmes de continuité puisque La Tombe se passe alors dans les seventies… mais ressemble clairement à une œuvre des années 40, aucun effort n’ayant été fait pour rendre le tout un peu futuriste. Mais cela est compensé par le fait rare de voir des protagonistes jadis jeunes devenu des vieux, de changer les fiers héros du précédent en des victimes toutes désignées cette fois-ci. D’autant que les acteurs reprennent tous leurs rôles : de George Zuccho en curé diabolique aux gentils Dick Foran et Wallace Ford ! Belle continuité, tout de même…

 

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La Tombe de la Momie profite donc de quelques contours plutôt remarquables, historiquement parlant, et si la bande en elle-même ne propose rien de bien spécial par rapport au précédent opus, si ce n’est une délocalisation de la trame aux USA, elle fait clairement le boulot. Aucune raison valable de faire l’impasse sur le très bon DVD sorti chez Elephant, du coup, d’autant que vous pourrez encore une fois voir Jean-Pierre Dionnet causer papyrus et malédictions du Nile !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Harold Young
  • Scénarisation: Neil P. Varnick
  • Production: Ben Pivar, Universal Productions
  • Titres: The Mummy »s Tomb
  • Pays: USA
  • Acteurs: Lon Chaney Jr., Dick Foran, George Zucco, Elyse Knox
  • Année: 1942

2 comments to La Tombe de la Momie

  • Roggy  says:

    Pas vu le film mais ta chronique et les superbes photos donnent vraiment envie de faire un tour avec cette momie toutes bandelettes dehors !

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