Nom de Code: Oies Sauvages

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Artus ne lâche jamais vraiment la main d’Antonio Margheriti. Ainsi, quelques mois à peine après la sortie du plutôt calme et raffiné Contronatura, l’éditeur se fait une joie de nous montrer avec Nom de Code : Oies Sauvages que le réalisateur italien était aussi un sacré bourrin à ses heures !

 

 

Avec ses 57 crédits en tant que réalisateur, Antonio Margheriti peut se vanter d’avoir créé un sacré univers cinématographique où se côtoient sorcière gothiques, bourreaux meurtriers, as de la gâchette, sauvages venus du futur, aventuriers singeant un certain Indy ou cosmonautes d’un autre âge. Et puis des mercenaires particulièrement brutaux, aussi, le chemin du cinéma d’exploitation amenant l’Antonio dans les tranchées philippines dans les années 80, une bonne partie du ciné populaire italien localisant ses tournages au pays des tarsiers pour d’évidentes raisons budgétaires. Là-bas, ça coûte queud et la main d’œuvre est bonne. Sans compter sur de beaux décors, idéaux pour des films de guerre ou d’action bis. Alors oui, le climat n’est pas toujours des plus souriants et il faut parfois affronter des torrents, voire même une faune pas forcément accueillante. Mais que ne ferait-on pas pour faire plaisir à des producteurs comme Gianfranco Couyoumdjian (L’Enfer des Zombies, Les Aventuriers du Cobra d’Or) ou le Suisse Erwin C. Dietrich, à qui l’on doit plusieurs Jess Franco ? Margheriti, bien sûr planqué derrière son pseudo habituel d’Anthony M. Dawson, part donc dans la jungle verte pour emballer Nom de Code : Oies Sauvages (1984). Il y tournera d’ailleurs d’autres bandes guerrières à la même époque, comme Commando Leopard ou Le Triangle de la Peur par exemple. Des Séries B musclées mettant à l’honneur Lewis Collins, star des champs de bataille. Lewis qui ? Collins, un acteur britannique, vu dans un joli nombre de séries TV dans les seventies et recyclé en star du bis d’action le temps de quelques délires ritals. Quelquefois avec Donald Pleasance en co-star, d’autres avec Lee Van Cleef et Klaus Kinski. Comme dans Nom de Code : Oies Sauvages, tiens !

 

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Fletcher (Ernest Borgnine, qui semble ravi d’être là), agent de la DEA, commence à en avoir sacrément ras le fion qu’un cruel général asiatique du nom de Lao Khan (Protacio Dee, vu dans Portés Disparus) trafique de l’opium dans tous les sens. Il décide alors de mettre sur le coup un commando mené par Wesley (Lewis Collins), meneur d’hommes assez peu aimé par ceux-ci du fait de ses entrainements aussi dangereux que le front. D’ailleurs, leurs derniers exercices de gymnastique ont envoyé leur pilote d’hélicoptère sur le billard, les forçant à recourir à China (Lee Van Cleef), vieux prisonnier mais aussi excellent pilote. Supervisés par le mutique Charleton (Kinsi), la troupe part donc en mission mais comme vous l’imaginez bien, l’aventure va vite se compliquer lorsque leur hélico va exploser sur place, forçant ces quelques hommes à continuer à pied… Script simple mais bien suffisant concernant un film de guerre, même si comme souvent chez les Italiens on a la sensation que la narration a bien du mal à se montrer fluide. On a en effet un peu de mal à bien saisir quelle est la mission de nos héros tant celle-ci est mal expliquée alors qu’elle se résume à la destruction d’un entrepôt où sont fabriquées des tonnes de drogues. Mais la multiplication des personnages et des dialogues, bien écrits mais peu décidés à aller droit au but, font que l’on ne comprend les tenants et aboutissants qu’une fois les soldats sur le terrain. Heureusement, on ne perd pas 105 ans en exposition, seules une vingtaine de minutes, par ailleurs coupées par quelques scènes d’action, étant nécessaires pour présenter tout ce beau monde (ptet un peu trop nombreux pour qu’on fasse connaissance direct d’ailleurs…).

 

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Margheriti sait d’ailleurs fort bien ce que le public, alors en pleine folie VHS, attend de pareille production : que ça défouraille ! Que ça déboise un max ! Que ça arrache des culs au mortier ! Pas de soucis pour ce fier artisan, qui nous emballe un grand nombre de scènes très agitées : entrainement explosif, course-poursuite dans un tunnel, attaque d’un entrepôt, assaut d’un train et final chaud bouillant à bord d’un hélicoptère armé d’un lance-flamme. Alors oui, le petit budget se voit parfois, surtout lors de la poursuite en bagnole, des carlingues miniatures, type Majorette, passant dans des tubes visant à simuler le tunnel. Mais la majeure partie du temps, il n’y a rien à redire tant ça pète de partout, autant que dans une production Michael Bay. Margheriti met le paquet sur la pyrotechnie et nos bidasses ne peuvent pas faire deux pas sans voir une déflagration leur passer à deux centimètres du visage et on sera d’ailleurs régulièrement impressionnés par certaines cascades, certains comédiens ne passant tout de même pas loin de sacrés barbecues. Brutal, Nom de Code : Oies Sauvages l’est donc clairement et si l’on ne détournera pas le regard lors des fusillades, le sang étant peu présent, au moins serons-nous satisfaits de voir de nombreuses grenades être dégoupillées et les douilles voler dans tous les sens. C’est bien simple, les passages de brutes sont si énergiques et bien montés que l’on finit par en oublier les petits défauts périphériques. Comme par exemple des personnages trop nombreux pour partager de manière équitable le temps de présence à l’écran. Klaus Kinski, bien que central dans l’intrigue, semble passer en coup de vent, tandis que certains membres du commando sont assez mal croqués, au point que leurs sacrifices peinent à nous tirer la moindre larme. Ardu en effet de se laisser submerger par l’émotion lorsqu’un gaillard claque, certes avec bravoure, alors qu’on l’a finalement peu côtoyé.

 

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Peu aisé aussi de se sentir impliqué dans l’intrigue secondaire de cette journaliste incarnée par Mimsy Farmer, droguée par les hommes du félon général et libérée par Wesley et ses hommes. La demoiselle ne semble présente que pour amener l’indispensable touche féminine et la pauvre Mimsy semble catapultée dans un récit auquel elle n’apporte rien, si ce n’est un peu de nervosité. Pire, elle n’est qu’une excuse pour ralentir un peu le récit et dès lors augmenter un peu la durée du métrage, qui filerait en ligne droite sans elle. Plus intéressant est ce curé rencontré entre deux troncs d’arbres, dans son église en ruine et sachant fort bien qu’il risque gros puisqu’il cache des rescapés que cherchent les badguys. Son sort sera d’ailleurs aussi peu enviable que symbolique puisqu’il finira crucifié sur sa propre croix… Notons par ailleurs que si les comédiens n’ont pas énormément de matière avec laquelle composer, leurs personnages n’étant pas beaucoup plus épais que les figurines GI Joe de votre enfance, ils s’en tirent tous très honorablement. Lewis Collins est ainsi crédible en chef qui ne desserre jamais les dents et se trouve détesté par les siens tandis que Kinski a toujours l’air d’un fou sorti de son asile, d’un revenant aux yeux écarquillés. Quant à Lee Van Cleef, il dispose de cette prestance naturelle, ce regard et ce sourire espiègles qui apportent un peu de décontraction dans ce monde de fous. Mimsy Farmer s’en sort également avec les honneurs, son personnage aux frontières de la dépression nerveuse aidant bien le film à gagner en fébrilité, les protagonistes étant dans une situation plutôt délicate. Et nous ne sommes pas dans de l’héroïsme enfantin où tout le monde retrouvera bobonne à la fin de la journée pour lui mettre un petit coup après un bon plat de tagliatelles. Dans Nom de Code : Oies Sauvages, on meurt et plusieurs protagonistes principaux laissent quelques os sur le trajet les amenant aux félicitations de leur employeur.

 

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Malgré quelques erreurs de parcours, le film de Margheriti reste une valeur sûre pour qui désire passer un vrai bon moment dynamique. Le réalisateur nous prouve qu’il a deux grosses grenades dans le froc et n’hésite pas à les faire exploser sur la pellicule, Nom de Code étant une bisserie particulièrement physique. On n’a en effet pas le temps de s’emmerder, tout cela est particulièrement bien shooté et accompagné de mélodies de synthé so eighties et, en prime, le DVD d’Artus est irréprochable. La copie est belle, le bonus de Curd Ridel réussi et la jaquette est à l’image du métrage : pétaradante ! Ce qui ne gâche bien évidemment rien… Alors que vous soyez un affamé mangeur de délices italiens ou un féru de l’art de la guerre, qu’importe, cette vraie Série B généreuse est dans les deux cas un excellent cheval sur lequel miser. A ne pas louper !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Antonio Margheriti
  • Scénarisation: Michael Lester
  • Production: Gianfranco Couyoumdjian, Erwin C. Dietrich
  • Titres: Geheimcode Wildgänse
  • Pays: Italie, Suisse
  • Acteurs: Lewis Collins, Lee van Cleef, Ernest Borgnine, Klaus Kinski
  • Année: 1984

4 comments to Nom de Code: Oies Sauvages

  • Roggy  says:

    Tu m’as donné bien envie de revoir ce film d’Antonio Margheriti avec tout cette bande de joyeux drilles bien burnés. En te lisant, je me disais aussi qu’il ne manquait que le grand Dolph qui aurait intégrer la troupe avec plaisir comme un piranha frétillant 🙂

  • dr frankNfurter  says:

    Vu il me semble il n’y a pas si longtemps je crois lors d’une soirée Bis à la Cinémathèque en hommage à Margheriti ! 🙂

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